lundi 11 mai 2020

«Une pièce pour une piasse!»

Que vaut une pièce de théâtre? Comment fixer un juste prix à l'entrée? À chaque fois - dans mon cas, du moins... mais j'imagine fort bien mes collègues dans la même galère - tout un lot de questions entrent en ligne de compte: est-ce trop cher? pas assez? est-ce convenable? crédible? cohérent? justifiable? 

C'est dans cette veine qu'il faut aborder le prochain article. Car voilà une curieuse anecdote rapportée dans l'édition du 10 février 1970 du Soleil Saguenay-Lac-Saint-Jean:


Le théâtre est toujours trop cher pour certains!

Que diraient-ils, ces manifestants, devant les billets d'aujourd'hui qui peuvent se détailler à 20, 30, 50 voire même 80$? Nous leur donnerions assurément une riche matière pour une vraie contestation de guichet

Mais au final, y a-t-il encore des gens pour plaider ce genre de revendication? Le théâtre populaire, disponible pour tous, n'est-il plus qu'un mythe? J'envie presque la Comédienne Canadienne d'avoir eu à gérer une telle situation...

dimanche 10 mai 2020

Où en sommes-nous rendus?

Parfois je me demande si le milieu théâtral d'ici n'était pas mûr pour avoir une association en bonne et due forme. Un regroupement régional qui pourrait donner à ce dit milieu une voix forte auprès des différentes instances. Un réseau quoi... 

  • Un réseau capable d'être le porte-parole de ses membres;
  • un réseau capable de défendre les revendications et les aspirations du milieu;
  • un réseau capable de signifier une existence dynamique hors des grands centres;
  • un réseau capable de dresser et faire valoir son portrait tant social qu'économique;
  • un réseau capable de se faire courroie de transmissions des informations majeures.

Bien sûr, notre petite histoire est pleine de ce genre d'initiatives (et toujours en vain). Dans les années '60. Dans les années '70 (j'en ai parlé ici, d'ailleurs). Dans les années '80. Plusieurs personnes encore s'en souviennent et sont peut-être même échaudées.

Bien sûr, des associations disciplinaires existent déjà au niveau national (dont les CQT et l'ACT) avec les mêmes objectifs que cités précédemment. Toutefois, peuvent-ils représenter notre territoire avec ses besoin précis?

Bien sûr, depuis 2003, il y a le groupe de compétence en théâtre du CRC qui rassemble, avec ouverture, artistes et organismes pour discuter, notamment, de concertation. De nombreux projets ont émané de cette structure. Mais ça reste un lieu de rencontre volontaire.

Alors, sommes-nous bien organisés, comme milieu, pour faire face à ce qui se dresse devant nous?

Les réalités et les besoins diffèrent d'un organismes à l'autre, c'est vrai. Mais il me semble que de bons défis collectifs nous attendent et que nous connaissons déjà, pour la plupart... que ce soit au plan de la formation qui s'amenuise, de la constitution d'une relève (artistique et administrative) qui tarde, des espaces de travail (bureaux, salles de répétitions et de représentations) qui manquent, du financement qui se raréfie. Et bien sûr, se pose toujours de manière lancinante le problème de la promotion et de la reconnaissance du milieu théâtral dans la population en général en ces temps où les médias eux-même sont mis à mal...

Et ici, notez que je fais fi des problèmes posés par la reprise qui viendra dans quelques semaines, quelques mois... 

Mon questionnement est donc simple: comment parviendrons-nous à nous atteler à toutes ces tâches (osons le mot cliché: titanesques) sans donner un coup de barre dans notre écosystème?

samedi 9 mai 2020

Quand la transformation vertueuse du théâtre repose sur les femmes!

Comme le théâtre a été malmené dans ce XIXe siècle! Tous les journaux de l'époque - presque sans exception - s'acharnent sur lui. Les publications à fortes connotations religieuses (voire même ultra-conservatrices) à celles plus libérales. 

Le 4 juin 1898, le quotidien Le Soleil y va d'une charge à fond de train contre le théâtre immoral et met, sur les épaules des femmes - spectatrices comme comédiennes - la tâche de transformer cet art vicieux par des actions concrètes. Mais est-ce illusoire de penser que le théâtre - asile du vice comme il est spécifié en début d'article - est réformable?

