Caricature: Garnotte, Le Devoir, vendredi 15 août 2008
Pour conclure le thème de la semaine, la boucherie culturelle fédérale, quoi de mieux qu'une entrevue avec Josée Verner qui, pour ceux qui l'ignore, est notre digne ministre de la Culture à Ottawa... de son vrai titre, Ministre du Patrimoine canadien, de la Condition féminine et de la Francophonie). C'est donc de son côté que se produisent les exactions financières... alors soit elle les approuve (ce qui est, entre nous, est un peu stupéfiant); soit elle n'a aucun mot à dire et se voit priver de fonds dédiés à la culture (ce qui, entre nous, est encore plus déstabilisant)... Voyons donc ce qu'elle en dit:
Hé bien! Primeur: voilà qu'une nouvelle compagnie (?) de théâtre pointe le nez dans le milieu culturel: le Théâtre de la Sarbacane, réunissant les Sébastien Bouchard, Jérémie Desbiens, Alexandre Larouche, Marie-Ève Lemire et Marilyne Renaud. Leur première production (il s'agit en fait d'une présentation publique suite à une subvention du CALQ - volet Recherche et création), Le Sarcabaret (affiche), sera présentée les 11-12 et 13 septembre 2008, à la Salle Marguerite-Tellier. On nous y promet le sarcasme servi sur un plateau!
Connaissant bien ces comédiens pour avoir travaillé avec la plupart d'entre eux, l'exploration de ce genre va de soi; il ne pouvait en être autrement: la chanson, la chorégraphie et les numéros ne font qu'un avec eux... Les cabarets, music-halls et les revues les stimulent depuis le début de leur carrière universitaire... Merde à eux!
Gravure de Richard Newton représentant la tête du guillotiné mordant le doigt de son bourreau. XVIIIe
Dans la suite infernale des derniers jours, voici ce que nous apprenons sur le blogue de Marc Cassivi, chroniqueur à la Presse:
Aujourd'hui, ma collègue Nathaëlle Morissette nous informe que le Fonds canadien du film et de la vidéo indépendants, le Programme du long métrage (volets éducation et accès) et le Programme de souvenirs de musique du ministère du Patrimoine vont aussi disparaître à la fin de la présente année financière.
Ça donne froid dans le dos à la longue... Plus les jours passent et plus on entend de plus en plus distinctement le souffle de la hache dans le coup de nos organismes culturels! Bravo à Josée Verner et son équipe pour leur colonne vertébrale élastique. ____________________
Je me suis rendu, hier soir, soir de reprise avec un public peu coopératif (aléa déconcertant de la comédie), à la Salle Pierrette-Gaudreault afin d'assister à la toute dernière production du Théâtre La Rubrique: L'espace entre nous, de Nico Gagnon, comédie dramatique assez proche - par le ton, la structure et le propos où la cellule familiale est mise de l'avant (avec tout ce que cela comporte de frictions, accrocs, remises en question, secrets et mise à l'épreuve par les autres) - des Le Désir, Pierre et Marie... et le Démon, Jacynthe Rioux, 609 Saint-Gabriel et Toilette de soirée déjà montés par cette compagnie. «On choisit ses amis mais rarement sa famille» rappelle l'auteur en citant Renaud. Par chance, serait-on tenté de répondre.
Deux frères et une soeur se retrouvent au chalet de leur père avec une amie d'enfance... L'espace est littéralement entre eux. Ces retrouvailles (parce que c'en sont...) se déroulent sur fond de règlements de compte, de chocs émotifs et de ponctuations X-Filesiennes.
À la barre de ce spectacle, Benoit Lagrandeur... de retour à la mise en scène après quelques années de jeu (je crois, si je ne m'abuse, que sa dernière était en 2004), entouré de son triumvirat habituel - Serge Lapierre aux décors et costumes, AlexandreNadeau à la lumière et Michel Côté au son. Comme metteur en scène, Benoit Lagrandeur se montre soucieux de respecter l'auteur. «Je veux que les gens ressentent ce que l'auteur a voulu exprimer. L'auteur se demande: est-ce que je peux être créé avant d'être relu?» Sa mise en scène se veut fidèle à la pensée du dramaturge. (ChristianeLaforge, Progrès-Dimanche, 3 août 2008) Quelques passages sont surprenants... comme cette scène en accéléré qui fera mouche à tout coup.
