lundi 15 mars 2010

Le théâtre comme une transgression... ou l'iconoclastie de l'art dramatique!


Une seule petite citation qui ouvre pourtant sur une vision toute contemporaine et fort stimulante du théâtre, qui brise la recette pour devenir médium et discours percutant. Cette citation provient (comme plusieurs sur ce blogue...) de L'Éternel Éphémère de Daniel Mesguish, à mon sens l'essai théâtral le plus intéressant à lire et à avoir...

Il faut donner l'impression que, ce qu'on fait, on n'a pas le droit de le faire. C'est que le théâtre toujours doit se redonner comme ce qu'il est: une transgression, un tabou transgressé en commun, une soulevée des pierres tombales, une fouille de la langue maternelle.

Pour compléter ce credo, j'ajouterai cette autre citation venue cette fois de Pierre Debauche:

Le théâtre n'est pas art de faire semblant
mais art de le faire exprès!

Avec ça, tout est dit... ou presque.

dimanche 14 mars 2010

Le Théâtre Béton... !?!

Petite virée virtuelle dans le passé (et dans le Chicago de 1919) pour y découvrir un type de théâtre révolu, le Théâtre Béton où des spectateurs volontaires deviennent deviennent des marionnettes manipulées...



Est-ce une blague? Assurément oui, comme dirait l'autre! Toujours est-il qu'il est amusant de croire en la véracité de ce documentaire et de se dire que oui, le théâtre peut se rendre loin dans le ridicule!

Au théâtre, cette semaine (14 au 20 mars 2010)!


Mercredi et jeudi - 17 et 18 mars 2010
Auditorium d'Alma, 20h (j'imagine!)

L'Auditorium d'Alma reçoit (encore et encore, aurais-je envie d'ajouter!) Broue, spectacle qui n'a plus besoin de présentations...


Pour ceux qui seront dans la métropole:

Vendredi - 19 mars 2010
Maison de la cult. Côte-des neiges (Mtl), 19h30, 21h30

La Tortue Noire donne deux représentations du Grand Oeuvre. (Voir ici pour plus d'informations.)

Vendredi et samedi - 19 et 20 mars 2010
Salle Pierrette-Gaudreault (Jonq.), 13h30 (sam.)

La Rubrique reçoit, vendredi pour des représentations scolaires et samedi pour le grand public, le Théâtre de la Pire Espèce pour la présentation de Roland (la vérité du vainqueur), un travail fait à partir de la Chanson de Roland. Pour plus d'informations, voir la programmation de La Rubrique ou le Cahier d'accompagnement du spectacle.

Voilà... Je crois que ça fait le tour des activités publiques!
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AJOUT (Merci SB): et, toujours pour les métropolitains, il est possible de voir la dernière production des Amis de Chiffon, Carton rouge sur carré vert à la Maison-Théâtre jusqu'au 3 avril (informations ici).

samedi 13 mars 2010

La Défonce [Carnet de notes]

Sur la photo (en répétition!): Jean-Sébastien Montpetit,
Benoît Brassard et Charles Rousseau-Dubé. (Courtoisie)


J'aurais pu titré ce billet Autopromotion! Mais bon... Voici un article paru ce matin (du moins, je crois...) dans l'Étoile du Lac (l'équivalent du Réveil saguenéen... sauf que le premier est encore local, lui), La Troupe du Mic Mac remonte sur scène.

(Par ailleurs, dans cet article, on mentionne le fait que c'est là ma cinquième participation avec le Mic Mac... Les quatre autres productions étant Au bout du fil en 2004, Bonbons assortis en 2006, Les Reines en 2007 et Le rire de la mer en 2008.)




La Défonce [Carnet de notes]

Image prise sur Le blog de Drac

La première de La Défonce approche à grands pas!

Cette semaine - et la prochaine fin de semaine, soit les 19, 20 et 21 mars - se règleront de nombreux dossiers importants...

