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jeudi 20 octobre 2011

Une reine du théâtre

Rachel par William Etty en 1840.

Dans le Paris de la première moitié du XIXième siècle, une tragédienne, sociétaire de la Comédie-Française depuis 1838 (elle est née en 1821 et décédée en 1858), fait courir le peuple: Rachel. Audacieuse et insolente, intuitive et calculatrice, bohémienne et sauvage, elle vivra une courte vie fabuleuse et se mesurera avec panache aux plus grands rôles du répertoire français (dont ses deux plus grands succès resteront Phèdre et Andromaque) pour les faire briller d'une intensité peu commune. De toutes les grandes comédiennes qui se sont succédées au cours de l'histoire théâtrale, Rachel est peut-être la plus mystérieuse, la plus fascinante, la plus étonnante.

Consciente d'elle-même, de sa valeur (tant sa valeur artistique que sa valeur monétaire), de son origine (juive et pauvre), de ses capacités, elle n'en demeurera pas moins une gamine touchante, capable d'élans du coeur troublants... Deux exemples tirés du bouquin (qui tombe littéralement en morceaux entre mes mains!) Reines de théâtre (avec toute la subjectivité que peut apporter un ouvrage écrit un siècle après la mort du sujet...).

On avait fait relâche au théâtre, quelques temps avant la première [d'Adrienne Lecouvreur, de Scribe et Legouvé] pour une répétition du soir. À onze heures comme tout le monde partait, Rachel eut l'idée de répéter sur scène le cinquième acte, où Adrienne meurt empoisonnée. Plus de gaz, plus de rampe, un seul quinquet près du souffleur. Jamais Rachel n'avait été si vraie, si poignante que devant cette salle vide et noire, dans cette pénombre qui la faisait livide. Quand ce fut fini, Legouvé lui dit: «Ma chère amie, vous avez joué ce cinquième acte comme vous ne le jouerez plus jamais de votre vie... - Savez-vous pourquoi? lui dit Rachel après un silence. Ce n'est pas sur Adrienne que j'ai pleuré. C'est sur moi. Un je ne sais quoi m'a dit tout à coup que je mourrais jeune comme elle. Il m'a semblé que j'assistais à ma propre mort. À cette phrase: «Adieu! triomphes du théâtre! adieu! ivresse d'un art que j'ai tant aimé!» j'ai versé des larmes véritables parce que j'ai pensé avec désespoir que le temps emporterait toute trace de mon talent, et que bientôt... il ne restera plus rien de celle qui fut Rachel...»

Quelques années plus tard (l'anecdote précédente se passait en 1849... et la prochaine en 1858), alors qu'elle atteinte de phtisie (un genre de tuberculose), elle écrit à Arsène Houssaye, administrateur général de la Comédie-Française, une lettre d'adieu, de l'Égypte où elle se meurt après une tournée américaine:

Vous souvenez-vous, quand nous parlions de ma carrière... ma carrière de marbre... oui, de marbre pour mon tombeau... J'ai voulu vivre ma vie en gourmande. J'ai dévoré en quelques années mes jours et mes nuits: après tout c'est autant de fait et je ne me dis pas comme vos repenties: c'est ma faute... c'est ma faute...

Quand on n'a pas brûlé son cœur dans ses beaux jours, on ne peut pas le faire flamber à trente-cinq ans. N-i-n-i c'est fini. Ah! si je n'avais pas deux fils! tout mon amour, je mourrais sans regrets...

Du bas des Pyramides je contemple vingt siècles évanouis dans les sables. Ah! mon ami, comme je vois ici le néant des tragédiennes. Je me croyais pyramidale et je reconnais que je ne suis qu'une ombre qui passe... qui a passé. Je suis venue ici pour retrouver la vie qui m'échappe, et je ne vois que la mort autour de moi. Quand on a été aimée à Paris, il faut mourir. Faites-moi bien vite faire un trou au Père-Lachaise, et creusez-moi un trou dans votre souvenir. M'avez-vous oubliée? Moi, je me souviens...

