mercredi 25 mars 2009

Le théâtre, droit de cité?


Dans l'imaginaire un peu surfait du monde occidental, le théâtre antique était résolument lié à la cité duquel il émergeait. Ces représentations qu'on dit avoir été données deux fois par an (en l'honneur de Dionysos) réunissaient tous les citoyens venus chercher au théâtre l'écho des questions politiques ou métaphysiques qu'ils se posaient (M.-C. Hubert, Le Théâtre).

Quelques années plus tard (un peu moins d'un millénaire plus tard), dans le tout aussi surfait Moyen Âge, le théâtre était encore et toujours affaire de cités entières qui mettaient à profit tous leurs corps de métiers pour présenter les grands mystères religieux qui se jouaient parfois sur plusieurs jours: Plus que le roman, la poésie, le théâtre est la chose du peuple. Il est oeuvre collective (Robert Pignarre, Histoire du théâtre) Son oeuvre était didactique et constituait (un peu comme lors de la révolution russe du début du XXième siècle), le principal médium de masse...

Puis le théâtre devint aux époques renaissante, classique et moderne, affaire de classe, affaire de philosophie, affaire de combats et d'affirmation, affaire enfin de tous les ismes qui se sont succédés (réalisme, naturalisme, surréalisme, etc.) à la recherche (et pour la dispersion) d'un public toujours plus absent, tout occupé qu'il était par les diverses et nouvelles sollicitations (cinéma, internet, etc.) qu'il subissait.

Encore quelques années plus tard et cet art aboutit ici, sur les rives du Saguenay (et du fleuve Saint-Laurent)... tributaire d'une tradition nord-américaine axée davantage sur le loisir et le divertissement. Pire! Axée sur la rentabilité et l'économie. D'où le malaise ressenti lorsque ces questions se bousculent entre deux créations: pourquoi le théâtre? pour qui?

Si dans cette ville (et cette province) c'est par la culture que ça se passe, nous sommes pourtant loin du théâtre service public tel que préconisé par Vilar dans les années 50 en France. Ici, le théâtre n'est pas service public... mais produit culturel... et produit économique quand avec une piasse, les artistes en font dix! Ici, on ne s'adresse pas tant à une masse populaire mais à une jauge de salle qu'il ferait bon remplir pour le plaisir des subventionnaires. Ici, le théâtre n'a d'autres ambitions qu'être. D'où le retour de ce malaise lorsque ces questions se bousculent entre deux créations: pourquoi le théâtre? pour qui? À laquelle s'ajoute celle-ci: et que doit y tirer la Ville (ou la province, ou le pays)?

mardi 24 mars 2009

Nouveau théâtre saguenéen

Émerge de la masse et de la nouveauté le Théâtre À Bout Portant, animé par Vicky Côté, qui roule sa bosse un peu partout dans le monde... Petite vidéo de présentation:

Le rôle de l'acteur

Marcel Moore, Portrait of Georges et Ludmilla Pitoëff, Paris
(Extrait du site Acting Out, Claude Cahun and Marcel Moore)

Décidément, ce recueil de textes sur le théâtre colligé par Odette Aslan (L'Art du théâtre, éditions Seghers, 1963, Paris) est une fort belle trouvaille qui devrait se trouver dans toute bonne bibliothèques... par la quantité de textes divers provenant de tout autant d'auteurs différents (auteurs, théoriciens, philosophes, comédiens, metteurs en scène, etc.), de toutes les époques de l'histoire dramatique, de tous les styles possibles et de tous les courants... Un tour d'horizon théâtral condensé qui ratisse très large en quelques chapitres:

- Définition du théâtre, esthétique, moralité
- Arts poétiques, témoignages d'auteurs
- Les interprètes
- Techniques, décor, mise en scène...

Autre exemple de ce qu'on y trouve d'intéressant (après avoir y avoir fait référence à de nombreuses reprises au cours des derniers billets!)... concernant cette fois Georges Pitoeff, metteur en scène né en Russie mais dont la carrière s'est développée en France, et sa conception du rôle de l'acteur. Une conception - sur papier! - qui me semble proche de la mienne...

