mercredi 12 novembre 2008

Première du C.R.I.


C'est ce soir que débute les représentations de Parents et amis sont invités à y assister, nouvelle production du Théâtre C.R.I. Alors, pour toute l'équipe de l'administration, de conception, de comédiens:

MERDE!!!


Et à bientôt!


mardi 11 novembre 2008

Invitation d'Émilie Gilbert Gagnon


Afin de financer le projet de fin de maîtrise
d'Émilie Gilbert Gagnon: Beauté Mécanique

Ce vendredi, 14 novembre,
à partir de 20h30, au Barolo!

ENTRÉE GRATUITE

Venez encourager la création

d’Émilie Gilbert Gagnon tout en vous amusant!
De la bière, des petites bouchées, des jeux
et plusieurs prix sont à gagner!
Pour chaque bière de Tremblay vendue,

un dollar va directement au financement du spectacle!

On a hâte de vous voir!


Beauté Mécanique
les 27, 28, 29 et 30 novembre prochain,
au Petit Théâtre de l'UQAC,
à 20h les trois premier soir et à 14h le dimanche.

Théâtre de la perceptibilité

Dessin théâtral de Picasso... cliquer ici pour une analyse intéressante

Voici une notion, théâtre de la perceptibilité, qu'il serait intéressant de développer un jour, de rechercher... C'est une notion qui pourrait très bien se fondre avec mon travail de metteur en scène chorégraphique:

[...] Là où se situe la «théâtralité théâtrale», le corps est au centre du propos. Si un nouveau drame surgit, à quoi tient-il? [...] Dépassant les principes de la mimesis et de la fiction, le «théâtre de la perceptibilité» (Lehmann, 2002) cherche à intégrer les autres arts dans sa démarche et trouve évidemment avec la danse une formidable occasion d'affiner son rapport au corps, mais aussi à la sensation, au présent et à la présence, au réel et à une certaine «énergétique». Cependant, la danse contemporaine est foncièrement empreinte de théâtralité.

Sophie Guhéry, La Danse contemporaine
in
Études théâtrales #36

Qu'est-ce que la perceptibilité? C'est la qualité de ce qui est perceptible par les sens ou par l'intelligence. (Littré)

Décidément, le théâtre contemporain - postdramatique, pour ne pas le nommer - est un terreau fertile pour tous les amoureux de masturbation intellectuelle (dont je suis): théâtre pléonastique, de la castatrophe, du quotidien, rhapsodique, etc....

Hahaha


Petite blague du Père Gédéon:

Deux acteurs regardent passer le cortège funèbre d'un critique théâtral plutôt virulent.

-De quoi est-il mort? demande l'un.

-Il a du se piquer avec son crayon! répond l'autre.

lundi 10 novembre 2008

Pour Johanna*... ou les accrocs au popularisme


Comment, sans faire aucune concession sur les choix artistiques (ou sur les principes dramatiques, les envies de recherches, d'approfondissement) se rapprocher des formes populaires... populaires dans le sens de «faciles à l'identification»? Est-ce tout simplement possible de maintenir une forte exigence formelle tout en cherchant à attirer du public? L'hermétisme (mis ici en exergue car j'abhorre ce terme que je trouve méprisant pour l'intelligence du spectateur) existe-t-il... ou si n'est-ce qu'une simple maladresse de conception?

Le sujet est large, le débat un peu inutile: la recherche du popularisme à tout prix réduit le théâtre à un divertissement sans valeur (artistique, du moins...) alors que la recherche disons fondamentale et unique devient aride et sans attrait pour les non-initiés.

Je pense, personnellement, qu'il faut juste (et ce fut le sujet de ce billet) faire confiance au spectateur, à son imagination, sa capacité de compréhension. Bien préparée, bien faite, une production - peu importe son style et son créneau! - saura attirer les gens.

