vendredi 7 février 2020

À quoi tient la gloire?

Notre bon Progrès du Saguenay (du 2 août 1906) nous révèle un grand secret théâtral... à savoir: à quoi tient la gloire? Question complexe. Cette gloire tient-elle du talent? De la présence? De l'effort? Des heures et des heures de répétition? Que non! C'est bien plus simple! Elle vient du bon et tonique vin St-Michel! Car tous connaissons les bienfaits de l'alcool sur le jeu, la mémoire et la rigueur! 


La belle époque des réclames! Et des témoignages tous plus sincères les uns que les autres... ancêtres de nos bonnes info-pubs!

Par ailleurs, mes premières recherches - sommaires, j'en conviens - ne m'ont pas permis de trouver beaucoup d'informations sur ce pourtant favori tant sur la scène qu'en dehors, et qui a créé nombre de rôles fameux... Qui est-il? (J'imagine que c'est son portrait qui illustre l'annonce...)

Ce n'est pas trop clair... Il semble qu'il fasse partie de ces acteurs français, nombreux au tournant du XIXième siècle, à tenter leur chance dans ce Nouveau-Monde... du moins, si je me fie aux quelques articles que j'ai trouvé annonçant ses départs pour la France et ses retours... Mais il se peut aussi qu'il soit canadien... Dur à dire.

La Presse du 2 juillet 1902, le fait partir pour l'Europe... retour chez-lui ou non?... dur à dire : 


Puis, ont leur fait des adieux, toujours dans La Presse, quelques années plus tard, le 1er juillet 1905:


Revient-il par la suite? Aucune idée. Les archives se taisent. Tout ce que je sais, c'est qu'entre les deux, les choses ne semblent pas avoir particulièrement bien tourné... puisqu'il y a cette toute petite brève (qui porte bien son nom) parue dans Le Nationaliste du 23 juillet 1905:



jeudi 6 février 2020

Quand une critique passe mal...

Les critiques de théâtre exercent un métier dangereux... car oui, les mécontents sont souvent nombreux: parce que trop floues, trop brèves, trop incomplètes, trop dures, trop vague, trop à côté de la track. Trop. Ou pas assez. 

Mais personne, je l'espère, ne réagira comme cet homme dont il est question dans le Devoir du 14 octobre 1913:


mardi 4 février 2020

Nouvelle acquisition... pour stimuler la réflexion!



Je viens tout juste de recevoir ce numéro spécial de la revue Études théâtrales qui dresse le portrait de l'un des importants metteurs en scène contemporains: Thomas Ostermeier

C'est l'un des praticiens que j'aime beaucoup. D'abord, parce qu'il se réclame principalement de Vsevolod Meyerhold (qui reste mon maître à penser et qui était à la base de mes études universitaires à la maîtrise et au début de mon doctorat abandonné...). Puis parce qu'il se réclame du répertoire, du récit, des personnages... n'en ayant rien à faire du théâtre post-dramatique bien qu'il inscrive ses mises en scènes dans une modernité fort actuelle. Un iconoclaste tant pour le passé que pour le présent. Enfin, parce qu'étant une figure hautement médiatique (il est le directeur de la plus grande maison de théâtre de l'Allemagne, la Schaubühne), nous avons accès à de nombreuses sources - ses conférences, ses entrevues, ses écrits - pour tenter de bien saisir sa façon de penser le théâtre, sa vision de la chose dramatique, etc.

Lire Ostermeier, lire sur lui et son travail est donc une bonne source de questionnement, de réflexions. Le genre de lecture qui permet de développer, d'aiguiser la pensée...

lundi 3 février 2020

Devenir fonctionnaire du théâtre... en 1973!

Au cours des mes pérégrinations à travers les archives de la BaNQ, j'ai trouvé cette offre d'emploi, parue en 1973 dans Le Soleil... il y a donc presque 50 ans:


Il s'agit là, en gros, d'un poste de fonctionnaire rattaché au Ministère des affaires culturelles... avec un salaire oscillant entre 19 et 23 000$. De 1973. Ce qui représenterait, de nos jours, selon un calculateur d'inflation pris sur le net, un salaire d'environ 119 000$. 

Un poste de fonctionnaire, oui. Parce qu'encore aujourd'hui, en 2020, je serais curieux de connaître le nombre d'artistes en théâtre qui réussissent à dépasser ce seuil du 20 000$ par année... 

dimanche 2 février 2020

EMPIRE, la genèse d'un projet

Il y a parfois des projets qui semblent sortis de nulle part. Comme cette création du Théâtre 100 Masques qui prendra l'affiche dans un peu plus d'un mois.