Dénué de tout accessoire et abandonné à lui-même, l'acteur jouera quand même et il y aura interprétation scénique, imparfaite; supprimez l'acteur et gardez le reste et il n'y aura pas d'interprétation scénique du tout.

Transposer, dépasser la vie, c'est pour notre art la grande question.

Dans un décor épuré, l'acteur supportant le texte devient roi. Il rejette le décor à son rôle de décor: écran placé derrière l'acteur pour le faire valoir, et à travers lui, faire valoir le mot. Le monarque du théâtre est l'acteur, ce porteur des paroles de l'auteur, c'est lui seul qui replace les paroles écrites en ce lieu où elles sont nées, c'est-à-dire la personne, l'âme, l'inconscient, le corps, qui les font renaître. C'est une grande tâche qui n'a que faire des éléments inférieurs, parasites du théâtre.

(Notre théâtre)

Je retourne à ce volume...

lundi 23 mars 2009

Quelques livres...


Bon. Je donne ma liste (non-exhaustive...) de livres, d'essais, de biographies qui me servent continuellement dans ce monde théorique et théâtral... la plupart étant relativement facile à aborder...

OUVRAGES DE RÉFÉRENCES
Dictionnaire encyclopédique du théâtre, (Michel Corvin, éd. Larousse, 1998)
Dictionnaire du théâtre (Patrice Pavis, éd. Dunod, 1996)

OUVRAGES GÉNÉRAUX
Meyerhold ou l'invention de la mise en scène (Gérald Abensour, éd. Fayard, 1998)
Écrits sur le théâtre (Roland Barthes, éd. Points, 2002)
Le Théâtre (dirigé par Daniel Couty, éd. Bordas, 1996)
L'analyse de spectacles (Patrice Pavis, éd. Nathan, 1996)
Les termes clés de l'analyse du théâtre (Anne Ubersfeld, éd. Le Seuil, 1996)
Poétique du drame moderne et contemporain (dirigé par Jean-Pierre Sarrazac, 2002)
L'Art du théâtre (Odette Aslan, éd. Seghers, 1963)
L'Acteur au XXième siècle (Odette Aslans, éd. L'Entretemps, 1974-2005)
Mise en scène et jeu de l'Acteur (Josette Féral, éd. Jeu, 2001)
Le personnage théâtral contemporain (Jean-Pierre Ryngaert, éd. Théâtrales, 2006)
Vsevolod Meyerhold (dirigé par Béatrice Picon-Vallin, éd. Actes Sud, 2005)

OUVRAGES SPÉCIFIQUES
Le théatre et son double (Antonin Artaud)
Écrits sur le théâtre (Bertolt Brecht)
Petit organon pour le théâtre (Bertolt Brecht)
Le diable c'est l'ennui (Peter Brook)
L'espace vide (Peter Brook)
Points de suspension (Peter Brook)
Les pélerins de la matière (Romeo Castelluci)
Registres (I à IV) (Jacques Copeau)
De l'inutilité du théâtre au théâtre (Alfred Jarry)
Le théâtre de la mort (Tadeusz Kantor)
Sur le théâtre de marionnette (Heinrich Von Kleist)
Le théâtre post-dramatique (Hans-Thies Lehmann)
L'éternel éphémère (Daniel Mesguish)
Écrits sur le théâtre (vol. 1 à 3) (Vsevolod Meyerhold)
Le théâtre théâtral (Vsevolod Meyerhold)
Théâtre au Bauhaus (Éric Michaud)
Espaces perdus (Claude Régy)
Théâtre et abstraction (Oskar Schlemmer)
La formation de l'acteur (Constantin Stanislawski)
Le théâtre libéré (Alxandre Taïrov)
Écrits sur le théâtre (vol. I à IV) (Antoine Vitez)
Le théâtre des idées (Antoine Vitez)

Mes Mémoires minuscules... 10


2005... fin d'une étape!