*Le titre est, en quelques sortes, un hommage à Johanna Lochon qui m'a inspiré ce billet...

dimanche 9 novembre 2008

Mes mémoires minuscules... 8

De retour sur les bancs de l'école... première année théorique

En janvier 2003, après avoir finalement fermé mon dossier baccalauréatien, je me suis inscrit à la Maîtrise en art (volet création) de l'UQAC par intérêt personnel, désir de chercher, d'approfondir mes connaissances théâtrales avec, comme maître à penser, Kantor (qui serait, par un heureux hasard, vite mis de côté aux profits de Meyerhold!). Cette première session théorique, avec des intentions de recherches encore assez floues portant principalement sur le spectateur (!), culmina en avril avec la présentation de l'exposition des étudiants à la maîtrise au cours de laquelle je présentai la version condensée de mon texte, Le Choeur du pendu. Cette pièce, composée principalement de monologues partagés entre huit personnages, a fait l'objet d'une expérience: durant dix minutes, les personnages, éparpillés sur des socles dans la le Studio-théâtre, disaient leur texte, en simultanée... Le pauvre spectateur, au centre de ce brouhaha ne pouvait, par conséquent, prendre connaissance de l'entièreté de ce texte et devait, du coup, choisir son point d'écoute au détriment du reste.

Au cours de cette même session, je me suis impliqué à nouveau dans un projet de fin de bacc.... celui de Pierre-Luc Desrosiers. Après avoir joué plusieurs personnages comiques, il voulait tenter sa chance dans un rôle dramatique. Voilà la raison pour laquelle ce fut Traces d'étoiles, de Cindy Lou Jonhson qui fut choisi. S'étant enfuie dramatiquement le jour de son mariage, une jeune femme se retrouve prise en plaine tempête de neige en Alaska. Elle est recueillie par un homme torturé... S'ensuit un huis clos entre ces deux solitudes brisées. Il fut décidé que nous ne travaillerions que sur les trois scènes les plus marquantes (pour un spectacle d'une demie-heure); que le tout se passerait sur une petite scène centrale mise sous cloche de verre (ou plutôt de plastique!); que les spectateurs pourraient se promener tout autour; que seules deux petites lanternes mobiles seraient utilisées comme sources d'éclairages. Et c'est ce qui fut fait. C'est pour cette pièce que j'ai rencontré (en audition... avant que de ne travailler plusieurs fois avec elle par la suite) la magnifique Andréanne Cossette.

Outre les cours, l'autre tournant marquant de cette année fut la découverte, dans mes notes antérieures du bacc., des théories (bien succintes!) de Meyerhold. Ce qui ne m'avait pas frappé à l'époque me foudroyait littéralement. En quelques mois, je lus tout ce qui me tombit sous la main concernant ce praticien magistral.

Ce fut également la présentation, lors de l'exposition de la maîtrise Zones d'urgence (décembre 2003), de mon installation sur le spectateur: sur un socle, en plein centre du hall du Pavillon des arts, se tenait Andréanne, vêtue de noir, haranguant pendant plus de deux heures, avec le texte du Poelunus de Plaute qui encadre la réception théâtrale (voir ici), chaque passant au cours du vernissage... La performance, par personne interposée...

De l'action au Théâtre 100 Masques...

Pendant ce temps, au Théâtre 100 Masques, de nouvelles personnes se sont jointes à la direction pour combler le départ de Mélanie Potvin: Sara Moisan, Moïra Scheffer-Pineault et Pierre Tremblay.

Après un théâtre d'été plus qu'éclatant - soit la présentation des Précieuses Ridicules de Molière mises en scène par Christian Ouellet - Sophie Larouche délaissa la direction artistique et je fus nommé à sa place.