Pour donner du poids à son argumentaire, il donne, pour l'illustration, un exemple américain:


Voilà. Tout est dit: faisons des efforts... même vertueux, le théâtre n'est source de que malheures et de problèmes! Encore étonnant que les arts de la scènes aient réussi à perdurer devant autant d'acharnement.

Maintenant, qui sont les protagonistes de ce petit récit...

Peut-être est-il question d'Helena Modjeska (1840-1909), actrice polonaise émigrée aux États-Unis en 1876 (et voici sa biographie wikipédienne)?


Du directeur, du théâtre et même du Louisville en question, difficile de bien les situer avec si peu de détails...

Quant à l'auteur cité, il y a bien un dramaturge nommé Berquin... alors peut-être serait-ce Arnaud Berquin (1747-1791), écrivain français (et voici sa biographie wikipédienne)? 


vendredi 8 mai 2020

Des expositions virtuelles autour du théâtre!

En cherchant des sujets pour ce blogues, j'ai eu l'idée de dresser une liste (absolument pas exhaustive!) de différentes offres d'exposition virtuelles portant sur le théâtre. Alors ce matin, peu de texte mais bien des choses à visiter!

Voici donc ce que j'ai glané en quelques clics (si vous connaissez d'autres sites du genre, vous pouvez les placer dans les commentaires):


Place au théâtre! - Une exposition virtuelle présentée par l'UQAM sur l'histoire du théâtre, de grandes troupes, etc. Voici le plan de l'exposition:


Expositions virtuelles de la Société d'histoire du Théâtre (dont j'ai déjà parlé ici).

Expositions virtuelles des Archives de Montréal dont celle-ci: La Roulotte, un demi-siècle de magie! (sur cette compagnie qui se promène dans les Parcs de la métropole depuis les années '50).

Expositions virtuelles de la Comédie-Française, dont les sujets abordés sont les suivants:



jeudi 7 mai 2020

ZOOMÉ.E.S - Événement théâtral et performatif en confinement


C'est aujourd'hui qu'a lieu la première (de deux) représentation de Zoomé.e.s - Événement théâtral et performatif en confinement des étudiants en Atelier de création de l'UQAC dont j'avais la responsabilité. 

Une session qui, après coup, semble une éternité. Avec un avant et un après... (petit résumé ici).

Un étrange contexte de travail qui, bien qu'il puisse attiser la créativité, impose aussi ses limites. Dans l'accompagnement. Dans le rendu technique (surtout avec les moyens dont chacun dispose dans son lieu où il est retiré). Dans la stimulation du groupe. Dans le manque de regard extérieur alors que l'artiste créateur est sujet, objet et directeur de son propre projet.

Ces projets commandent tous un autre rapport à l'espace, un autre rapport au public en introduisant un  nouvel élément: un rapport intime à la lentille...

Et pourtant. Ils ont produit! Quatre solos. Trois duos. Un trio. En peu de temps. À travers les bouleversements sociaux, les déménagements, les retours en Europe, la distance, l'absence générale de matériel adéquat (comme des micros, des caméras HD ou tout simplement d'une salle!) ou de soutien à la création (de l'aide technique sur place... parce qu'ils ont quand même pu bénéficier des compétences d'Alexandre Nadeau tout au long de leur processus pour la mise en ligne).

Ils ont créé des performances qui leur ressemblent, avec leurs préoccupations, leurs intérêts. Avec un thème commun: le confinement. De la discussion philosophique relevée au manifeste et au témoignage. De la confidence à la science-fiction. De la tension conjugale à l'attente du punch. Du défoulement verbal au défoulement corporel. Les propositions sont variées, ébauchant des éléments qui auraient pu, dans un monde idéal, avoir une autre envergure, peut-être, mais qui démontrent surtout une force créatrice, un engagement face aux contraintes, une vision du monde. 

Merde à eux!

mercredi 6 mai 2020

La première représentation du Théâtre du Coteau

Parmi les troupes historiques du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il y a ce mythique Théâtre du Coteau, fondé et animée par Ghislain Bouchard (celui de la Fabuleuse histoire d'un Royaume et des grands spectacles) entre 1956 et 1962. 

Quand cette troupe mettra fin à ses activités, une nouvelle prendra sa place avec un succès retentissant: La Marmite

Mais revenons au sujet de ce billet. 

Le Théâtre du Coteau a donc donné sa première représentation le 7 juin 1956, ainsi que le rapporte, quelques jours auparavant, le Progrès du Saguenay:



L'une des choses qui m'a intéressé, dans cet article d'il y a 64 ans, c'est le nom du scénographe: Jacques Coutu, architecte. (Encore une fois, je déborde un peu du théâtre...)

