dimanche 7 septembre 2008

Élections canadiennes


Ce matin, au moment même où j'écris ces lignes, Stephen Harper est - selon Radio-Canada - chez la Gouverneure Générale pour le déclenchement de la campagne électorale.

La Culture sera-t-elle un enjeu? Avec les récentes coupures annoncées dans le domaine culturel, on pourrait penser que oui (et fort probablement, des politiciens feront-ils du milage sur le sujet)... et pourtant... non seulement celle-ci n'apparaît pas au radar des sondeurs, mais la société en général ne semble pas s'en préoccuper plus qu'il ne le faut: les artistes se plaignent encore et en veulent toujours plus... (À ce propos, d'ailleurs, je vous invite fortement à lire le billet d'opinion de Catherine Deslisle dans le Progrès-Dimanche... c'est à donner des sueurs froides...). Il nous revient donc la tâche de prendre la parole et de nous faire entendre dans cette campagne (toujours plus facile à dire qu'à faire)...

Même si la Culture devrait être non-partisane, fort probablement se retrouvera-t-elle inscrite dans les programmes des partis. Gardons l'oeil et les oreilles ouverts!

La semaine théâtrale... 4

Ce soir, c'est la dernière chance de voir Barabbas dans la Passion, les origines du premier Clown Noir du Théâtre du Faux Coffre... à 20h à la Salle Murdock. Si vous ne la prenez pas, vous ferez partie des pas dans le coup lorsque le sujet viendra dans la conversation! Et Dieu seul sait comment leurs spectacles font parler!

Le Théâtre de la Sarbacane (collectif composé de Alexandre, Jérémie, Sébastien, Marilyne et Marie-Ève) nous offre, servi sur un plateau, tout le sarcasme du Sarcabaret, les 11, 12 et 13 septembre, à la Salle Marguerite-Tellier (Centre des arts et de la culture), à 20h... (En tapant théâtre et sarbacane sur Google, j'ai trouvé ceci Sarbacane Théâtre... un nom couru!). Il en coûte 7$ par personne et 20$ par couple...

C'est pas mal tout je pense... sinon le fait que le plus grand spectacle pancanadien débute aujourd'hui pour un mois et quelques jours de représentations!!!

samedi 6 septembre 2008

Oups...


Ceux qui aiment le théâtre
expriment souvent a son égard des sentiments pour le moins contradictoires.
Ceux qui aiment le théâtre
sont souvent traversés par son contraire,
la haine du théâtre.
D'où vient-elle, cette haine pour le théâtre?
Elle est sans doute conduite par une haine plus profonde:
la haine des intellectuels
- en prenant au sérieux le double sens du génitif.
La haine des intellectuels.
(B. Tackels, Le paradoxe de la marge*)

Cette phrase, lue en ce samedi matin entre deux gorgées de café, me laisse un peu pantois...

D'une part, elle signifie que la désaffection (tant personnelle que sociétale) envers le théâtre provient du fait de son intellectualisation... et que cette haine est conduite (pour réemployer le terme) par ceux qui pensent le théâtre...

D'autre part, elle dit également que je suis peut-être ma propre cause de ces moments où j'ai le théâtre en horreur, avec toutes les remises en questions, les impasses, les lectures... et la cause, par leurs côtés parfois trop pointus, du peu d'assistance à mes productions...

Bref, elle a relativement raison.

Mais comment peut-on développer un art, le faire évoluer sans le penser? Pourquoi la poursuite d'une réflexion soutenue devient-elle inévitablement une tare, du moins, un repoussoir? Franchement, ça m'exaspère.


*JOUANNY Sylvie (sous la direction de), MARGINALITÉS ET THÉÂTRES, Librairie A.-G. Nizet, 2003, p. 17

vendredi 5 septembre 2008

Sarcasmes à venir...