Depuis quelques années, je caresse le projet de travailler sur une production de Phèdre. Oui... la version de Racine. Mais aussi - et surtout pour le projet en question - celle d'Euripide, centrée sur la version du beau-fils: Hyppolite porte-couronne (écrite en -428 avant JC). 

J'ai élaboré, en 2016-2017, à partir de diverses traductions et une bonne part de réécriture, une partition pour deux comédiens: Les morts sacrilèges, qui fait s'entremêler les voix des différents protagonistes (Phèdre, Hyppolite, Thésée, les déesses, Théramène, la servante) en de longs récits. Ce texte est, je crois, intéressant... mais en même temps, il lui manque encore un quelque chose.

J'ai alors cherché de nombreux textes autour de ce mythe... principalement dans les textes antiques.

Et le projet a peu à peu bifurqué. 

En lisant sur tout et rien, je me suis attardé aux grandes figures d'autorité dans l'Antiquité... jusqu'à l'empereur Néron... Fascinant personnage. Une courte phrase me revenait toujours en tête: Brûle mon empire, brûle. Plutôt anodine et en même temps bien rythmée. Puis je me suis mis à écrire un monologue dit par le tyran... plus ou moins convaincant. Je l'ai abandonné... vite entré dans le cul-de-sac historique. Mais de lui, resta l'envie de décrire la déchéance d'un empire (!) jusqu'à sa destruction par le feu. Et pas nécessairement l'empire romain.

Après avoir écrit une première ébauche de quelques pages, je me suis fait un plan. Détaillé. Et c'est comme ça que l'écriture a pris son envol, assez rapidement, à l'été 2018, fortement inspirée par l'actualité mondiale d'alors: catastrophes naturelles, humanitaires, épidémiques, politiques... de quoi décourager, foutre le cafard, l'angoisse et l'anxiété à n'importe qui. Le ton était donné.

En résulte donc un long récit. Une chaîne irréversibles d'engrenages malsains et apocalyptiques. Une suite de fatalités de plus en plus catastrophiques. Une conséquence de choix arbitraires. Une extinction. Puis une autre voix s'est insérée pour faire un contrepoint. Un regard extérieur, supérieur. Insensible. Aveuglé par sa suffisance et son ambition. 

En tout, il y a eu 4 versions en quelques semaines. Chacune apportant son lot de modifications (parfois importantes!), de ratures, de réécritures, de modifications substantielles à la rythmique du texte, au vocabulaire, au style. 

Une première création devait être faite l'an dernier. Mais d'autres projets m'ont contraint à le repousser. Et entretemps, j'ai revu la forme. Le texte est passé de deux voix distinctives (qui imposait une relation trop claire et manichéenne) à trois voix interchangeables, liées et en compétition, avec, comme champ de bataille, une cité et un peuple otage de décrets tous plus insensés les uns que les autres, au profit d'une économie dominatrice et dévastatrice.

De Phèdre, plus rien... mais ce n'est que partie remise.

Voici donc comment est arrivé Empire. Comme une recherche. Comme un défoulement. 



samedi 1 février 2020

Une clémence théâtrale

Le XIXième siècle (particulièrement au Québec... mais aussi en France) comporte tout un ensemble de prédicateurs, de curés, de vicaires, d'évêques et de cardinaux qui se posent en farouches pourfendeurs du théâtre. Ils me fournissent, d'ailleurs, un impressionnant corpus de morceaux littéraires qui rivalisent d'originalité, de menaces et de maux envers quiconque va et fait du théâtre. 

Mais certains ressortent du lot par leur souplesse d'esprit (!) face à la chose dramatique... comme ce petit passage du Cardinal Thomas Gousset (biographie ici), figure de l'ultramontanisme français, qui a inspiré, semble-t-il (selon le fort intéressant L'Église et le Théâtre au Québec, de Rémi Tourangeau et Jean Laflamme publié en 1979 chez Fidès), nombre de nos pasteurs... à commencer par Mgr Ignace Bourget qui, au début de son règne, tolérera la pratique de cet art (selon certaines conditions comme la non-mixité et la moralité du répertoire) sans pour autant lui donner sa bénédiction... mais qui finira par sombrer dans une lutte féroce contre les jeux scéniques!



