mercredi 4 mars 2009

L'ORDRE DU MONDE [carnets]

En enchaînement de la première partie (3 mars 2009)
Photographie: Jessica B. Pinard

Quatrième journée (14h-17h / 18h-21h)

Les journées se suivent et se ressemblent (fignolage de l'espace et de l'esthétique, ménage, enchaînements et discussions) et pourtant...

Aujourd'hui, nous nous sommes rapprochés du ton que j'ose espérer idéal. Du moins, pour mon oreille d'auteur et pour mon regard de metteur en scène.

Après quelques placements et un premier enchaînement en après-midi, nous avons pris le temps de repasser tout le texte en précisant les intentions, le but de chaque réplique. Bon. Encore plein de questions auxquelles la recherche et l'exploration ne répondent pas, ou pas assez... ou peut-être même mal... Qui sait? Peut-être tous ces questionnements - qui ne se transforment pas en doute (encore...), dieu merci! - forment-ils pourtant un obstacle de taille: donner dans le cérébral au lieu de faire... Malgré tout, il règne une très bonne ambiance: l'équipe (tant les concepteurs que les comédiens) est fort agréable à vivre.

Nous avons pris un peu de temps pour tester, en fin d'après-midi, quelques éclairages et quelques propositions sonores... Ce dossier reste encore ouvert...

Pause souper (avec l'aimable générosité du commanditaire du jour: La Charcuterie de la Gare).

À la reprise, nous avons fait un nouvel enchaînement à partir des notes des heures précédentes... Malheureusement, les pensées des interprètes tournaient peut-être beaucoup autour de celles-ci... et le résultat était un peu de travers. Après quelques recontextualisation, après quelques retour sur des moments précis, nous nous sommes lancés - cette fois avec le plaisir de l'abandon - dans un dernier (pour la journée!) filage.

La (saine) confiance s'installe peu à peu...

mardi 3 mars 2009

L'ORDRE DU MONDE [carnets]

Photographie: Jessica B. Pinard

Troisième journée (14h-17h / 18h-21h)

Cette journée (pré-répétition!) a débuté par la mise en place de l'espace (magasinage, tests, choix, réalisation)... après que nous ayons vu notre salle emplie de chaises se faire à demi vider parce qu'il en manquait dans un autre local du Centre des arts...

Les idées fusaient de toutes parts... pour aboutir à un résultat intéressant.

Avec l'arrivée des comédiens, le travail esthétique a fait place aux répétitions... qui prennent toujours la même forme: enchaînements avec recherche d'intentions. La seule différence, c'est que désormais, nous travaillons sur un canevas de mise en scène (de mise en place) qui se cristallise de plus en plus... tout en essayant d'y garder une souplesse.

Pause souper (avec l'aimable générosité du commanditaire du jour: Sorrento).

Par la suite, poursuite du travail, sous les regards de deux étudiants du Cégep de Jonquière et de Jean-François Caron du Voir...

En général, le travail avance bien. Il reste toujours l'écueil de la lourdeur du texte... particulièrement de la seconde partie... et de la dynamique aléatoire de la première. Mais nous y veillons!

Qu'est-ce qu'un choeur?

J'aime bien ce genre de définition... tirée d'un article de la revue Théâtre/Public (ou était-ce Alternatives théâtrales?) sur le thème de la choralité (mode scénique que j'apprécie beaucoup):

Le choeur n'est pas un effacement, mais une accumulation d'identités, avec toutes les tensions que cela peut engendre. [...] Il montre des individus qui cherchent à s'en échapper, et qui finissent toujours par y être à nouveau absorbés.

[...] Le travail choral laisse très peu d'espace à l'acteur. C'est un exercice de virtuosité, qui demande d'être toujours en alerte et en osmose avec le groupe. Cela ne peut exister qu'avec une discipline et une disponibilité totale.

(Patrick Somnier, Le choeur chez Dodine)

lundi 2 mars 2009

L'ORDRE DU MONDE [carnets]


Seconde journée (14h-17h / 18h-21h)

Cette deuxième journée fut éprouvante... bien que fructueuse...