Les premiers mois de 2005 me servent essentiellement à terminer l'écriture de mon mémoire qui définit le concept de néo-maniérisme meyerholdien à travers l'articulation et la mise en scène d'Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée d'Alfred de Musset. Cette définition se fait principalement selon trois axes: 1- le texte comme structure, base matérielle de l'univers théâtral, 2- le corps en tant que médium artistique, comment le corps devient sculpture sur la scène, 3- la scène comme support physique. Après plusieurs versions, ratures, corrections, remaniements, lectures critiques de mon directeur de recherche, Rodrigue Villeneuve, j'en arrive à une version dite finale que l'on peut lire grâce à ce lien.

Au même moment, je termine la mise en scène définitive de mon projet (nommé plus haut) avec Marc-André Perrier et Isabelle Boivin devant être présenté les 16, 17 et 18 mars 2005... le jury devant se réunir le soir de la deuxième représentation, après qu'une première ait permis d'ajuster quelques trucs. Malheureusement, cette première est annulée le 15, suite à la décision de l'Asso-Art de tenir une journée de débrayage le lendemain pour protester contre les coupures libérales dans le programme de prêts et bourses (débrayage qui préludera la grande grève quelques semaines plus tard).

Le jury se tient donc sous le double signe du stress (première représentation et soutenance). Rodrigue Villeneuve et Denis Bellemare de l'UQAC ainsi que Madame Irène Roy de l'Université Laval forment celui-ci et posent questions sur questions pour vérifier la cohérence de mon propos, de mes écrits, de ma création... avec le résultat que je suis reçu avec excellence, sans modification... et suis, par le fait même, le premier diplômé de la Maîtrise en art de l'UQAC avec un profil théâtre.

Première expérience avec le C.R.I.

C'est aussi en 2005 que je suis embauché (je ne me souviens plus dans le cadre de quel programme, ni de la période de l'année à laquelle je fais ici référence) par le Théâtre C.R.I. pour mettre en place sa soirée bénéfice. Ainsi naît le Casino-Théâtre: divers jeux de hasard qui permettent, aux gagnants, de tirer au sort pour savoir quel comédien parmi la douzaine présente, leur livrera, dans l'intimité, quelque part dans le C.N.E., un monologue théâtral issue d'une production antérieure... Projet intéressant qu'il serait bien de peaufiner dans un cadre encore plus précis...

Second sortie du TCM

Quelques mots sur le Théâtre 100 Masques... depuis quelques semaines, nous travaillons, avec Dany Lefrançois, à l'établissement d'un nouveau projet: un spectacle cirquesque érotico-théâtral... un spectacle d'ambiance à lequel je dois participer. Mais vite le projet prend, malgré mes réserves, la tangente cabaret, avec une suite de numéros disparates qui deviendra la première version des Soirées du Grand Écart, pour lequel, finalement, je ferai les costumes des garçons et qui voyagera de l'Hôtel Chicoutimi, au défunt Bistrot des Anges, au Côté-Cour.

Pendant ce temps, un projet ambitieux, utopique et franchement casse-gueule est sur la table et devient source de tensions perpétuelles et au sein de l'équipe et au sein d'une bonne frange du milieu: créer un Festival de théâtre émergent avec une subvention aux Projets novateurs (obtenue en concertation avec les autres compagnies)... qui servira finalement à produire un événement dans le cadre du premier Entre-Deux Maniganses... C'est donc sur se fond quelque peu embrouillé que je quitte pour la seconde fois cette compagnie (compagnie qui bifurquera de sa mission première au cours des mois qui suivent en se fusionnant avec l'Atelier de Théâtre L'Eau Vive qui lui permettra désormais d'offrir des ateliers de formation).

