dimanche 16 janvier 2011

Tac au tac



Un peu dans la même veine que le billet d'hier sur les grands monstres (et parce que je me suis relancé dans la lecture de l'ouvrage -un peu simpliste et anecdotique... mais quand même- cité hier), voici un autre personnage illustre qui ne s'encombre pas de futilités et d'obligations morales.

Il s'agit ici de Lucien Guitry, père de Sacha:

Un comédien qui avait la prétention d'écrire des pièces de théâtre, envoya un manuscrit à Guitry quand celui-ci était directeur de la Renaissance. Le comédien-auteur y avait joint ce mot: «Je vous parie un louis que vous ne lirez pas cette pièce». Lucien Guitry renvoya le manuscrit sans l'avoir déficelé, et, dans l'enveloppe, glissa un mandat d'un louis avec cette réponse: «Vous avez gagné».

Et vlan.


Au théâtre, cette semaine! (du 16 au 22 janvier 2011)


Début de saison encore... nouvelle petite semaine... En fait, en frais de théâtre, l'offre est plus que limitée (même si elle est de qualité).

Mardi - 18 février 2011
Petit Théâtre de l'UQAC, 13h (peut-être 13h30)

Dans le cadre du cours de Production (et je me suis assuré que ça pouvait être ouvert au public... ce qui est le cas, avec plaisir...), alors que les étudiants s'apprêtent à travailler sur La Tempête de Shakespeare, Jean-Paul Quéinnec a invité M. Mustapha Fahmi, spécialiste shakespearien, a venir donner une conférence et sur cette pièce et sur cet auteur. Quiconque l'a entendu au cours des dernières années, dans un contexte similaire, se rappellera de sa passion et de son charisme. C'est donc ouvert aux intéressés! Évidemment, c'est gratuit.

Enfin...

Samedi - 22 janvier 2011
Palace d'Arvida, 20h

Pour les amateurs de danse, de poésie et de spectacles multidisciplinaire... Diffusion Saguenay invite le Collectif de Folklore Urbain afin qu'il donne son spectacle Rapaillé/[ZOGMA], une nouvelle production vibrante de rythme et de passion, inspirée des textes cadencés du poète québécois Gaston Miron. Métissant le vocabulaire percussif de la gigue et la fluidité du geste contemporain, [ZOGMA] propose une oeuvre puissante, empreinte d'une poésie toute urbaine et exécutée avec brio par six danseurs et deux musiciens. Il en coûte 35$ pour les adultes et 25$ pour les étudiants.

Voilà.

samedi 15 janvier 2011

Les monstres de l'orgueil

et
Sarah Bernard et Julia Bartet, en costumes de scène

Il me plaît toujours de lire des textes portant sur le théâtre du début du XXième siècle, de ce théâtre fait par les grands monstres telles ces deux femmes ennemies qui ont régné sur les scènes pendant des décennies: Sarah Bernard et Julia Bartet... désignées respectivement comme étant l'une l'impératrice et l'autre, la reine du théâtre...

Il me plaît d'imaginer ce monde ampoulé, surrané qui se donne à voir, à jouer. Un monde faux et pourtant si intense. Un monde où l'ego prend le pas sur les personnages, sur les drames!

Il me plaît de penser à ces joutes cruelles entre ces interprètes plus grandes que nature... comme en fait foi ce petit passage tiré de Gens de théâtre de Michel George-Michel, publié en 1942:

Sa bête noire
[en parlant de Bernhardt] était Julia Bartet, qui lui avait succédé au Français.

- Alors, elle a du succès? demandait-elle quand un imprudent avait prononcé ce nom.

- Oh! Madame, disait le gaffeur, plus de mille personnes l'attendaient à la porte des coulisses.

- Pourquoi faire?... Pour la tuer?... ripostait froidement Sarah.

Un soir qu'elles devaient interpréter toutes deux La Nuit de Mai, de Musset, on lui demanda de choisir son rôle.

- Le poète, bien entendu.

- Mais, Madame Sarah Bernhardt, nos pensions que vous auriez choisi la Muse. Le Poète a quelques vers à dire, à peine...

- Bah! On dit toujours que je suis rosse avec Bartet. Je veux montrer que je lui laisse le beau rôle...

Elle savait ce qu'elle faisait Elle savait Bartet courte de souffle et «l'attendait» aux longues tirades de La Nuit.

Aussi bien, penchée avec amour auprès d'elle, aussitôt qu'elle sentit Bartet se fatiguer, Sarah, sans quitter son sourire angélique murmura:

- Hue! Hue!... Monte la côte!... Hue! Hue!... Monte la côte!

