mercredi 23 juillet 2008

Scène dynamique ou agonique?

La mort de Molière, 1673
(exposé au Salon des Artistes Français de 1912)
Renard Emile (1850-1930)

N'y a-t-il pas danger que la théâtralité spectaculaire, l'effet de mise en scène et les nouveaux médias prennent toute la place, finissent par absorber l'essence même du théâtre en le poussant inéluctablement vers le cliché («Le cliché est une tradition vidée de son sens» disait l'omniprésent Meyerhold)? En noyant le principal vecteur de cette dite théâtralité - l'acteur - dans une mécanique où il n'a plus d'emprise?

Cette question, je me la pose en repensant à mes dernières productions où ce n'est pratiquement plus la performance des comédiens qui frappent mais la mise en scène elle-même... et encore! Pas la mise en scène tant que les punchs scéniques... La scène s'autosuffit en quelques sortes...

Et si elle absorbe tout, la scène peut-elle se survivre, se résister à elle-même pour demeurer dans le mode communication? Ne s'absorbera-t-elle pas dans un néant dénué de sens? Un trou noir? Ne restera-t-il plus, à la fin de la représentation, qu'un objet inutile (le spectacle), artéfact d'un tout (le théâtre) devenu incontrôlable... tyran atrophié?

L'autonomisation... N'est-ce pas là son écueil fatal? Ce que d'aucuns nomment le théâtre postdramatique reflète-t-il une évolution naturelle ou un signe prémonitoire d'une agonie déjà consumée?

dimanche 20 juillet 2008

NONO [Nouveau journal d'une mise en scène]... Bilan...



Le rideau est baissé. Nono appartient déjà à la théâtrographie du Théâtre 100 Masques et fait place, désormais, aux prochains projets. Bref, on ferme(ra bientôt!) les livres.

Avant de s'atteler à cette tâche administrative, quelques mots sur la production... en tant que directeur général et artistique de la compagnie et en tant que metteur en scène.

De la direction...

Tout d'abord, l'administrateur en moi se réjouit. Je ne connais pas encore les chiffres officiels, mais je sais que l'assistance (malgré le fait que peu d'argent ait été investi dans la publicité) a considérablement augmentée par rapport au trois dernières années, rejoignant celles des débuts du 100 Masques. (N.B.: La liste des spectateurs révèlent de drôles de lacunes: outre trois étudiants que je pourrais nommer, aucun autre ne s'est présenté... et il en va de même pour une très longue liste d'artisans du théâtre régional...) Par ailleurs (et en conséquent!), nous terminons la saison estivale avec un surplus budgétaire intéressant. La couverture médiatique fut aussi (quoique sans être enthousiaste!) fort utile et les commentaires reçus pour ce spectacle s'avèrent généralement positifs... dépendamment des soirs.

Du metteur en scène...

Arrive ensuite le metteur en scène... l'exigeant metteur en scène, devrais-je plutôt dire! Celui qui descendait de la régie, chaque soir, avec des notes plein la tête, des remontrances post-représentation et un air qui semblait dire: «Vous avez aimé? Vous êtes chanceux!».

Oui, je l'ai dit, je fus assez satisfait de ce travail (notez que le assez, ici, sous-entend que d'importantes améliorations auraient pu et dû être!). Ce qui me plaisait le plus avec ce texte de Nono, outre le thème et le style, était sa qualité matricielle. Ce texte, qualifié peut-être avec raison d'immature, contient pourtant, en filigrane, tout ce qui fera l'oeuvre future de Guitry. Oeuvre de jeunesse pour un théâtre qui se veut pour la relève... avec, je l'avoue, des longueurs qui rendait ces multiples répliques (et ce rythme, et cette fable) difficiles à soutenir. Mais c'était un choix depuis longtemps assumé... et une jouissance toute théâtrale d'enfin pouvoir s'y attaquer. J'aime le vaudeville. J'aime le répertoire français d'entre 1850-1910. Je n'y peux rien.