Ce sera, mardi soir, une rencontre capitale pour la constitution d'une bande sonore. Ce que je souhaite, c'est une bande continue, pas trop réaliste (la forêt) mais en même temps, pas trop abstraite (et surtout pas du type théâtre contemporain dans tout ce qu'il y a de plus détestable: bruit d'eau, de métal rouillé, de notes éparses). Une bande sonore qui accompagne toute la durée de la représentation, mais avec la possibilité de la moduler... et d'y ajouter des éléments précis comme des pièces musicales.

Cette semaine, ce sera également, si je ne m'abuse, un véritable chantier dans la Salle Lionel-Villeneuve, à Roberval, pour finaliser l'espace scénographique: ceindre les murs de tentures noires, terminer les panneaux, arrêter la composition du plancher, des accessoires... Bref, préparer le terrain pour l'entrée en salle du concepteur d'éclairage dès vendredi pour l'accrochage, le focus, les intensités.

Au même moment, théoriquement, une rencontre avec une responsable des costumes et des maquillages se fera pour voir aux derniers détails vestimentaires, aux ajustements, aux essayages finaux. Ce sera l'ultime moment pour construire l'extérieur des personnages, élaborer leur théâtralité, leur esthétique.

Bien entendu, à travers tous ces moments précieux, il y aura des répétitions (qui, je le redis, me sont très satisfaisantes!)... avant-dernier week-end... Oui, ça sent l'aboutissement!!! Après, il ne restera que la fin de semaine du 27 et 28 mars pour les derniers enchaînements...

L'Assemblée des femmes [Carnet de notes]


Au fil de mes recherches ayant pour but de dénicher, sur le web et dans les bouquineries, d'autres traductions de L'Assemblée des femmes d'Aristophane je découvre des tas de documents intéressants sur la vie et l'oeuvre de l'auteur et le contexte dans lequel il s'inscrit... Ses textes sont si anciens... et pourtant, ils ont une telle contemporanéité!!! Voici donc un petit précis historico-artistique de ce Molière des Athéniens:

L'art d'Aristophane

L'élément vital de la comédie d'Aristophane, c'est qu'elle s'aroge le droit de tout critiquer librement. [...] Il attaque sans ménagement, inlassablement, tous les chefs du peuple; il est l'ennemi des politiciens et des démagogues. Il raille les institutions, le Sénat, l'Assemblée, les magistrats, les tribunaux, le peuple, ce Démos, éternelle victime de tous les profiteurs de la parole. [...] Tout lui est bon pour faire rire son public aux dépens de ceux qu'il attaque. Certes, au point de vue des moyens comiques, il y a, surtout dans les pièces de la seconde période, une licence et une obscénité qui pourraient choquer des non avertis [...]; où l'élément phallique avait une place importante. [...] La pudeur était inconnue il y a vingt-trois siècles et les personnages de l'ancienne comédie agissaient dans la nudité primitive, sans aucun sentiment de honte. On ne saurait donc qualifier d'immoral le théâtre d'Aristophane. C'est sur un autre terrain qu'il faut le juger.

À côté de ce comique de bas étage, en effet, nous trouvons chez lui toutes les gammes du vrai comique: le trait, l'ironie, les jeux de mots, les hyperboles, les substitutions de mots inattendus à ceux qu'on attendait, sont autant de procédés dont il use avec une extrême habileté et dont l'effet est toujours irrésistible. [...] On sent, au centre de chaque comédie, une personnalité puissante, qui a conscience d'elle-même, qui est pleine d'elle-même et qui est entraînée par sa force même à une certaine partialité.

La forme

Au point de vue de la forme toute comédie d'Aristophane comprend deux parties principales: une première partie qui sert à l'exposition du sujet, et qui est toujours la plus soignée, et une seconde partie qui apporte et développe les exemples à l'appui de la thèse. Cette seconde partie est une juxtaposition de scènes comiques, reliées entre elles par l'idée principale. Mais la force de la comédie d'Aristophane réside moins dans l'art de dénouer habilement un noeud compliqué que dans le vif le brillant des scènes.

