dimanche 23 août 2009

Quand le Diable enivre l'âme du spectateur...

Je profite de ce jour dominical pour me relancer dans la lecture des Pères de l'Église (dans le recueil L'Art du Théâtre d'Odette Aslan) qui n'avaient pas le théâtre en odeur de sainteté!

Que de menaces, que de promesses de l'Enfer, que de gémonies. Il est fascinant de lire cet acharnement, de constater la frayeur que causait le théâtre. Un monde si lointain... difficile à concevoir avec les yeux du contemporain.

Ainsi donc, ces Pères rivalisaient - quand même, à plusieurs années d'intervalles! - à qui serait le plus vindicatif et le plus opiniâtre face à l'art dramatique.


Tertullien (155-230) y est passé maître avec des textes comme Apolégitiques ou Contre les Spectacles... que ce soit d'un tonitruant Les démons eux-même ont inspiré aux hommes le goût des représentations théâtrales (...). Dieu miséricordieux, épargne à tes serviteurs le désir de participer à de si funestes amusements ou bien encore d'un acide Par les geste et les mouvements dissolus du corps, infamie particulière de la scène comique, de misérables histrions sacrifient leur honneur à Bacchus et à Vénus, ceux-ci en dégradant leur sexe, ceux-là par d'impudiques pantomimes (...). C'est le diable qui chausse les brodequins aux acteurs afin de faire mentir Jésus-Christ qui a dit que personne ne pouvait faire ajouter une coudée à sa stature.

J'aime bien aussi cette autre pré-grenouille de bénitier, saint Clément d'Alexandrie (160-220) et son Sur le luxe et contre les Spectacles qui donne à nouveau un côté glauque et sulfureux au théâtre: (...) C'est ainsi que vivent les voluptueux. Aussi sont-ils toujours portés à se livrer aux plus sales plaisirs. Ils courent tous les jours aux Spectacles, qui sont des rendez-vous et des théâtres de pestilence, où l'on ne voit que des objets qui blessent la pudeur. Les hommes y sont confondus avec les femmes, pour se contempler les uns les autres. Tous ces regards excitent les mauvais désirs du coeur.

Ce que le théâtre a pu perdre en pouvoir au fil des siècles!

La semaine théâtrale (du 23 au 29 août 2009)


Dernière semaine de l'été comme saison de vacances...

Et avec elle, dernière semaine de représentations pour les spectacles estivaux avant de retomber en saison régulière pour l'année 2009-2010!

Mardi et mercredi - 25 et 26 août 2009
Pulperie de Chicoutimi, 20h

Pour terminer la saison en beauté, il ne reste que deux dernières représentations de la pièce Les Rois chasseurs de et avec Jimmy Doucet... Avis aux intéressés!

Puis, ce sera vraisemblablement la rentrée!

samedi 22 août 2009

Saguenay, capitale culturelle du Canada 2010


Ainsi donc, Ville de Saguenay remporterait (après un premier échec en 2006), ce lundi-ci, le titre honorifique très convoité de Capitale culturelle du Canada 2010... une initiative du Patrimoine Canadien (plus de détails ici)... un programme national dont le but est de reconnaître et d'appuyer les municipalités canadiennes qui mettent en œuvre des activités spéciales qui mettent à profit les nombreux avantages que procurent les activités artistiques et culturelles à la vie des collectivités.

Saguenay, Capitale culturelle du Canada... Cette suite de mots a de quoi laisser songeur... n'en déplaise au ministre Blackburn et aux conseillers municipaux (qui sentent, à coup sûr, venir l'élection de novembre). Non pas qu'aucune aide ne vienne de ces deux paliers... Ce serait faire preuve de mauvaise foi. N'empêche que ce titre jette un brouillard sur une réalité chancelante: il reste encore beaucoup à faire dans le milieu culturel saguenéen et les artistes et organismes en place réussissent encore difficilement, pour la plupart, à avoir un fonctionnement régulier...

Et voici que le paradoxe commence...

Car ce qui pose problème, à mon sens, est que l'obtention de ce titre s'accompagne, si j'ai bien compris, d'une subvention de 2 millions de dollars (auxquelles s'ajouteront quelques 600 000 autres dollars en provenance de la ville) qui sera dédiée à la mise en place d'activités spéciales... Étalées tout au long de l'année, elles constitueront autant d'ajouts à la programmation régulière des organismes culturels du milieu (Le Quotidien, 22-08-2009). Il faut dire que le dossier de présentation de la Ville contient déjà une quarantaine d'activités...