Le travail avec les comédiens fut aussi agréable que facile. Jérémie, Émilie et Alexandre se sont vite remis à la tâche, pour poursuivre les expériences antérieures (Tordus, Les Monstres de l'orgueil, etc.). Marilyne et Frédéric, après un (très) court temps d'adaptation, se sont également laissés aller. Je voulais du sang neuf... je l'ai eu. Au détriment du spectacle? Je ne pense pas. S'il y avait des inégalités dans l'interprétation (particulièrement des personnages principaux), j'en fus fort probablement la cause. Par choix. Pour maintenir le contraste entre les deux monstres d'égocentrisme (et de froideur) que sont Robert et Nono d'une part et des autres victimes (hystériques) de l'autre. Mais bon... Ce serait à refaire que je pencherais encore pour la même distribution. L'équipe était dynamique, fonceuse quasi ponctuelle (le pire des défauts!)... et, pour la plupart d'entre eux, rompus au jeu scénique. Le plaisir était (presque...) toujours au rendez-vous. Ce qui fait qu'avec eux, j'ai pu travailler un style de jeu encore assez mécanique mais qui laisse peu à peu entrevoir une certaine aisance et liberté dans le geste. Je réfléchis encore et toujours pour aboutir à quelque chose de cohérent et de solide un de ces jours... Oui, le texte aurait pu être mieux porté... mea culpa... mais je le redis, dans mon cas, la forme supplante toujours le contenu et prend donc la majorité du temps de répétition.

D'autre part, je suis également assez satisfait du travail esthétique qui, par manque de moyens, me fut aussi attribué par le directeur artistique, soit moi-même. Ce fut un autre sempiternel (et désespérant parfois) travail solitaire. À part quelques détails qu'il m'aurait fallu peaufiner pour aller au bout de la chose (chaises blanches, journal autre que le Voir, bouquet, table branlante), j'ai eu beaucoup de plaisir à concevoir l'espace, les costumes, l'éclairages et les maquillages. En fait, chacun de ses domaines relèvent directement de la mise en scène et apparaissaient selon les besoins... et avec une contrainte de taille: il n'y avait pas d'argent pour acheter quoi que ce soit... et tout devait donc être déjà dans les caves du 100 Masques. Le point esthétique qui me convainc le moins - comme toujours! - concerne la musique (parler de conception sonore serait une hérésie dans mon cas!). Pas le choix de l'accordéon, non... mais bien de son utilisation, de son insertion dans le spectacle qui aurait dû être plus soignée (d'autant plus que la qualité du système de son de la Salle Murdock est un peu déficiente). Je l'ai dit maintes et maintes fois au cours des dernières années, le son est quelque chose que j'oublie rapidement... et le fait de n'avoir personne pour s'en occuper devient vite une épine dans mon pied artistique!

Ce n'est donc pas une conception générale comme telle... mais plutôt un collage! D'où peut-être, parfois, l'impression d'inachevée (je le prends... même si... lol) évoquée par Madame Laforge.

Oui. Je suis assez satisfait de Nono. Même si, à chaque soir dans la régie, j'aurais refait ce monde à toutes les répliques! Même si, certains soirs, j'ai probablement accentué ma calvitie naissante (euphémisme!) en m'arrachant les cheveux devant un décrochage, un cafouillage brouillon, une faiblesse dans le dynamisme, etc... Même si j'ai la satisfaction toujours minée par la remise en question.

Enfin, les flops...

Sans m'étendre trop longuement sur le sujet pour en avoir déjà parlé abondamment dans un billet précédent, juste quelques mots sur la publicité (placements produits) intégrée à la représentation. Il s'agissait d'un engagement de bonne foi qui s'est vite transformé en boulet. L'idée aurait pu être développée autrement mais le fait de travailler sans équipe (tant pour l'esthétique, que l'administration et la coordination) rendait la chose un peu difficile... et point important, il ne fut jamais question que ce soit moi qui fasse les interventions... ni la régie d'ailleurs. Conséquence: à partir de l'entrée en salle, je n'ai plus jamais pu prendre de recul et regarder le spectacle avec insistance...

Un autre flop de cet été: la première! Du moins, la réception après la représentation... En bonne personne toute timide que je suis de nature, j'ai oublié d'inviter les gens à rester après le spectacle... et à notre sortie de la salle, il n'y avait plus un chat. Qu'un seul buffet!

Dernier rappel des parutions...

À couple ment (pré-papier de Jean-François Caron, Voir)
Nono de Sacha Guitry (tiré du Blogue du Jbijjer)
Ambivalence entre appréciation et... (critique de Christian Laforge, Quotidien)
Amour chienne (critique de Jean-François Caron, Voir)
Nono du TCM (tiré du blogue Jack aime/Jack n'aime pas)
Nono: théâtre extrême (tiré du blogue Spécial du jour)
et toutes les miennes, sous la rubrique NONO dans la colonne de gauche.

Voilà. C'était donc Nono de Sacha Guitry... neuvième théâtre d'été du 100 Masques... et sa dix-neuvième production!

samedi 12 juillet 2008

NONO [Nouveau journal d'une mise en scène]

En attendant l'arrivée de nos photographies,
voici celle prise par Jean-François Caron pour son article du Voir du 10 juillet dernier.