Enfin, il semble que Platon, le philosophe, eût dit d'Aristophane (malgré le fait que celui-ci est ridiculisé son maître, Socrate): «Les Grâces, cherchant un temple qui ne dût pas périr, choisirent l'âme d'Aristophane.»

vendredi 12 mars 2010

Zzzzzzz......Zzzzzzzz.....

En attente, au nom du Théâtre 100 Masques (comme la plupart des autres organismes culturels saguenéens...), de la réponse d'une demande de subvention déposée le 6 octobre dernier (il y a donc 6 mois) au Conseil des Arts de Saguenay pour le fonctionnement... De délais en délais, l'attente s'intensifie et joue sur les nerfs.

En attente d'une réponse (à défaut d'argent...) qui aurait dû rentrer il y a déjà quelques semaines...

Tel est le pénible destin - l'attente! - lorsqu'on décide de faire partie du milieu culturel, tributaire de différents subventionneurs...

L'Assemblée des femmes [Carnet de notes]


Ça y est. Le projet s'enclenche.

Il a été décidé, l'an dernier, que la prochaine production estivale du Théâtre 100 Masques puiserait dans le répertoire antique... dans celui d'Aristophane, pour être plus précis.

Après plusieurs lectures de son oeuvre parvenue jusqu'à nous, mon choix s'est arrêté sur L'Assemblée des femmes, une satyre publique bordélique où le cynisme côtoie le désengagement. Une dégénérescence des moeurs politiques. Et pour améliorer le rythme de ce texte, et pour accentuer certains passages et leur donner une portée comique plus grande, j'ai choisi de retravailler le texte à partir de 4 traductions (échelonnées entre 1844 et 1999) différentes, explorant chacune des répliques pour n'en garder que la meilleure...

Pour allonger le texte et lui donner également un nouveau souffle, j'ai également pris le parti d'y fusionner des extraits d'une autre pièce d'Aristophane, Lysistrata, qui porte, en quelques sortes, sur le même thème, mais avec un point de vue différent.

C'est donc par cette rencontre intime avec le texte, par un plongeon au coeur même du texte que j'entreprends le chantier.

Dans quelques jours, s'adjoindra à moi Émilie Gilbert-Gagnon, conceptrice des costumes... et d'ici trois semaines, toute la distribution pour une première lecture!

jeudi 11 mars 2010

Qu'est-ce que le public?

C'est à cette question que tente de répondre Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799), celui-là même qui est l'auteur des immortels Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro (et qui, entres autres choses, fut horloger de Versailles, agent secret des rois Louis XV et Louis XVI, et intermédiaire pour le compte des colonies américaines qui déclarent leur indépendance...):


«Le public!... Qu'est-ce encore que le public? Lorsque cet être collectif vient à se dissoudre, que les parties s'en dispersent, que reste-t-il pour fondement de l'opinion générale, sinon celle de chaque individu, dont les plus éclairés ont sur les autres une influence naturelle, qui les ramène tôt ou tard à leur avis? D'où l'on voit que c'est au jugement du petit nombre, et non à celui de la multitude, qu'il faut s'en rapporter.»

C'est assez: osons à ce torrent d'objections, que je n'ai affaiblies ni fardées en les rapportant. Commençons par nous rendre notre juge favorable, en défendant ses droits. Quoi qu'en disent les censeurs, le public assemblé n'en est pas moins le seul juge des ouvrages destinés à l'amuser; tous lui sont également soumis; et vouloir arrêter les efforts du génie dans la création d'un nouveau genre de spectacle, ou dans l'extension de ceux qu'il connaît déjà, est un attentat contre ses droits, un entreprise contre ses plaisirs. Je conviens qu'une vérité difficile sera plutôt rencontrée, mieux saisie, plus sainement jugée par un petit nombre de personnes éclairées, que par la multitude en rumeur, puisque sans cela cette vérité ne devrait pas être appelée difficile; mais les objets de goût, de sentiment, de pur effet, en un mot de spectacle, n'étant jamais admis que sur la sensation puissante et subite qu'ils produisent dans tous les spectateurs, doivent-ilsêtre jugés sur les mêmes règles? Lorsqu'il est moins question de discuter et d'approfondir, que de sentir, de s'amuser, d'être touché, n'est-il pas au si hasardé de soutenir que le jugement du public ému est faux et mal porté, qu'il le serait de prétendre qu'un genre de spectacle dont toute une nation aurait été vivement affectée, et qui lui plairait généralement, n'aurait pas le degré de bonté convenable à cette nation?

