lundi 11 juin 2012

Vide.


 
Pour faire face à de nouveaux publics,
nous devons tout d'abord
être en mesure de faire face
à des sièges vides.

Cette phrase de Peter Brook (un extrait de Salem - le nouveau théâtre en Angleterre trouvé sur un site de citations) permet, en quelque sorte, l'erreur, l'essai. Une phrase bien optimiste, bien réelle... mais qui n'enlève pas, lorsque ça arrive, la déception et l'amertume.

samedi 9 juin 2012

Les prérequis du comédien...


L'homme qui se destine au Théâtre ne doit avoir aucun reproche essentiel à faire à la Nature: un défaut de conformation est une tache au talent; le Comédien, fait pour occuper l'attention, attacher les yeux, intéresser et étonner toujours, ne doit rien laisser à désirer: il faut que son physique flatte, que ses grâces soient naturelles , qu'il ait du maintien, une démarche facile, convenable aux rôles: que sa physionomie soit mobile et annonce de l'esprit: que sa taille représente, et que sa voix flexible, onctueuse, nette, puisse s'étendre et se promener facilement dans tous les tons. Il lui faut partout le physique comme les manières et le costume du personnage qu'il représente; et comme toujours chaque personnage doit être présenté par le côté qui lui est plus favorable, que la Nature au théâtre ne se montre qu'en beau, le Comédien doit, pour la rendre telle, avoir à sa disposition une collection de pinceaux.

Tels sont les mots employés dans Les éléments de l'art du comédien, paru au tout début du XIXième siècle, pour définir les prérequis du comédien de la grande époque théâtrale noire, rouge et or. L'auteur, un certain Dorfeuille (vive les découvertes de Google Book!), en dresse là un portrait qui peut, aujourd'hui, paraître un peu suranné, pompeux (et redondant!), mais qui, dans l'ensemble, peut tenir encore la route: 




Bon. L'insistance sur le Beau et l'esthétique pèse un peu et verse un tantinet dans la ségrégation (ou l'exclusion). Ça sonne un peu folklorique... mais peut-être les choses n'ont-elles pas tant changé...

vendredi 8 juin 2012

De l'épuisement de courir après l'argent...


Par ce billet, je donne suite à celui écrit par le collègue Stéphane Boivin sur le blogue de La Rubrique (ici) de même qu'à la déception de Vicky Côté manifestée sur Facebook au lendemain de sa soirée bénéfice tenue il y a quelques temps devant une assistance où peu de gens du milieu se trouvait...

Courir après l'argent est peut-être l'une des principale tâche (ou l'enfer... c'est selon) de tout organisme culturel... au détriment, bien souvent, de la création. C'est là un paradoxe exténuant: que du temps perdu (devant un clavier pour remplir des formulaires et monter des dossiers, en rencontres ou au téléphone!) qui demande énergie débordante et persévérance à toute épreuve!

Cette course - à obstacles, devrais-je rajouter! - mène parfois vers des résultats qui donnent des sueurs froides: coupures, compromis, reports... L'artiste au crochet de l'état, l'artiste qui quête, est un préjugé tenace... relent d'une petite droite démagogique qui s'étend de plus en plus. Et même si les montants ne sont souvent pas si exorbitants, leur caractère artistique fait souvent bien piètre figure aux côtés des causes humanitaires et celles axées sur la santé. Et une petite organisation peine à s'imposer face à une plus grande ou aux événements majeurs...

Par ailleurs, devant la multiplication des organismes culturels et des productions indépendantes, il y a une forte augmentation des activités de financement. Comme on se partage un bassin réduit de population, on se partage également un bassin réduit de partenaires...
 
Trouver de nouvelles formules pour attirer les donateurs, trouver de nouvelles approches, de nouveaux «produits» rentables devient un casse-tête sans fin. Être original pour attirer l'attention. Les mécènes ne courent pas les rues... et il faut parfois s'échiner à valoriser nos actions. Cette recherche de soutien est essentielle et permet de combler des subventions trop maigres (ou parfois inexistantes). Mais comment se vendre?

S'il y a un grisant enthousiasme lorsque nous trouvons un nouveau commanditaire, il y aussi - et en plus grande quantité! - bon nombre de refus... parfois directs et agressifs. 