Qui plus est, pour gérer ce programme, trois (nouveaux!) postes (provisoires!) seront créés. Vue la précarité des très nombreux emplois dits culturels sur le territoire, cette mention honorifique risque fort de laisser,en bout de ligne, un goût fort amer...

Il est donc assez amusant (pour ne pas dire triste à en pleurer...) de constater la futilité de ce genre d'exercice alors qu'une vraie mobilisation du milieu culturel (avec le même appui financier apporté par cette subvention) aurait pu créer une manifestation d'envergure...

Saguenay, Capitale culturelle du Canada? Un voeu pieu dans une réalité un peu déconcertante...
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Comme petit clin-d'oeil du samedi, je mets en lien (ici) l'ÉTUDE DE L’ÉVOLUTION DES DÉPENSES MUNICIPALES DANS LES CHAMPS DU LOISIR, DE LA CULTURE ET DU LOGEMENT SOCIAL parue il y a quelques temps... notamment pour y lire le tableau 8 de la page 28 qui démontre les dépenses, le per capita et l’accroissement des dépenses en culture selon les municipalités du groupe cible en 2000 et en 2006.


vendredi 21 août 2009

Des voix qui s'emmêlent...

Voici ici une question que je trouve toujours passionnante et qui rejoint, en quelques sortes, la question de la voix de l'auteur et du respect qu'on doit lui devoir...

Le Revizor par Meyerhold (auteur du spectacle) à partir de Gogol (auteur du texte).
Produit en 1926.

Ce débat qui existe toujours dans les revues de théâtre me semble extrêmement naïf: qui, lors de la création d'un spectacle, constitue la figure directrice? Le metteur en scène ou l'auteur? Selon moi, à qui que ce soit qu'elle appartienne, c'est la pensée qui dirige. Dans ce duumvirat (auteur/metteur en scène), celui des deux qui a la pensée la plus importante, la plus active, la plus aiguë est celui qui, dans un cas donné, dirige.
Vsevolod Meyerhold

J'aime beaucoup cette question parce que, pour moi, le texte est un matériau et non pas un monument... d'où les frictions que peuvent parfois causer mon travail (coupures, réécritures, réaménagements)... Le texte est, en soit, terminé... La scène est une nouvelle voix.

jeudi 20 août 2009

Au revoir...


Hier soir devait avoir lieu la soirée soulignant le départ d'Alexandre Larouche (ce jourd'hui même) et Jérémie Desbiens (ce dimanche) vers la grande région métropolitaine... Probablement que ce matin, les effluves d'alcool et d'émotions diverses flottent au-dessus d'eux!

C'est une autre page de ma petite histoire théâtrale personnelle qui se termine. J'ai travaillé avec eux sur plus d'un spectacle: Courteline ou les pétunias de la bêtise, L'Orchestre sans dessus dessous, Le jour de la Puppet, Tordus, Les monstres de l'orgueil, La Noël de Gruntilda, Nono, La Noël de Gruntilda II-La Nativité, Madame...

Je leur souhaite la meilleure des chances dans cette nouvelle étape... Et si un jour ils reviennent par ici, j'aurai sûrement quelques rôles à leur proposer...

mercredi 19 août 2009

Du théâtre au musée...


J'ai visité, quelque part dans les dernières semaines, le Musée Louis-Hémon de Péribonka... monument élevé pour la gloire de l'oeuvre magistrale de ce dernier: Maria Chapdelaine.

On y trouve de tout: toutes les éditions dans toutes les langues de ce roman du terroir, des lettres et des objets appartenant à l'écrivain, des séquences vidéos des oeuvres filmiques (dont le film français avec Madeleine Renaud ou celui avec Carole Laure) et divers artefacts directement issus de l'époque, du lieu et de l'entourage de Hémon, auteur breton, lors de son passage en terre jeannoise.

Mais outre l'intérêt pour cette femme du Lac et son coureur des bois (de même que pour sa famille et les Bédard, source de l'inspiration du poète) cette exposition permanente vaut le détour pour sa conception et sa mise en espace qui sont l'oeuvre du dramaturge Michel-Marc Bouchard... qui voue un quasi culte à l'héroïne au point d'en faire le sujet d'une de ses premières pièces: Le retour inattendu de François Paradis... La salle se théâtralise autour de Maria Chapdeleine: vérités et mensonges (le titre de l'exposition). Plus que les seuls objets, l'emplacement de ceux-ci signifie quelque chose. L'espace y est pensé de façon dramatique.