mercredi 10 mars 2010

Les Impromptus scéniques [Carnet de notes]


Pour mettre un terme à ce laboratoire annuel, voici les trois principales parties du rapport d'activité qui sera remis au Regroupement Loisirs et Sports et au conseil d'administration:

Les points faibles


Les équipes doivent être constituée de différentes personnalités pour provoquer un jeu de contraste et de stimulation et non pas, comme ce fut le cas pour la seconde soirée, par un lien extérieur unissant les participants (comme réunir l’équipe des comédiennes estivales... sans réfléchir à la dynamique en résultant).

Cette activité, dans cette formule de quatre soirées successives, représente une somme de travail colossale pour la direction en place qui doit, à chaque soir et chaque matin (en plus du travail effectué tout au cours de la journée), remettre en ordre et en état les locaux accueillant les équipes de jour. L’essoufflement et l’impatience deviennent manifestes.

Le résultat de chacune des soirées est difficile à anticiper compte tenu de la part d’improvisations dans la représentation. Le professionnalisme du rendu est difficile à prévoir, tant pour les participants que pour le maître de jeu et la direction.

En ce sens, l’encadrement de la direction (et même du grand maître de jeu, soit Émilie Jean) pourrait être un peu plus serré, plus présent afin de donner une ligne artistique plus forte en certaines occasions, de répéter les attentes et les visées artistiques, esthétiques et exploratoires du projet.

L’horaire de travail en cours de journée manque parfois de rigueur et une perte de temps (particulièrement en matinée) est souvent le fait des équipes qui cherchent une ligne directrice. Un horaire imposé serait peut-être une solution (avec un bloc de recherche, un bloc esthétique, un bloc de création et un bloc de mise en forme et d’enchaînement du spectacle).

Les points forts

La rencontre préparatoire avec les maîtres de jeu est importante et permet d’enligner le travail de ceux-ci selon les axes du Théâtre 100 Masques : exploration de la forme, de la théâtralité, des codes. Les maîtres de jeu peuvent dès lors avoir le plein contrôle de la journée de création.

La formule de cette activité (les équipes imposées) permet à des comédiens de se connaître, de travailler ensemble sur un même projet pour la première fois. Elle provoque des liens qui n’auraient lieu d’être autrement. De même que le fait de fournir le repas permet d’intensifier cet esprit d’équipe.

Le contexte intensif de cette activité (12 heures de création) crée un environnement bouillonnant et stimulant pour les comédiens tout en créant un fort sentiment de coopération et de cohésion entre les participants.

La présence d’un grand maître, en l’occurrence Émilie Jean, agissant à titre de conseiller, d’œil extérieur, de commentateur, de juge (autre que la direction en place au Théâtre 100 Masques) est efficace et permet une plus grande liberté des participants qui se sentiraient peut-être contrôlés autrement.

La tenue de quatre soirées en ligne a permis, outre la constatation de la diversité de propositions originales, une amélioration nette de l’activité, notamment en ce qui a trait aux contraintes.

Plus que la simple stimulation des équipes en place, cette activité déborde pour stimuler tout le milieu qui se projette dans les participants sur scène, dans le contexte et dans les thèmes proposés. En ce sens, la réponse du public et du milieu (tant dans le nombre de spectateurs que dans leur appréciation) a dépassé de beaucoup les attentes de la direction.

Conclusions

Avant de poser quelques conclusions que ce soit, il faut souligner que Les Impromptus scéniques ont, et de loin, rempli les objectifs établis au départ par la direction : stimuler les comédiens, les placer dans un contexte d’artistes créateurs et les pousser à développer leur imagination créatrice dans un contexte exploratoire sur la forme et la théâtralité du théâtre improvisé.

