mardi 28 octobre 2008

La morale de cette histoire...


La plus belle humilité théâtrale survient lorsque nous devons animer un atelier devant et pour un groupe d'enfants.

Ils sont parfois curieux, spontanés, prêts à tout, enthousiastes... Le travail avance rondement, avec efficacité, dynamisme et plaisir. De véritables petites merveilles surgissent.

Ils sont aussi parfois turbulents et indifférents... et probablement fort influençables par la température. Il arrive que le contact ne peut se faire entre l'animateur et les participants. La période allouée pour l'atelier devient alors pénible et prend les allures d'un combat incessant entre discipline et explications. Le plan de travail devient inutile et rien ne semble accrocher les enfants qui n'en font qu'à leur tête.

Ces jours-là (ou ces soirs, comme hier avec mon groupe du 100 Masques!), nous nous demandons, avec une pointe de découragement et de regret, ce que vaut notre connaissance et questionnons notre capacité à enseigner quelque chose de cohérent.

Puis reviennent les mots de Genêt que je paraphrase ici ne trouvant plus la note originale: on ne peut enseigner le théâtre aux enfants, on ne peut que les enflammer! Et cette maxime résonne alors comme un défi permanent qui permet de poursuivre avec conviction et intérêt cette vocation de transmission.

Que mes petits monstres se le tiennent pour dit!

lundi 27 octobre 2008

PHÈDRE, Acte I scène 3

La Mort de Phèdre a été réalisée
par l'artiste Girodet De Roussy-Trioson Anne-Louis (1767 - 1824)

Voici, pour moi, l'un des plus beaux (et des plus tragiques) passages amoureux du répertoire classique, écrit par Jean Racine et récité par sa douloureuse Phèdre... celui où celle-ci décrit, dans toute sa fureur, tout l'amour qu'elle porte pour son beau-fils Hyppolite:

Mon mal vient de plus loin. A peine au fils d'Egée
Sous les lois de l'hymen je m'étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait s'être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables.
Par des voeux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l'orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée,
D'un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l'encens :
Quand ma bouche implorait le nom de la Déesse,
J'adorais Hippolyte ; et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer,
J'offrais tout à ce Dieu que je n'osais nommer.
Je l'évitais partout. O comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
Contre moi-même enfin j'osai me révolter :
J'excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l'ennemi dont j'étais idolâtre,
J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre ;
Je pressai son exil, et mes cris éternels
L'arrachèrent du sein et des bras paternels.
Je respirais OEnone, et depuis son absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l'innocence.
Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaine précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
J'ai revu l'ennemi que j'avais éloigné :
Ma blessure trop vive a aussitôt saigné,
Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C'est Vénus tout entière à sa proie attachée.
J'ai conçu pour mon crime une juste terreur ;
J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur.
Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire;
Et dérober au jour une flamme si noire :
Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats ;
Je t'ai tout avoué ; je ne m'en repens pas,
Pourvu que de ma mort respectant les approches,
Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproches,
Et que tes vains secours cessent de rappeler
Un reste de chaleur tout prêt à s'exhaler.

Encore...


Eh bien... c'est reparti... enfin presque!

Radio-Canada vient de confirmer (après les fuites d'hier sur LCN), selon des sources sûres, la tenue d'élections générales provinciales pour le 8 décembre.

Quelle place la culture occupera-t-elle dans celles-ci? Probablement infime, si l'on prend en compte l'imminente crise économique. Au plus, quelques lignes dans les plateformes électorales...

Le choc des générations


Courriel d'un lecteur - ma foi! - assidu que je me permets de placer ici pour l'intérêt du sujet qui me préoccupe beaucoup.

En commentaire aux dernières interventions sur ton blog concernant le colloque et la non-présence ou la quasi-absence des étudiants.

Les événements artistiques ou critiques n'existent que pour ceux que le sujet intéresse; il ne faut pas être naïf.

L'absence d'étudiants ne se justifiera jamais car cela est impossible à justifier... on ne peut forcer l'intérêt; tout au plus peut-on, dans les limites des libertés humaines "fortement conseiller" ou encore créer des événements de groupe où chacun se retrouve "mis en évidence", donc présent par obligation morale.