Puis, son tour venu , elle déclamait, d'une voix de rêve, regardant sa compagne avec des yeux de ciel:

Est-ce toi dont la voix m'appelle
Ô ma pau-vre Muse, est-ce toi?...

Ô la légèreté avec laquelle Sarah Bernhardt posait sa main sur l'épaule de Julia Bartet en disant «Ma pô-vre Muse!...» Mais elle pesait de tout son poids.

Et l'autre, reprenant une nouvelle tirade, Sarah reprenait à voix basse, comme d'une mélopée:

-Hue!... Hue!... Monte la côte!...

Un soir où elle se trouvait dans l'avant-scène de la Comédie-Française et que Bartet jouait, Sarah, durant presque toute la représentation, applaudissant tout bas, disait tout haut:

- Mais elle est finie, cette pauvre femme, elle n'en peut plus. Pourquoi la fait-on jouer encore. Mais il faut la tuer!... Vite chez l'équarisseur!... Et regardez, elle a des cordes, au cou. Que dis-je, des cordes, des câbles!... Il faut les lui arracher et la pendre avec eux.

Publicité de la production de La Rubrique

Voici (repiqué du blogue de La Rubrique tenu par Jean-François Caron) la publicité de la nouvelle production de la compagnie, Les Sens.

jeudi 13 janvier 2011

L'avenir d'un Flo...


La nouvelle est tombée il y a quelques minutes...

Les Aventures d'un Flo
- après de coûteuses réécriture et mise en scène, après de nombreuses réserves, après, finalement, un échec- sont officiellement remisées au profit du retour triomphal de La Fabuleuse histoire d'un Royaume, la véritable essence de ce grand spectacle (avec tous les défauts que le genre peut avoir). Un spectacle qu'on a, en vain, tenté de faire oublier... Mishpuan n'aura rien conquis. Et Flo n'aura été qu'une erreur de parcours.

Mais peut-être est-il trop tard...

Peut-être l'époque des grands spectacles est-elle passée...

Le plus grand problème de ce spectacle (et de ses avatars) aura été (et sera encore) de mettre de côté les artisans du milieu professionnel local dans un but d'«attirer» le public (comme d'utiliser la voix de Legendre, les sages conseils de Denoncourt, etc.)...
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Du même souffle, en conférence de presse, l'administration municipale et la Corporation du Palais Municipal annoncent que le déficit accumulé de cette dernière (pour tous les projets présentés là et pour le fonctionnement) s'élève à environ 1 400 000$... rien de moins... qui sera épongé par la générosité de la Ville.

Par chance, cet organisme ne porte pas le nom de Théâtre du Saguenay.

Pour les détails officiels, il est possible de consulter le reportage de Radio-Canada en suivant ce lien.



mercredi 12 janvier 2011

Publication...


Voici que le dernier texte (l'un des derniers?) de Jean-Paul Quéinnec - professeur en théâtre à l'UQAC et titulaire de la chaire de recherche - est publié (avec une préface de Sébastien Harisson) aux éditions Quartett avant d'être joué au Théâtre de l'Aquarium (Paris 12è) à partir du 9 mars jusqu'au 10 avril 2011.
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Il s'agit de Un Marie salope... (Petite recherche wikipédienne qui s'impose: Une (?) marie-salope est un chaland destiné à recevoir les vases et sables extraits par dragage. En général le chargement s'effectue depuis une drague à disque désagrégateur ou depuis une drague à godets, le long de laquelle la marie-salope vient s'amarrer. Lorsque la marie-salope est pleine, elle est ensuite emmenée pour être déchargée, soit à quai par le dessus soit par ouverture du fond par le bas dans une zone de dépotage.)

Il faut dire que Quéinnec est beaucoup (beaucoup!) joué en Europe... alors qu'ici, nous ne connaissons (si nous n'avons pas encore lu aucune de ses pièces) que le vaste chantier qu'est Dragage (00 ou 01 ou 02). À noter que cet hiver (et ce printemps), il sera possible de faire une nouvelle rencontre avec son écriture alors que deux ses textes prendront vie ici au Saguenay: Chantier naval, présenté en mars par la troupe lyonnaise Toujours à l'horizon (en collaboration avec les Têtes Heureuses et la chaire de l'UQAC); La Mi-Temps, en mai je crois, dans une mise en scène de l'auteur avec Hélène Bergeron comme unique interprète.

mardi 11 janvier 2011

Un corps dans l'espace

Schéma d'Oskar Schlemmer (du Bauhaus) illustrant le corps dans l'espace.

Il faut, dans une optique meyerholdienne - ô surprise! - développer chez l'acteur une prise de conscience de la réalité de son corps situé dans l'espace scénique, maniant des accessoires en combinaison avec le corps des autres. En ce sens, le principal travail de l'acteur (enfin, le principal travail physique...) est de s'adapter au lieu qui lui est concédé, de domestiquer son corps dans l'espace tout en sachant comment le placer.