Cette activité axée sur l’imagination créatrice s’avère fort stimulante pour les comédiens et nous rappelle que, bien que très souvent interprètes, les comédiens demeurent des artistes créateurs.

Peaufinée, améliorée à partir de l’expérience de mars 2010, cette activité pourrait (et devrait, selon les différents commentaires reçus du milieu et des spectateurs) devenir récurrente (et ponctuelle) à raison d’une présentation à chaque saison (du moins, selon les cadres financiers possibles…). Vue la forte (et positive !) réponse émanant du milieu théâtral, il est plausible de croire que cette activité peut créer un véritable sentiment d’intérêt, voire d’appartenance, envers le Théâtre 100 Masques.

Il serait probablement plus judicieux de ramener l’objectif de représentation à 1h… Toutefois, je crois toujours que le fait d’imposer 1h15 pousse les participants à se dépasser pour atteindre au moins le seuil psychologique de l’heure…
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C'est ainsi que prennent fin Les Impromptus Scéniques. Place au nouveau projet: le théâtre d'été!!!

mardi 9 mars 2010

De critiques en critiques...


Petit clin-d'oeil critique... puisqu'il y a longtemps déjà que je n'en ai parlé... Dans le cadre du centenaire du Devoir paraissait, en fin de semaine dernière dans les pages de celui-ci, un long article sur la critique culturelle au sein de cette institution et au coeur même d'un milieu parfois frileux...

Pour lire La critique culturelle au Devoir: jamais complaisante, parfois sources de polémiques, cliquer sur le lien suivant.

Théâtre: défense d'entrer

De retour entre les pages du monumental L'art du théâtre d'Odette Aslan (auquel je me réfère abondamment depuis quelques mois!) pour retranscrire un passage intéressant écrit par Jan Doat - metteur en scène français qui fut, par ailleurs, le premier directeur du Conservatoire de théâtre de Montréal! - en 1947 dans l'avant-propos de son essai intitulé Entrée du public. Il s'agit là d'un texte intéressant qui brosse, encore aujourd'hui, un bon portrait de cet art éphémère, de son glissement inéluctable de l'art de masse à l'art du divertissement...



Interdit au simples et à la foule, au jeu collectif, à la célébration communautaire. Défense d'entrer pour autre chose qu'oublier sa propre vie et applaudir aux tours de force: regardez mais ne touchez pas.


Le théâtre, une maison commune? Même pas un club, un lieu de passage et d'attente, anonyme et vide où l'on est mal à l'aise et jamais chez soi et jamais surtout chez un ami: même pas l'intimité d'une rue de sa ville, où l'on est poursuivi par la dame du vestiaire, le contrôleur, l'ouvreuse, après avoir rempli des formalités à deux guichets et payés un prix fort élevé (qui, du reste, ne permet même pas au théâtre d'être une industrie honnête).

Il fut des temps où l'art dramatique était grand...
[...] À ces moments-là, le Théâtre était à la foule; il était bien la chose de ce public houleux, passionné et sans respect qui buvait, mangeait, criait et se bousculait, mais maintenait le dialogue continu avec l'autre vraie vie qui, là-bas, sur la scène, se déroulait suivant des conventions établies. [...] Alors passait sur des milliers de têtes levées un grand souffle de violence et d'exaltation qui, maintenant, ne trouvent plus leur expression partielle qu'[...]au match, [...] dans l'émeute et dans la guerre.

Le voici maintenant devenu, ce théâtre, un lieu réservé et cher, un commerce aventureux, un art sans contact avec la communauté, un plaisir, un moyen d'oubli. L'applaudissement y est de rigueur, le sifflet une incongruité. Pour chaque spectateur, parfaitement isolé, une manifestation bruyante du voisin provoque un sourire narquois.

Il manque au peuple - je veux dire à l'ensemble des habitants d'une nation - cette ivresse dionysiaque et ce dépassement de soi-même, cette adhésion dans la violence à l'esprit collectif.

Voilà.