Deux ou trois étudiants s'intéressent à Tchekhov ?!! Bravo !! Tant mieux !!! Que certains n'aient aucun intérêt dans quoi que ce soit ? Là se trouve la véritable inquiétude, car sans une once d'intérêt on n'a pas un soupçon de culture ou de ce qu'elle représente.


Et puis la relève ? Elle est là, elle arrive, sans doute à mon goût trop polie, et calme, mais sans véritable goût semble-t-il (je peux me tromper) de vraiment foncer dans le tas. Mais il ne faut pas être aveugle, plusieurs travaillent déjà fort et prennent peu-à-peu la place qui leur revient... certaines choses de la vie demandent du temps; c'est comme ça.

Combien y avait-il de jeunes professionnels du théâtre présents vendredi ? Plusieurs parce qu'ils y jouaient un rôle, "celui d'être du colloque" ou de participer à une action artistique... on leur avait appris à comprendre et à apprécier.

Peut-être faudrait commencer à former des spectateurs plutôt que des artistes ? Un baccalauréat en voyeurisme artistique... je sais, trop ironique.

Faut que jeunesse se passe, disait-on à une autre époque pas si lointaine... mais la jeunesse passe vite, très vite, on le sait quand elle est passée et ne survivent dans ces métiers des arts et de la culture que ceux/celles qui déjà apprennent à brûler la chandelle par les deux bouts... c'est déjà bien il me semble.


Merci.

D'un côté, oui, il faut avoir confiance envers ceux qui arrivent... et pourtant, en même temps, il devient si désespérant et/ou décourageant et/ou démobilisant de tenter de les secouer...

 

dimanche 26 octobre 2008

La semaine théâtrale... 12

C'est la dernière semaine pour voir La Cerisaie de Tchekhov (qui, décidément..., est devenue le principal sujet de mon blogue ces derniers temps!) produite par Les Têtes Heureuses. Plus que quatre représentations: jeudi, vendredi et samedi à 20h et dimanche à 14h.

Ce mercredi-ci, soit le 29 novembre, le Théâtre du Saguenay présente une production du Théâtre Voix d'accès: Le dîner de con (objet d'une pièce de théâtre et d'un film dont le succès ne se dément pas...)


Samedi, le 1er novembre, à 13h30, La Rubrique présente, pour les 3 à 7 ans, Le Saut de l'Ange du Théâtre Maât (Belgique). Il en coûte 8.50$ pour tous. Là haut si haut, dans le bleu du bleu, dans la douceur des nues, vivent les anges… Dans la blancheur des cieux apparaissent des plumes rouges, bleu vif, vertes et oranges… dans le silence sonnent les trompettes… Une nouvelle naissance est annoncée. Un petit ange sort d’un ventre de coton… Il n’a pas encore d’ailes. Il ne sait pas encore jouer du violon. Il sait déjà bouger, rebondir et gazouiller. Et il grandit, au bord du monde, au bord du vide. Dans ce vide volent des avions et des oies sauvages et grandissent les envies d’escapade et d’évasion. Mais avant de faire le grand saut, il faudra apprendre à voler de ses propres ailes! Il faudra découvrir ses dons et les exploiter, il faudra apprendre à jouer avec les autres tout en étant soi-même, unique et irremplaçable…

C'est donc là tout ce qui se passera cette semaine... je crois... à moins qu'il y ait autre chose!

samedi 25 octobre 2008

De l'amour et des griffes [journal d'une mise en scène]


Retour en salle de répétitions avec les participants de cette troisième production du Théâtre Mine de Rien de l'UQAC après deux semaines de relâche (cette production, De l'amour et des griffes, est, je le rappelle, un assemblage de deux textes différents: Les Boulingrin de Courteline et Le Défunt de Obaldia).

Revenir à un spectacle après tant de temps requiert un enthousiasme et un plaisir qu'il faut parfois, malheureusement, artificiellement attiser. Non pas que l'équipe soit difficile ou le projet inintéressant... Juste que les paramètres de celui-ci ne correspondent pas à une nécessité de création.

En l'état des choses, et en toute intégrité envers mon engagement premier, à quoi alors puis-je m'accrocher? Principalement à deux choses: la gratification de la transmission, le transfert de la passion théâtrale et l'occasion de préciser une façon de travailler, de diriger les comédiens.

