jeudi 22 octobre 2009

... !

Louis-Joseph PAPINEAU, le tribun populaire
par Octave-Henri JULIEN (1852-1908),
reproduction à l'aquarelle sur crayon
d'un dessin de Charles William JEFFREYS,
Archives nationales du Canada, Ottawa (C-073725)


On a coutume de dire: tout est politique.
Non. Tout est théâtre.
Surtout la politique.
Michel Galabru


Alors que les chiffres sortent d'un peu partout en cette (sombre) période d'élections (et particulièrement du Quotidien...) et donnent un aperçu parfois un peu biaisé de la réelle situation (du moins, j'ose le croire!), il faut parfois se rabattre sur ce que l'on fait de mieux... dans le cas présent, le théâtre.

La vie [et j'ajouterais la politique!],
c'est une pièce de théâtre: ce qui compte,
ce n'est pas qu'elle soit longue
mais qu'elle soit bien jouée.

Sénèque, Lettres à Lucilius


mercredi 21 octobre 2009

Non


Ce billet n'a rien de théâtral. Quoique...

Est paru un sondage ce matin, qui «couronne» Jean Tremblay avec 86% des intentions de votes pour les élections qui approchent (avec un taux de satisfaction qui frise le 90% à Jonquière!). Il faut donc croire que je fais partie (et tout mon entourage!) des 14% qui ne voteront pas pour lui.

Je refuse de cautionner ses visions de la culture (plusieurs exemples récents pourraient être données... dont son tout dernier discours au Salon du Livre...). Je refuse de cautionner la culture comme «produit d'appel». Je refuse de cautionner les produits culturels «touristiques» comme la Fabuleuse en anglais. Je refuse de jouer la comédie de «Saguenay, capitale culturelle 2010» dans laquelle la Ville tiendra un beau rôle... qu'elle peine si souvent à esquisser. Je refuse aussi pour tout le reste: cafouillis dans la salle de spectacle, choix économiques, débat coûteux sur la prière à l'hôtel de ville, les jugements de la cour dans l'affaire B.T.F. et j'en passe.

Je ne voterai donc pas pour Jean Tremblay. Reste Michel Potvin...

À quand un véritable deus ex machina dans la vie municipale?
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AJOUT: Quelle Ville... Ce matin, jeudi 22 octobre, paraissent les résultats de 3 sondages sur les appuis au Maire dans différents dossiers... dont ces deux-ci qui retiennent l'attention.

Le premier concerne la préférence pour la salle de spectacle: au total, 65% des répondants préfèrent la rénovation de l'Auditorium Dufour...

Le second se penche sur la gestion du Maire dans le dossier BTF: au total, 52% des gens estiments qu'il a agi dans l'intérêt de ses citoyens.

mardi 20 octobre 2009

Les Fridolinades

Petit document réalisé en 1945 par l'ONF pour garder quatre scènes de cette revue populaire écrite et mise en scène par Gratien Gélinas, le fondateur de la dramaturgie québécoise...

lundi 19 octobre 2009

Quand il est question d'UBU

Esquisses de costumes pour une production de UBU,
par David Hockney (1966), MoMA (New York)


J'arrive tout juste de la conférence de presse tenue par Les Têtes Heureuses pour présenter leur très prochaine production, Ubu Roi d'Alfred Jarry et leur(s) autre(s) activité(s) pour l'année.

Un Ubu Roi contemporain... personnifié par Christian Ouellet... et, par conséquent, à l'opposé de l'imagerie populaire qui fait de ce personnage un grotesque pantin. Une mère Ubu sous les traits de Martin Giguère (un travestissement cher aux Têtes Heureuses), trois autres comédiens et un choeur de cinq étudiants avancés en théâtre (bien qu'indiqué dans leur mission, ce volet académique fait toujours l'objet d'un débat et nuit bel et bien à la compagnie....). Un espace comme le metteur en scène les aime: dépouillé, central, et intégré dans l'architecture du Petit Théâtre.

Pourquoi monter Ubu Roi de no jours (la pièce a été écrite en 1888 et créée en 1896)? Cette pièce, étrange, comme le dit le directeur artistique, met en scène le modèle le plus répandu du pouvoir au XXième siècle. Ubu c'est bien sûr Staline, Hitler, Mao, Ceausescu, et sa Pologne imaginaire le Rwanda ou le Cambodge. Mais plus contemporain, c'est un président Poutine, plus modeste un premier ministre Tim Horton, plus proche un maire sans opposition. Et plus proche encore, c'est chacun de nous: «Monsieur Ubu est un être ignoble, ce pourquoi il nous ressemble (par en bas) à tous» (Jarry).