Celle qui s'en va.

Rachel.


Je ne sais si son portrait orne toujours l'un des foyers de la Comédie-Française... mais je tenterai d'aller y faire un détour dans quelques semaines.

dimanche 17 février 2013

Rachel

 La comédienne Rachel (Rachel Félix), gravure d'après C.L. Müller, 1905

Le groupie que je suis devant son monument au Père-Lachaise, Paris, novembre 2011

De tous les grands monstres sacrés du théâtre français du XIXième siècle (ce qui me rappelle qu'un même devoir de mémoire devrait agir pour le champ dramatique saguenéen!), Rachel est sans conteste l'un des plus fascinants (et elle a déjà fait l'objet d'un billet sur ce blogue, le 20 octobre 2011). Elle n'a pas la théâtralité de Sarah Bernhardt. Elle n'a pas la beauté de Julia Bartet. Elle n'a pas la puissance outrancière des Mounet-Sully et des Frédérick Lemaître... Non. Et c'est là tout son intérêt... aux dires de ses contemporains qui ont chanté ses louanges.

Comme Jules Janin, un critique dramatique français, le 20 août 1838, dans Les Débats: Quelle chose étrange! Une petite fille ignorante, sans art, sans apprêt, qui tombe au milieu de la vieille tragédie! Elle la ranime en soufflant vigoureusement sur ces augustes cendres. Elle en fait jaillir la flamme et la vie. Oui, cela est admirable et notez bien que cette enfant est petite, assez laide; une poitrine étroite, l'ait vulgaire et la parole triviale. [...] Ne lui demandez pas ce que c'est que Tancrède, Horace, Hermione, la guerre de Troie, Pyrrhus, Hélène. Elle n'en sait rien. Elle ne sait rien. Mais elle a mieux que la science: elle a cette lueur soudaine qu'elle jette autour d'elle. À peine sur le théâtre, elle grandit de dix coudées, elle a la taille des héros d'Homère, sa tête se hausse et sa poitrine s'étend, son oeil s'anime, son pied tient à la terre en souverain, son geste est comme un son venu de l'âme, as parole vibre au loin toute remplis des passions de son coeur. Elle marche ainsi dans le drame de Corneille sans hésiter, semant autour d'elle l'épouvante et l'effroi.

Paul de Saint-Victor , un autre critique dramatique de la même époque, en rajoute: La beauté classique si longtemps méconnue et défigurée s'était incarnée dans cette enfant d'élection. Ce n'était pas seulement Corneille et Racine, c'était Eschyle et Sophocle qu'elle faisait revivre. [...] Le vers résonnait sous cette voix mordante, qui frappait l'alexandrin à l'effigie des médailles. Quelle attention profonde, quel calme dominateur! Quelle vie rapide circulant à travers les silences, les mouvements, les regards et l'air même! Quelle façon souveraine d'entrer, de s'asseoir, d’interpeller, de sourire! À quelle dignité plastique elle élevait et maintenait les plus violentes passions de ses rôles!

Ce dernier point plastique sera relaté par un autre influent critique dramatique qui sera connu surtout pour ses romans: Théophile Gautier. Mademoiselle Rachel, sans avoir de connaissances ni de goûts plastiques, possédait instinctivement un sentiment profond de la statuaire. Ses poses, ses attitudes, ses gestes s'arrangeaient naturellement d'une façon sculpturale et se décomposaient en une suite de bas-reliefs. les draperies se plissaient, comme fripées par la main de Phidias, sur son corps long, élégant et souple. Aucun mouvement moderne ne troublait l'harmonie et le rythme de sa démarche; elle était née antique, et sa chair pâle semblait faite avec du marbre grec... Seule elle fait vivre pendant dix-huit ans une forme morte, non pas en la rajeunissant comme on pourrait le croire, mais en la rendant antique de surannée qu'elle était peut-être; sa voix grave, profonde, vibrante, ménagère d'éclats et de cris, allait bien avec son jeu contenu d'une tranquillité souveraine. Elle fut simple, belle, grande et mâle comme l'art grec qu'elle représentait à travers la tragédie française.