Alors, dans cette veine, les heures allouées cette après-midi ont été consacré à la révision des 6 premières scènes (sur 7) pour trouver, comme l'exige fortement le genre vaudevillesque, le rythme... rythme qui est soutenu par les gestes précis, les dialogues vifs et les déplacements clairement fixés. Une mise en espace essentielle et terriblement nécessaire.

En somme, il s'agit véritablement d'un travail mécanique. D'un échafaudage scénique (à lequel se greffera l'esthétique) duquel devra émerger le personnage.

Il ne reste que quatre semaines de répétitions.

Bref retour sur le colloque des Têtes Heureuses


Une trentaine d'intéressés du théâtre sont venus au colloque des Têtes Heureuses: La vie même (jouer Tchekhov).

Avant d'aller plus loin, quelques mots sur quelque chose qui me tourmente... même si le sujet a été l'objet de quelques billets antérieurement. En fait, pour résumer, une seule question: où sont les étudiants? Aucun étudiant du B.I.A. (outre deux exceptions), aucun étudiant du B.E.A. (outre une exception) et pire, aucun ancien diplômé des récentes cuvées... D.P., dans son blogue Spécial du jour, pose la question de la relève dans son dernier billet (que vous pourrez lire ici). La situation (prise dans un sens plus large) devient plutôt très critique...

Donc, le colloque (en mode résumé, n'ayant pas mes notes avec moi):
  • ouverture avec Jean-Pierre Vidal, le spectateur des Têtes Heureuses depuis toujours, pour parler de La Cerisaie, du principe poétique de Jacobson, de la profondeur de champ, du texte... conférence intelligente à la hauteur de ce professeur émérite;
  • s'ensuit un présentation de Denise Noreau autour du Projet Sakhaline, spectacle de marionnette présenté à Québec (au Lantiss) dans un castelet électronique, dont le sujet est le voyage de Tchekhov vers les bagnes de Sakhalinel. Probablement projet intéressant, malheureusement, il est difficile, sans aucun matériel visuel, de s'en faire une image précise...;
  • passage à la Galerie l'Oeuvre de l'autre pour une performance-théâtrale de Carol Dallaire, artiste invité pour l'exposition organisée dans le cadre de l'événement Tchekhov, mettant en scène, entre les arrangements sonores de Janine Fortin et la voix de Maude Cournoyer, la Lettre d'un personnage à son auteur, La fin des illusions?... un des moments fort de cette journée;
  • retour au Petit Théâtre pour une discussion avec Rodrigue Villeneuve et la distribution portant beaucoup sur le processus de création de cette Cerisaie;
  • intermède musical avec les chanteuses Natalya Thibeault, Caroline Tremblay accompagnée par Céline Perreault nous plongeant, en cinq morceaux, dans le répertoire russe, contemporain (si je ne m'abuse) de Tchekhov;
  • repas dans ce qui est communément appelé l'Aquarium... pour nous éviter (à Hélène Bergeron et à moi) de faire la maintenance d'un repas qui nous coupe ainsi la majeure partie du colloque;
  • reprise en après midi, avec une présentation de Jean-Paul Quéinnec portant sur une oeuvre de Nikita Mikhalkov, Partition pour un piano mécanique, adaptation cinématographique du Platonov de Tchekhov, pour illustrer le mouvement, le découpage séquentiel des oeuvres de cet auteur;
  • arrivée attendue de Mustapha Fahmi qui, dans une vue perpectiviste, lance un débat animé 9et sur une lecture écologique de La Cerisaie;
  • enfin, le dessert, Roland Lepage - auteur (entres autres du monument théâtral québécois Le temps d'une vie et des scénarios de La Ribouldingue), metteur en scène, comédien et ancien directeur artistique du Trident - qui, du haut de ses 80 ans, fait un tour de sa mémoire pour en extirper ses rendez-vous tchékhoviens.
Ces colloques permettent réellement de suspendre le temps, pendant une journée, pour se concentrer, discuter, penser, réfléchir sur un thème particulier... et c'est aussi ça, le théâtre.

vendredi 24 octobre 2008

De retour


Bon, me voici de retour de Québec... enfin, presque. Je me replonge donc dans le monde du théâtre de belle façon ce jourd'hui, en assistant (façon de parler...) au colloque des Têtes Heureuses autour de Tchekhov!