Donc, Gousset, dans sa Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs, parue en 1844, y va de la sempiternelle logorrhée anti-théâtrale:

Ceux qui composent ou qui représentent des pièces des pièces de théâtre vraiment obscènes, comme certaines comédies ou tragédies qui ne respecte ni la vertu ni la sainteté du mariage, pèchent mortellement.

On ne peut, sous peine de péché mortel, concourir à aucune représentation notablement indécente [...], ni par abonnement ou souscription, ni par applaudissement. Il y aurait aussi péché pour les simples spectateurs qui assisteraient à une représentation notablement obscène, pour le plaisir honteux que cette représentation peut occasionner.

Et là - ô surprise - il nuance (ce qui est plutôt rare dans ce type de prescription):

Mais il n'est pas de même pour ceux qui n'y assistent que par curiosité ou par récréation; ils ne pèchent que véniellement [ouf!], pourvu qu'ils se proposent de résister à tout mouvement charnel qui peut survenir, ou qu'ils n'aient pas lieu de craindre de se laisser à quelque faute grave. 

Mais...

Cependant, il serait difficile d'excuser de péché mortel un jeune homme qui, sans nécessité, voudrait assister au spectacle, dans le cas dont il s'agit; à moins qu'il ne fût d'une conscience très timorée et qu'il ne pût s'autoriser sur sa propre expérience. Encore faudrait-il, dans ce dernier cas, que son exemple ne fût pas une occasion pour d'autres jeunes gens d'assister à des représentations indécentes. 

Pourtant, il persiste et signe: le théâtre n'est peut-être pas si pire... et viennent les exceptions qui pourraient trouver grâce à ses yeux:

Si les choses représentées ne sont pas notablement obscènes, et si la manière de les représenter ne blesse point gravement les moeurs, il n'y a que péché véniel à assister au spectacle sans raison légitime. On excusera même de tout péché ceux qui ont quelques juste cause d'y assister: tel est le cas, par exemple, de la femme mariée qui peut assister au spectacle sans pécher, pour ne pas déplaire à son mari, ou encore du fils ou de la fille, pour obéir à leur père. Mais ceux-mêmes qui sont obligés d'aller au spectacle, comme ceux qui croient pouvoir y aller, doivent se tenir en garde contre le danger. 

Ce  XIXième siècle est fascinant. 

lundi 27 janvier 2020

Question d'horaires...



Il n'y a pas grand chose d'aussi barbant, au théâtre, que faire des horaires de répétitions. Cet exercice qui consiste à se projeter sur une période donnée. À définir le travail à faire. À l'étaler avec cohérence pour s'assurer de passer sur l'ensemble du spectacle (et je suis plutôt du genre chronologique)... idéalement plus d'une fois. À coordonner surtout les agendas de toute l'équipe de comédiens. Et comme chacun à ses propres obligations, un ou des emplois, un ou deux ou trois projets, le casse-tête devient parfois presque insoluble. 

Malgré la logistique de la chose, le plus complexe reste quand même de prévoir l'avancée de la création: combien de temps nécessaire pour telle scène? Combien de temps pour tel acte? Ce petit morceau demandera-t-il une ou deux rencontres? Y aura-t-il assez de répétitions à proprement parler? 

Puis il y a le temps qui passe et qui parfois surprend au détour... 

Il faut - comme c'est le cas pour la production estivale du Théâtre 100 Masques - prévoir des plages de répétitions pour avril, mai et juin. C'est proche. Mais aussi très loin encore! Que d'imprévus peuvent arriver d'ici là! Et comme le calendrier est fait, gelé, es contractuels peuvent alors aménager leur(s) autre(s) projet(s) en conséquence. Que survienne un changement et le plaisir de chambouler l'ordre établi commence! 

Oui. C'est dans ce beau moment des horaires que se ressent l'envie d'avoir une véritable troupe, avec des gens permanents, payés à l'année, disponibles en tout temps.

dimanche 26 janvier 2020

Le rythme incroyable d'une époque révolue...

Toujours dans ce début du XXième siècle - que je revisite sans cesse parce qu'il est, tant ici au Québec qu'ailleurs dans le monde, d'une richesse et d'une fécondité inimaginables... période de métamorphoses et de grands bouleversements - un genre s'impose au Québec: le burlesque.

La formule générale d'un spectacle burlesque ressemblait à ça: grande ouverture musicale, petit drame, numéros de variétés [magie, chansons, saynètes, danses], grosse comédie de fermeture avec finale élaborée. Le tout entre une séance de vues animées (dessins animés et nouvelles) et d'une projection d'un grand film.