Fructueuse parce qu'avec Jessyka et Marilyne, nous nous sommes entendus sur un espace installatif composé de chaises et d'ampoules bleues... Une immense salle (!) emplie de chaises... Le vide théâtral, le gouffre du spectateur...

Éprouvante parce que nous nous sommes plongés concrètement dans le travail, à la recherche du ton juste, de la forme la plus efficace du vide existentiel au coeur de ce projet. Peut-être est-ce la partie la plus stimulante... et la plus complexe.

Si la première partie s'avère complexe dans son exécution (au point de finalement faire un découpage non pas de distribution mais d'intentions), dans sa dynamique, dans la synergie intrinsèque entre les trois protagonistes, la seconde (un très long monologue) se heurte à la littéralité du texte: qu'est-ce qui se dit? à qui? pourquoi?

Et la grande question: comment le vide existentiel se concrétise-t-il dans toute la création?

Le plus grand danger: tomber dans le psychologique... dans des considérations qui s'éloignent définitivement du texte.

Pause souper (avec l'aimable générosité du commanditaire du jour: Tsing-Tao).

Le retour au travail en soirée (toujours difficile) s'est fait dans la même veine que celui des heures précédentes: recherche de tons et d'intentions...

Enfin, dodo.

L'ORDRE DU MONDE [carnets]

Photographie tirée du site Un jour, une photo... un Blog

À venir aujourd'hui: tentative de conception spatiale... dans lequel nous pourrions évoluer...

Mon souhait: créer dans une installation et non pas dans un décor... que l'espace participe à l'oeuvre... pour ne pas dire que celui-ci forme une oeuvre en soi...

La nouvelle configuration de la salle Murdock ouvre définitivement les possibilités (malgré les contraintes de gradins que cela peut supposer...)!

dimanche 1 mars 2009

L'ORDRE DU MONDE [carnets]

Dessin tiré du site Grandpapier.org

Première journée (9h-12h / 13h-16h)


Cette résidence est désormais enclenchée.

Comme entrée en la matière, ce matin, les comédiens se sont prêtés à un exercice périlleux (d'autant plus que le texte de la première partie n'a pas de découpage...): jouer la pièce en entier, sans texte, sans travail préalable. Expérience cruelle sans doute pour les interprètes... mais pourtant fort enrichissante parce qu'elle donne une idée globale de la compréhension qu'ils se font du projet, du contexte, et ce, tout en établissant un (malgré tout!) solide canevas de base sur lequel construire le spectacle...

Des questions? Beaucoup... mais sans impasse.

Par la suite, nous nous sommes attablés pour discuter des enjeux de cette création: le vide (émotionnel, existentiel, physique, philosophique), le mince jeu sur la ligne entre la distance et la monotonie, l'exploration de codes théâtraux propres à représenter ce thème (regard vide, geste avorté, parole abyssale...), etc. Si de prime abord cette discussion semble hermétique et rébarbative, elle a cependant permis de cerner le cadre de recherche pour les prochains jours.

Pause dîner (avec l'aimable générosité du commanditaire du jour: la Rôtisserie Thibeault).

Cette après-midi, nous avons accueilli nos premiers visiteurs: Élyse Laflamme et quelques étudiants du programme Arts et Lettres (théâtre) du Cégep de Jonquière qui nous suivront tout au cours de la semaine.

Le travail s'est fait en deux temps... Après avoir commencé une ébauche de la seconde partie (dont le principal danger est de tomber dans la monotonie), nous avons fait diverses explorations interprétatives de la première partie (dont la difficulté consiste en le non-découpage du texte)...

La création est maintenant entamée.

La semaine théâtrale

Encore une petite semaine assez occupée...

Lundi et mardi - 2 et 3 mars 2009
Local H-3006 du Cégep de Chicoutimi, 20h

Le collectif Texentrique présente de nouveau sa production Pas moi, juxtaposition de ce texte de Beckett avec un autre de Guitry, Je sais que tu es dans la salle. Pour avoir d'autres impressions sur ce spectacle mis en scène par Frédéric Moreau (avec Marie-Ève Gravel), cliquer sur ce lien.