J'admire ces descriptions imagées de ces grands acteurs. Peut-être ne donnent-ils pas l'exacte mesure de leur jeu et tous les codes de l'époque... mais elles ont la qualité de faire rêver. Qui se souviendront de acteurs d'aujourd'hui à partir de ce qu'on en écrit (ou photographie, ou filme)?

samedi 26 février 2022

La triste liquidation des avoirs de Rachel

Portrait de Rachel faisant un pied de nez, René Dragon (entre 1848-1853)


Rachel (Rachel Félix) est l'une des grandes figures du théâtre français du XIXième siècle. Illustre tragédienne venue de nulle part qui s'est imposée au temps du romantisme et du mélodrame pour faire revivre les grandes oeuvres classiques du passé (j'en ai parlé ici). Comédienne fantasque  au caractère farouche dont la vie fut brève mais intense, avide de gloire et de gains pécuniers. À sa mort, en 1858 (à l'âge de 36 ans), ses avoirs sont  froidement mis à l'encan. La lecture de ceux-ci (dans L'Ère Nouvelle, un journal du district de Trois-Rivières, du 24 mai 1858) est toute aussi étonnante (par sa richesse) que triste (sur cet éparpillement matériel qui ont fait cette artiste):



dimanche 29 mars 2020

Quand meurt une reine du théâtre...

Un peu à la suite du billet d'hier (sur la mort de Marquise Du Parc), je suis allé cherché une description des funérailles d'une autre reine du théâtre, d'une autre comédienne à la stature imposante: Rachel (j'en ai parlé déjà ici et ici... et vous pouvez en avoir une portrait wikipédien ici), qui a porté la tragédie française à un pinâcle dans la première moitié du XIXe siècle.

C'est un personnage d'une grande complexité qui ne s'est jamais véritablement trouvé. Troublante. Brûlant pour les planches et pour l'argent tout en étant férocement blasée et désenchantée.

Finalement, mes intentions ont un peu bifurqué...

En 1859 parait une biographie, Rachel et la tragédie, de Jules Janin (possible de lire le livre ici grâce à Google Books), ornée, dit-on, de 10 photographies de la tragédienne dans ses plus grands rôles. Les voici (il y en a neuf, en fait... la première du bouquin étant une peinture):











Bien sûr, la fin de l'ouvrage cité plus haut se termine par la mort inéluctable de Rachel... dont voici, à mon avis, les deux plus beaux passages (qui parlent plus de l'éphémérité du théâtre que d'elle... mais quand même):




mercredi 13 janvier 2021

Acquisitions de groupie!

Parmi les grandes artistes qui ont fait le théâtre, il y a bien sûr Sarah Bernhardt... puis La Duse,  Mademoiselle Mars, la Clairon, Adrienne Lecouvreur, Mademoiselle Georges, Mademoiselle Raucourt, Véra Kommiserjkaïa, Alissa Koonen... et tant et tant d'autres! 

Mais j'avoue avoir un faible particulier pour Rachel. De nombreux billets (ici) sur elle ont été rédigés sur ce blogue. Et je suis même allé sur sa tombe, au Père-Lachaise, il y a quelques années:


Au temps du drame romantique (et du mélodrame), elle a ramené avec force la grande tragédie qu'on avait un peu enterré à l'époque. Avec un ton nouveau, naturel. Une prestance monumentale mais simple. Le tout, avec un engagement artistique que rien ne surpassait... si ce n'est son avidité pour l'argent. Un être complexe, grugé par sa passion de la scène, sa famille, ses origines. Un être enflammé sur scène qui transcendait tout et s'imposait. Un être aussi excessif qui termine sa vie à 37 ans... Étoile filante du théâtre...

Je me suis commandé, récemment, ces deux bouquins:


Le premier, Rachel de Louis Barthou (1929) est une biographie en bonne et due forme. Assez intéressante à lire, mais quand même brève et sans grande documentation...