À compter de la semaine prochaine, le Théâtre de la Sarbacane nous offre du sarcasme sur un plateau: un spectacle original et sarcastique à la manière des cabarets des années 80. Drôle, cinglant, vulgaire mais critique, personne n’y restera indifférent. Chacun pourra trouver son compte dans les numéros de chant, les monologues et les sketchs, le tout orchestré par un maître de cérémonie des plus éclatés.
J'ai bien hâte de voir le résultat de leurs recherches, l'application et l'implication du sarcasme - sa cohérence, sa pertinence et sa force d'impact. Et la question qui tue: sera-ce bien du sarcasme? Plusieurs notions sont proches l'une de l'autre... et les frontières, bien qu'elles existent, sont parfois un peu floues:

HUMOUR: faculté d'apprécier les éléments amusants, absurdes ou insolites de la réalité (forme de l'esprit, l'humour noir consiste, en quelques sortes, à ridiculiser ces éléments susceptibles de créer le malaise).

IRONIE: forme de l'esprit qui consiste à présenter comme vraie une proposition manifestement fausse de façon à faire ressortir son absurdité.

SARCASME: raillerie, moquerie ironique, amère, aigrie et insultante, propos méprisant (synonyme de PERSIFFLAGE).

CYNISME: effronterie, impudence, obscénité. Qui exprime des opinions contraires à la morale reçue.

Quand je lis ces définitions l'une à la suite de l'autre, je suis un peu perplexe par le choix du ton... où la méchanceté risque de se faire gratuite. Je fais par contre confiance à cette gang et l'horizon d'attente s'installe peu à peu... et pour patienter, je lis leur tout nouveau blogue...

Lancement de la saison 2008-2009


Le Théâtre La Rubrique a lancé, hier, sa trentième saison théâtrâle en dévoilant, lors d'une conférence de presse, sa toute nouvelle programmation.


Outre ses activités de diffuseur spécialisé (dont les choix s'avèrent très souvent fort intéressants... comme cette Cantatrice Chauve de Frédéric Dubois qui vaut le déplacement), cette compagnie de production s'attaquera à une nouvelle création (en co-production si je comprends bien), Une maison face au Nord, tout en reprenant, au Prospero (Montréal), sa production d'il y a deux ans déjà, Je ne pensais pas que ce serait sucré.


Pour d'autres détails, voir l'article d'Isabelle Labrie, dans le Quotidien de ce matin, La Rubrique s'offre gâteau et chandelles.

Ballet mécanique (1924)

Petite vidéo très bauhaussienne (d'ailleurs, après la période russe du début du XXième siècle, c'est celle de l'Allemagne de la même époque qui me stimule le plus...) où l'objet, la forme et la couleur (!) tiennent le haut du pavé...

jeudi 4 septembre 2008

Relique théâtrale

© Angelini / Collections Comédie-Française
Le fauteuil de Molière exposé dans le foyer du public.
Bois recouvert de peau noire, dossier mobile, pieds à roulettes.
Milieu du XVIIème s., 123 x 68 x 82 cm

Ce fauteuil est peut-être l'une des choses que j'aimerais avoir vu dans ma vie... pour l'homme, le symbole, l'histoire, l'ancrage dans un passé qui nous appartient aussi... après tout, à l'époque de Molière, Québec fêtait à peine son soixantième anniversaire et ses habitants étaient encore des colons français...

Sylvie Chevalley
in Revue de la Comédie-Française,
n°1 (septembre 1971), p. 25-26

Tous les spectateurs de la Comédie-Française ont remarqué, à droite de la grande cheminée du Foyer public, un vieux fauteuil protégé par une cage de verre. Ce vénérable meuble a une longue, glorieuse et pathétique histoire.

Le 10 février 1673, Molière, gravement souffrant, avait créé sur son Théâtre du Palais-Royal une joyeuse comédie dont le titre était un défi personnel à la mort: le Malade imaginaire. Au lever du rideau, Molière-Argan, maquillé d'un teint de santé florissante, était installé dans un grand fauteuil, en robe de chambre et bonnet, plongé dans l'examen du mémoire de son apothicaire. Une semaine plus tard, le 17 février, au cours de la dernière scène, Molière était pris d'un crachement de sang. II ne survécut que quelques heures. Lorsque la comédie du Malade imaginaire fut reprise, le 3 mars, le fauteuil de Molière accueillit le nouvel Argan, La Thorillière.