Cette époque (les années 40-50-60) a été, dans le domaine de la construction, riche en grands hommes. Parmi eux, Coutu. Il sera le maître d'oeuvre de plusieurs édifices marquants sur le territoire régional (notamment spécialiste des établissements scolaires):


Malheureusement, de cette première représentation, je n'ai pas d'image pour voir ce que la vision combinée de Bouchard et Coutu a pu donner... 

lundi 4 mai 2020

Bien tomber...

Le Magasin littéraire, revue illustrée dont je tirais le billet d'hier sur la cadavre tournant avait, juste un peu plus haut, une petite brève que je trouvais fort intéressante:


Voilà une belle leçon! Mais bien sûr, l'autre intérêt d'un tel article est de me porter vers une nouvelle artiste oubliée! Cette Mrs Bernard Beere (1856-1915), semble, à son époque (et selon les minces biographies trouvées), avoir joué les plus grands rôles...




Petit extrait (traduit) d'une biographie piquée sur internet ():

Elle était une actrice séduisante et charismatique. Les critiques d'alors  révèlent son grand talent de comédienne. Elle a même été surnommée «la Bernhardt anglaise» pour sa performance dans «Fedora», mais des crises nerveuses récurrentes ont freiné sa carrière.

Rien n'indique pourquoi elle elle est devenue actrice et les sources divergent quant à savoir si elle a commencé à agir avant ou après son premier mariage. Ses premières apparitions sur scène se sont produites entre 1872 et 1877.

Plusieurs articles rapportent, tout au long de sa carrière, les nombreuses représentations annulées pour cause de maladie (et des troubles nerveux). 


dimanche 3 mai 2020

Un cadavre tournant!


Encore une anecdote tirée de l'invraisemblable vie de Sarah Bernhardt... C'est qu'il y en a! Toutes plus étonnantes les unes que les autres! 

Celle de ce matin est tirée du Magasin littéraire, une revue française des années 1880-1890:



samedi 2 mai 2020

Quand le Cowboy solitaire fait du théâtre... encore!


Et oui, le confinement nous fait tomber sur de drôles de choses. Comme cette autre bande dessinée (au récit - ma foi! - plein de rebondissements) de Lucky Luke! Autre parce que j'ai écrit, il y a quelques jours, sur une autre de ses aventures qui se passait aux côtés d'une Sarah Bernhardt en tournée au Far West (ici)!

Dans cet album, Le cavalier blanc, paru en 1975, le justicier et son inséparable cheval croisent la route d'une troupe ambulante, celle de Whittaker Baltimore, rompue aux mélodrames:


Partout où elle passe, la malheur s'abat: pendant chacune des représentations, un vol est perpétré. Lucky Luke se met donc en quête de la vérité et va parcourir, lui aussi, ce coin de pays, sur la piste de ces comédiens, de vieilles granges en saloons. 

D'ailleurs, l'une des tenancières a, pour le théâtre et les gens qui s'y intéressent, bien peu de considération!




C'est donc là un album centré sur le théâtre, son mode de vie, ses conventions, ses illusions... et le cowboy devra aussi reprendre un rôle, à pied levé! Une histoire plutôt amusante, avec une intrigue (simpliste, oui) assez bien construite!

vendredi 1 mai 2020

Des superstitions chez les Anglais


Je pensais connaître pas mal les grandes superstitions du milieu théâtral (vous en trouverez plusieurs ici)... mais le Le Magasin Littéraire - revue illustrée, un truc publié  à la fin du XIXe siècle (et disponible via Google Books) m'en apporte de nouvelles:


mardi 28 avril 2020

Edward Gordon Craig et sa vision du théâtre


La modernité du théâtre commence à la fin du XIXe siècle (après ce que plusieurs nomment la crise du drame autour de 1880). Parmi les premiers réformateurs, les premiers grands théoriciens qui jetteront les bases de ce qui deviendra la mise en scène telle qu'on l'entends de nos jours, il y a le Britannique Edward Gordon Craig. 

C'est toujours stimulant de le (re)lire. Il a une vision du théâtre sans compromis, passionnée et fort audacieuse pour l'époque. Et il déploie parfois des sentences radicales qui font réfléchir:


Ce passage vient de Le théâtre en marche, publié originellement en 1921 et qui dresse, en quelques sorte. Je me demande ce qu'il dirait aujourd'hui... 