Dans les Écrits sur le théâtre de Meyerhold, il est alors question du précepte de Guglielmo:partire del terreno. (Bien que mon italien ne soit pas très fort, j'imagine que ça signifie partir du terrain...)

Bon, j'essaie d'approfondir cette notion, trouver les bases de ce précepte, mais mes recherches demeurent vaines.

lundi 10 janvier 2011

La Visite [Carnet de mise en scène]

Photographie de la première distribution de La Visite au Théâtre Mic Mac, en 1984
(et le jeune homme assis au premier plan est l'auteur et metteur en scène, MMB)

La première fin de semaine est passée en répétitions... Le travail se fait assez rondement (à ma grande satisfaction!). Et bien qu'encore beaucoup de boulot reste à abattre dans l'exécution, (notamment, à trouver l'aisance et le plaisir!) les 12 premiers tableaux sont déjà ébauchés dans leurs grandes lignes.

Cette matière brute amène quelques réflexions...

De prime abord, le plus frappant (ça l'était déjà à la lecture mais l'effet est, en scène, encore plus prononcé que je ne le pensais!) est la brièveté des scènes, des tableaux. La concision de ceux-ci entraîne nécessairement de multiples entrées et sorties, la rencontre éphémère de plusieurs personnages tous plus déjantés les uns que les autres... en cela, plus simple à ébaucher que les personnages principaux qui les subissent et qui sont, par conséquent, d'une autre nature.

Cette brièveté cache un grave écueil: l'effet de brouillonnerie. L'impression de flou scénique. De manque de clarté. Il faut absolument que les interprètes atteignent (et c'est le plaisir de pouvoir le dire en début de travail!) une précision sans faille... Une précision dans leur mise en espace, dans leur mise en mouvement, dans leurs actions et réactions, dans leurs relations les uns avec les autres.

Dans l'espace proposé (si petit, en pente, avec tant d'entrées) la forme commande une rigueur à tout instant. Et cette suite de va-et-vient instaure une mécanique qu'il sera amusant de rendre redoutablement efficace et qui sera l'enjeu même de la pièce: Comment mettre à l'abri un bonheur conjugal de l'invasion des parents, des amis et des relations? Comment éviter que l'ouverture d'une porte ne provoque un flot de personnages de tout acabit qui vous trouvent si «accueillants» et finissent pas vous exploiter?

Bon. Je compte aussi, pour atténuer l'effet de course effrénée, sur la présence constante de Monique et Denis (tout tourne -c'est le cas de le dire!- autour d'eux) qui forment le pivot de cette pièce. Chaque visite devient un envahissement de leur intimité, une attaque. C'est une guerre larvée où les méchants se cachent sous le masque des bons.

Outre le couple principal, ces personnages-envahisseurs (qui sont, malgré leur exubérance, des faire-valoir!) devraient pouvoir se résumer à peu de choses. Plus les comédiens réussiront à les circonscrire, à les cerner à leur plus simple expression (un mot!) et le plus il sera facile de les construire, de les mettre en rapport les uns avec les autres et de voir les étincelles surgir!

Il faut toutefois se méfier des clichés. Les personnages, qu'ils soient joués par des hommes ou des femmes, ne doivent pas devenir qu'une simple caricature. Il nous faut plus que ça. Il faut que ça grince. Il faut que ça suinte. Pour moi, la meilleure image serait le personnage de Gregor Samsa dans La Métamorphose de Kafka... Son horreur, son cauchemar est somme toute, dans cet univers, normal. Et c'est ce que je cherche.

Les personnages de La Visite doivent quitter le champ du réalisme (de la petitesse) pour devenir, littéralement, des monstres... Il faut que chacune de ces présences provoque quelque chose, change le cours de choses.

Le prochain rendez-vous est pour le 22 janvier.

Où l'on parle de nous...

Voici un article paru le 8 janvier sur Cyberpresse sous le titre LeThéâtre 100 Masques mise sur ses forces (et ce matin dans le Quotidien... sous un nouveau titre: Le Théâtre 100 Masques s'active)... le sujet étant, bien entendu, les activités du Théâtre 100 Masques dans cette première moitié de 2011.

dimanche 9 janvier 2011

Au théâtre, cette semaine! (du 9 au 15 janvier 2011)


Voici le retour du calendrier théâtral hebdomadaire... alors que reprennent les activités.

Du mardi au jeudi - 11 au 13 janvier 2011
(lieux et heures?)

La Tortue Noire dépose sa carapace à Roberval pour une série de quatre représentations de Kiwi, leur grand succès, sur un texte de Daniel Danis mis en scène par Guylaine Rivard. Pour plus d'informations, contacter l'un ou l'autre des artisans de cette compagnie...