L'autre, La grande Rachel de L.-R. Dauven (numéro 39 de la collection La Vie amoureuse, 1957) l'est beaucoup moins. Il s'agit là d'une biographie sous forme de roman (et plus encore, de roman à l'eau de rose...) avec de nombreux détours par des personnages fictifs pour donner des détails (comme un enquêteur) sur l'actrice.

Mais ça n'enlève pas le plaisir de lire sur cette vie fabuleuse... 


lundi 31 mars 2014

«Au Champ de Mars»... [Carnet de mise scène]

Nous avons terminé (en quelques sortes...) les répétitions de la nouvelle production du Théâtre Mic Mac qui prendra l'affiche à compter de jeudi. D'ici là, ne reste plus que deux générales, ce soir et demain, pour finaliser l'ensemble du projet et faire les derniers ajustements. Un projet qui trouve, à chaque nouvel enchaînement, son ton et son rythme. Voici d'autres photos (toujours prises par Christian Roberge) au cours de la fin de semaine dernière:

France Donaldson (Anabelle) et Denis Lavoie (Sergent de film)

Gervais Arcand (Marco)

Stéphane Doré (Éric), Gervais Arcand (Marco) et Denis Lavoie (Sergent de film)

Gervais Arcand (Marco) et Céline Gagnon (Rachel)

Stéphane Doré (Éric)

Céline Gagnon (Rachel) et France Donaldson (Anabelle)

Gervais Arcand (Marco), Stéphane Doré (Eric), Céline Gagnon (Rachel), France Donaldson (Anabelle) et Denis Lavoie (Sergent de film)

Gervais Arcand (Marco) et Stéphane Doré (Eric)

lundi 24 mars 2014

«Au Champ de Mars»... [Carnet de mise en scène]


Il ne reste plus qu'une fin de semaine de répétitions à venir. Deux jours entiers d'approfondissements et d'enchaînements avant de se lancer dans les générales. Deux jours pour consolider l'intégration de la lumière à ce rythme scénique plutôt échevelé. Deux jours pour finaliser les derniers détails.

Si la production amène encore une fois tout un lot de questionnements et de doutes, elle ne cède rien au plaisir et à la franche camaraderie que nous avons sur le plateau. 

Tout est en place présentement pour que lève ce spectacle.

En attendant, voici quelques photographies prises en répétition par Christian Roberge:

 En plein travail... Gervais Arcand (Marco), moi (bien sûr, je ne joue pas...) et Stéphane Doré (Éric)

Céline Gagnon (Rachel) 

Denis Lavoie (Sergent) et Stéphane Doré (Éric) 

Céline Gagnon (Rachel) et Stéphane Doré (Éric) 

France Donaldson (Annabel) et Céline Gagnon (Rachel) 

Gervais Arcand (Marco) et Stéphane Doré (Éric) 

Stéphane Doré (Éric) et Denis Lavoie (Sergent)


dimanche 2 octobre 2011

Au théâtre, cette semaine! (du 2 au 8 octobre 2011)


Image tirée de l'ouvrage cité dans le billet d'hier.

Nouveau petit survol sur les activités théâtrales de cette nouvelle petite semaine qui débute aujourd'hui... aujourd'hui étant aussi le dernier jour du Salon du Livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de cette édition (quasi fantôme!) des Journées de la culture.

Jeudi à samedi - 6 au 8 octobre 2011
Petit Théâtre (UQAC), 20h

Erika Brisson termine sa maîtrise en art en présentant son projet de fin d'études (sur la présence de l'interprète), Le Bain de Jean-Luc Lagarce où elle interprète le seul rôle de la pièce (avec, cependant, une autre présence sur scène, celle du danseur Jean-Philippe Sisla), dans une mise en scène d'Élaine Juteau. Le Bain, c'est le récit d'un adieu à l'être cher qui se meurt.