Jeudi, vendredi et samedi - 5, 6 et 7 mars 2009
Salle Murdock, 20h

Le Théâtre 100 Masques présente L'ORDRE DU MONDE éclats scéniques [fluctuations dramatiques sur fond existentialiste amplifié] de Dario Larouche (qui, ô surprise!, signe aussi la mise en scène... faite en contexte intensif!). Pour plus de détails, consulter les billets précédents (et les billets futurs!).

Samedi - 7 mars 2009
Salle Pierrette-Gaudreault, 20h30


L'eau du bain présente Par la fenêtre, la forêt, un texte d'Anne-Marie Ouellet, mis en scène par Dany Lefrançois. Conçue entre Saguenay et Montréal, cette création théâtrale a été présentée l'hiver dernier dans la métropole et y sera repris lors de l'édition 2009 du Festival Vue sur la relève. [...] La vie après la vie, c'est la vie vague. Pour l'apercevoir, il faut plisser un peu les yeux. Solange est issue d'une longue lignée de familles nombreuses. Elle a, elle aussi, enfanté plus qu'il n'est possible. Un jour, elle sort de sa vie et dehors il neige. Elle quitte homme, enfants, village et se retrouve dans ce qui ressemble à une maison abandonnée où, tour à tour, les objets s'animent. Là, elle remâche des fragments d'histoires pour tenter de les digérer enfin, pour une certaine survie.

Bonne semaine... et si j'oublie un truc, n'hésitez pas!

samedi 28 février 2009

L'ORDRE DU MONDE [carnets]

L'ORDRE DU MONDE se fera en contexte de résidence intensive (tant qu'à faire dans le pléonasme...) la semaine prochaine. Soit. Mais au fait, qu'est-ce qu'une résidence? Quels sont les spécificités d'un tel mode de création?

De prime abord, une résidence est en quelques sortes, une invitation à créer et un pari... qui induit une notion d'inconnu, de découverte, de risques. [...] Elle induit également une notion de changement [...] pour le porteur du projet mais aussi pour l'artiste.

Le concept de résidence comporte également deux dimensions nécessaires: un lieu (de travail, de représentation et de rencontre) et un temps (de création, de rencontres) limité. Il y a un avant et un après. La résidence induit un changement.

Être un soutien à la création et permettre l'échange autour de la création sont les deux objectifs fondamentaux du principe de résidence. D'où l'importance du spectateur qualifié, jadis par Meyerhold, de «quatrième créateur». Les autres objectifs sont définis par l'artiste et par l'organisme porteur. Dans le cas du projet présent, il s'agit de tester une nouvelle écriture, de chercher une forme à l'élaboration du vide existentiel.

Généralement, une résidence implique aussi un volet sensibilisation auprès de public-cible.

C'est donc dans ce cadre particulier que s'élaborera cette nouvelle création.

(Définitions tirées du document en lien)

vendredi 27 février 2009

L'ORDRE DU MONDE [carnets]


Plus que deux jours avant de commencer.

Le travail qui débutera à compter de dimanche n'est pas à proprement parler un work in progress, dans le sens où dès le début des représentations, il y aura un spectacle fini. Les jours suivants ne faisant plus partie du processus de création, mais plus d'un travail de fond sur une base déjà définie.

Chacune des représentations aura son intérêt.

Alors de grâce! N'attendez pas le dernier soir pour assister à l'une de celles-ci! Chaque soir aura sa propre couleur, j'imagine. La première représentation verra un spectacle abouti (dans la mesure du possible)... et les jours suivants, il y aura des modifications, sans doute... mais pas de changements extrêmes... à moins que, justement, il y ait de ces dits changements... ce qui revient à dire qu'il n'y aura pas de meilleur soir qu'un autre et que chacun vaudra la peine d'être vu!

jeudi 26 février 2009

Du nouveau à la Salle Murdock...