Nous en sommes déjà à la fin de la deuxième semaine de représentations de Nono (soit cinq de passées).

Généralement, je suis assez satisfait de ce spectacle. Tant avec ses faiblesses qu'avec ses forces. Ce qui ne signifie pas pour autant que je sois toujours heureux du résultat! Loin de là! Les exigences demeurent toujours aussi élevées... et même plus encore!

Il y a des soirs où ça marchent définitivement bien. Les punchs punchent. Les rires fusent. La tenue en scène est superbe. Le tout est bien dosé et bien contrôlé. Ces soirs-là, faire du théâtre est un immense privilège et un plaisir sans cesse renouvellé.

Il est aussi des soirs - pour nous rappeler la précarité théâtrale, j'imagine - où, métaphoriquement, la représentation est un gâteau sorti du four trop tôt. Où le rythme semble anémique. Où règne un décalage et des dérapements continuels. Où les secondes durent des minutes et l'heure quarante de ce spectacle une éternité! Souvent (comme ce fut également le cas cette semaine), ces caractéristiques collent fort bien (malheureusement!) aux soirs de reprises... Ces soirs-là, je ne peux m'empêcher de détester ce que je fais. De tout remettre en question et de ressentir un profond remords (disons... un malaise) face aux spectateurs qui sont dans la salle.

Outre ce désordre quasi-psychologique, j'assume les choix faits. Du moins pour la plupart. Il en est un, dans ce cas-ci, que je regrette: les placements produits. Tout au cours de la représentation, il y a des publicités et des bloc commanditaires. Ces coupures sont ou bien aimées, ou bien honnies.


C'était un moyen original - du moins, dans le domaine de l'abstraction - d'encourager les investisseurs... mais le résultat, ne me convainc pas... et pourtant, encore une fois, il est des soirs où ça fonctionne plutôt bien. Peut-être est-ce un manque d'interaction entre celles-ci et les comédiens... ou un manque de rythme... je l'ignore. Toujours est-il qu'à chaque fois, je me dis que ce fut une erreur.

Pour terminer, voici ce que dit Jean-François Caron dans le Voir mentionné en référence sous la photographie...

samedi 5 juillet 2008

NONO [Nouveau journal d'une mise en scène]

Le public de théâtre, Gustave Doré


Avoir le sens critique,
c'est porter le plus vif intérêt à un ouvrage qui,
justement, vous paraît en manquer!
Sacha Guitry


Paraît ce matin, dans l'édition «week-end» du Quotidien, une critique de Christiane Laforge: Ambivalence entre appréciation et impression d'inachevée... dans lequel elle parle (je suis d'ailleurs très surpris de la longueur de cet article!) de ses réserves après avoir assisté à l'avant-première. Ambivalente, dit-elle. Aimer sans être conquise...

Après l'appréhension soudaine qui s'est manifestée à la lecture de ce titre (parce qu'il est tout de même évident que nous travaillons toujours pour que le courant passe) et de la première phrase («Je regrette rarement d'assister à une pièce de théâtre»), j'ai pris une grande gorgée de café corsé et j'ai lu - avec un intérêt grandissant - ces deux pages... qui s'avèrent être finalement un vrai travail de critique théâtrale...

D'abord, il faut dire que l'auteure sait écrire, connaît le sujet et est capable de justifier et de développer ce qu'elle affirme. En gros: nervosité très (trop?) présente; mise en scène très (trop?) exigeante créant un difficile équilibre entre la scène et les comédiens et entre les comédiens eux-même; impression d'inachevée (que moi, je qualifiais de brouillon)...

Peut-on reprocher à une critique de prendre clairement parti, de se mouiller sans équivoque et de quitter le domaine du compte-rendu? Peut-on se sentir attaquer ou blesser quand les points négatifs sont explicités et mis en contexte? Et somme toute, ce qui se dit dans ce texte répond (en fait, faire écho serait plus juste) au billet qui précède celui-ci et qui parle de la même représentation. Je ne peux, par conséquent, qu'être d'accord... et prendre les remarques comme étant des points de réflexion pour ajuster le spectacle tel que je le mentionnais un peu plus tôt dans la semaine. J'ai toujours cru au fait qu'une bonne critique (dans le sens de valable, à mon sens) a une utilité et force à se remettre positivement en question. Il s'agit, lorsque bien fait, d'un échange courtois et intelligent.

Je tiens, en terminant, à corriger l'impression donnée ici: cet article n'est ni destructeur, ni acerbe. Je le répète, il décrit et analyse le spectacle en y faisant la liste des bons (car il y en a des élogieux!) et des mauvais choix.