Jeudi - 6 octobre 2011
Salle Pierrette-Gaudreault (Jonq.), 20h

La Rubrique reçoit Au champ de mars, une production du Théâtre de la Manufacture sur un texte de Pierre-Michel Tremblay et une mise en scène de Michel Monty. Éric, un jeune soldat de retour d’Afghanistan, est en état de choc post-traumatique. Il consulte une psychiatre, Rachel, qui souffre pour sa part de fatigue de compassion. Pour se changer les idées, elle s’inscrit à un cours de clarinette et découvre que son professeur est un extrémiste pacifiste. Rachel met Éric en contact avec Marco, un réalisateur de films à succès en burn-out qui rêve de faire un grand film de guerre en s’inspirant de l’histoire d’Éric. Et puis, il y a aussi un certain sergent, plutôt envahissant, qui s’immisce dans la vie d’Éric quand bon lui semble... Ce résumé omet un détail important: il s'agit là d'une comédie satirique comme ce Tremblay peut le faire.

Vendredi - 7 octobre 2011
Théâtre Palace (Arvida), 20h

Diffusion Saguenay reçoit (et offre à un coût d'entrée de 44$...) Motel des Brumes: Dans le brouillard marin du Bas-St-Laurent, une légende fait son chemin. On raconte que d’étranges phénomènes se produisent dans un motel niché sur le bord d’une falaise. Dans les embruns du fleuve surgissent des ombres, on y entend des voix. Préparez-vous à entrer dans un monde fantastique, un endroit où tout peut arriver, où les objets disparaissent sous vos yeux, où d’étranges personnages font leur apparition. Préparez-vous à entrer dans de nouvelles dimensions, du jamais vu au théâtre, là où se mélangent humour et émotion, avec une touche spectaculaire de magie. Préparez-vous à entrer au seul et unique Motel des Brumes. Il s'agit là, si je me fie à mes recherches, d'une production du Théâtre de l'hirondelle sur un texte de Jacques Diamant et une mise en scène d'André Robitaille (avec, notamment, Pauline Martin).
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Selon mes connaissances, c'est tout. Mais si jamais j'oublie quelque chose, on peut le faire savoir via les commentaires.

samedi 4 février 2012

Un «groupie» au Père-Lachaise (2)

(suite du billet du 15 novembre 2011)

Vidant mon appareil-photo, je viens de mettre la main sur ces quelques autres photos prises lors de mon passage à Paris en novembre dernier...

Comme ces deux autres clichés tirés au Père-Lachaise... devant le monument à Molière...


et devant le caveau de la grande tragédienne Rachel (dont il a été question dans le billet du 20 octobre 2011)...



mardi 21 avril 2009

Le XIXième siècle


S'il est une période théâtrale que j'affectionne particulièrement, c'est bien celle s'étirant entre la seconde moitié du XIXième et le début du XXième siècle (disons jusqu'en 1920)... Là où le théâtre occupe le haut du pavé...

C'est, en quelques mots, l'apogée de l'illusionnisme (avec tous ses défauts mais aussi tout son côté exubérant, exalté, construit). Le développement du vaudeville. Le règne des monstres sacrés - les Bernardht, Guitry (père et fils), Rachel, Lemaître - et des auteurs - Hugo, Scribe, Labiche, Feydeau, Courteline... L'émergence du Grand Guignol. Le classique dégénérescent... Là où le théâtre ne fait pas que se faire... il se surfait et se contrefait!

Cette décadence, cette excroissance scénique et dramatique qui sonne le glas d'une tradition se pose pourtant comme origine de notre théâtre...

Car cette période voit aussi poindre la révolte (toute aussi justifiée que radicale) de tous les -ismes - romantisme, symbolisme, naturalisme, expressionnisme, futurisme, constructivisme - drainant une suite d'auteurs importants - Ibsen, Tchekhov, Gogol, Strindberg, Jarry - qui aboutiront, en quelques sortes, à l'invention de la mise en scène... et au théâtre contemporain. Là où le théâtre se questionne, se regarde et se transforme!

C'est le ferment qui donnera les Stanislawski, Meyerhold, Antoine, Jouvet, Copeau et tous les autres... et qui nous reporte directement à nous-même.

mardi 15 novembre 2011

Un ''groupie'' au Père-Lachaise...