En septembre, le Théâtre 100 Masques fut engagé pour faire une animation théâtrale au cours d'un souper à la Tour (restaurant, à l'époque...). Cette Soirée funèbre (qui serait reprise quelques jours plus tard au Bar l'Autre Place d'Hébertville) serait fertiles en anecdotes! Ce spectacle était en trois parties: une lecture de fables névrotiques, une présentation du Défunt de René de Obaldia et une bande-annonce du Choeur du pendu. Lors de la première présentation, nous fûmes - nous étions cinq comédiens! - contraints de demeurer, pendant le repas (nos actions étant limitées aux entremets), dans un placard servant d'atelier, plein de poussières... de 17h30 à 23h! Quant à la présentation au Lac, il fallût se battre, à minuit, contre les effluves de l'alcool, la fumée de cigarette, la musique... C'est de cette façon, peut-être, qu'on apprend à ne pas faire trop de compromis!

Dispositif scénique, Le Choeur du pendu (TCM 2003)
Photographie: Alexandre Nadeau

Marc-André Perrier, Caroline Tremblay, Josée Laporte, Marc-André Roy,
Audrey Savard, Pierre Tremblay - Le Choeur du Pendu (TCM, 2003)
Photographie: Moïra Scheffer-Pineault

En octobre, grâce à l'octroi d'une nouvelle subvention du Fonds Jeunesse Québec, la compagnie entame le chantier, sous ma direction, du Choeur du pendu en version intégrale... de son titre original: Le Choeur du pendu [comédie grotesque et pathétique en prose et en pièces détachées variant inlassablement sur le même thème]. Partant du prétexte de la pendaison, ce texte est en fait une parodie grotesque et tragique des rites funéraires. Huit personnages délurés, tantôt drôles, tantôt cruels, se réunissent dans cette chorégraphie funèbre où sont dénoncées les affres sans cesse obsédantes et aliénantes de l'absence. Ce fut là le spectacle personnel qui m'a le plus stimulé... malgré les obstacles qui se sont placés en travers de cette route... dont certains de mes choix...

Après ce spectacle, par fatigue et par étouffement, je quittai le Théâtre 100 Masques pour la première fois.

Une rencontre déterminante

C'est à la fin de cette année-là que je fus engagée, par le Théâtre Mic Mac (après Sophie Larouche et Christian Ouellet), pour donner une journée d'ateliers... espèce d'audition de mise en scène pour la production suivante de cette troupe. Après avoir surmonté le trac, j'y ai rencontré des gens fort sympathiques avec qui je travaillerais plusieurs années par la suite.

Pendant ce temps sur le milieu saguenéen...

2003 est l'année du Pain dur des Têtes Heureuses, de Il pleut des vies et du Désir de la Rubrique, de la reprise de Poupzée du Théâtre CRI, des Troyennes à l'UQAC.

La semaine théâtrale... 14


Dimanche, 9 novembre 2008, 15h30
Dernière représentation, à la Salle Murdock du Centre des Arts de Chicoutimi, du premier bloc de Pas moi (reprise à compter du 21 novembre), du Collectif Texentrique. Pour d'autres détails, consulter le billet du 7 novembre.

À compter du mercredi, 12 novembre 2008, 20h
Le Théâtre CRI présente sa nouvelle production (jusqu'au 29 novembre), Parents et amis sont invités à y assister. Ce texte de Hervé Bouchard - mis en scène par Guylaine Rivard - fait entendre, par le recours à la forme dramatique, un chant collectif: un clan livre ses tribulations dans des lamentos funambulesques et «bassement comiques». Figure centrale de cette polyphonie, la veuve Manchée, femme sans bras dans sa robe en bois, s'adresse à ses soeurs, à ses fils les chiens à tête de veau, à «l'épisodique Laurent Sauvé» joué par un fils de dieu – et à elle-même (Librairie Pantoute). Avec Dany Lefrançois, Martin Giguère, Jérémie Desbiens, Anne Laprise, Josée Laporte et une autre femme dont j'oublie le nom... Centre Culturel du Mont-Jacob!

