vendredi 8 avril 2011
Parole de Romain!
Voici, tiré du souventes fois cité L'art du théâtre d'Odette Aslan, un extrait de L'Art Poétique selon Horace, un poète romain (65-8 av. J.C.) qui édicte quelques règles, lui aussi (avait-il lu Aristote?) sur la comédie et la tragédie... enfin, sur ce qui doit se passer sur scène. À quelques deux milles ans plus tard, le propos pourrait toujours la route:
... Vous qui entreprenez d'écrire, choisissez une matière proportionnée à vos forces, et essayez longtemps ce que peuvent, ou ne peuvent porter vos épaules.
... Si vous osez donner à la scène un caractère entièrement neuf, qu'il soit à fin tel que vous l'avez montré au commencement, et qu'il ne se démente nulle part. Mais il est bien difficile de donner des traits propres et individuels aux êtres proprement possibles. Il est plus sûr de tirer un sujet de l'Iliade, que de donner des choses inconnues, dont personne n'ait jamais parlé.
... La chose qui se fait est en action ou en récit. Ce qu'on entend raconter frappe moins, que ce qu'on voit de ses yeux. Les yeux sont plus fidèles; par eux le spectateur s'instruit lui-même. Gardez-vous cependant de mettre sur la scène ce qui ne doit se passer qu'au-dedans. Il y a beaucoup de choses qui ne doivent point paraître aux yeux, et dont un acteur vient rendre compte un moment après. Médée n'égorgera pas ses enfants sur le théâtre; l'horrible Atrée n'y fera pas cuire de entrailles humaines; Progné ne s'y changera point en oiseau, ni Cadmus en serpent: cette manière de les présenter serait odieuse, et détruirait l'illusion.
... Pour bien écrire, il faut avant tout avoir un sens droit. Les écrits des Philosophes vous fourniront les choses: et lorsque vous serez bien rempli de votre idée, les mots pour l'exprimer se présenteront d'eux-mêmes... L'habile imitateur doit toujours avoir devant les yeux les modèles vivants, et peindre d'après nature. Une pièce qui aura des tableaux frappants, et des moeurs exactes, quoiqu'écrite sans grâce, sans force, sans art, fait quelque fois plus de plaisir au public, et retient davantage les spectateurs, que de beaux vers vides de choses, et des riens bien écrits.
Voilà.
jeudi 7 avril 2011
Vers le premier «Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean»
L'horaire de la journée a été établie et fera partie d'un document préparatoire qui sera transmis à tous les artistes et artisans du milieu théâtral afin d'amorcer les réflexions avant la rencontre. Dans le même sens, un petit sondage sera envoyé à ceux-ci dans les prochains jours afin de nous donner une idée des intentions de participation des gens. Y répondre ne sera toutefois pas un engagement ferme même s'il serait bien que ça se fasse avec intégrité. Ce petit sondage servira notamment à faire des prévisions nécessaires pour la suite des choses.
Des nouvelles? Il y en a. Cette journée sera animée (à moins d'un empêchement...) par M. Sylvain Massé, président du Conseil Québécois du théâtre et par Mme Isabel Brochu, consultante en développement (Centre de recherche sur le développement territorial) et chroniqueuse pour Le Quotidien.
Un coût d'inscription de 10$ a été fixé pour répondre aux nombreux besoins relatifs à l'organisation de cet événement (location salle et équipements, technicien, repas, documents, animation, etc.). Ce montant inclus notamment le dîner commun.
L'événement commence à prendre une forme définitive.
À suivre...
mardi 5 avril 2011
Souvenir
En fouillant dans mon ordinateur, je viens de tomber sur un de mes textes personnels préféré, soit Le choeur du pendu - comédie grotesque et pathétique en prose et en pièces détachées variant inlassablement sur le même thème (écrite au début des années 2000 avec la collaboration de Georges-Nicolas Tremblay). Une longue pièce. Avec, il me semble, de beaux personnages... dont le Croque-mort qui a été personnifié par Pierre Tremblay dans la version scénique présentée par le Théâtre 100 Masques à l'automne 2003. Je crois qu'il me faudrait la retravailler un peu pour lui redonner une seconde vie...
Un texte construit sur le principe du choeur (d'où le titre) qui fait s'alterner des monologues entrecoupés de huit personnages différents: le Pendu, l'Épouse, la Mère, le Prêtre, la Voisine, l'Autorité morale, le Crieur et, comme je le disais, le Croque-mort...
LE CROQUE MORT - Allons allons. Laissons de côté farces et facéties de mauvais goût et passons aux choses sérieuses. J’ai un métier à user…
Maintenant que le temps d’exposition réglementaire est terminé et que le fumet désagréable de cette chair stagnante s’incruste dans les moindres replis des murs de nos corps et de nos respirations qu’on apporte ici la voûte fabriquée à la hâte par les blanches mains ferrailleuses du ferronnier.