Tentative collective


L'été pointant rapidement, avec quelques amis, il nous prend envie de se constituer un collectif pour créer un spectacle ambulant, un théâtre de rue autour des textes de Courteline, auteur de pièces en un acte incisives. Le Collectif de la Courtepointe (Alexandre Larouche, Isabelle Boivin et Marc-André Perrier avec qui je voulais faire autre chose que mon projet de maîtrise, Carolyne Tremblay et moi) présente donc Courteline ou les pétunias de la bêtise. Répertoire que je connais et que j'explore de plus en plus...Une première représentation a lieu au Café Cambio deChicoutimi... avec un certain succès. La seconde se tient dans un restaurant d'Hébertville (pour ne pas dire une cave de restaurant!) devant huit personnes - ma famille! - qui assistent à un condensé de tout ce qui peut arriver sur scène: explosion d'une ampoule, noyade d'un comédien, fous rires, décors qui tombent, etc. Deux autres représentations sont prévues dans le cadre de l'événement Médium:Marge (?) où nous jouons dehors, dans un vent d'ouragan qui, outre le fait d'assourdir nos voix, menace à tout instant d'emporter notre toile de fond et à l'intérieur où personne n'écoute. Enfin, la dernière a lieu au Studio-Théâtre pour l'ouverture de la session de l'automne... et met aussi un terme au Collectif.. qui s'avère être dans les faits, un duo qui doit prendre toutes les responsabilités...

Petit automne peinard...

L'automne apparaît dès lors relativement tranquille.

Encore une fois (et depuis quelques années et de plus en plus), je travaille sur la production des Têtes Heureuses, Le Misanthrope, comme homme à tout faire.

Enfin, c'est à cette période que débute l'écriture d'une nouvelle pièce qui deviendra, en quelques sortes, un manifeste théâtral: Madame...
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Cette année-là, en 2005, La Rubrique présente Toilette de soirée, le C.R.I. présente L'Opération de Martin Giguère, le Théâtre Mic Mac fête les 150 ans de Roberval en présentant L'Île de la demoiselle d'Anne Hébert, Les Têtes Heureuses présentent Le Misanthrope de Molière, le Théâtre 100 Masques présente Les soirées du Grand Écart II et le 24h-Théâtre et le Faux Coffre naît avec La Farce de Maître Pathelin.

dimanche 22 mars 2009

Ennio Marchetto au Royal Variety (1998)

Petite vidéo d'Ennio Marchetto et de son Living Cartoon... dont l'intérêt réside dans les costumes en carton de ce personnificateur...



Bon dimanche!

La semaine théâtrale

Bon, bon, bon... Quoi de neuf sur nos scènes saguenéennes en cette première semaine du printemps...

Vendredi - 27 mars 2009
Place du Royaume (près de la fontaine), 19h


En ce jour de la Journée Mondiale du Théâtre, le Théâtre C.R.I. vous convie (de même que toute la population) à venir célébrer le théâtre en assistant, à une lecture de textes par une équipe de 10 comédiens: Guylaine Rivard, Patrice Leblanc, Josée Gagnon, Josée Laporte, Marie-Noelle Lapointe, Mélanie Potvin, Serge Potvin, Patrick Simard, Sara Moisan et Maryline Renaud.

Et c'est tout... ?!

samedi 21 mars 2009

«Lettre à une jeune comédienne» par Gaston Baty


Voici une lettre parue (trouvée dans L'Art du théâtre d'Odette Aslan) en 1953 par Gaston Baty - grand metteur en scène français membre du fameux Cartel qui a réformé l'art dramatique en France - qui, tout en s'adressant à une jeune femme intéressée par la scène, n'en demeure pas moins une grande illustration de ce qu'implique une vie théâtrale...

Petite mademoiselle,

Votre mère était mon amie d'enfance, vous vous souvenez de m'avoir vu quand vous étiez toute petite, et là-dessus vous me témoignez d'emblée une confiance qui m'embarrasse autant qu'elle me touche. Je ne la mériterai qu'en vous répondant comme je l'aurais fait à votre mère, sans hésiter à risquer de vous faire quelque peine.

Vous avez joué Esther au Sacré-Coeur, Les Romanesques chez les Ligier-Deschamps et La Bergère au pays des loups pour les oeuvres de Mme de Sibeins; vous avez pris des leçons de diction avec le brave père Montorgueil, «ex-artiste des théâtres de Paris»; la société de notre petite ville vous reconnaît du talent et le nom «d'artiste» ne lui cause plus l'horreur que je lui ai connue quand je l'ai quittée il y a quelque quarante ans; vous avez lu tous les classiques de la bibliothèque et la Petite Illustration; vous avez rêvé les plus belles représentations du monde. Il est normal que vous soyez intoxiquée et ne pensiez plus qu'au théâtre.