Aimer sans être conquise donc... ce sera pour la prochaine fois alors!

(Autre point de vue - plutôt concordant - sur le Blog du Jbijjer...)

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Pendant que j'écris ce commentaire, je repense à une citation qui m'avait marquée...

Un grand metteur en scène français (dont j'oublie le nom) cité par Meyerhold disait que le travail de critique était ardu et toujours précaire du fait qu'il se basait plus souvent qu'autrement sur une première... que le critique de théâtre ne devrait voir le spectacle qu'après la vingtième représentation... qu'avant ce n'est encore qu'ajustement... et qu'il devrait aussi revenir voir et refaire une autre critique plus tard... qu'ainsi, la boucle serait bel et bien fermée...

Audacieux comme réflexion...

lundi 9 juin 2008

Le loup dans la bergerie


Comme je le mentionnais dans le billet précédent, hier soir était diffusé le documentaire Le dernier mot (une réalisation d'Antoine Laprise... lui-même metteur en scène... Le Loup bleu, c'est lui!) portant sur le critique honni, Robert Lévesques.

Documentaire? Règlement de compte? Hommage? Je l'ignore. Mais son visionnement laisse parfois une étrange impression: quand il est question de l'homme, le monstre se partage le démagogue qui lui même se partage le tyran... Quand il est question du milieu théâtral, on dirait une meute jappante et frileuse (sur ce point, j'acquiesce!)... qui jamais n'aura le courage de ses opinions, qui se braque violemment pour mieux encenser par la suite.

C'est une histoire d'incompréhension, d'exigences trop élevées (!), de mégalomanie...

Non. Finalement, l'enjeu et le véritable intérêt de ce documentaire est ailleurs, dans le commentaire sur la critique...

Dans sa définition par Brigitte Haentjens: le critique est doit être un témoin artistique porteur d'une certaine culture... c'est-à-dire qu'il doit être capable de démonter un minimum de sens historique, de situer une oeuvre dans l'ensemble de la dramaturgie, de la situer par rapport aux oeuvres du même auteur (écrivain, metteur en scène), de la situer par rapport à d'autres lectures de cette dite oeuvre, de faire des rapprochements, des recoupements. Pour terminer ce segment, Madame Haentjens déplore le fait qu'aujourd'hui, malheureusement, il ne semble plus y avoir de place pours discourir sur l'art.

Une courte entrevue m'a particulièrement intéressé. Sur le lien entre le lecteur et le critique. La voici dans une transcription quasi-intégrale (j'ai seulement gommé les euh et les parce que qui devenaient lourds à la longue tout en essayant de préserver le rythme et les spécificités de l'oralité):

ANTOINE LAPRISE (réalisateur): La relation qu'un spectateur-lecteur entretient avec son critique... c'est pas une servitude?

MARIE-HÉLÈNE GRENIER (maîtrise, Université Laval): Au contraire! Par exemple: je suis avec vous aujourd'hui et je défends Lévesque... dans une certaine mesure... alors qu'il y a plusieurs idées que Lévesque va émettre avec lesquelles je suis pas du tout d'accord. Donc, ce qui est important pour moi avec Lévesque c'est: je le connais; je sais de plus en plus ce qu'il pense et pourquoi il le pense. Donc, je discute avec lui. C'est très très fort en France. Le lectorat connaît son critique. Le lectorat sait que tel critique a telle idée du théâtre, aime plutôt tel type de production, moins tel autre. À ce moment-là, c'est vraiment le concept de discussion.

Au Québec, il semble que la discussion ne soit pas aussi développée... sinon reconnue dans le discours sur la critique. Quand on reproche des choses à la critique, c'est comme si on prenait le spectateur pour quelqu'un mais tout-à-fait victime d'un discours qui lui tombe dessus. Comme si cette personne-là ne serait pas apte de faire la différence entre le discours critique et ce qu'elle pourrait voir...

Ce concept de discussion, cette façon de définir la critique, c'est ce à quoi je crois profondément.

lundi 2 juin 2008

NONO [nouveau journal d'une mise en scène]




Nono est un texte vraiment agréable à travailler. Il est drôle, dynamique (il y a un nombre incalculable d'«entrées-sorties»!)... et apparaît soudainement fort complexe...

Par exemple, l'Acte I... Cet Acte tient, pour fonction (supposément simpliste!), le rôle de présentateur. On y rencontre, en effet, tous les personnages. Le hic, car il y en a un, c'est que ceux-ci sont présentés pas tant en caractère qu'en duo: Robert et Madame Weiss, Robert et Nono, Robert et Jacques, Robert et Jules, Jacques et Nono, Jacques et Madame Weiss, Madame Weiss et Nono. Chacun de ces duos (générateurs d'actions dramatiques présentes et futures) révèlent une facette particulière de chacun de ses protagonistes. Chaque emploi comporte différentes personnalités... selon la personne qui lui fait face.