Un peu plus (bien que le choix de la pièce ait été influencé par le contexte actuel d'élections à répétitions au niveau fédéral, provincial et par les élections municipales), et ce spectacle deviendra un manifeste clamant haut et fort l'utilité du théâtre et son pouvoir de changer les choses... à tout le moins, sa capacité de donner conscience à ses spectateurs.

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Pour des raisons qui me dépassent quelque peu et par un chronique manque de temps, c'est la première fois, depuis de nombreuses années, que je ne suis pas directement impliqué dans un de leur projet... Comme tout passe...

Des pleurs et des pleutres


À lire... l'édito de Daniel Côté dans le Progrès-Dimanche dans lequel il se demande où sont les artistes, leurs prises de position, dans la campagne municipale (et tous les autres événements électifs)... notamment après la sortie de Pierre Demers de la semaine dernière et sa vente de poupées vaudou à l'effigie de notre bon Maire.

Si je me souviens bien, ce n'est pas la première fois que Côté écrit ce genre de choses, exprime un besoin de voir le milieu culturel en action...

L'ART DE SE TAIRE

[...] Cela étant dit [nda: petit historique des manifestations culturelles versus le pouvoir dans le monde et dans le temps], on doit constater que l'une des qualités prêtées aux artistes, le goût de la transgression, fait défaut à Saguenay. Ce ne serait pas si grave si ce silence quai absolu reflétait un profond acquiescement aux vues de l'administration Tremblay.

Or, comme la signalé Pierre Demers dans les pages du Quotidien, mercredi, les créateurs comme les institutions chargées d'animer la vie culturelle sont loin d'adhérer aux politiques du maire. Ce serait plutôt le contraire. [...]

Pierre Demers attribue ce décalage entre le discours privé et le non-discours public à la crainte de perdre des subventions. C'est sans doute vrai dans une certaine mesure, mais comment interpréter le silence de ceux qui ne reçoivent rien de la ville, ou qui sont trop pauvres pour faire l'objet d'hypothétiques représailles (après tout, que peut-on enlever à quelqu'un qui n'a rien?)?

Serait-ce que les artistes sont plus peureux qu'avant? Ou qu'ils ont moins le réflexe collectif? Peut-être aussi qu'ils sont devenus défaitistes, qu'ils croient la société figée à l'os et préfèrent se cantonner dans leur pratique personnelle. Si tel est le cas, la perte est autant pour eux que pour nous.

Et vlan.

dimanche 18 octobre 2009

La semaine théâtrale (du 18 au 24 octobre 2009)


J'ouvre mon agenda... et que vois-je?

Mardi - 20 octobre 2009
Petit théâtre (UQAC), 10h (?)


Tenue de la conférence de presse annuelle des Têtes Heureuses concernant leur production à venir, UBU ROI de Jarry et leur(s) autre(s) activité(s).

Mercredi et vendredi - 21 et 23 octobre 2009
Palais Municipal (La Baie), 14h


Deux dernières présentations (annoncées) de The Kingdom of Saguenay... la version anglaise de La Fabuleuse histoire d'un Royaume. (J'ouvre ici une parenthèse pour répondre à ceux qui trouve paradoxal que j'annonce un spectacle que je désapprouve... Eh bien, que ceux-ci sachent que depuis le début de mes calendriers, j'annonce toute chose théâtrale... peu importe mes opinions.)

C'est tout... alors que pendant ce temps, plusieurs équipes s'activent pour préparer le déferlement théâtral qui approche (avec les Têtes Heureuses, le Théâtre C.R.I., le Théâtre du Faux Coffre et le Théâtre 100 Masques qui se chevaucheront jusqu'à la mi-décembre... sans compter toutes les diffusions d'oeuvres extra-régionales)!

samedi 17 octobre 2009

Encore


Bien qu'en apparence, il n'y ait pas de liens apparent avec les élections municipales* (culturellement pauvres...) en cours, le dossier de l'ancienne nouvelle salle de spectacle refait surface - un peu comme une maladie épisodique - dans l'actualité saguenéenne. Ce matin, il en va d'une sortie Monsieur Robert Hakim qui, selon les dires du Quotidien, veut agir maintenant pour mener à terme les rénovations de l'Auditorium-Dufour... dans un discours qui ressemble, à mon avis, à une tentative de culpabilisation...