Il n'est pas carrière plus incertaine. Je ne crois guère au génie méconnu. Un écrivain, un menuisier, un peintre sont seuls devant leur tâche: leur oeuvre ne dépend que d'eux-mêmes. Mais le comédien dépend des autres, il faut qu'il soit distribué pour avoir la possibilité de s'affirmer; il faut ensuite que le metteur en scène ne se trompe pas sur lui, ne l'aiguille pas à tort vers un emploi auquel, s'il y était simplement convenable, il resterait condamné. Il y a peut-être des acteurs inconnus qui avaient autant de talent que les plus illustres et n'ont jamais pu le montrer. Le hasard joue chez nous, plus souvent qu'ailleurs, un rôle assez affreux.

Vous n'avez pas peur, bien sûr, et vous êtes prêtes à courir votre chance? Voyons un peu ce qu'est cette «chance» là.

Vous êtes de trop bonne souche pour être attirée par quelque désir, même inconscient, d'exhibitionnisme. Vous êtes trop cultivée - et les poèmes que vous m'envoyez prouvent trop de dons littéraires - pour que vous n'ayez pas d'autres moyens de vous exprimer que de jouer la comédie. C'est donc un troisième mobile qui vous pousse, le plus authentique et celui qui fait les plus grands: vous vous sentez trop au large dans votre peau et vous avez besoin de vous ajouter des personnages imaginaires: trop-plein de sensibilité dans une personnalité déficiente.

Supposons que tout aille pour le mieux. Vous jouez très vite des rôles important et qui vous conviennent. Vous voilà en pleine euphorie. Mais à chaque création nouvelle, votre personnalité déjà bien mince s'amenuise chaque fois davantage. Vos créatures vivent de vous, et plus votre talent est vrai, plus complètement vous vous donnez à elles! Joyeusement d'abord. Puis pour avoir trop joué de scènes d'amour, vous serez incapable d'aimer dans la vie; si vous vous y appliquez, ce ne sera qu'un rôle encore, votre moins bon sans doute, et vous ne l'ignorerez pas. Quand vous aurez conscience que vos personnages vous auront absorbée vous serez prise de panique: les vedettes ont souvent mauvais caractère parce qu'elles croient affirmer ainsi une personnalité, qu'elles savent bien ne plus avoir. Leurs exigences saugrenues, leurs volontés toujours changeantes et toujours impératives, camouflent leur indécision; autoritaires et inconstantes, leur vanité n'est qu'un aveu qu'elles ne peuvent plus avoir d'orgueil. On les trouve odieuses ou ridicules; au vrai, elles sont pitoyables.

L'âge viendra vite. Vos rôles les plus jeunes ne serons pas longs à ne plus vouloir de vous. Le public, qui va perdant en qualité ce qu'il gagne en nombre - le plus élégant est le plus grossier, et le plus cérébral le moins sensible - a de cruelles exigences que lui a données le cinéma. Mlle Mars jouait Agnès, la soixantaine passée; une salle d'aujourd'hui emboîterait Mlle Mars. Un soir, on rira parce qu'une réplique dira que vous avez vingt ans. Un rôle mort. Une autre soir, une plaisanterie fusera parce qu'une réplique dira que vous êtes belle. Un autre rôle mort. Un autre, un autre, un autre. Et quand vous serez une grosse dame alourdie de graisse ou une maigre - tête de momie sur faisceau de tendons - quand vos rôles qui vous tenaient lieu de vous-même, vous auront tous abandonnée, vous ne serez pas seulement seule, vous ne serez plus personne.

Réalisez bien cela, petite Mademoiselle. Se vouer au théâtre - si l'on n'est pas seulement une employée, un rouage, mais une vocation - c'est accepter cette fin-là. Ce qu'on appelle une «bête de théâtre», c'est une victime marquée pour le sacrifice.

Cela dit comme je le devais, si, sachant bien ce que vous faites, vous décidez de le faire, comptez que je vous aiderai de mon mieux à monter à l'autel.