Alors, vers qui se tourner? Vers nos spectateurs habituels, vers les gens du milieu même? Oui... peut-être. Bien qu'ils soient hyper sollicités (en plus de donner de leur temps), ils seront probablement au rendez-vous... Mais porter la santé financière de la culture sur leurs épaules m'apparaît être un bien lourd fardeau. Et cette obligation morale qui provoque le remords... Il faudrait parfois faire une campagne de financement pour pouvoir assister aux diverses soirées bénéfice! L'épuisement (tant financier, physique que moral) pointera un jour ou l'autre et personne ne sera plus avancé.

Et si la solution était ailleurs? Elle doit nécessairement être ailleurs, en fait... On ne peut définitivement pas continuer comme ça. Peut-être faudrait-il se constituer en regroupement et que c'est celui-ci, au nom de 3, 4 ou 5 compagnies théâtrales, qui s'impliquerait pour offrir une plus grande visibilité aux entreprises donatrices et aller chercher des montants plus substantiels (qui, au final, après le partage, serait avantageux)?  Faudrait voir...


«La Marmite» [Carnet de production]

Voici, en primeur, l'affiche de la prochaine production estivale du Théâtre 100 Masques qui débutera dans quelques semaines. C'est une conception collective réalisée par Julie Bernier qui devrait partir à l'impression dans quelques minutes.


Dans un tout autre ordre d'idées, nous avons fait hier notre entrée en salle - soit la Salle Murdock. Déjà nous avons installé la scène dans un rapport frontal sur toute la largeur, de la coulisse à la régie englobée dans l'aire de jeu... à l'instar du schéma ci-dessous (qui n'est absolument pas à l'échelle!):

Aujourd'hui, nous devons construire toutes les structures qui nous permettront de l'habiller selon l'esthétique choisie. Une scénographie qui sera somme toute assez simple... malgré son apparence chargée (enfin, si nous arrivons à réaliser nos ambitions!).

jeudi 7 juin 2012

Festivité de plus en plus difficile à prévoir



Comme plusieurs organismes, le Théâtre 100 Masques a déposé, dans les dates, un projet en vue de ces festivités... projet qui - s'il est retenu - pourrait se voir financer...

Le hic, c'est que le dépôt devait se faire avant le 13 janvier 2012... et que la réponse, prévue originalement en avril,  tarde toujours à nous parvenir. La raison? Le comité lui-même est en attente de diverses réponses des différents paliers de gouvernement... On peut écouter ici l'entrevue de la directrice, Line Gagnon, présentée hier sur la première chaîne de Radio-Canada, qui affirme que les organismes recevront une réponses d'ici la mi-juillet... peut-être aussi le début du mois d'août. Que rien n'est problématique... que tout est normal... enfin, presque.

Et pourtant...

Depuis avril, donc, la suite des activités du Théâtre 100 Masques (et les miennes, par conséquent) se fait avec une tentative de laisser de l'espace pour le projet en question - par ailleurs fort stimulant - qui demande une grande préparation (recherche, écriture, conception, mise en scène) et du temps. Mais l'échéancier prévu (théoriquement, je devrais être sérieusement en écriture) se réduit terriblement... et, parallèlement à ce problème, mon agenda personnel se rempli de gros projets pour les mois à venir. La marge de manœuvre pour cette création existe toujours mais elle rétrécit.

Du même coup, rien n'indique que notre projet est éventuellement sélectionné et toutes les contorsions d'horaires se font peut-être en vain.

Si la réponse se fait encore au-delà de juillet, nous serons dans l'obligation (avec beaucoup de déception) de retirer notre dossier... ou d'en modifier le calendrier.

 Dans ce milieu, l'attente est la pire des choses.

mercredi 6 juin 2012

Déculotter la vieille

La première vieille (Mélanie Potvin) de l'Assemblée des Femmes, Théâtre 100 Masques 2010

Quand un spectateur, dans la salle de théâtre, voit des trucs qu'il ne devrait pas voir - comme des erreurs de mises en scène, d'entrées, d'éclairages, de costumes qui tombent (comme le personnage de la photo ci-haut qui perdit sa couche en pleine représentation...), etc - on dit qu'il déculotte la vieille. L'image est saisissante... Brrr...

Selon le Dictionnaire de la langue du Théâtre, l'origine de l'expression [est] à chercher du côté des vaudevilles et de l'époque des couchonneries (j'ai déjà écrit un billet, , sur ce type de théâtre) où un rapide changement de décor aurait amené le spectateur à voir des choses qui ne lui sont pas destiné!

mardi 5 juin 2012

«La Marmite» [Carnet de production]


 C'est cette semaine que la production La Marmite doit prendre ses quartiers dans la Salle Murdock du Centre des Arts et de la Culture de Chicoutimi.