Vendredi, 14 novembre 2008, 20h
Le Trident (Québec) s'arrête au Théâtre du Saguenay (Auitorium-Dufour) dans le cadre de la tournée de son Cyrano de Bergerac, mise en scène de Marie Gignac... avec une scénographie signée Michel Gauthier... J'ignore toutefois s'il reste de la place. Je l'ai vu à Québec l'an passé et j'ai bien aimé. Hugues Frenette y joue un Cyrano magnifique!

Samedi, 15 novembre 2008, 13h30
La Rubrique présente (à la Salle Pierrette-Gaudreault) Les Flaques, une production du Théâtre Bouches Décousues et de PPS Danse (Montréal). Mettre le vent dans une bouteille. Se protéger des larmes avec des parapluies. Partir en voyage sur des bateaux en papier. Raconter son histoire comme on sauterait dans les flaques, en s’éclaboussant de mots. Partir à la rencontre de l’autre et de soi-même. Accomplir les gestes libérateurs qui permettent de poursuivre sa route. Dans les Flaques, le théâtre, la danse et la musique se fusionnent pour raconter les orages que l’on traverse, les chagrins et les secrets que l’on porte et qui étouffent! Et si la peine n’était qu’une pluie qui passe? C’est ce que Léontine et Anatole découvriront en croisant la route de Celui qui transporte le vent (www.theatrelarubrique.ca).

S'il se passe autre chose en cette auguste semaine, faites-le nous savoir!

samedi 8 novembre 2008

De l'amour et des griffes [journal d'une mise en scène]

Voici quelques photographies (dont je suis l'auteur!) de mon équipe de comédiens avec qui il fait si bon travailler... photographies prises cette après-midi pendant l'essayage de costumes.

Marilyn Chamberland-Tremblay (Mme de Crampon), Marilou Simard (Félicie)

Martine Chapados (Madame Boulingrin)

Mélissa Valiquette (Madame Tartempion)

Nicolas Ilaréguy (Monsieur DesRillettes)

Encore deux petites semaines de répétitions et ce sera terminé...

Bien qu'elle se coiffe toujours de la même façon, la Cantatrice Chauve surprend toujours!

Frédéric Dubois, metteur en scène
Directeur artistique du Théâtre des Fonds de Tiroirs
Photographie: Louise Leblanc

La Rubrique présentait hier La Cantatrice chauve de Ionesco, une production du Théâtre des Fonds de Tiroirs mise en scène par Frédéric Dubois, l'un des metteurs en scène québécois "nouvelle vague" les plus en vue.

La Cantatrice chauve était la toute première production des Fonds de Tiroirs, en 1997, alors qu'une partie de la distribution n'avait même pas encore été admise au Conservatoire. Dix ans plus tard, tous diplômés et très actifs sur la scène québécoise, les six comédiens décident de replonger dans l'univers décalé de Ionesco, "pour le plaisir de retrouver cet esprit-là, ce texte qui appelle le délire, le dérèglement et la provocation", précise le metteur en scène. Mais cette fois, le salon bourgeois de monsieur et madame Smith, mais surtout leurs conversations pleines de vides, leur ont inspiré une réflexion sur l'angoisse.

"Ionesco disait que la solitude est le seul endroit où les humains se retrouvent. C'est notre prémisse de travail; à partir de là, j'ai réfléchi à ma propre angoisse devant, par exemple, mon père malade et les visages tristes croisés dans les chambres d'hôpital. On a aussi, dans les toutes premières phases du travail, regardé des documentaires sur l'Alzheimer, pas pour s'en inspirer directement, mais pour laisser cela s'implanter en nous, comme une base souterraine qui a inconsciemment nourri le jeu des acteurs."

Ainsi, dans les vides et les silences de la conversation des Smith et des Martin, Dubois a imaginé la cantatrice chauve prendre forme, telle une matérialisation du néant angoissant. À Québec, une chanteuse invitée venait chaque soir lui donner vie. L'idée a été abandonnée pour la tournée, mais le souvenir de l'énigmatique cantatrice est présent dans la trame musicale, d'abord composée des sonorités caverneuses de l'orgue et puis graduellement menée vers des rythmes tribaux et urbains, à mesure que la logique de la discussion s'étiole et que le langage se déconstruit.