Disposez de votre vieil ami.
Gaston Baty

P.S. - Je me relis e tout n'est que trop vrai. Une vie au théâtre, surtout d'une femme, va vers cette fin-là. Mais en dehors du théâtre, est-il une vie?

Paroles, paroles...


Petite citation de Charles Gounod (trouvée dans le recueil d'Aslan, L'Art du théâtre dont j'ai déjà parlé), compositeur français (1818-1893) et auteur de nombreux opéras... et qui s'y connaît donc en expression vocale... base de l'opéra comme du théâtre!

L'articulation est la forme extérieure et sensible du mot; la prononciation en est la forme intérieure et intelligible. C'est l'oreille qui perçoit le mot articulé; c'est l'esprit qui perçoit le mot prononcé. Il est facile, par là, de comprendre tout ce que la négligence en matière de prononciation enlève d'expression et, par conséquent, d'intérêt à une phrase musicale. En un mot, l'articulation est le squelette de la parole, c'est la prononciation qui en est l'âme et la vie.
(Mémoires d'un artiste)

Petit hommage à ce compositeur avec cette version de 1950, par Mark Osipovich Reizen, de son Faust (Acte II) composé en 1859...

vendredi 20 mars 2009

Intention de recherche pour les études doctorales (présentée - et en attente! - à l'Université Laval)


NÉO-MANIÉRISME MEYERHOLDIEN : conjugaison de la théâtralité et de la performativité pour répondre aux questions soulevées par la mise en scène de l’écriture actuelle

Problématique de recherche

Le bouleversement qu’a connu le théâtre de la fin du XIXième siècle remodela le visage de la dramaturgie de l’époque par la mise en crise de tous les éléments constitutifs du drame absolu[1] – fables, actions, personnages – et posa nombre de questions aux praticiens de ce temps :

- Comment aborder le texte «nouveau» ?
- Comment celui-ci doit-il ou saura-t-il entraîner un renouvellement de la pratique ?
- Comment le faire entendre ?
- Comment lui donner un sens, une portée forte ?
- Comment le rattacher à la scène ?
- Comment former l’acteur pour atteindre de tels objectifs ?
- Comment concevoir le travail de tous les artisans d’un spectacle régi par cette nouvelle écriture ?
- Comment, finalement, combler le gouffre qui sépare le texte de sa réalisation scénique ?

Ces fluctuations dramatiques s’accélérèrent et se bousculèrent tout au long du XXième siècle (réalisme, naturalisme, symbolisme, absurde, etc.) jusqu’à aujourd’hui, où le texte, complètement décloisonné, semble subir et/ou tirer sa force d’un éclatement radical de chacune de ses composantes – alliant désintégration et recomposition des personnages[2], de la fable, de l’action[3] – ce qui place les metteurs en scène contemporains devant la même problématique que leurs prédécesseurs : comment transposer ces «décombres» littéraires dans une réalité scénique cohérente ou, à tout le moins, sémiologique?

Et reprend la ronde des questions…

L’une des réponses possibles réside, selon moi – et ici s’inscrit mon champ de recherche pour les études doctorales (tant pratique que théorique) – en une formalisation scénique systématique de l’argument écrit, en l’exacerbation signifiante et concrète de la théâtralité et de la performativité.

Théâtralité versus performativité

La théâtralité… Barthes la définit ainsi : «C’est le théâtre moins le texte, c’est une épaisseur de signes et de sensations qui s’édifie sur la scène à partir de l’argument écrit[4]

En d’autres termes, c’est le langage concret de la scène. C’est le discours visible qui s’élabore en mimétisme, en complémentarité, en parallèle ou en opposition avec le discours audible. Elle englobe un grand nombre de vecteurs différents[5] concentrés en un même lieu pour une stylisation de la vérité scénique.

Enfin, «on peut aussi parler de théâtralité à propos de la présence, dans la représentation, de signes qui disent clairement la présence du théâtre[6]».