Puis s'y assirent tour à tour Rosimond, Guérin, Raisin cadet, Duchemin, Bonneval, Des Essarts... Dans l'intervalle des représentations, le fauteuil était déposé dans la salle d'assemblée des Comédiens. C'était le siège d'honneur, réservé au comédien le plus éminent de la troupe. II figura en scène lors de l'inauguration du théâ­tre des Comédiens français au Faubourg St-Germain (l'actuel Théâtre National de l'Odéon), le 12 avril 1782. Dans un à-propos de La Harpe, Molière à la Nouvelle Salle ou les Audiences de Thalie, Melpomène, pour prouver à Molière la vénération des Comédiens, lui déclarait :

Ils ont, comme un riche héritage,
Gardé jusqu'au Fauteuil où vous étiez assis ;
Contre le temps et son outrage
Ils en défendent les débris.

Et Thalie ajoutait :

C'est dommage qu'il soit vacant !
La gloire d'y siéger ne serait pas vulgaire.
Mais depuis bien longtemps, et c'est mon désespoir,
Je n'y vois personne s'asseoir
Que le malade imaginaire !

Le fauteuil prenait peu à peu une valeur symbolique, mais il continuait à remplir son emploi de fauteuil de théâtre, et même dans d'autres pièces que le Malade imaginaire. Lorsque la tragédie de Charles IX, de Marie-Joseph Chénier, fut reprise le 8 janvier 1799 au Théâtre de la République (qui occupait alors le monument actuel de la Comédie-Française), le tapissier de l'Odéon prêta, entre autres meubles, « un mauvais fauteuil en basane noire, dit de Molière » (ces trois derniers mots, rayés, sont remplacés par « qui a appartenu à Molière »). Le 18 mars, l'Odéon brûlait. Le fauteuil n'avait pas été restitué par le Théâtre de la République et c'est grâce à cette négligence administrative qu'il échappa à la destruction. II figure sur l'inventaire du Théâtre de la République, le 17 avril 1799, puis, seize ans plus tard, sur l'inventaire de la Comédie-Française à la date du 13 juillet 1815, dans la section «Mobilier et accessoires pour le service du théâtre » : « Un fauteuil de Molière, à crémaillère et couvert en peau noire... Pour mémoire, parce qu'il n'a pas de prix ».

Ce meuble révéré continuait cependant à jouer et le Malade imaginaire était joué souvent ! Sa « peau noire » perdait sa coloration et s'écaillait dangereusement. L'administrateur Emile Perrin, en 1879, s'en inquiéta et répondit au souhait exprimé par l'archiviste Georges Monval, fervent moliériste : un « sosie » du grand fauteuil Louis XIII fut livré aux Argan modernes. Le fauteuil de Molière prit ses invalides, glorieusement, et devint relique. II ne parait plus dorénavant sur scène qu'au jour anniversaire de la naissance de Molière, le 15 janvier.

Le requin et l'homme grenouille à la moto

Petit spectacle de théâtre miniature... le contenu est un peu simpliste mais la forme et les effets sont intéressants.

mercredi 3 septembre 2008

Horizon d'attente versus potentiel événementiel


Deux notions (empruntées) semblables et pourtant...

Prenons, par exemple, le théâtre... Surprise!

L'horizon d'attente (Bernard Stiegler) concerne le spectateur... ce qu'il espère quand il entre au théâtre. Ce qu'il connaît de la pièce, des artistes en scène, de l'affiche, des résumés... C'est, en quelques sortes, le règne des idées préconçues.

Le potentiel événementiel concerne, pour sa part, la scène... le spectacle en lui-même, l'image scénique. À partir de celle-ci, tout un développement est possible, toutes les avenues sont disponibles. C'est la fébrilité du regardeur, ce qui le fascine et le retient. C'est le règne de la maîtrise des praticiens.