L'Acte II, pour sa part, tourne exclusivement autour du seul couple Robert-Nono. Tous les autres intervenants (la femme repentante et vengeresse, l'homme de retour et colérique, le majordome volage) ne sont, en fait, que des satelittes en orbites... C'est l'Acte des collisions, l'Acte des interférences dans le jeu amoureux des principaux personnages.

Si les Actes I et II sont quelque peu paroxystiques, l'Acte III baigne dans un vide de lucidité. Les personnages s'y présentent sous leur vrai jour. Les duos, si importants depuis le début de la pièce, sont manifestement tous dysfonctionnels... quand ils existent toujours... Il ne s'agit pas de recouvrer sa liberté ni de souffrir la perte de l'être cher. Non. C'est un abandon (et encore... le terme est trop qualificatif)... C'est le mur d'indifférence qui se dresse alors que tout est réglé. C'est l'ennui, la lassitude provoquées par le manque de défi, l'absence d'engagement.

ROBERT: M'aimes-tu?
NONO: Ben, il me semble.
ROBERT: Tu as de l'amitié pour moi?
NONO: Non! Nous ne nous connaissons depuis trop peu de temps. tu demandes trop de choses, mon chéri. tu fais la gueule? Allons. Voyons... Est-ce que je te plais?

Bref, le couple est en valeur... et il est placé sous les assauts incessants du cynisme, de l'ironie, de la trahison et de la cruauté.


jeudi 29 mai 2008

L'engagement




L'engagement...

C'est probablement le point fondamental dans la création artistique. l'engagement est le fait de « donner en gage » ; m'engager signifie donc « me donner moi-même en gage ». Plus précisément, c'est prendre une décision libre et au moins un peu risquée pour moi-même (les risques pouvant être de natures très différentes d'un engagement à l'autre), et surtout être prêt à en assumer moi-même les conséquences. S'engager, c'est par conséquent prendre une responsabilité qu'on n'était pas obligé de prendre. L'engagement repose donc sur la liberté, le plus souvent individuelle.

Le théâtre n'y fait point exception. D'ailleurs, dans cet art collectif, l'engagement de chacun se confronte à l'engagement d'une équipe entière: le théâtre est un tout qui demande une participation active et volontaire (et relativement homogène!) de chacun de ses participants

Tous doivent être motiver par le projet en place. Tous doivent aller dans le même sens. Tous doivent exploiter la même ardeur au travail. Tous doivent concevoir le théâtre non pas comme un jeu (bien que le plaisir y soit essentiel!) mais comme un médium public, un moyen de communication sérieux et important. Au divertissement, je privilégie le manifeste!

Peu importe avec qui on travaille (particulièrement avec ses amis), il est important, je crois, de se donner les moyens d'exercer une véritable recherche, avec tout le dévouement que cela implique, afin d'obtenir des résultats probants.

lundi 26 mai 2008

NONO [Nouveau journal d'une mise en scène]


L'une des dernières maquettes de l'affiche de notre production
Conception et réalisation: Alexandre Larouche


Où en sommes-nous rendus après une vingtaine d'heures de répétition?

Nono révèle peu à peu son fonctionnement interne, son cadre de référence, son (ou ses!) rythme(s), son humour, sa cruauté et ses limites. C'est vraiment très amusant à travailler... et comme le dit Mesguish (probablement cité maintes et maintes fois dans cet espace!): «ce qui doit se jouer d'abord et avant tout au théâtre, c'est le plaisir de faire du théâtre»!

Et quel plaisir que de jouer ou de mettre en scène de tels personnages pour qui «l'amour n'est présent que dans sa dimension physiologique: c'est plus une sécrétion qu'un état d'âme» (M. Corvin).
Depuis hier, l'Acte II est en chantier. J'ignore si c'est à cause du travail antérieur sur l'Acte I ou si c'est parce que l'espace est mieux défini ou même le texte mieux construit, mais celui-ci avance assez rondement... et le résultat est plus solide. Plus net. Plus soutenu. Les scènes 1 à 4 ont déjà un fort potentiel théâtral.