D’autre part, dès que la scène fait place à la présence de l’acteur, la performativité – qu’on pourrait minimalement définir par la réalisation d’une idée par les sens – prend le pas. L’acte performatif s’inscrit contre la théâtralité qui crée des systèmes, du sens et renvoie à la mémoire. Là où la théâtralité est davantage liée au drame, à la structure narrative, à la fiction, à l’illusion scénique qui l’éloigne du réel, la performativité (et le théâtre performatif) insiste davantage sur l’aspect ludique du discours sous les multiples formes visuelles ou verbales. […] Elle impose le dialogue le dialogue des corps, des gestes et touche la densité de la matière.[7]

Il s’agit donc, par cette intention de recherche, de concilier les deux notions en une structure scénique simple, forte et efficace.

Position personnelle dans l’espace de la pratique actuelle

C’est dans une perspective de formalisation radicale - soutenant le passage du texte contemporain à sa mise en scène performative - que ma pratique s’élabore, prenant principalement appui sur les écrits et les conceptions artistiques de Vsevolod Emilievitch Meyerhold.

S’insurgeant contre ce qu’il considérait, à l’époque, comme un cul-de-sac artistique, soit le naturalisme, il s’est attaché à rehausser la performativité de l’acteur[8] et à jeter les bases d’un théâtre de la convention consciente pour redonner à la scène ce qu’elle avait délibérément mis de côté : sa théâtralité.

Il peut donc être question, dans ce cas, de maniérisme : une recherche formelle avec exacerbation de la réalité, de la couleur, de l’effet.

Et si les notions de ce praticien, valables dans les années du symbolisme et de ses suites (1920-1930), étaient toujours des réponses convenables aux problèmes dramatiques actuels ? Et si ce que je considère être l’une des réponses possibles à la pratique contemporaine puisait sa source dans ce passé bouillonnant ? Et s’il s’agissait de néo-maniérisme meyerholdien ?

Le néo-maniérisme meyerholdien

Le néo-maniérisme meyerholdien devrait être, en quelques sortes, un renouvellement et/ou un dépassement des théories d’avant-garde du metteur en scène russe.

Bien que tous les éléments scéniques traditionnels devraient s’y retrouver, ceux-ci seraient tout d’abord au service du plateau, de la forme, de la plasticité, de l’effet (c’est-à-dire de signe et non pas d’illusionnisme) créateur de sens… à partir essentiellement de l’argument textuel et d’un nouveau rapport performatif de l’acteur.

Il reviendrait globalement, à l’instar de sa source, à concevoir le texte contemporain comme tissu émotif générateur de théâtralité, le corps et l’acteur comme principaux émetteurs et exécuteurs de celle-ci (donc soutenus par la performativité) et la scène comme support physique servant à les mettre en valeur.

Mais où se situe alors le glissement, le dépassement, le renouvellement qu’on est en droit d’attendre de celui qui s’inscrit dans un courant vieux de cent ans ?

Contrairement à un déploiement de tous les artifices susceptibles de provoquer la théâtralité, le néo-maniérisme meyerholdien tend, selon moi, en cette ère de mutation technologique et d’interdisciplinarité des arts, vers une recherche de pureté, un fondamentalisme artistique. Être néo-maniériste, dans mon cas, c’est marquer et imprimer à la représentation la présence constante et créatrice de la théâtralité simple (articulée par le comédien-performateur) et efficace, amplificatrice de la littéralité. En d’autres mots, le recours aux spécificités du théâtre (comme par exemple, la maîtrise du jeu corporel, du jeu choral, de la diction, du corps dans l’espace, de sa plasticité) comme canevas pour le texte contemporain permet à ce dernier de se faire entendre sans autre distorsion provoquée par les «arts annexes» (musique, vidéo, peinture, danse, photographie, cinéma, infographie, etc.), de passer directement de la scène au spectateur.

Le néo-maniérisme meyerholdien c’est, en quelques sortes, une réduction à l’essentiel qui passe par une élaboration du vide.