Voici quelques extraits de l'article signé (ce matin) par le journaliste Daniel Côté:

Le directeur général du Théâtre du Saguenay, Robert Hakim, n'attend pas la tenue d'une consultation publique sur le dossier de la salle de spectacles pour agir. (!) Il compte rencontrer la direction de l'OSSLSJ en novembre afin de bonifier le projet de rénovation de l'Auditorium Dufour de Chicoutimi. C'est l'option que privilégie toujours la coopérative, désormais présidée par Richard Boivin. [...]

Ouvrant un peu son jeu, il (Hakim) laisse entendre que les deux organisations pourraient solliciter les compétences de spécialistes complètement neutres. «Ça prend un avis extérieur. Il faut examiner les besoins sous l'angle de l'acoustique», estime le directeur général. (Euh... peut-être suis-je dans le champ... mais n'était-ce pas le mandat de l'étude commandée par la Ville?*) [...]

Une autre source de préoccupation tient à la consultation publique que le Maire de Saguenay, Jean Tremblay, s'est engagé à tenir après les élections municipales du 1er novembre. [...] «Il faudrait que ça se passe au début de décembre, plutôt qu'en janvier ou février» affirme Robert Hakim. [...] Les conséquences d'un délai supplémentaire ne portent pas sur le moment où débuteraient les travaux à l'Auditorium Dufour [...]; elle tiennent à la situation délicate dans laquelle se trouve le Théâtre du Saguenay.

Ne pouvant plus utiliser sa salle de prédilection, la coopérative a dû réduire sa programmation en danse, ainsi qu'en théâtre. Elle doit aussi changer les habitudes de sa clientèle en lui demandant de migrer dans d'autres salles, ce qui suscite des réticences. [...] Le directeur général soutient que [...] le Théâtre du Saguenay, devenu itinérant malgré lui, se trouve dorénavant en mode de survie. «C'est très dangereux pour la coopérative, mais moins en ce qui regarde les finances que par rapport à sa mission, décrit Robert Kakim. Un diffuseur majeur doit présenter du théâtre et de la danse. Ça fait partie des règle qu'il doit suivre. Nous avons obtenu une dispense du ministère (de la Culture et des Communications) pour la saison 2009-2010. Nous ignorons toutefois si nous l'aurons pour 2010-2011 et jusqu'en 2016, dans l'éventualité où on construirait une nouvelle salle.»

Pour compléter le tableau, il ajoute que 31 personnes ont perdu leur emploi en raison de la fermeture de l'Auditorium Dufour et que quatre techniciens ont quitté la région. La bonne nouvelle, cependant, tient à l'impact mineur de la récession sur les ventes de billets. «On ne ressent pas de choc à ce niveau», constate Robert Hakim.


Je ne peux m'empêcher de trouver ce débat (alors qu'un véritable débat public tarde à prendre place sur la place publique) malsain...

* Je rappelle que Monsieur le Maire a fait faire, par la firme Go Multimédia, une évaluation des projets sur la table en vue d'une consultation publique... mais nous attendons toujours, alors que tout ce branle-bas de combat devait se faire à la fin de l'été...

Traditionnalisme...

Dans le milieu théâtral, il est difficile de faire table rase des traditions sans heurter le public... voire les comédiens eux-mêmes. Il en est ainsi, d'ailleurs, depuis toujours. Voici ce que Mademoiselle George, tragédienne française type du de la première moitié du XIXième siècle (de ce théâtre qui mena à la crise du drame vers 1880): déclamation ampoulée, geste ample, représentation de l'acteur et non de la pièce...


Je ne comprends plus rien aux nouvelles moeurs qui tendent à s'introduire sur la scène. Voilà maintenant que les comédiens s'assoient dans un coin du théâtre, pour causer de leurs petites affaires; ils remontent la scène et continuent à parler, si bien que personne, passé les premiers rangs de l'orchestre, n'entend plus un mot de ce qu'ils disent. Moi, monsieur, je n'ai jamais envoyé un vers que face au public, le tenant sous mon regard, l'enveloppant de mon geste. Le comédien, sauf de rares exceptions, doit dire tout son rôle au trou du souffleur, c'était l'ancienne tradition; c'est la bonne.

À lire ces vedettes anciennes, il me prend envie de voir et d'entendre ces monstres du théâtre dans leur milieu respectif...

vendredi 16 octobre 2009

De la lecture à votre assiette...


Pour faire suite au billet précédent (le communiqué du Festival des Mets et des Mots), je tiens à préciser qu'il n'est pas évident de mettre en lecture des textes qui, bien qu'écrits pour l'occasion, n'en demeure pas moins plus à même d'être lus chacun pour soi que théâtralisés. Car oui, c'est avec ce genre d'exercice que l'on peut se rendre compte de la différence entre un texte qui trouve son aboutissement sur papier et un autre qui ne trouvera sa force que lorsqu'il se muera en paroles... bref, le principe de l'écriture dramatique. Une différence marquée notamment par la syntaxe, le rythme et le souffle.