La salle Murdock, lors des Précieuses ridicules (TCM 2003)

La Salle Murdock du Centre des arts et de la Culture de Chicoutimi se refait une beauté. Exit ces gradins bancals de couleur bois pâle et turquoise de chaque côté de la salle... avec un espace central immense et des gardes encombrants qui viennent avec!

Tout a été enlevé.

Désormais, il y a un escalier fixe pour se rendre à la régie technique. Puis des chaises qui pourront permettre une meilleure souplesse au lieu. Du moins, tant qu'il y a un accès à des praticables pour soulever les rangées de derrière...

Bref, une nette amélioration.

L'ORDRE DU MONDE [carnets]

«Cathédrale de chaises» par Tadashi Kawamata, Production Pommery

L'ORDRE DU MONDE... Des actrices, des chaises, des cigarettes. Des paroles répétitives et des gestes avortés... Un homme, une femme... et Boris Eltsine. Entre tous, le vide. L'impression de vide. L'abnégation. Et puis... rien.
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Petites questions d'ordre scénographique (parce que ce sera l'une des questions principales dans les premières minutes de cette résidence!): L'ORDRE DU MONDE doit se jouer dans quel espace? Y en a-t-il seulement un? Doit-on forcer pour en créer un? Advenant le cas que nous choisissions de répondre par l'affirmative aux deux dernières questions, que représente ce dit espace?

Taïrov, metteur en scène russe contemporain de Meyerhold mais sans son envergure, a tout de même lancé une formule qui peut être intéressante... et qui, sous l'apparente simplicité, dévoile une conception complexe du théâtre: Le lieu de l'action est un préjugé qu'il faut éliminer. Il n'est pas d'autre lieu de l'action au théâtre que la scène (in Théâtre russe et soviétique, p.105).

Derrière cette évidence se pose alors la question du sens de cet espace., tout aussi vide soit-il. Puisque tout sur scène ne doit pas être fortuit (dixit et Jarry et Meyerhold), la sémiotique doit être omniprésente... du moins, elle le devrait.

Pris dans ce sens, je me rappelle (avec l'extrait sous les yeux!) cette mise en garde de Daniel Jeanneteau, scénographe de Claude Régy (metteur en scène contemporain français qui a monté, entre autre, le 4:48 avec Isabelle Huppert): Ne rien représenter, ou plutôt s'attacher à ce que la représentation ne fixe rien qui s'imposerait à notre faculté de voir. Pour accueillir la parole, l'espace doit éviter le sens, induire une certaine conformation du sens, mais pas encore le sens lui-même. Ce n'est qu'après, sous l'effet du sens émis par la parole, que l'espace peut offrir de se charger, et s'emplir de signification. (in Actualité de la scénographie, no.100, mai 1999)

Il y aura donc un travail fort intéressant à faire dans ce contexte intensif!

mercredi 25 février 2009

Les mensonges de l'art


Au théâtre - celui que je fais... - j'ai toujours aimé la stylisation, la re-création d'un monde avec ses propres règles pour dire (pompeusement) le monde. C'est le règne du code et de la convention.

En cela, je rejoins plusieurs praticiens:

L'art reflète la Vie, mais la vie reproduite dans une oeuvre d'art est soumise aux lois de l'Art.
Vsevolod Meyerhold, metteur en scène russe (1885-1941)

Seuls les mensonges de l'Art disent les vérités de la Vie.
Jean Cocteau, auteur (1889-1963)

Il faut aller au bout de l'insolence et de l'étrangeté pour mettre en branle les décalages qui constituent la nature même de l'acte théâtral.
Jean Genêt, auteur français (1910-1986)

Le spectacle de théâtre [...] atteint sa propre réalité parce qu'il a un langage artificiel - c'est-à-dire fabriqué avec art - qui va nous amener ailleurs.
Jean-Pierre Ronfard,
metteur en scène québécois (1929-2003)


Je préfère penser la forme d'abors, la coquille se remplira ensuite. C'est peut-être moins sincère, mais c'est plus vrai.
Jean Asselin, directeur artistique d'Omnibus