De grands noms sont passés à la postérité: Juliette et Arthur Pétrie, Olivier Guimond (père et fils), Juliette Béliveau, Jean Grimaldi et, bien sûr, Rose Ouellette dite La Poune, dont les citations de ce billet sont le fait (tirées de sa biographie - La Poune - écrite en 1978 par Philippe Laframboise).

Une époque où le théâtre atteint un certain âge d'or... et particulièrement le burlesque - genre par ailleurs snobé par l'élite - par sa capacité  à s'inviter et s'incruster dans la culture populaire. La Poune y acquerra le statut de vedette populaire et son théâtre, Le National (qu'elle tiendra de 1936 à 1953), va devenir LE lieu de rendez-vous par excellence du peuple: Tous les records de longévité, d'assistance et de popularité furent battus, du moins dans le genre. [...] Rue Sainte-Catherine, comme dans tout Montréal d'ailleurs, les tramways circulaient encore du nord au sud, et de l'est à l'ouest, ou dans l'autre sens selon vos préférences. Quand le tramway approchait du National, le conducteur claironnait d'une voix forte: ''Chez la Poune, terminus, tout l'monde descend!'' Et il fallait voir la foule se presser, se mettre en ligne jusqu'à la rue Beaudry.

Pour devenir un incontournable, ce théâtre - et bien d'autres, dans ce Montréal d'alors - s'astreint à un régime de production aujourd'hui insensé: Comme nous jouions en matinée et en soirée, sept jours sur sept [note de moi-même: et que l'affiche changeait chaque samedi, donc un nouveau spectacle par semaine!], les répétitions avaient lieu les mardis et jeudis, vers minuit, soit après le grand film suivant le spectacle sur scène. Mes artistes regardaient parfois le film, et quand la salle était vide, nous travaillions souvent jusqu'à trois heures du matin. Mais il faut dire que j'avais la collaboration de toute la troupe. Je soumettais des idées. Parfois une comédienne ou un artiste me disait: ''Rose, Madame Ouellette, ça, je ne le sens pas.'' Je répondais alors: ''Eh bien, fais-le à ta façon, comme tu le vois!'' Et ça allait toujours. 

Toutes les semaines, il fallait mettre au point la grande ouverture musicale à laquelle participait toute la troupe, chanteurs et danseurs. J'imaginais un décor et chacun se toilettait en fonction de ce même décor. Juliette Pétrie était, entres autres, une couturière de premier plan. Et ces messieurs rivalisaient d'élégance. Les meubles, de très beaux meubles, étaients fournis par une maison spécialisée existant alors juste en face du théâtre. 

Ensuite, il y avait le drame. On pigeait dans le répertoire ou selon les idées de base des uns et des autres. Enfin, il y avait la grande comédie finale. Les drames étaients touts appris. La comédie, elle, demeurait ad lib. Il y avait l'idée initiale et le punch de la fin. Le reste était improvisé.

En plus, j'avais toujours, en supplément des actes de vaudeville, de nouveautés, ainsi que des numéros de spécialité: chanteuses, chanteurs, instrumentistes, acrobates, danseurs, prestidigitateurs.

Voilà. Une vie dévouée à la scène. Un rythme effréné, difficile à imaginer, qui force l'admiration.

samedi 25 janvier 2020

Quand le torchon brûle... et ses suites!

L'un des événements théâtraux (très) marquants en avril 1907 (si je me fie au nombre d'articles parus à l'époque) est la présentation, par le Théâtre des Nouveautés, de la pièce La Rafale de Bernstein (et vous pourrez voir le programme de la pièce ici).

Marquant parce que cette pièce, cette production et ce théâtre ce sont vus frappés d'interdit par Mgr Bruchési (parce qu'il verrait, dans la pièce, une apologie du suicide... pour plus de détails sur cette histoire, vous pouvez lire cet article de Hervé Guay, p.175), comme en témoigne cet article du journal Le Canada du 1er avril 1907:


La direction des Nouveautés se rebiffe et présente quand même son spectacle, dixit La Presse du 2 avril 1907:


Après, j'imagine d'intenses séances de négociations, l'interdit de l'Archevêque est finalement levé, nous apprend le journal La Vérité du 13 avril 1907...:


... mais avec l'instauration d'un comité de censure théâtrale, dont les grandes lignes sont données ici, dans La Presse du 23 avril 1907:


Quelle belle époque que ce début du XXième siècle...

jeudi 23 janvier 2020

Nouvelle acquisition...