Par ailleurs, e danger est grand: il est facile de les dénaturer par le mouvement ou le personnage, heurtant possiblement la sensibilité de l'écrivain.

La mise en oeuvre de cette activité (la lecture) pose également problème... Les prestations doivent avoir lieu en cours de repas, pour un public réuni d'abord et avant tout pour la gastronomie. Il faut donc réussir à attirer leur intérêt et le maintenir par la suite. Il arrive parfois que cinq minutes semblent durer des heures!

jeudi 15 octobre 2009

Le Festival des mets et des mots

Le repas de Brueghel

La deuxième édition du Festival des Mets et des Mots (FMM) se tiendra les 16, 17, 23 et 24 octobre prochains dans le cadre de l’événement Saguenay en bouffe. Huit restaurants, huit écrivains et quatre comédiens du Théâtre 100 Masques s’unissent pour mettre en évidence la littérature québécoise et la gastronomie du monde. Grâce à la magie des textes, les fines fourchettes qui participeront à Saguenay en bouffe pourront vivre un voyage dans le pays de leur choix.

« De tout temps, il y a eu des liens entre les mets et les mots », explique Danielle Dubé, écrivaine et porte-parole de l’événement. « Que l’on pense à l’art de la conversation autour d’une table. À ces conteurs qui font le charme des places publiques de Marakkech. Aux poètes ou comédiens qui déclament des textes dans les cafés ou sur les terrasses lors du Festival de théâtre d’Avignon ou du Festival de poésie de Trois-Rivières ».

Cette année, le FMM invite les écrivains Reine-Aimée Côté, Jean Désy, Louise Dupré, Stanley Péan, Danielle Roger, Dany Tremblay, Claire Varin et Jean-Pierre Vidal à nous transmettre leurs récits ou impressions de voyage sur des pays choisis par Saguenay en bouffe.

C’est ainsi que vous pourrez tour à tour assister à une rencontre entre un médecin-écrivain et une poète ilnue, revivre la chute du mur de Berlin, visiter les rues d’Athènes et de Venise, vous mettre sur la piste de Tintin ou de Simenon.

Vous retrouver en bonne compagnie dans un palace de l’Ile Maurice, en pleine canicule à Rio de Janeiro, ou à Buenos Aires, une certaine nuit de tango. Tout cela en savourant les meilleurs plats du pays que vous avez choisi dans un restaurant près de chez vous.

Chaque soir à l’heure de l’apéro ! Des comédiens et des écrivains racontent

mardi 13 octobre 2009

Une flambante tirade prémonitoire...


Petite citation d'occasion (et de mauvais goût...) en ces jours un peu turbulents pour Saguenay... tirée de La Cantatrice Chauve d'Ionesco...

Les polycandres brillaient dans les bois
Une pierre prit feu
Le château prit feu
La forêt prit feu
Les hommes prirent feu
Les femmes prirent feu
Les oiseaux prirent feu
Les poissons prirent feu
L'eau prit feu
Le ciel prit feu
La cendre prit feu
La fumée prit feu
Le feu prit feu
Tout prit feu
Prit feu, prit feu.

En espérant une accalmie...


Ubu roi


Pour soutenir l'équipe des Têtes Heureuses (dont je suis un peu écarté - par moi-même - par défaut cette année...) qui s'affaire autour de l'Ubu Roi, voici quelques petits mots écrits par Jarry lui-même, après l'échec de ce spectacle, dans ses Questions sur le théâtre, parues dans la Revue Blanche le 1er janvier 1897:

[...] Pourquoi le public, illettré par définition, s'essaye-t-il à des citations et comparaisons? Il a reproché à Ubu roi d'être une grossière imitation de Shakespeare et de Rabelais, parce que «les décors y sont économiquement remplacés par un écriteau» et qu'un certain mot y est répété. On devrait ne pas ignorer qu'il est à peu près prouvé aujourd'hui que jamais, au moins du temps de Shakespeare, on ne joua autrement ses drames que sur une scène relativement perfectionnée et avec des décors. De plus, des gens ont vu dans Ubu une oeuvre «écrite en vieux français» parce qu'on s'amusa à l'imprimer avec des caractères anciens, et cru «phynance» une ortographe du XVIième siècle. Combien je trouve plus exacte la réflexion d'un des figurants polonais, qui jugea ainsi la pièce: «Ça ressemble tout à fait à du Musset, parce que ça change souvent de décors.»