Faut dire que l'Acte I est plus touffu et, par conséquent, tout de même plus complexe à réaliser... passant de la scène de rupture, à la scène de séduction, aux scènes de mise en contexte (de présentation des personnages, de la situation), voguant entre les crises, les soupirs, les secrets et les sous-entendus. Les personnages entrent de tous côtés, les scènes sont brèves et les liens parfois diamétralement opposés. Des enjeux se posent pour tous les personnages... C'est donc dire que le découpage en intention est quelque peu ardu... Il en ressort pourtant un dynamisme certain!

À partir de là, l'Acte II n'a qu'à nager (simplement...) en plein noeud gordien, à construire et illustrer le récit. L'Acte III résonne du coup comme un dénouement dans la plus traditionnelle des formes.

Décidément, Nono, dans le genre (genre décrié, popularisé, triomphant et décadent), est une pièce bien faite: pièce brillante par la virtuosité de l'intrigue et l'agencement parfaitement logique de l'action, avec ses scènes-à-faire (scène qui est attendue du public pour la résolution heureuse de l'intrigue : découverte, reconnaissance, pardon), ses codes et ses canevas. (C'est d'ailleurs en partie, pour les férus d'histoire, en réaction à la prolifération de ces oeuvres théâtrales qu'est apparue l'écriture dramatique moderne de laquelle a surgi la crise du drame à la fin du XIXe siècle.)

L'esthétique de la chose se précise encore et encore, au gré des répétitions - le but étant que la scène serve d'abord et avant tout le comédien et non l'inverse - et se colle de plus en plus à ce texte à la forme simple et convenue. La manière de construire cet espace, les accessoires qui y sont utilisés doivent y être par absolue nécessité. Il y aura un changement de décor et de costumes à chaque nouvel acte. Le premier acte, dans un resturant, le soir très tard, a, comme couleur dominante, le noir, luxueux et neutre. Le second se colore d'or et de rouge... couleurs chaudes, couleurs du soleil... couleurs vives. Le troisième se pare d'une blancheur pure, le calme, le deuil, etc. C'est une symbolique très primaire, j'en conviens... mais si elle est bien appliquée, l'effet devrait être saisissant... je l'espère!

jeudi 22 mai 2008

Iconoclastie dramatique!

Chaque courriel échangé avec Rodrigue Villeneuve est une source de discussions parfois surprenantes! Voici ce que le dernier a donné...

Je suis présentement en répétition avec le Théâtre 100 Masques... pour lequel je me plonge dans l'univers Guitry... plus particulièrement dans Nono...

Également, présentement, je travaille sporadiquement avec Les Têtes Heureuses... qui elles, creusent profondément dans La Cerisaie de Tchekhov.

Par conséquent, je passe de l'un à l'autre sans arrêt, ce qui me fait dire, avec un sourire narquois sur le visage: Guitry et Tchekhov, même combat!



Ironiquement, ces deux pièces ont été créées à quelques mois d'intervalle: La Cerisaie au Théâtre Artistique de Moscou, le 17 janvier 1904 et Nono au Théâtre des Mathurins, le 6 décembre 1905. Alors, faisons preuve d'audace et posons l'hypothèse: s'il est vrai qu'existe l'«air du temps», ne devrait-il pas y avoir concordances entre ces deux oeuvres?

«Concordances» au sens large du terme... il s'agit malgré tout pour l'un (arrivé au faîte de son génie) de son oeuvre ultime et pour l'autre (encore enfant gâté) de son acte fondateur...

Si à la première lecture, cette iconoclastie choque, elle recèle peut-être - qui sait? - une base d'études valables... un défi amusant! Après tout, la Russie a fait Tchekhov, c'est un fait affirmé et confirmé... la Russie a pourtant aussi, à sa manière, imprégné (euphémisme quand on connaît sa jeunesse) l'enfant Guitry... D'abord de son vrai nom, Alexandre Georges-Pierre Guitry, nous ne connaissons et ne retenons, dans les faits, que son diminutif russe... Sacha. Par ailleurs, à l'hiver 1889, Lucien Guitry, le père, comédien, tourne beaucoup dans ce pays... et, en pleine séparation d'avec sa femme, enlève son fils et l'emmène avec lui en Russie jouer devant la famille impériale... et, dernier point à retenir, le parrain de cet enfant n'est autre que le tsar lui-même, Alexandre III...

Bref, Tchekhov et Guitry se sont-ils déjà rencontrés? Je l'ignore. Y a-t-il réellement des points communs? Je l'ignore... (du moins, me semble-t-il, ils se partagent ironie et pessimisme pour le genre humain). Tout les sépare et pourtant... Il y aurait là une belle matière à doctorat...

mercredi 21 mai 2008

NONO [Nouveau journal d'une mise en scène]


Affiche de référence (?) pour la conception du visuel de la production



Au cours de la dernière répétition, nous avons réussi à passer au travers l'Acte I. Bien sûr, tout est encore brut, précaire et brouillon. Il y a un manque de rythme flagrant (mais non fatal!) et les personnages, bien qu'émergeants (?), ont encore bien besoin de consolider leurs bases. Hier soir, surprise!, le conseil d'administration a assisté à un premier filage des huit premières scènes... en somme, premier contact avec un public!