Le théâtre, l'art et la vie sont une juste conjugaison de ces deux notions. Et c'est ce qui parfois déçoit, parfois enthousiasme...

mardi 2 septembre 2008

Textocentrisme


Pour faire suite à mon billet portant sur le texte et la scène (Entre le texte et la scène, mardi 26 août 2008), voici un petit commentaire - tout aussi instructif que clair - de Daniel Couty, auteur du magnifique ouvrage Le Théâtre, paru aux Éditions Bordas en 1996:

Le texte est un système de signes ou de pratiques signifiantes destinés à s'articuler avec un autre système de signes et de pratiques signifiantes qui est celui de la scène.

On peut donc affirmer que le rapport entre l'écriture textuelle et l'écriture scénique est un rapport de complémentarité, de concurrence ou de conflit, mais en aucun cas un rapport de soumission ou de prééminence.
C'est probablement, pour ma part, la meilleure définition écrite, la plus nette et la plus concise des synthèses sur le sujet.
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Par ailleurs, si un metteur en scène peut se permettre de faire abstraction des indications scéniques et autres disdascalies (toutes émanant de l'auteur), pourquoi ne pourrait-il pas avoir le même type de relation libre avec le corps dialogique?

Un grand metteur en scène - dont j'oublie malheureusement le nom! - répondait ainsi à un journaliste le questionnant sur sa relation à l'auteur: "Je ne joue pas un texte; je joue avec le texte."

Personnellement (et je parle ici en tant que praticien qui écrit), je considère le texte comme un élément scénique parmi d'autres (déhiérarchisation) qui offre, à l'instar de ceux-ci, la possibilité d'être, au besoin, exploré, retravaillé et repensé. C'est, je crois, le priver de son potentiel créateur que de l'enfermer, de le circonscrire obstinément dans cadre fixe posé par l'auteur.

En attendant d'autres coupures...

Rappel

Important rassemblement contre les coupures budgétaires en culture du gouvernement Harper
À Québec, le mercredi 3 septembre à 11h à la Place Royale.

Pour la région du Saguenay - Lac-Saint-Jean
Un autobus nolisé partira du bureau du CRC de Saguenay
(situé au 194 rue Price Ouest, Chicoutimi)
À 8h00 (Le départ de Québec est prévu pour 15h)
Gratuit. Les place sont limitées, premier arrivé, premier servi


Réservations nécessaires auprès de Catherine Doucet
à communication@crc02.qc.ca ou 418 543-5941 poste 232
au plus tard le
mardi 2 septembre 11h .

L’invitation est lancée par le Mouvement pour les arts et les lettres et le Conseil régional de la culture à tous les artistes, artisans et travailleurs culturels et amis des arts et de la culture du Québec .

Apportez vos affiches, instruments de musique, costumes, macarons…. Identifiez-vous!

Un pavé dans la mare

La Duse, par Repin, 1891

J'ai déjà parlé, dans un autre temps et un autre lieu, de la Duse... considérée comme l'une des plus grandes actrices de son temps et donc, rivale de Sarah Bernhardt, à qui elle voua cependant une admiration profonde. (Wikipédia) Elle a fasciné plusieurs générations de praticiens...
Immense talent, immense orgueil... et elle pratique son art dans une période charnière de l'histoire du théâtre: l'intense période de remise en question, de recherches, de naissance de la mise en scène, entre 1876 (son premier succès) et 1923.
Peut-être est-ce les conjonctures (ou conjectures?): l'illusionisme de l'époque (le culte de la vedette théâtrale contre lequel s'est acharné le naturalisme et autre mouvement en -isme); Henrich Von Kleist son manifeste Sur les marionnettes; Edward Gordon Craig et son concept de sur-marionnette; Meyerhold et la biomécanique... Toujours est-il que le rôle de l'acteur est repensé, restructuré, discuté.
Pourtant, de tout ce que j'ai trouvé sur le sujet, le point de vue le plus radical (si on y excepte Artaud) vient de cette dame magnifique: Pour sauver le théâtre il faut le détruire; il faut que tous les comédiens et toutes les comédiennes meurent de la peste... ce sont eux qui font obstacle à l'art.
Comme radicalisme, on ne peut guère faire mieux.