Sur scène, quatre comédiens s'amusent... critère de succès pour ce type de théâtre: Patrice Leblanc, toujours aussi vivant et déchaîné sur scène; Martin Gagnon (avec cheveux!) soutenant un personnage engoncé dans les principes de vie sains, les corrections et la lourdeur de sa conjointe; Marie Villeneuve guidant avec assurance tant les numéros solos dans la voiture que la suite de l'histoire dès qu'elle est en scène; et enfin, la superbe SaraSimard dont la voix, le jeu, la présence et la beauté sont comme une lichée de MapleSpread... Tous campent solidement et avec une évidente aisance leur personnage (et une folie que j'imagine exutoire lors des flashs-backs... mélange de surjeu et d'échos de fous rires en répétition), quasi archétypes de la comédie humaine, présentant l'ambitieux qui rate sa vie, le raté qui réussit, la sûre d'elle-même déchue, la toujours «laissée pour compte» maîtresse de sa propre personne.
L'espace (signé par Serge Lapierre) est constitué principalement d'un intérieur de chalet typique des années 70-80, en préfinis bruns avec un hors-scène intérieur et un hors-scène extérieur dans lequel se retrouve également une voiture (et dans la voiture, un micro...). Le tout comporte des sections transparentes (grillage, «fenêtres», porte) qui donnent ainsi une marge de manoeuvre fort intéressante pour les éclairages d'AlexandreNadeau qui s'en donne à coeur joie dans des effets dignes de TheTwilight Zone. Ses passages au passé sont tout aussi intéressants...Bref, l'ensemble se tient et crée une atmosphère soutenue par une trame sonore toute des années 80 construite.
C'est un théâtre d'été bien conventionnel, divertissant bien qu'un peu long, qui plaira sans doute à beaucoup de gens. Je me permettrai une seule question en terminant concernant un élément de surprise dont j'ai dû manquer la source à quelque part: pourquoi ÉmilieGilbert-Gagnonvient-elle saluer à la fin (je sais qu'elle était assistante à la mise en scène... ... ...)? Et après la question, la (bonne) surprise de taille... Je ne sais si les gens remarqueront, à la fin des remerciements du programme, cette petite phrase assassine que je restitue ici de mémoire qui prouve l'engagement de La Rubrique dans le milieu culturel: merci aux artistes et artisans qui compensent par leur générosité les compressions gouvernementales...
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Voici les critiques qui sont parues depuis la semaine dernière: Bon bonbon (Jean-François Caron, Voir) Une pièce rafraîchissante (Anne-Marie Gravel, Le Quotidien)
Avec toute la verve qu'on leur connaît, les Clowns noirs ont présenté ce matin leur toute dernière création à la presse mondiale à défaut d'être locale... (notons toutefois la présence de Mesdames Gravel du Quotidien et Patry de CKTV... et de représentants des Paris-Match, Pravda et New-York Times!):
BARRABAS DANS LA PASSION les origines du premier clown noir
Suite à une découverte fabuleuse dans leur sempiternel coffre, les manuscrits de Zachée - authentifiés par un spécialiste français et une datation à la manière de Carbone 14 -, cette troupe de sombres bouffons cyniques de la culture promettent rien de moins qu'un effondrement des croyances théâtrales en dévoilant, grâce aux bons soins de la traduction de Diogène, l'origine du tout premier clown noir.
Pour compléter leur distribution (Contrecoeur ayant été gardé en prison à la suite des représentations de l'an dernier), une nouveauté annoncée en grande pompe par le directeur général de la compagnie sous l'excitation contagieuse des noirs compagnons: une superstar (régionale) a été littéralement réquisitionnée et amenée ligotée sur un diable. En effet, pour attirer les foules qui accourent dès l'annonce d'un nom connu, ils ont mis le grappin sur Christian Ouellet, déjà fort connu de mes augustes lecteurs...
Crédit des 4 premières photos: Jean-François Caron... l'autre est de Moïra Scheffer-Pineault
Avec, en plus, l'arrivée d'un metteur en scène (!) français, Jérôme Sauvion, pour diriger la troupe dans cette aventure, les promesses se font donc nombreuses!
Alors, pour partir la semaine du bon pied (les premières représentations étant échelonnées du dimanche au mardi), il faut assister au spectacle du Faux Coffre!
Watteau : L'amour au théâtre italien. Huile sur toile. Berlin, Gemäldegalerie.