Ce qui me plaît le plus dans cette pièce, outre son humour et l'affection toute littéraire que je porte naturellement à Guitry, c'est sa cruauté. Sous chacune des répliques, derrière chaque geste, sous le couvert de chaque personnage, l'être humain apparaît dans toute sa splendeur (négative! devrais-je ajouter): froid, cynique, dur, calculateur, sans état d'âme. Cette petite historiette d'amour (assez convenue quand elle est prise au pied de la lettre...) prend une teinte de lutte acharnée pour posséder l'autre. L'enjeu: soi-même. Un peu plus, et on se croirait presque dans Les âmes mortes de Gogol!

À chacune des répétitions, les bons sentiments s'érodent et les rires se font grinçants et acides. Le pari est peut-être un peu risqué, à la réflexion. Mais bon. Le risque est excitant!

Quant aux questions esthétiques... Notre scène mesurera (du moins pour l'Acte I... pour le reste, nous verrons) quatre pieds de large par seize pieds de long. Elle sera - ô surprise! - noire. Avec les costumes (période 1900-1920) noirs. Le jeu est (ou plutôt sera) très stylisé. C'est (toujours pour l'Acte I), en quelques sortes, un paso doble infernal, avec ses mouvements vifs et passionnés... son caractère bouillonnant... son passage excessif de la séduction à la violence, du plaisir à la souffrance, du don de soi à la possession physique de l'autre:



Peut-être mes comédiens comprendront-ils ce que je veux dire! Et quand je parle de jeu stylisé, de jeu sculptural, de jeu mécanique, en voici un bel exemple (toujours les mêmes danseurs qui viennent se placer avant d'entreprendre leur numéro):



mercredi 14 mai 2008

L'Auberge du Cheval Blanc


Ce qu'on en a dit:

L'Auberge du Cheval Blanc: La version saguenéenne renoue avec le succès
Christiane Laforge, Le Quotidien, Samedi, 10 mai 2008

L'Auberge, la critique
Denise Pelletier sur son blog personnel, Spécial du jour
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Le Tyrol

Oui, c'est à une soirée de divertissement réussie que nous conviait la Société d'Arts Lyriques du Royaume lors des représentations de L'Auberge du Cheval Blanc.

D'abord l'histoire... Quoique très longue (et très lente à débuter)... quoiqu'un peu simpliste dans la forme et le fond (mais après tout, l'opérette c'est d'abord et avant tout des airs et de la musique!)... quoique certains personnages (même si superbement portés!) semblent quelque peu décalés pour ne pas dire inutiles à l'histoire: zozotante Clara, le beau Célestin, entres autres... il est plutôt agréable et facile de se laisser porter par celle-ci.

Outre le talent manifeste des chanteurs/comédiens (mentions spéciales au jeune Piccolo, à Léopold et à Bristagne!) et de l'Orchestre de chambre de l'OSSLSJ, le mérite revient surtout à la direction dynamique et efficace toute chalifourienne: goût prononcé pour les jeux de scène nombreux, les clins d'oeil et les routines gestuelles (les «stepettes»); plaisir évident du spectacle; théâtralité assumée. Ce spectacle est constitué, après tout, d'une immense équipe (directeurs, concepteurs, chorégraphe, solistes, comédiens, choeur, danseurs, orchestre) qui ne dispose, enfin, que d'un temps fort limité pour arriver à ce résultat.

L'ensemble esthétique (décors, costumes, accessoires) marche relativement bien. La scénographie est correcte pour le genre, oscillant entre le carton-pâte et la technologie. L'idée des projections infographiques omniprésentes et mouvantes (qui font voyager littéralement le spectateur autour de l'Auberge, instaurant un contexte géographique cohérent) est fort intéressante. Par contre, le rendu (et le fonctionnement de l'appareil!) est un peu... disons... carré... brut... mais le principe est amusant. L'éclairage (très bien, en passant... même si parfois, c'est réellement sombre!... Toutefois, il est un peu surprenant de laisser faire l'entrée du maestro dans un noir complet!) nuit parfois à la clarté de cette image... et s'y marie à d'autres occasions pour donner des effets «saisissants», comme lors de cette air chanté dans la vacherie, la nuit, par Florès et Sylvabelle, sur lequel dansent deux couples assortis... du véritable Walt Disney: convenu, cucul... mais terriblement joli et touchant. Les costumes (en quantité phénoménale... créés par Jacynthe Dallaire) tanguent vers le folklorique et le «contemporain»... Malgré quelques questions (pourquoi Bristagne est-il vêtu de la sorte en arrivant avec ses bottes de poil? que sont ses costumes de conseillers munipaux avec ces drôles de chapeaux et épaulettes? quelle en est la ligne esthétique... n'est-ce pas en 1940?), ils remplissent bien leur rôle.