C'est ouvert à tous!

J'en reparlerai dans quelques heures!

lundi 20 octobre 2008

La Cerisaie... ce qu'on en dit

Voici les deux premiers articles parus au sujet de La Cerisaie:

Enchantement de La Cerisaie, blogue de D., Spécial du Jour
La Cerisaie: une troublante similitude avec la réalité, Daniel Côté, Le Quotidien (version incomplète), samedi, 18 octobre 2008.

La Cerisaie d'Anton Tchekhov, production Les Têtes Heureuses
Marie Villeneuve, Christian Ouellet, Sara Moisan
Photographie: Sylvain Dufour, Le Quotidien

La semaine théâtrale... 11


Qu'est-ce qui se passe cette semaine dans le merveilleux monde du théâtre saguenéen...

Mercredi, le 22 octobre, le Théâtre La Rubrique (en collaboration avec le Théâtre du Saguenay) présente Théâtre extrême (une vraie fausse course à la chefferie), une production du Théâtre du Vaisseau d'or (Montréal).

Les Têtes Heureuses présentent La Cerisaie de Tchekhov pour une seconde semaine,du 23 au 26 octobre - soit les jeudi, vendredi et samedi à 20h de même que le dimanche à 14h, au Petit Théâtre de l'UQAC.

Dans la même ordre d'idée (et dans le cadre de l'Événement Tchekhov), les Têtes Heureuses organisent également, le vendredi 24 octobre (à compter de 9h au Petit Théâtre) leur colloque annuel dont le thème est, cette année, Tchekhov: la vie même. L'entrée est libre et permettra d'entendre Messieurs Mustapha Fahmi, Jean-Pierre Vidal, Jean-Paul Quéinnec, Rodrigue Villeneuve, Carol Dallaire, Madame Denise Noreau, les comédiens et les chanteuses Caroline Tremblay et Natalya Thibeault.

samedi 18 octobre 2008

Petit théâtre en papier mâché

Petites vidéos sur le théâtre du Trianon où aimait paraître Marie Antoinette, dernière reine de France... bel exemple du factice et de l'illusionisme de cette fin du XVIIIième siècle.



vendredi 17 octobre 2008

Autour du quatrième créateur


Théâtre pointu, conceptuel, hermétique, pour initiés, pas assez populaire, universitaire, etc.

Je suis de ceux qui croient en l'intelligence du spectateur, en sa capacité de compréhension, d'assimilation des concepts, d'intégration des conventions lors d'une représentation.

L'art n'a pas pour but (du moins je l'espère!) d'abrutir mais plutôt d'élever les âmes.

Il faut savoir faire confiance à cette intelligence - qualifiée de quatrième créateur (après l'auteur, le metteur en scène et l'acteur) par Meyerhold - se méfier du nivellement par le bas dans le but d'atteindre la plus grande masse (il faut aussi, d'ailleurs, savoir éviter le piège de l'hermétisme gratuit...). Le spectateur moyen mérite de se faire considérer comme un interlocuteur ouvert et réceptif. C'est donc à une intelligence développée qu'il faut se référer. Une intelligence collective qui sait suivre, lorsque le projet est sincère et intègre, plusieurs voies. Peut-être est-ce exigeant, je l'admets... mais je crois aussi qu'une telle exigence est un signe de respect envers les spectateurs.

Que tous ne comprennent pas la même chose, mais que chacun comprenne quelque chose... Tel est ce qui importe le plus au théâtre, disait (et dit encore!) Daniel Mesguish. La réception théâtrale peut être quelque chose d'infiniment subjectif et c'est tant mieux. À trop chercher la pensée unique, à trop insister pour imposer une vision, il est risqué de passer à côté de la magie du théâtre, de sa force comme créateur de sens et d'images.

Après le spectacle, il reviendra au spectateur le loisir de réfléchir, de questionner, de (re-)faire sens... et ainsi aussi grandira le théâtre.

Peut-être, qu'à la toute fin, il n'aimera pas... et c'est son droit.