Après une petite pause de quelques jours, suite au premier enchaînement du 28 mai dernier - qui a su démontrer la mise en scène, les personnages, les enjeux -, les comédiennes ont repris, hier, les répétitions pour un dernier droit puisque nous voici à un mois, jour pour jour, de la grande première. Ce sera là une production très drôle dont les liens avec notre contemporanéité, quelques deux mille quatre cent ans plus tard, sont frappants.

Pendant ce temps, il y a tout un autre travail en cours: les costumes. Peu à peu se définit le principe directeur et l'ensemble esthétique. Par tâtonnement. Par propositions. Par essais. Les personnages - il y en a dix, si je me souviens bien - sont divisés en trois familles: le clan d'Euclion (le riche qui veut avoir l'air pauvre et son esclave), le clan de Mégadore (le riche qui porte les marques de sa fortune, sa soeur, son neveu et son esclave) puis les personnages accessoires (le dieu Lare, les cuisiniers, la joueuse de flûte). Les deux premiers regroupements sont relativement sur la bonne voie. Les autres demandent encore de la réflexion... même si de nouvelles propositions seront fixées aujourd'hui.

Le chantier scénographie sera mis en branle à compte de jeudi après-midi, selon toute vraisemblance.

Reste maintenant le matériel promotionnel (affiches et feuillets) à produire. Enfin... il est en cours de création et devrait théoriquement être en impression d'ici demain ou jeudi.

Le sprint commence.

lundi 4 juin 2012

Ces spectateurs sur le théâtre...


Pendant longtemps, en France (et en Europe), principalement pendant les XVIIième et XVIIIième siècle, eut cours une bien étrange coutume théâtrale: les gens du bel air prenait place sur scène, avec les acteurs, pour se faire voir plus que pour ne voir la pièce... De bien encombrants accessoires!

Vraiment, une coutume qui me fascine (et qui a déjà fait l'objet d'un billet paru le 27 août 2011).

Voici comment Dorat, éminent poète et dramaturge français, célébra la fin de cette coutume en quelques vers bien sentis...


De nos jours, ils ne sont peut-être plus sur les planches, ces spectateurs... mais parfois, ils demeurent aussi bruyants et font autant de tapage et de commentaires que ces beaux marquis... Comme quoi tout ne change pas si vite...

dimanche 3 juin 2012

Bravo!




Les applaudissements, lors d'une représentation théâtrale, peuvent aussi servir de matière à réflexion! Comme en fait foi cette petite description - tirée du Dictionnaire de l'art dramatique à l'usage des artistes et des gens du monde par Charles Marchal - qui nous apprends les mécanismes de ceux-ci dans l'Antiquité romaine...

Les Romains portaient très loin l'industrie des applaudissements, ils les divisaient en trois classes, selon Suétone : 1° les bombi, dont le bruit imitait le bourdonnement des abeilles ; 2° les imbrices qui retentissaient comme le pluie tombant sur les tuiles; 3° les testœ, dont le son éclatait comme celui d'une cruche qui se casse. Sénèque nous apprend qu'on applaudissait aussi en faisant voltiger le pan de la robe, ou avec les doigts, qu'on faisait claquer, ou enfin de la même manière que nos applaudissements. Selon Properce, on se levait pour applaudir. Tacite, qui se préoccupe plus de la qualité que de la quantité, se plaint des applaudissements maladroits des gens de la campagne, qui troublent l'harmonie générale des applaudissements modulés. Les comiques romains ne se faisaient pas scrupule de solliciter des applaudissements du public : coutume observée rigoureusement par Plaute et Térence à la tin de leurs pièces, et que nos vaudevillistes ont conservée.

Comme dirait l'autre: «Ils sont fous, ces Romains!»

Atelier sur la recherche-création

 
J'ai participé, au cours des derniers jours (vendredi et samedi) à cet Atelier scientifique sur la recherche-création en théâtre dans le milieu universitaire qui s'est tenu à Québec (et dont tous les partenaires sont soulignés dans le haut de l'image).

Cette activité - qui réunissait de nombreux étudiants, doctorants, professionnels et professeurs - permet d'échanger sur des pratiques, des méthodologies de travail; de passer, d'une certaine façon, le test de la «validation» par les pairs; d'établir un nouveau réseau de contacts de haut niveau; d'entrer dans un circuit de pensée.