Il semble, par ailleurs, que ce soit de plus en plus la norme, pour les musées et salles d'expositions, de faire appel aux artisans du théâtre (je rappelle que la nouvelle exposition permanente de la Pulperie, La main à la pâte, a été éclairée par Alexandre Nadeau). Peut-être ceux-ci sont-ils plus sensibles à la présentation et à la réception des oeuvres? À leur mise en valeur? À la conception en trois dimensions? Qui sait... Il faudrait s'attarder plus longuement sur le sujet...

Un jeu de contraste

Malévich

Je sens que le doctorat approche à grands pas... et avec lui, la pression autour de mon sujet de recherche. Je tente alors de le ramener, en de termes plus simples, vers une recherche de la théâtralité...

La théâtralité, c'est le contraste.
Si on ne joue qu'une seule note,
il n'y a plus de théâtralité.

Jorge Lavelli

Un suprématisme théâtral?

La semaine théâtrale (du 16 au 22 août 2009)

Pour ce premier calendrier théâtral depuis mon retour... ce premier calendrier théâtral de la saison 2009-2010... rien de bien nouveau. Il reste encore quelques présentations des spectacles estivaux...

Mardi et mercredi - 18 et 19 août 2009
Vieille Pulperie (Chicoutimi) - 20h

À ne pas manquer (même si je n'ai pas encore vu...) ce spectacle de Jimmy Doucet, Les Rois chasseurs. Rires garantis. Avec, entres autres, Isabelle Boivin...

Mercredi et samedi -19 et 22 août 2009
Palais municipal (La Baie) - 20h

Voilà les deux dernières représentations en français (mais, apparemment, y en aura-t-il en anglais???) de ce méga spectacle, Les Aventures d'un Flo qu'on appelait naguère La Nouvelle Fabuleuse qui remplaçât, après vingt ans, La Fabuleuse Histoire d'un Royaume.

De mercredi(?) à samedi - du 19(?) au 22 août 2009
Dam-en-Terre (Alma) - 20h30

Dernière semaine de représentations également pour le spectacle J'ai mon voyage!... pour ceux qui voudraient voir jouer Réjean Vallée (chargé de cour à l'UQAC et comédien pour les Têtes Heureuses pendant de nombreuses années) qui fait partie de la distribution...


De mercredi à samedi - du 19 au 22 août 2009
Salle Pierrette-Gaudreault (Jonquière) - 20h30

C'est la dernière série de représentations de la production estivale du Théâtre La Rubrique, L'Assassinat d'Andrew Jackson, texte et mise en scène de Philippe Ducros (une production d'Hôtel-Motel et de À tour de rôle). Pour voir ce qu'on en dit, cliquer ici.


Enfin, je tiens aussi à souligner que ce samedi-ci, le 22 août 2009, s'uniront Caroline Tremblay et Marc-André Perrier, deux comédiens que l'on voit régulièrement sur nos scènes saguenéennes. Mes meilleurs voeux!

samedi 15 août 2009

Faire un four...


D'une expression théâtrale qui devient une expression courante... et qui donne, en quelques sortes, l'origine d'un mythe que tous les artisans du théâtre se transmettent (tiré du Dictionnaire encyclopédique du théâtre de M. Corvin) comme un droit acquis:

FOUR. Faire four ou faire un four, c'est essuyer un échec complet. À l'origine, ce terme s'employait lorsque les comédiens, constatant que la recette était insuffisante pour couvrir les frais, refusaient de jouer et remboursaient les spectateurs présents: on éteignait les lumières et il faisait dans le théâtre noir «comme dans un four». [...] Il en est né une légende selon laquelle on ne serait pas obligé de jouer dans le cas où le nombre des acteurs sur le plateau est supérieur à celui des spectateurs dans la salle. Or, en droit, l'achat d'un billet conclut un contrat que l'une des parties ne peut rompre sans l'accord de l'autre. On cite le fait que Jouvet aurait jouer un jour devant un seul spectateur qui l'avait exigé.

Ne reste donc qu'à espérer de un, que nous ne fassions pas de four... et de deux, que nos salles soient toujours remplies à pleine capacité... ce sera beaucoup plus simple et il y aura moins de casse-tête!

vendredi 14 août 2009

De CLE en CLE

Je tenais à ajouter quelques mots sur le sujet des subventions salariales du Centre Local d'Emploi pour faire suite aux billets de Jean-François Caron du Voir (voir et ). Le sujet est assez juste.