(Philippe Couture, Frédéric Dubois - Québec-Montréal, Voir.ca)

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Mme et Mr Martin, le capitaine des pompiers, Mary la bonne, Mr et Mme Smith
Photographie: Louise Leblanc


La salle Pierrette-Gaudreault était pleine à craquer... pleine à craquer majoritairement d'étudiants des différents Cégeps de la région (contexte toujours un peu délicat) qui mettent encore, j'imagine, cette pièce phare à l'étude. Donc, ambiance un peu survoltée, fébrile de l'adulte nouveau qui assiste au théâtre pour la première fois, voit mis en scène un texte qu'il connaît. Une préparation qui ne fait qu'accroître l'excitation dans le public et qui ne s'affaiblira jamais en cours de représentation..

La première partie est une véritable jouissance pour les sens, alors que la distribution hallucinée (en ordre sur la photo à partir de la gauche: Monelle Guertin, Jonathan Gagnon, Christian Michaud, Julie Roussel (sur la photo, il s'agit toutefois de Catherine Larochelle), Sylvio-Manuel Arriola et Ansie St-Martin) se lance avec un plaisir manifeste dans ce vide langagier de ce texte. Monsieur et Madame Smith - fabuleuse St-Martin! - qui discourent sur la vie anglaise, la médecine, la mort... Monsieur et Madame Martin qui se perdent en conjonctures et ne se reconnaissent pas... Le capitaine des pompiers (seule réserve: pourquoi en fait-on un clown?) fertiles en anecdotes et en mots à l'emporte-pièce (Courteline)... La bonne étrange et un peu chaotique... Tous, à la manière d'un orchestre, sont bien accordées pour déclencher une cascade de rires chez chacun des spectateurs, malgré l'angoisse et le mal-être qui sous-tendent cette production.

Dubois signe là un vrai beau moment de théâtre, calculé, chorégraphié, travaillé (d'ailleurs, cette production que j'avais vue en 2007 m'a laissé la même impression de similitude avec ma propre Cantatrice Chauve montée en 2006...). Des trouvailles nombreuses, une direction d'acteur efficace, une maîtrise de la scène et du décor: deux pentes parallèles encadrées de voiles transparents; quelques chaises et de l'imagination à revendre... La finale laisse toutefois un peu à désirer et fait un peu brouillon...

Un mot - et c'est rare! - sur la musique. Pascal Robitaille, homme orchestre, prend place sur scène et ponctue toute la représentation de sons, d'instruments de musiques, d'airs anglais qu'on diraient sortis d'un orgue de barbarie... Son apport est essentiel et forme un canevas musical qui devient vite le personnage principal de cet univers embrouillé.

Ovation et enthousiasme!

La seconde partie, La leçon, mettait en scène, après tirage au sort entre les comédiens (qui modifie donc cette représentation à chaque fois) Jonathan Gagnon et Monelle Guertin.

Cette fable sur le langage, le pouvoir et la tyrannie se joue comme une numéro d'acrobatie vocale et explore un univers pour le moins complexe. Une jeune étudiante subit l'autoritarisme de plus en plus agressif d'un professeur littéralement en transe devant sa matière arithmétique et philologique.

Simple décor: une table (affreusement agrémentée d'un tulle), deux chaises devant un rideau blanc.

Cette deuxième partie souffre toutefois de la comparaison avec la précédente. Le discours y est plus sérieux, moins mécanique, plus noir. L'absurde n'y est pas remise en cause de l'ordre langagier mais plutôt mise en abîme de la cruauté.

Bien que la réception a semblé bonne, le comique fait résolument place au tragique.

Bref, un beau et bon moment de théâtre.

vendredi 7 novembre 2008

Pas moi... À qui? Pourquoi?