Au cours de mon périple européen des derniers jours, je suis allé me promené (pour la première fois) au cimetière du Père-Lachaise, à Paris... comme un pèlerinage théâtral... pour m'arrêter sur les monuments funéraires de grands comédiens, comme Talma et l'incontournable Sara Bernhardt (deux artistes souvent cités sur ce blogue)... Une autre photo que les deux ci-dessous manque... Celle de Rachel qui faisait l'objet de billets quelques temps avant mon départ...


Et un arrêt aussi sur quelques tombes d'auteurs que j'apprécie particulièrement... comme Courteline et, bien entendu, Molière... Ne manque, comme photo, que celle de Musset...


vendredi 15 février 2013

Un bel objet!


Autre trouvaille au cours d'une pérégrination sur la rue Saint-Jean: Cent ans de théâtre par la photographie. Un ouvrage illustré paru en 1947, aux Éditions de l'Image.

Ce recueil - parce que c'en est un! - présente, avec une riche iconographie originale, les grands artistes du théâtre, les grands monstres sacrés de la scène de cette si prodigieuse fin du XIXième siècle :  Réjane, Julia Bartet (dont les photos sont admirables!), Rachel, De Max, Coquelin, Frédérick Lemaître, La Duse, Lucien Guitry, Mounet-Sully et des dizaines d'autres. Ces noms sont souvent revenus sur ce blogue, dans un billet ou un autre... et reviendront sûrement, avec toutes les nouvelles informations (et nouvelles images!) désormais en ma possession!

Chaque présentation est accompagnée de citations d'écrivains de l'époque. Des mises en contexte. Des opinions. Des critiques. Des descriptions d'un style qui ne se retrouve plus.

Un fort beau bouquin comme je les aime: poussiéreux qui ouvre une brèche sur un monde révolu... sur un monde qui, à l'époque même, portait les ferment d'une importante révolution théâtrale: l’avènement du metteur en scène!  

jeudi 19 février 2009

Comment Garrick se grimait

Cette petite anecdote coiffée de ce titre donne une bonne idée de l'illusion théâtrale... de cette façon un peu ancienne du théâtre où le paraître de vient l'être... Cette anecdote est rapporté par Charles-Simon Favart dans une lettre au Comte de Durazzo, en décembre 1760, et raconte tout l'art illusionniste (très XVIIIième et XIXième siècle) du grimage selon Garrick:


Favart rapporte que Luigi Riccoboni fut fort surpris lors d'un voyage à Londres, d'y voir une comédie dans laquelle un vieillard de soixante ans au moins jouait le principal rôle. L'acteur qui le rendait lui parut un homme aussi âgé que le personnage qu'il représentait, et comme cet acteur débitait avec une chaleur, un intérêt et un naturel qu'il n'avait encore remarqués dans aucun de sa profession, dès que la pièce fut achevée il monta sur le théâtre et demanda quel était ce vieux comédien qui avait joué si parfaitement. On le conduisit à la loge d'un jeune homme de dix-sept à dix-huit ans, c'était le célèbre Garrick. «Monsieur, lui dit Lélio, est-ce Monsieur votre père qui a joué ce vieillard? - Non, Monsieur, c'est moi. - Cela n'est pas possible! s'écria Lélio; il était tout ridé.

- Monsieur, répliqua le jeune Garrick en lui montrant plusieurs petits pots qui contenaient différentes couleurs, voici où je prends l'âge que je dois me donner, selon les rôles que j'ai à représenter; une teinture légère de carmin me donne la fraîcheur de la jeunesse, le cinabre me fait paraître plus mâle; et avec un peu d'indigo dont je me frotte le menton, j'ai la barbe vigoureuse d'un homme de trente-cinq à quarante ans; je mêle un peu d'ocre au vermillon pour acquérir dix années de plus et, pour paraître décrépit, j'ajoute du safran, je me frotte de blanc d'Espagne les sourcils et le bas du visage et, avec ces petits pinceaux, je me fais des rides; alors, en mesurant ma voix, mon attitude et mes gestes aux différents caractères, je tâche, autant qu'il m'est possible, de m'approcher de la vérité pour faire plus d'illusions.»