Notez que néo-maniérisme peut se rapprocher (et se rapprochera sûrement !) d’un concept plus actuel[9], plus contemporain, celui de théâtre post-dramatique que Hans-Thuies Lehmann définit ainsi : «Le théâtre post-dramatique, au lieu de représenter une histoire avec des personnages qui apparaissent et disparaissent en fonction de la psychologie de la narration, combine des styles disparates, fragmentaires. Il s’inscrit dans une dynamique de la transgression des genres.[10]»

Même engouement pour la plastique de la scène et des corps. Même enthousiasme pour l’éclatement, la reconstruction, l’emprunt et l’unification de systèmes de conventions disparates. Même passion pour la recherche de solutions physiques qui donnent un souffle scénique au texte contemporain. Toutefois, si le théâtre post-dramatique se veut être une quête de l’absolu de l’être dans la foulée d’Antonin Artaud, une mise en scène des pulsions, une «combustion de la chair et des phantasmes», le néo-maniérisme meyerholdien se trouve encore résolument ancré dans le champ dramatique (et en cela peut-être plus proche du concept de théâtre performatif tel que définit par Féral), de la mise en scène des forces en action, de mécanismes internes du théâtre. Si l’un est porté vers l’intériorité, l’autre s’extériorise pour s’offrir au spectateur.

Avant-projet de recherche-création

Avec la constitution d’une troupe permanente rompue à la recherche et à l’exploration et par le biais de la production de trois spectacles à partir de textes contemporains[11] (et d’une thèse s’y adjoignant), j’approfondirai et jetterai les bases de ce néo-maniérisme meyerholdien – qui sous-tend possiblement une nouvelle dénomination, le maniérisme pouvant, à la longue, subir un glissement sémantique qui lui serait défavorable – et je démontrerai son articulation et les réponses qu’il apporte pour la mise en scène de l’écriture actuelle par l’exploration/exploitation des mécanismes de la théâtralité et de la performativité.

Chacune de ces productions illustrera, à leur manière, une façon de poser le néo-maniérisme meyerholdien pour la création des textes contemporains. Ainsi, les champs de spécialisation de ce doctorat pourraient se définir de la sorte : le texte contemporain, la mise en scène, la théorie.

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Notes:
[1] Tel que défini par Jean-Pierre Sarrazac in Poétique du drame moderne et contemporain, Études théâtrales no.22.
[2] Ryngaert, Jean-Pierre (et Julie Sermon), Le personnage théâtral contemporain : décomposition, recomposition, Éditions théâtrales, Paris, 2006.
[3] Comme par exemple, dans les textes de F.-Xaver Kroetz, de Sarah Kane, de Howard Barker, de Jean-Luc Lagarce, de Jan Fabre, etc.
[4] Cité dans Les termes clé de l’analyse du théâtre, Mémo Seuil, Paris, 1996, p.83.
[5] Nous y retrouvons, entres autres, la mise en scène, les types de jeu, la scénographie, les éclairages, la musique, les accessoires, les costumes, etc.
[6] Ubersfeld, Anne, Les termes clé de l’analyse du théâtre, Mémo Seuil, Paris, 1996, p.83.
[7] Féral, Josette, Entre performance et théâtralité, le théâtre performatif in Théâtre/Public no.190, automne 2008.
[8] La biomécanique (entraînement pour l’acteur) en est l’exemple le plus frappant.
[9] Il peut également, outre sa source originelle, se nourrir de écrits de différents praticiens contemporains comme les Kantor, Castelluci, Barba, Régy, etc.
[10] Lehmann, Hans-Thuies, Le théâtre post-dramatique, L’Arche, Paris, 2001, p.5.
[11] Pour le moment, quelques auteurs sont retenus pour la complexité de leur écriture comme Edward Bond (Naître, 2006), Daniel Keane (Moitié-moitié, 2003), Gao Xingjian (Quatre quatuors pour un week-end, 1999).

mercredi 18 mars 2009

Seconde étape

Appris à travers les branches virtuelles (soit par MSN et/ou par FaceBook!): Alexandre Larouche et Jérémie Desbiens (les deux messieurs qui illustrent ce billet et qui ont fait leur audition ensemble) ont été retenus pour la seconde audition de l'École Nationale de Théâtre qui aura lieu ce samedi-ci, en après-midi... Bonne chance à eux!
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Par ailleurs, une pensée pour toutes celles qui ont tenté aussi le coup (et dont je suis sans nouvelle): Valérie, Émilie, Geneviève, Catherine...