Un autre extrait tiré de l'ouvrage dirigé par Georges Banu portant sur les répétitions, le processus de création:
En répétition, «il faut laisser venir les choses - dit Jacques Lasalle -, consentir à l'avènement de l'inattendu. Il faut savoir raisonner de manière intuitive; après, on peut trouver des explications rationnelles». Parfois, ce qu'on trouve (et qu'on fixe) s'avère être quelque chose d'imprévu. C'est justement ce que Pirandello, dans son essai sur l'humour, appelait la plus-value à venir des textes littéraires, et ce que Marcel Duchamp a défini comme le coefficient d'art personnel contenu dans une oeuvre. Il s'agit de la différence entre l'intention de l'artiste et sa réalisation, entre ce qu'il avait projeté de réaliser et ce qu'il a réalisé, entre ce qui est exprimé mais projeté et ce qui est exprimé intentionnellement.
Voici les résultats (merci Vicky!) d'un sondage publié dans le Globe and mail hier, pour savoir comment la population canadienne réagit aux coupures actuelles dans le secteur culturel:
Do you agree with Ottawa's decision to cut funding for Canadian artists working abroad?
Yes
56% - 6142 votes
No
44% - 4899 votes
Encore une fois, il est angoissant de voir avec quelle facilité le gouvernement se permet de telles initiatives... et terrorisant de constater qu'il obtient, pour cela, l'appui d'une majorité de la population...
Voici la réaction de Marc Cassivi, journaliste (ou chroniqueur) de LaPresse.
Mais ce n'est encore rien... Encore une fois, ce matin, dans l'exploration journalistique quotidienne, une petite nouvelle accroche un nouveau soupir de découragement:
La vague de compressions fédérales en culture se poursuit. C'est maintenant au tour de deux institutions québécoises, l'Institut national de l'image et du son (INIS) et la Société des arts technologiques (SAT) d'écoper lourdement.
Après PromArt, le gouvernement conservateur abolit deux autres programmes: le Programme national de formation dans le secteur du film et de la vidéo (PNFSFV) et le Fonds des réseaux de recherche sur les nouveaux médias (FRRNM). Ils disparaîtront tous deux le 31 mars prochain. (Paul Journet, La Presse, 13 août 2008)
Après la tentative (heureusement manquée!) d'intégration d'un nouveau critère de sélection pour l'attribution de subvention aux productions cinématographiques se rapprochant dangereusement de la censure, on apprenait, dans Le Devoir du samedi, 9 août 2007, que le gouvernement Harper abolit un programme [Promotion des arts] de 4.7 millions de dollars qui permettait aux artistes et intellectuels d'ici de se produire à l'étranger. Ce programme sert uniquement à financer les tournées à l'étranger d'artistes canadiens. Officiellement, le Programme promotion des arts est annulé parce que «le gouvernement s'est engagé à faire preuve de discipline budgétaire». [...] Une source conservatrice très bien placée a expliqué au Devoir que le programme était aboli parce qu'il avait financé les voyages d'artistes ou de groupes qui ne faisant pas consensus... que l'équipe de Stephen Harper n'aime pas que des figures «radicales» ou«marginales» se fassent ambassadeurs culturels du pays sur le globe.
Ce matin, toujours dans le Devoir, il est annoncé que le gouvernement conservateur a «annoncé» cette fin de semaine la suspension d'un deuxième programme de soutien aux arts [Routes commerciales]. Une décision qui ébranle et choque (encore) le milieu culturel. Ce programme aidait les organismes culturels à se préparer à exporter leurs produits et services sur les marchés internationaux. La raison: inconnue... d'autant plus que ce programme, tout comme le programme Promotion des Arts, était fort bien coté par le milieu.
Selon Martin Faucher, président du Conseil Québécois pour le Théâtre, Ottawa envoie des messages catastrophiques au milieu culturel depuis plusieurs mois. On a l'impression qu'ils veulent tout contrôler, à l'intérieur comme à l'extérieur.
À quand les prochaines coupures qui nous toucherons directement?
La quasi défunte Académie Québécoise du théâtre (qui prenait en charge, jusqu'à tout récemment l'organisation du Gala des Masques...) avait comme mission fondamentale la promotion du théâtre: l’AQT a pour mandat de promouvoir le théâtre, de favoriser son développement et de mettre en valeur l'excellence de ses praticiens. Depuis quelques années, malheureusement, ce regroupement (au faîte de sa jeune gloire, l'AQT réunissait une dizaine d'associations et représentait ainsi pratiquement tous les praticiens) a du plomb dans l'aile et boite ridiculement (sur ce point, vous auriez dû voir la triste performance de Vincent Bilodeau, président actuel, lors des États Généraux d'octobre dernier...).