Pour ma part, j'ai fait une communication sur l'état de ma recherche. La voici, en partie... la partie qui explique le projet.

Depuis septembre 2009, je poursuis des études doctorales à l’Université Laval, en Littérature et art de la scène et de l’écran. Mon sujet est la redéfinition des deux grands pôles théâtraux que sont la THÉÂTRALITÉ et la PERFORMATIVITÉ dans une approche néo-meyerholdienne… auxquels j’ai ajouté – il en sera question plus loin – la LITTÉRARITÉ («littérarité» que j’utilise à défaut d’avoir un terme plus approprié pour le moment).

Une recherche qui me semble importante, particulièrement à notre époque, alors que le théâtre contemporain, éclaté tant dans le texte que dans la forme, pétri d’une vision téléologique performative, interdisciplinaire, postmoderne ou postdramatique - c’est selon la formule qui plaît le plus à chacun - met à mal, plus souvent qu’autrement, l’une ou l’autre, l’une et l’autre, l’une contre l’autre, l’une pour l’autre ces notions qui paraissent fuyantes, aux contours floues, à la mise en pratique arbitraire selon les différents praticiens-théoriciens-sémiologues… De Roland Barthes à Josette Féral en passant par Ubersfled, Bernard Dort, Michel Corvin, Jean-Pierre Sarrazac , Richard Schechner et Patrice Pavis (de qui je me réclame le plus), sur tous ces sujets, les phrases s’accumulent, se complètent, se contredisent… au même rythme que le théâtre se fragmente, se déconstruit, se reconstruit.

Devant ces innombrables imbroglios lexicaux qui ne manquent pas de donner le vertige à tout chercheur, il me semble utile de revenir (au risque de me faire taxer de radical) au fondements même du théâtre – soit un texte, un comédien, un espace -, pour redéfinir efficacement ces trois grands principes, délimiter leurs champs d’actions et leurs articulations mutuelles.

C’est donc dans cette perspective - soutenir le passage du texte à sa mise en scène par le médium du corps - que cette présente recherche s’échafaude, prenant principalement appui sur les écrits et les conceptions artistiques de l’un des premiers grands metteurs en scène de l’histoire du théâtre, Vsevolod Emilievitch Meyerhold.

Pourquoi lui? Parce que s’insurgeant contre ce qu’il considérait, à l’époque, comme un cul-de-sac artistique, soit le naturalisme, il s’est attaché, à partir de la matérialité du texte, à rehausser, d’une certaine façon, la performativité de l’acteur, à jeter les bases d’un théâtre de la convention consciente pour redonner à la scène ce qu’elle avait délibérément mis de côté : sa théâtralité.

Et si cette source du passé s’avérait, après approfondissement, être d’une étonnante actualité pour tenter de définir ces trois pôles dont il est question? Et si les explorations et les expérimentations de ce praticien, valables dans les années du symbolisme et de ses suites, pouvaient se poser comme réponse solide face à cette dispersion théorico-sémiologique? Et s’il s’agissait, finalement, d’établir une approche néo-meyerholdienne pour aborder le théâtre contemporain sur de nouveaux paradigmes?

En quelques mots, cette approche néo-meyerholdienne devrait être, selon toute vraisemblance, un renouvellement et/ou un dépassement des théories d’avant-garde du metteur en scène russe. En les synthétisant rigoureusement, elle pourrait probablement se profiler comme étant une approche formelle et concrète de ce triumvirat théâtral - que sont la LITTÉRARITÉ, la THÉÂTRALITÉ et la PERFORMATIVITÉ - par le biais de l’interprète qui reste, avec son metteur en scène, au centre de la création. Elle viserait essentiellement une matérialisation du texte (comme moteur dramatique générateur de tensions, de décalages, de rythme), de la scène (comme esthétique motrice et dynamique), du corps (comme paramètres de jeu, de potentiel événementiel, de liberté) pour la construction, dans leurs continuelles interactions, d’effets simples mais efficaces.

Mais soyons plus précis. (À noter que ce qui suit n’est pas exhaustif et subit un peu les contrecoups de la limitation de temps.)
 