Le théâtre est parfois difficile... et c'est dans un contexte de première avec une majorité de spectateurs absents (ou une minorité de spectateurs présents...) que j'ai assisté à Pas moi, qui met en scène une femme seule qui parle. À qui? Pour quoi? Je me pose encore la question.

Le Collectif Texentrique, piloté par Frédéric Moreau, a choisi, avec cette production, d'aborder le thème de la non-communication avec, pour but avoué, de mettre ce problème en évidence. Le défi est de taille... et le résultat en souffre peut-être lui-même: la communication entre la salle et la scène est un peu laborieuse. Le collectif semble s'être perdu dans les idées en s'écartant de la fable (ou plutôt des fables) du texte composé...
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En première partie, un texte de Guitry, Je sais que tu es dans la salle... dans une adaptation québécoise (du moins, en partie) qui éteint peut-être un peu de ce qui est appelé l'«esprit parisien» caractéristique à cet auteur.

Elle parle à son petit ami de qui elle s'est séparée le matin même. Il est là. Elle se demande pourquoi, elle se torture. C'est décidément la partie la plus étrange. Monologue ou soliloque? La comédienne parle à quelqu'un, parle de quelqu'un, regarde nulle part, et bouge beaucoup... dans un contexte d'énonciation qui n'est pas très clair. Que se passe-t-il exactement? Difficile à cerner. Pourquoi ce personnage est-il comédienne? Quel est l'état d'esprit de cette femme? Que signifie-t-elle à son ancien amant?

En écoutant pourtant ce texte, on ne peut pas ne pas entendre la voix de Guitry (d'accord, la situation veut que je sois rompu à ce style). C'est un texte dur, porté par un souffle verbeux et ironique, un texte brillant. Le jeu de l'amour, de l'être et du paraître, de la valse attaque/remords. Le discours s'embrouille malheureusement dans une suite de mots un peu lancinants et la mise en scène, chorégraphico-gestuelle, ne donne aucun repère à lequel s'accrocher.
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Arrive ensuite la partie principale, si je puis m'exprimer ainsi.

Avec Pas moi, de Samuel Beckett, on plonge dans un univers textuel particulier, où rien n'est donné au spectateur. De plus, le travail vocal effectué crée une certaine monotonie qui dilue la ligne de ces paroles hoquetées: l'histoire - apparemment de prostitution, de viol, d'enfantement probable - demeure enfouie sous l'exécution scénique.

Si le collage entre les deux écritures est ambigu, le lien entre les langages - vocal et gestuel - se veut beaucoup plus intéressant. Le canevas est solide et cette esquisse participe définitivement à l'articulation de la scène et réussit même parfois à donner de véritables moments dramatiques. Le texte est partition et la partition est jouée et dansée. Une fluidité s'installe, même si elle reste monolithique, sans aucune faille pour permettre au spectateur de suivre les aléas de cette parole ininterrompue.
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Ce spectacle (d'une heure) est aride, peut-être. Difficile, comme je le disais en début de billet. Et exige du spectateur une attention qui devient ardue à maintenir. Cependant, ne serait-ce que pour le travail de Marie-Ève Gravel (et, par conséquent, celui de diretion d'acteur de Moreau), il vaut le détour. Elle est d'une rigueur fascinante, d'une précision quasi-chirurgicale. Elle réussi, malgré la confusion du spectateur, à faire respirer la scène, à la dompter, à créer l'intérêt. Le problème de ce spectacle ne relève pas d'elle directement, mais plus de la conception générale: c'est la performativité au détriment de la théâtralité.

Car au point de vue esthétique, la sobriété est de mise: une scène étroite portant un banc (ou une table basse); quelques lampes accrochées au plafond - salle Murdock oblige! - procurent un éclairage plus utilitaire que sémiologique.

Pas moi demeure, malgré tout, un type de théâtre que j'apprécie beaucoup (d'où peut-être mon intérêt et mon plaisir d'en parler), même s'il me questionne plus qu'il me réjouisse. Le Collectif Texentrique est ambitieux (même si l'équipe peut encore s'améliorer), explore des voies difficiles et mérite qu'on s'y attarde.