La grande Sarah Bernardht avait aussi son opinion:

... Une actrice brune doit se farder à la poudre ocre ou safranée mise sur un fond de teint ocre, et très peu de rouge aux joues; elle doit avoir soin de rendre invisible le léger duvet que possède une femme de trente ans et au-delà, autour des lèvres... Un peu de blanc gras safrané au-dessus de la lèvre supérieure et le mal se répare. Une femme brune doit toujours découvrir une partie de son front pour éclairer le visage. Elle ne doit pas mettre de noir autour des yeux mais seulement allonger l'oeil avec un crayon marron, jamais un rayon noir. Elle peut se rougir les lèvres le plus possible, surtout si elle a les dents blanches. Mais il ne faut pas se servir de rouge gras: cela amollit l'articulation. Il faut user de rouge liquide dans lequel on introduit très peu soit de vinaigre, soit de vernis, soit d'acétone. Il n'est pas à craindre que cela flétrisse les lèvres le jour. Cette mixture a l'avantage de rester vivace sous l'humidité de la salive; elle donne aux lèvres une consistance qui leur permet de frapper l'une sur l'autre et de doubler ainsi la consonance d'un mot.

... Pour les blondes, le fond de teint est moins foncé que pour les brunes. Le rouge, plus abondant, doit être plus vif, moins jaune. La poudre qui vaporise le tout est, soit naturelle, soit «Rachel». Les paupières doivent être faites soit au marron clair, soit, et de préférence, au bleu, qui rend plus sensible le bleu des prunelles. Le rouge mis au coin de l'oeil agrandit celui-ci. Le rouge des joues doit monter très haut. Quant à la bouche des blondes elle doit être plus claires, d'un rouge rose assez vif. (1923)


samedi 5 octobre 2013

«Au Champs de Mars»... [Carnet de mise en scène]


Ce matin, je me dirige (de très bonne heure!), vers Roberval où se dérouleront les auditions pour la prochaine production que je mettrai en scène, pour le Théâtre Mic Mac, Au Champs de Mars de Pierre-Michel Tremblay.

Il me faut cinq comédiens pour tout autant de personnages:

  • Éric, un jeune (peut-il l'être un peu moins?) soldat, de retour de l'Afghanistan en plein choc post-traumatique;
  • Rachel, sa psy, qui tente de l'aider mais qui elle-même est plongée dans une «fatigue par compassion» et qui se cherche ailleurs, dans la musique klezmer ;
  • Marco, un cinéaste quelque peu déprimé qui tente de relancer sa carrière par un film de guerre;
  • Antoine (qui peut, avec l'accord de l'auteur, devenir Annabelle au besoin...), un professeur de musique radicalement pacifiste;
  • et enfin, «Soldat de film» qui est un personnage «souvenir».
Des scènes ont été sélectionnées, mettant en valeur ses figures. 

Après la sélection, il y aura une première lecture pour lancer le chantier.


dimanche 10 novembre 2013

«Au Champ de mars»... [Carnet de mise en scène]

En ordre: Céline Gagnon, Gervais Arcand, Denis Lavoie, Stéphane Doré, France Donaldson (photo: Christian Roberge)

Mon équipe de production pour Au Champ de mars de Pierre-Michel Tremblay (production 2014 du Théâtre Mic Mac) est maintenant complétée.

Les comédiens seront Stéphane Doré (Eric), Céline Gagnon (Rachel), Gervais Arcand (Marco), Denis Lavoie (Sergent de film) et France Donaldson (Annabelle). 

Christian Roberge et Vicky Coté amélioreront et réaliseront l'espace que je leur ai proposé... en plus de s'occuper des costumes. Alexandre Nadeau signera la conception des lumières.

Réjean Gauthier fera office de directeur de production alors que Sonia Tremblay sera mon assistante (rôle plus que nécessaire dans le type de mise en scène où nous allons).