 
Posons donc, tout d’abord, dans une optique dramatique, la LITTÉRARITÉ (qui, je le rappelle, est un «mot de travail»), c’est-à-dire l’écriture comme tel, dans sa plus simple expression (les mots, la syntaxe, la ponctuation, le style). Sa spécificité est d’être, par essence ou par choix, destinée à la scène, la mise en voix, la mise en rythme. Passer de l’écrit à la dimension esthético-performative. Ce concept recouvre tout le champ textuel, du texte dramatique à tout autre texte, en passant par toutes les formes de l’écriture actuelle, parce que oui, selon l’approche néo-meyerholdienne, le texte demeure un ancrage essentiel à la production. Ce champ textuel est pris dans sa matérialité (sans pour autant exclure la fable et/ou l’intrigue puisque selon Meyerhold, «la forme et le fond constituent un tout»), devient une véritable matière, une partition physique, un tissus sonore et rythmique qui trouvera son aboutissement dans sa mise en scène. Cet espace de l’auteur deviendra le générateur. Le corps-émetteur.

Il y a ensuite la THÉÂTRALITÉ. Si, de cette notion on retire les éléments propres au champ textuel (dans la formule de Roland Barthes : «Le théâtre moins le texte») et qu’on lui soustrait également les caractères du vivant, de l’éphémère et du sensoriel pour les attribuer à la prochaine notion, cette THÉÂTRALITÉ reste avec ce qu’on pourrait définir comme le champ relatif à la scène, aux codes théâtraux, de la disposition architecturale aux questions de conception de lumières, de scénographies, de costumes. Il s’agit là, pour résumer un peu rapidement, de ce qu’on peut appeler l’écriture scénique dans la lignée même de Patrice Pavis qui y voit une utilisation pragmatique de l’outil scénique, de manière à ce que les composantes de la représentations se mettent réciproquement en valeur. Car oui, cette écriture, cette théâtralité, est au service de l’interprète, elel soutient son jeu comme elle la dynamise. De la définition d’Ubersfeld pour qui la théâtralité est la présence dans la représentation de signes qui disent clairement la présence du théâtre, on se rapproche de ce que Féral mentionne à propos de la théâtralité de Meyerhold, à savoir que cette celle-ci est bel et bien un acte d’ostension porté par l’acteur et qui désigne le théâtre comme tel et non le réel. C’est, en deux mots, le corps esthétique.

À côté des écritures textuelles et scéniques, ne manque plus que l’élément vivant, sensoriel, actif : la PERFORMATIVITÉ. Elle reprend donc, à son compte, le champ sensoriel de la représentation. Elle s’inscrit dans la brèche entre le réel et la fiction. Ses deux caractéristiques principales seraient d’abord son événementialité (et par là, la liberté inhérente à celle-ci, sa faculté d’entrer en contact avec le public) puis une obligation d’engagement de l’acteur (ici pourraient s’inséréer les 4 opérations schechnérienne: être, faire, montrer le faire, expliquer). Alors que la théâtralité crée le code, la performativité crée le(s) sens, ouvre le potentiel d'actions. Personnage ou figure? Peu importe. Ce qui compte, c’est l’action du comédien. C'est ici que réside le côté «unique» de chaque représentation de même que le caractère éphémère du théâtre. C’est, toujours selon l’approche néo-meyerholdienne, l’espace ouvert sur le texte et sur la scène, l’espace nécessaire au comédien pour contrôler son action, agir, rester à l’écoute de ce qui se passe, réagir, sentir le rythme. 
Ce serait donc le fait du corps spatio-temporel (ici et maintenant). Irons-nous jusqu'à définir la performativité d'après cette phrase de Meyerhold: «Chaque acteur, par sa façon de combiner dans son jeu le verbe, le son, le rythme, les objets et les partenaires, est à chaque instant son propre metteur en scène»? Peut-être.

À partir du moment où ces trois grands pôles sont délimités, l’espace de création (le fait du metteur en scène et de l’acteur) a pour but de les conjuguer l’un à l’autre. De les mettre en rapport, en quête de l’équilibre parfait. D’où sa présence centrale, littéraire, théâtrale et performative. Le théâtre se construit sur tout un jeu de poids et de contrepoids, d’actions et de réactions.

Cette mise en scène passe donc principalement en trois différents rapports de matérialité intrinsèques, nécessaires et constants, où chacun de ces pôles trouve son accomplissement dans les deux autres : il y va ainsi de la mise en voix, de la mise en espace, de la mise en corps… Telle sera l’approche néo-meyerholdienne (assez proche, je crois, de sa source originale). Reste à le démontrer.

Mais où se situe alors le glissement, le dépassement, le renouvellement qu’on est en droit d’attendre de celui qui s’inscrit dans un courant vieux de cent ans ? La réponse viendra bientôt, je l’espère…