Ces subventions salariales, qui devraient servir à l'embauche pour une première expérience de travail devient effectivement la principale source de revenus salariaux (si je puis m'exprimer de la sorte!) des compagnies théâtrales et autres organismes culturels... au détriment d'un approfondissement, d'une consolidation des emplois... Et la surabondance de son utilisation (et ses règles d'attribution) sature le bassin de personnes aptes et disponibles au travail... Bref, il y a réellement problème et le sujet me préoccupe également (voir et ). Car il ne s'agit plus d'une mesure de soutien ponctuelle mais d'une norme désormais acquise.

D'un autre côté, il ne s'agit pas de mauvaise foi de la part des parties. Ces subventions salariales sont également le seul souffle que trouvent les organismes qui fonctionnent parfois avec des budgets qui n'ont, d'envergure, que le titre... Au fil des ans, le cercle s'est refermé au point d'en devenir vicieux... L'argent manque même s'il coule à flot dans d'autres bateaux... mais c'est une autre histoire. Maintenant, que faire? Faut-il, au nom des organismes, s'en passer et compromettre les activités, se sous-développer, avoir un fonctionnement anémique? Faut-il, au nom des artistes, les refuser pour vivre de la passion de l'art, de la pureté de la création?

Le CLE est là. Les besoins sont là. La réalité est là. À quand un véritable effort collectif pour tenter de renverser la tendance et chercher des solutions? Et si, pour recevoir une telle subvention, l'organisme se devait de prouver ses tentatives et ses moyens de pérenniser ses emplois? Une espèce de prime à l'effort... ?

De retour de vacances!

Photographie: Dario Larouche

Je suis enfin revenu de vacances pour reprendre le contrôle de mes dossiers, repartir vers les études (à compter du 31 août!), voir les spectacles que je n'ai pas encore vu, lire les chroniques incendiaires de Jean-François Caron du Voir (notamment celles portant sur les subventions salariales du CLE dont se servent sur-abondamment les organismes culturels... surtout les compagnies de théâtre... mais j'y reviendrai), écrire sur ce blogue...

Le voyage fut magnifique. Le Vermont (Burlington, Rutland, Montpelier, Plymouth) propose son décor champêtre avec aménité! Le Connecticut a aussi ses charmes... mais bien qu'Hartford, capitale mondiale de l'assurance (c'est tout dire!), soit une belle ville, nous en avons vite fait le tour pour nous poser à New Haven, siège de l'université Yale, monumentale cité aux allures gothiques. C'est là que, déambulant sur le campus - et plus particulièrement dans les quartiers dramatiques - nous avons rencontré la doyenne des études théâtrales sur sa petite mobilette jaune qui, nous trouvant charmants, nous a fait visité l'intérieur de leurs locaux:




Photographies: Dario Larouche

Nous nous sommes rendus, par la suite, vers New-York. Parmi les nombreuses activités dans la mégapole, j'ai cherché (Bon. Je sais. J'aurais pu aller sur Broadway...) des traces du théâtre... et j'en ai trouvé... sur le trottoir:

Plaque d'En attendant Godot, sur le trottoir des auteurs en hommage à Beckett
Photographie: Dario Larouche

et au MoMA (Museum Of Moderns Arts) où une section complète d'une exposition sur le dessin d'art est consacrée aux croquis des concepteurs de théâtre:

En haut, à gauche, croquis de David Hockey pour les costumes de UBU Roi monté en 1966. En haut, à droite, esquisse de Georges Méliès pour un théâtre de verdure en 1935. En bas, étude de Oskar Schlemmer pour un costume du Ballet triadique (quelque part en 1920...).
Photographies (permises!): Dario Larouche

Voilà mes vacances, en quelques mots... même si tant d'autres restent à dire. Et c'est reparti!

jeudi 30 juillet 2009

Des spectacles et des vacances...


Bon...

C'est ainsi que prend fin, en quelques sortes, ma saison de théâtre 2008-2009. Je pars pour quelques jours déambuler dans les nombreuses villes de la Nouvelle-Angleterre... Je serai de retour (à moins que je puisse de temps en temps mettre à jour cet espace) le 17 août 2009!

À tous les artisans en activité pendant ce temps,

BON CONTINUITÉ (ou continuation...)!!!