Ce retour (imprévu!) au Mic Mac est un peu comme un retour à la maison...

vendredi 18 juillet 2014

Une vie pour un rôle...


Je suis un fervent collectionneur d'anecdotes sur la grande époque du théâtre (surtout celui du XIXième siècle), sur ses grands auteurs, ses grands comédiens. 

Parmi les grandes actrices du temps passé (les Clairon, Mlle Mars et Rachel... pour ne nommer que ceux-là), une se démarque particulièrement par son caractère enjoué (bien qu'elle ait eu, au final, une bien triste vie) qui poussait parfois un peu loin ses recherches pour atteindre la vérité d'un rôle!

mercredi 13 avril 2016

Ah... se maquiller...

Comment se maquiller? C'est souvent une question qui arrive, en production, vers la toute fin, alors que le stress est presque à son comble. Plus de raisons maintenant pour se casser la tête... avec ce petit fascicule de la collection Jeux, Tréteaux et Personnages qui porte le juste titre de Comment se maquiller? et qui fut publié en 1937.

Que de trucs et de conseils! 

Comme sur l'importance du peignoir:

L'acteur, à plus forte raison l'actrice, aura eu soin de se munir d'un peignoir. Il arrive donc au théâtre, se dévêt. Il endosse son peignoir. Car c'est une fâcheuse négligence que de s'asseoir devant sa tablette à maquillage en ayant gardé un vêtement de ville qui sera fatalement sali [...]. Faisons cette autre confidence pour ceux qui aiment vraiment le théâtre, que cet intervalle, cette neutralité, - en ayant dépouillé le vêtement qui vous est personnel, pendant que se prépare, que prend forme le personnages qui  tout à l'heure recevra de son costume un corps - sont bien favorables au recueillement particulier qui doit précéder la création. [...] Négligence encore que de se mettre en costume avant de se maquiller, il aura l'aspect d'un déguisement au retour du carnaval. Ajoutons enfin, en vieux comédiens, que si le théâtre est parfois privé de public, il ne l'est jamais de courant d'air: le peignoir défendra contre  cet ennemi votre voix, et il vous permettra, Mesdemoiselles, de circuler dans les couloirs à la recherche éperdue d'une perruque ou d'un soulier. 

Ou sur ce qu'il faut dans toute bonne trousse qui se respecte:

Vous devez vous approvisionnez de:
fonds de teint;
crayons gras;
crayons secs dermatographes;
rouges à lèvres;
poudre de riz;
fards sec compacts (les femmes);
rimmels;
une grosse houppe en laine;
une houppe de cygne;
une brosse douce à poudre;
une patte de lapin;
des estompes;
du démaquillage;
du crêpé, du vernis (les hommes).

La boîte doit encore contenir:
un chiffon, pour s'en essuyer les doigts qui touchent une couleur après un autre, ou pour s'en démaquiller, à moins que vous ne préfériez le papier à démaquiller ou le coton hydrophile;
une glace à main; certaines ont, si cela vous amuse, un côté grossissant
une lime à ongles;
peigne et brosse à cheveux;
brosse à habit;
du savon et une essuie-main;
un ruban large de deux doigts pour enserrer le front et préserver les cheveux
du blanc gras en bouteille, rosé ou rachel, pour mains et bras (les femmes)

Ou encore, pour tout apprendre sur la Nomenclature des fonds de teints à employer couramment!




lundi 21 décembre 2020

Théâtre à la carte

 


La Société Radio-Canada a mis en place, dans le courant de la pandémie, une sélection de pièces de théâtre à écouter en balado: Théâtre à la carte (ici). Près de 11 heures de théâtre audio! La sélection est composé de ces spectacles:

  • Les trois exils de Christian E.
  • Cranbourne (de Fabien Cloutier)
  • Scotstown (de Fabien Cloutier)
  • Ceux qui se sont évaporés (de Rébecca Deraspe)
  • 21 (de Rachel Graton)
  • Une maison de poupée (de Henrik Ibsen)
  • Ici (de Gabrielle Lessard)