Franchement, seulement trois petits points m'ont véritablement tarabustés pendant le spectacle. Le premier (problème que l'on retrouve dans tous les spectacles de ce genre) tient à la figuration active... Lorsque le choeur fait de la vie derrière l'action principale... Lorsque les membre de ce choeur se font passants ou visisteurs ou autres... Ça donne toujours un côté faux, plaqué. Le jeu «mimé» et «improvisé» n'est jamais à la hauteur du spectacle... Est-ce par manque de temps? Assurément. Par volonté de se faire comprendre (trop appuyer, trop montrer)? Peut-être.

L'autre point (qu'on retrouve aussi de façon flagrante dans Ecce Mundo... !), futile point: le sourire des danseurs. Ces interprètes (vu leur qualité, j'aurais aimé en voir des dizaines!) du corps sont magnifiques, solides, professionnels (dans le sens où ils sont formés pour ça)... Ils sont beaux à voir se mouvoir sur la scène... mais ils sourient. Sourire est un grand mot. Ils se fixent une parure sur le visage qui ne bougera pas du spectacle. C'est une sourire vide. Ce que le corps transmets au spectateur, le visage s'y montre incapable. Vraiment... point futile mais dommageable.

Le dernier point est un peu plus consistant... et tient au fait que - j'ignore si c'est parce que j'étais assis dans la dernière rangée? - je n'ai rien entendu de ce qui se chantait... On comprend l'histoire grâce aux bouts parlés, mais on en perd l'argument écrit dès que la musique embarque. Problème de sonorisation? de projection de la voix? de pose de la voix? Je ne sais pas. Toujours est-il que c'est un légèrement frustrant.

Mais, je le redis, ce fut somme toute une soirée agréable...

mardi 13 mai 2008

Le CLE fait encore des siennes...

Sera-ce un nouveau cheval de bataille?

Je reviens donc sur ce sujet qui me titure l'esprit... et auquel Christiane Laforge s'est attaqué dans son éditorial du Progrès-Dimanche de cette semaine...

Parce que c'est frustrant. Parce que les Têtes Heureuses ne peuvent engager la personne qu'elles veulent (et ce n'est pas moi, soit dit en passant). Parce qu'il y a là un réel problème... disons de société.

Tous les arguments sont bons pour qu'on ne soit pas admissibles au programme de subventions salariales: trop d'expérience ou pas assez... trop de diplômes... pas payant... gardez les emplois qu'on occupent même si ceux-ci n'ont aucun rapport avec notre champs d'études... et, argument suprême, pourquoi s'être lancé dans ce domaine (quand on ne pousse pas l'audace à nous conseiller de quitter la région)?

Oui. Emploi-Québec est une aide précieuse (et je l'appuie)... mais tellement décalée par rapport au milieu... Et pourtant, c'est l'un des principaux moyens d'embauche dont dispose les organismes artistiques déjà si précaires.

Son problème: sa temporarité qui ne peut malheureusement péréniser aucun emploi...

Il n'y a pas à dire... Tout un chacun (?) s'acharne à survivre dans le domaine. Les projets ne peuvent se faire que sur une base ponctuelle (en se croisant les doigts pour que les subventions au projet suivent). Les perspectives d'avenir sont, pour la plupart (bravo à ceux qui peuvent se placer), fort limitées... quand elles existent.

L'art n'est pas un métier dans la pensée collective, c'est un passe-temps... pour ne pas dire une perte de temps... Les choses pourraient changer mais...

Il faudrait, au bout du compte, que soit instauré le statut «artiste» et que celui-ci soit financé directement par le gouvernement (une espèce de fonctionnariat culturel) comme cela se fait dans d'autres pays (du moins, je pense...). Après tout, la meilleure carte de visite d'une nation (d'une province! d'une ville!) est sa culture. Sa plus grande renommée est culturelle. Sa plus grande visibilité est artistique...

Cette fois-ci, je ne suis pas en cause, Dieu merci! Je crois que je m'en remettrais pas!