Présenté à la Salle Murdock
les 7, 8, 21 et 22 novembre 2008, à 20h30
de même que les 9 et 22 novembre 2008, à 15h30


jeudi 6 novembre 2008

Pas moi


J'attends... ce soir, c'est la première de Pas moi, création/collage à partir d'une pièce - un monologue - de Sacha Guitry, Je sais que tu es dans la salle, un de mes auteurs favoris pour son ironie, son cynisme, son esprit et d'une autre, Pas moi, de Samuel Beckett, monument de la littérature dramatique de la seconde moitié du XXième siècle.

Ce spectacle est mis en scène par Frédéric Moreau. Ce jeune homme baigne dans le théâtre depuis très longtemps... Déjà, en 2000, il présentait (dans une mise en scène d'Annick Pednault) au Séminaire de Chicoutimi un de ses textes (si je me souviens bien, il s'agissait d'une trilogie) dont le titre est, de mémoire, En noir et blanc. L'histoire se déroulait, toujours selon mon souvenir, autour de 1789... Fait à noter, la petite comédienne de l'époque qui tenait le rôle principal, la reine de France, était Marie-Ève Gravel devenue depuis excellente... qui tiendra l'unique rôle de cette nouvelle production. Les éclairages sont de Marilyne Tremblay.

Donc, je vais voir dans quelques minutes, et j'y reviens dans les prochaines heures...

Et si... pour un retour du cabotin

En improvisation, signe de l'arbitre lors d'une punition pour cabotinage
Image tirée du site http://www.latiag.com/impro-grenoble-art22.html

Honni dans une mise en scène, puni en improvisation, le cabotinage représente un défaut majeur pour l'acteur, une distorsion de son jeu, une perte de contrôle de lui-même, un numéro égocentrique indifférent au spectacle.

Voici la définition glanée dans le Dictionnaire encyclopédique du théâtre de Michel Corvin:

Cabotin: Terme péjoratif employé pour désigner un comédien dont le jeu est démagogique. Historiquement, le terme désigne un comédien médiocre qui joue dans un théâtre ambulant. Le cabotin est une acteur qui en fait toujours trop, qui surcharge son jeu pour attirer sur lui le regard et l'attention. Il conçoit l'interprétation de son rôle comme une mise en valeur de ses propres talents, il fabrique son jeu de l'extérieur et cherche moins à jouer en profondeur la complexité de son personnage qu'à produire une suite d'effets faciles lui assurant la reconnaissance du public. Agissant ainsi, le cabotin rend malaisé le travail des autres comédiens et met en péril l'homogénéité du spectacle.

Et si c'était là, la véritable clé de la théâtralité de l'acteur? Du moins, c'est ce qu'en pense - et j'appuie - Vsevolod Emilievitch Meyerhold (dans Écrits sur le théâtre, Tome II):

Peut-on concevoir un théâtre sans cabotinage? [...] Et peut-être en va-t-il toujours ainsi: s'il n'y a pas de cabotin, il n'y a pas de théâtre, et réciproquement, dès que le théâtre refuse les lois fondamentales de la théâtralité, il se sent aussitôt capable de se passer de cabotin.

Chez l'acteur contemporain, le comédien s'est transformé en diseur intellectuel. [...] Au lieu de jouer, il se contente de vivre simplement sur scène. Le culte du cabotinage, qui, j'en suis sûr, réapparaîtra quand renaîtra l'ancien théâtre, aidera l'acteur contemporain à se tourner vers les lois fondamentales de la théâtralité. Ceux qui s'attachent à reconstruire les anciennes scènes puisant leur savoir dans les théories oubliées de l'art scénique, dans les vieux manuscrits et les anciennes iconographies théâtrales, se proposent d'amener l'acteur à croire à l'importance et à la puissance de sa technique de jeu.


Le cabotinage pourrait peut-être vraiment être une force...