Tout juste arrivée par la poste... Vraisemblablement la première pièce écrite (en 1891) par André de Lorde qui sera surtout connu, quelques années plus tard, comme étant l'un des maîtres incontestés du Grand-Guignol (et oui, j'ai commandé beaucoup de bouquins du même genre...). 

Une courte pièce en un acte. Plutôt proche du théâtre de boulevard bien en vogue à l'époque: l'épouse (la seconde) cocue, l'ami flagorneur, le mari trompeur, la maîtresse partagée. Une petite pochade sans conséquence. Quiproquos. Malentendus. Vingt-trois pages d'un chassé-croisé plutôt insignifiant qui ne laisse rien présager de la renommée que le dramaturge acquerra  en tant qu'artisan de l'horreur et de l'extrême...


mercredi 22 janvier 2020

Et tombe St-Nom-de-Jésus...


Tiens. Une autre église tombe. Dommage.

Cette église, je la connais bien. Parce que j'y ai passé de nombreuses heures... en répétition, dans le sous-sol, pour les quatre productions de la SALR que j'ai mises en scène (2012-2016): Orphée aux enfers, La fille du Tambour-Major, L'Etoile, Le Barbier de Séville.... et en mode "direction générale" de l'organisme (2014-2016) dont les bureaux se trouvaient au rez-de-chaussée.

Les bureaux, les archives, le costumier, la cuisinette, le garde-meuble, la grande salle, la salle de réunion, la cohabitation avec la Maison des jeunes et le skate-park, la chapelle, tous les recoins cachés. Elle a été explorée, cette église... maximisée... et oui, elle etait en piètre état...

Mais, c'est dire les souvenirs que j'y rattachent: des rencontres marquantes, du plaisir artistique, des équipes réunies, des projets avancés (ceux qui ont trouvé leur aboutissement et les autres)... et de la déception amère.



dimanche 19 janvier 2020

B comme Brochure

Page de ma copie de Bonbons Assortis de Michel Tremblay, production que j'ai mise en scène au Théâtre Mic Mac de Roberval en 2006... 
où cohabitent dessins, indications de mise en scène, cue technique et inondation de café!

B comme Brochure: La brochure est le texte de la pièce [...] dupliqué et distribué à l'ensemble de la troupe. Il est broché et contient parfois quelques pages blanches afin d'y noter les indications du metteur en scène ou les dessins qui ne manqueront pas d'apparaître lors des lectures ou durant les séances de répétition vous laissant sur le banc de touche. On y trouve tout ce que le comédien décide de retenir d'une séance de notes, d'une indication, au crayon le plus souvent, car les choses peuvent changer très vite et radicalement. D'ailleurs le crayon à papier devrait être obligatoire pour certains acteurs qui ont une fâcheuse tendance à fixer trop vite la moindre indication de jeu qui leur est suggérée. Des numéros de téléphone sans noms y côtoient des références de bouquins [...]. Le rôle du comédien est souvent surligné au feutre fluorescent jaune, bleu ou rose [...]. Parfois des symboles ésotériques sont censés rappeler au comédien les déplacements qu'il doit effectuer. Mais, lorsqu'on se relit, il est assez rare de s'y retrouver [...]. La brochure nous trahit, elle dit tout de nous, le studieux, le zéro faute, comme le foutraque, le maniaque et le cradoc sont là en elle, en tache de gras, en mine HB taillée pointue, en quatre couleurs, en trous de cigarette, en thèse et antithèse, en portrait craché, en sans queue ni tête, en adresses nerveuses et pense-bêtes inutiles, c'est l'arrière-boutique...

C'est un passage du savoureux Petit lexique amoureux du théâtre de Philippe Torreton, publié en 2009 chez Stock. (C'est là, par ailleurs, un ouvrage que je recommande volontiers à quiconque s'intéresse au théâtre: complet, drôle, incisif, vrai.)

Je ne suis pas comédien. Mais ma bibliothèque - comme celle, j'en suis sûr, de la plupart de mes collègues - renferme des dizaines de ces textes barbouillés, comme des morceaux arrachés à un processus passé de réflexion et de création.

Les relire (si tant est que cela soit possible) alors qu'il ne reste bien souvent que le souvenir des représentations, attise une certaine nostalgie et provoque tout autant de sourires que de questionnements sur le sens de tous ces gribouillis.