Et pourtant, les intentions, les objectifs de l'Académie étaient fort louables.
C'est ce genre, justement, d'intentions et d'objectifs qui manquent ici, dans la région... Toutes les compagnies, tous les artistes et artisans travaillent chacun pour soi. Encore aucun projet de concertation n'a encore pu voir le jour. Il y a, bien sûr, les tables de compétence du CRC qui malheureusement n'ont encore jamais débouché sur quelque chose de concret (il s'agit, en fait, plus d'un lieu d'échanges d'informations). Il y a, sporadiquement, des tentatives (qui avortent plus souvent qu'autrement!) d'union pour des projets spécifiques comme, par exemple, pour une promotion commune des théâtres d'été 2008. Un jour, j'imagine que ce sera le temps...
Même si les compagnies, les artistes et les artisans d'ici n'ont pas toutes les mêmes infrastructures, les mêmes moyens financiers, les mêmes missions... il serait peut-être temps - surtout si on se fie au fait que, malgré l'évolution des dix-quinze dernières années, très peu de gens connaissent l'existence de troupes et compagnies régionales - que le milieu s'unisse pour frapper un grand coup dans l'espace promotionnel saguenéen... Du moins, c'est mon opinion.
Il est des moments, comme ça, où j'aimerais définitivement faire partie d'une troupe de théâtre, d'un ensemble solide et créatif.
La troupe est un rassemblement de personnes avec un même idéal théâtral, un idéal commun sur une longue durée. C'est un investissement artistique à long terme. Elle est une cellule homogène et unie, un cercle relativement fermé (sans toutefois être imperméable) qui permet un véritable travail d'approfondissement, de questionnement collectif pour faire avancer une démarche comprise et partagée par tous: chacun de ses membres est impliqué dans chacune des productions qui se font, pratiquement, en parfaite autarcie, du moins, en général. Ici au Saguenay, outre les collectifs comme la Tortue Noire ou la Chasse Pinte, il n'y a qu'une seule et unique troupe: le Théâtre du Faux Coffre... Les plus grandes maisons théâtrales du monde fonctionnent sous ce principe: la Schaubhüne de Berlin, le Berliner Ensemble, la Comédie-Française, le Théâtre du Soleil, etc.
Puis il y a les compagnies, forme sous laquelle fonctionne généralement le milieu saguenéen (les Têtes Heureuses, la Rubrique, le C.R.I., les 100 Masques, les Amis de Chiffon). Ce sont des organismes composés presque exclusivement d'une direction plus ou moins importante qui prend en charge les programmations et les équipes de production qui, du coup, sont marquées du sceau de l'éphémère et du ponctuel. Les comédiens et concepteurs deviennent, en quelques sortes, des mercenaires, des sous-contractants: la rigueur et l'implication est une question de contrats et d'horaires. Le travail de longue haleine, bien que pas nécessairement impossible, est plus difficile à planifier dans cette structure artificielle. La symbiose entre les membres de chaque équipe devient alors une coïncidence heureuse.
La troupe est un milieu social, un milieu de vie alors que la compagnie demeure un projet temporaire, un travail. Bon, il est vrai que rien n'est parfait en ce monde. Et que l'herbe est toujours plus verte chez le voisin (quoique cette année, avec toute cette pluie, la verdure à bien verdit partout...). N'empêche que parfois, l'idée de faire partie d'une communauté comblerait un vide qui ne cesse de s'étendre...
Pour les amants nostalgiques (je pense ici particulièrement à Nada) de ce gros robot, j'offre ce sketch des Robins des bois (et de la magnifique Marina Foïs qui joue la metteure en scène): l'ironique adaptation théâtrale de ce monument du dessin animé:
Les Robins des bois sont, en quelques sortes, les 100 Limites, les RBO de l'Hexagone...
Voici, en lien, deux articles signés par Anne-Marie Gravel, parus dans le Progrès-Dimanche de ce matin, relatant les hauts et les bas des différentes expériences estivales. Un tour d'horizon quasi exhaustif de tout ce qui s'est fait en région depuis le mois de juin:
Par ailleurs, dans ce même journal, dans la rubrique Édito de la section «culture», on peut lire trois réactions à la (véritable) critique de Christiane Laforge portant sur l'exposition en cours au Centre des Arts et de la Culture, paru dans Le Quotidien du 2 août. Trois points de vue assez concordants... Comme quoi la critique a encore un rôle à jouer dans notre milieu culturel.