Vendredi - 14 janvier 2011
Studio-théâtre (UQAC), à compter de 8h45 à 16
suivi d'un 5 à 7

Première journée d’étude (et lancement) de la chaire de recherche du Canada en création « Pour une dramaturgie sonore au théâtre » ayant pour titre: Une pensée en action par le son ou insubordination et mutation du son face au drame. Voici l'invitation... Au cours de cette journée, nous traverserons trois étapes du début de notre recherche création. Pour affirmer que notre recherche s’appuie avant tout sur la création, nous entamerons chaque thématique par une projection de nos différentes performances. Malgré la difficulté de restituer le vivant du théâtre en vidéo, nous nous engageons à mettre en place une installation technique qui respectera autant que possible la substance sonore de nos manipulations et de nos spatialisations. Pour cette première journée, la parole est donnée aux praticiens (chercheurs, professionnels et étudiants) qui ont construit ce cheminement. Sous forme de courtes communications, ils tenteront de montrer en quoi leurs expériences sonores auront permis de décloisonner un savoir pratique et réflexif sur le théâtre. Ce rendez-vous est aussi et surtout l’occasion de débattre. Ainsi, à la fin des interventions, une discussion s’ouvrira avec le public universitaire et professionnel. Enfin, nous conclurons par un apéritif festif en compagnie du Décanat des études supérieures et de la recherche, du Département des Arts et Lettres et du Module des arts pour annoncer officiellement cette chaire de recherche du Canada.

samedi 8 janvier 2011

La Visite [Carnet de mise en scène]

Et c'est parti!!! Je pars dans quelques minutes pour le premier week end de répétitions au Mic Mac de Roberval...

Chaque début de projet me voit dans le même état... c'est-à-dire nerveux, fébrile, angoissé, envahi par le doute: et si je faisais fausse route avec la piste lancée? et si je bloque en création? et pire encore... et si je manque de temps?

Faut dire que les projets (du moins, la création annuelle) au Mic Mac se font dans un cadre précis: huit fins de semaines... donc cinq jours. Qu'une tempête fasse rage, qu'un accident surviennent, qu'un comédien doive s'absenter et le temps alloué est grugé de sérieuse façon.

Pour l'instant, je suis un peu troublé par l'horaire.

Bon. Généralement, ça va. Huit fins de semaines donnent tout de même seize jours (sans la semaine des générales) et, par extension (si je me donne une moyenne de six heures par jour), quelques 96 heures de prévues. Donc, c'est plus qu'il n'en faut!

vendredi 7 janvier 2011

Maître du temps...


Petit matin encore où l'inspiration fait place à la théorie un peu plus solide... Cette fois, retour à l'excellent petit recueil Les termes clés de l'analyse du théâtre d'Anne Ubersfeld... plus précisément au temps. Un sujet qui demande un peu de temps...

Le temps au théâtre a deux significations: la durée et le moment (la place dans la diachronie).

A. La durée

Le temps au théâtre est d'abord une durée.

1- La durée absolue de la représentation, avec ses accompagnements: la préparation au spectacle, le trajet, l'achat du billet, l'attente avant le début, finalement les moments après la fin du spectacle. [...]

2- La durée relative, c'est-à-dire le rapport existant entre la durée réelle vécue par le spectateur et la durée des événements de la fiction. C'est ce rapport qu'on appelle proprement le temps théâtral. [...]

3- Relève du temps théâtral la question du rythme des séquences: séquences courtes se suivant à un rythme rapide et séparées par des intervalles (pauses ou noirs) qui permettent d'imaginer une rupture temporelle, ou au contraire séquences longues privilégiant la continuité temporelle. Sans compter le problème épineux de l'entracte.

4- De toute manière, le temps du théâtre est toujours un temps festif dont la durée psychique n'est pas celle de la quotidienneté.

B. Le moment

Le temps théâtral est aussi celui du moment de la fiction, c'est-à-dire celui de la référence «historique», il y a deux mille ans ou il y a dix ans, ou la semaine dernière. Avec cette difficulté que le théâtre (texte et représentation) ne peut pas ne pas renvoyer à un présent, celui de l'écriture et celui de la manifestation théâtrale [...].

C. Dire le temps

S'il est difficile de dire le temps au théâtre (durée et date), c'est que ni la durée, ni l'histoire ne peuvent être perçues directement: il y faut la médiation de l'espace. Les signes du temps sont nécessairement inscrits dans l'espace, à l'exception du rythme (des séquences et de la diction). Le temps théâtral dépend donc moins du texte que de la mise en scène: choix des références, choix des signes. Le metteur en scène est le maître du temps.