Mais Gordon Craig, c'est beaucoup plus que ces considérations. Dans son cas, il repense l'espace, la dynamique de celui-co, le jeu de lumière, le rapport de l'acteur aux volumes. Il est trop souvent réduit à l'une de ses notions: la sur-marionnette (l'humain étant trop instable, il lui faudrait atteindre les vertus de la marionnette plus facile à manipuler).

Voici un site web très bien fait - en anglais - consacré à son travail et à ses recherches avec de très nombreux croquis.

(Avis aux visiteurs de ce blogue: comme c'est là ma prochaine lecture en confinement, il est fort probable que le bouquin en question alimente quelques billets dans les prochains jours!)

lundi 27 avril 2020

L'union du milieu théâtral régional... une initiative complexe

L'histoire théâtrale régionale renferme une multitudes de noms (connus et moins connus, encore dans les mémoires - et en action! - ou oubliés), de troupes... et d'initiatives de rassemblement et de traçages d'un portrait des forces vives.

(Et il serait bon, d'ailleurs, de collecter les témoignages des gens qui y étaient!)

Parmi celles-ci, une est plus importante que les autres, il me semble, tant par sa présence dans les journaux que par ses démarches, ses objectifs, ses propositions: Promotion théâtre

Milieu des années '70. La scène régionale bouillonne, portée par la vague du théâtre amateur, du théâtre engagé, de la création collective. Une équipe de cinq personnes (dont le porte-parole sera Roger Malaison que j'ai connu alors qu'il dirigeait L'Atelier de théâtre L'Eau Vive) obtient du fédéral une subvention pour créer Promotion théâtre.

Le 7 décembre 1975, le Progrès-Dimanche explique le projet:


Donc, trois objectifs sont poursuivis. Il y aura tout d'abord la création d'ateliers. Puis la mise en place d'une banque d'informations, d'un répertoire... de l'établissement d'un portrait. Enfin - et ce sera l'un des points importants du projet si on en croit le papier - la création d'un regroupement du milieu théâtral (dédié principalement à la promotion). 

C'est un projet intéressant. Qui aurait dû stimuler le milieu théâtral. Toutefois, il semble que cette initiative soit difficile à réaliser. On parle, dans l'article de quatre tentatives antérieures... et je sais qu'il y en aura une ou deux autres par après, au début des années '80.

Alors, à cette époque, qu'en pense-t-on? Le Progrès-Dimanche apporte une réponse, le 18 janvier 1976:


Les réticences sont manifestes. Pourquoi? Il n'y a pas vraiment de pistes données. Tensions dans le milieu? Possible. Projet trop ambitieux et trop dispersé? Peut-être. Craintes de voir un organisme prendre trop d'importance? Probable. 

Le 21 mars 1976, le Progrès-Dimanche publie un autre petit article sur Promotion Théâtre... mais cette fois, il y est question d'un festival et surtout de la collecte d'informations (qui sera la part la plus importante du projet finalement).


Qu'advient-il de l'idée de regroupement? L'idée germe-t-elle? Rien n'est moins sûr. Le 30 mai 1976, le Progrès-Dimanche publie un entrefilet plutôt équivoque:


Le temps avance et le projet PIL tire à sa fin (et entraînera la disparition de Promotion théâtre) et laissera, à défaut d'un regroupement, un portrait régional des différents secteurs du milieu théâtral tel que l'annonce le Progrès-Dimanche le 13 juin 1976:


Le 20 juin 1976, le journal fait un (sévère) retour sur la présentation du rapport du projet PIL. Mais surtout, il revient, en dernière partie de l'article sur le désintérêt du milieu théâtral pour un regroupement, avec, en filigranes, quelques hypothèses pour expliquer la chose.


Cette petite histoire est intéressante pour plusieurs points. D'abord, elle dresse quand même un portrait de milieu des années '70, de ses différentes dynamiques, de ses enjeux. Mais fondamentalement, elle pose la question du regroupement .

Aujourd'hui, en 2020, un projet de regroupement régionale, d'association, serait-il viable ou se ferait-il catalyseur de tensions diverses? Bien sûr, il y a le groupe de compétence en théâtre de Culture Saguenay... mais pourrait-il y avoir de l'espace pour une entité officielle, représentant politique, porte-parole et porte-étendard du milieu?