Dès lors je supervisai le bon déroulement des opérations du haut de mon savoir faire à commencer par la mise en boîte du cadavre défraîchi. Affectant chacun des convives à l’une de ses extrémités nous le soulevâmes avec mille précautions nous gardant bien de nous entacher avec les émulsions multiples qui semblaient dévaler de ses rondeurs et nous commençâmes à nous déplacer ainsi telle une colonie de fourmis transportant nourriture afin de le déposer dans dernier lit tout de fer et de satin construit. Quand à mi-chemin un déchirement rebutant se fit entendre et le torse sinistre se détachant de ses membres s’effondra sur le sol à notre plus grande stupéfaction qui se mua bientôt en éclat de rire collectif alors que quelques uns d’entre nous fîmes danser sur le parquet des couples incongrus composés d’une jambe et d’un bras.
Voyant le temps défiler à la hâte nous jetâmes les morceaux épars dans le cercueil et tentâmes de reconstituer fidèlement le trépassé. Aux dires de plusieurs le collage l’emportait de beaucoup sur la réalité et peut-être même mieux.
Maintenant que le temps d’exposition réglementaire est terminé et que le fumet désagréable de cette chair stagnante s’incruste dans les moindres replis des murs de nos corps et de nos respirations qu’on apporte ici la voûte fabriquée à la hâte par les blanches mains ferrailleuses du ferronnier.
Dès lors je supervisai le bon déroulement des opérations du haut de mon savoir faire à commencer par la mise en boîte du cadavre défraîchi. Affectant chacun des convives à l’une de ses extrémités nous le soulevâmes avec mille précautions nous gardant bien de nous entacher avec les émulsions multiples qui semblaient dévaler de ses rondeurs et nous commençâmes à nous déplacer ainsi telle une colonie de fourmis transportant nourriture afin de le déposer dans dernier lit tout de fer et de satin construit. Quand à mi-chemin un déchirement rebutant se fit entendre et le torse sinistre se détachant de ses membres s’effondra sur le sol à notre plus grande stupéfaction qui se mua bientôt en éclat de rire collectif alors que quelques uns d’entre nous fîmes danser sur le parquet des couples incongrus composés d’une jambe et d’un bras.
Voyant le temps défiler à la hâte nous jetâmes les morceaux épars dans le cercueil et tentâmes de reconstituer fidèlement le trépassé. Aux dires de plusieurs le collage l’emportait de beaucoup sur la réalité et peut-être même mieux.
Pour un nouveau rapport au texte...
Dans une bonne partie des pièces de théâtre contemporaines (de ces nouvelles écritures dramatiques qui redéfinissent le genre et le poussent vers un postmodernisme - ou postdramatique?- radical), il faut redéfinir un nouveau rapport au texte. Une nouvelle façon de l'aborder, de le concevoir, de le toucher.
C'est ce à quoi mon équipe et moi nous attardons dans le cadre de mes recherches doctorales, prenant, comme source, les écrits de Vsevolod Meyerhold.
Voici un texte de Patrice Pavis (enfin, des extraits), qui dresse un portrait du sujet d'une façon claire et précise. Ce texte est paru dans Le Théâtre Contemporain.
Dans la plupart de nos pièces [nda: les pièces à l'études dans l'ouvrage cité plus haut], l'acteur n'a pas à incarner un personnage, il ne reconstitue pas une situation. C'est un filtre, un aiguilleur, un intermédiaire pour les éléments qu'il choisit ou non de faire passer du texte vers la scène. Du texte, il nous donne à entendre ce qu'il veut, et non une totalité cohérente. La pratique de ces textes dramatiques et le mode de jeu qui en résulte réclament un type nouveau de travail de l'acteur, et ce pour l'ensemble de nos pièces, avec bien sûr des nuances selon les cas.
À la place de l'acteur incarnant et caractérisant son personnage ou de l'acteur s'en distanciant selon la technique meyerholdienne ou brechtienne, on a désormais besoin d'un acteur-dramaturge participant aux choix et aux changements dramaturgiques [nda: donc, d'un acteur-performatif...]. [...] Il se situe à l'interface du texte dit et de la scène jouée et lorsqu'il bouge sur scène, c'est aussi le texte [...] qui bouge avec lui, qui se constitue et se solidifie. Tout déplacement «dit», éoqué par le personnage, et imaginé par le spectateur, implique un déplacement fait. Très vite, le spectateur ne saura plus distinguer ce qu'il voit de ce qu'il imagine; il «voit» le texte, sur la page comme sur la scène. [...] L'acteur, autant que le lecteur ou le spectateur, suit le mouvement du texte, sa syntaxe et sa rhétorique, sa facture rythmique et musicale. C'est le meilleur moyen d'en saisir l'articulation logique et donc le sens. De quoi cet acteur-dramaturge a-t-il le plus besoin? D'un corps capable de lenteur, d'endurance, de virtuosité, mais aussi de retenue, bref, d'un corps anti-naturaliste [nda: tout comme d'une voix anti-naturaliste!], car il y a toujours un écart entre le corps de l'acteur et son texte.
[...] C'est à l'acteur que revient essentiellement la mission d'«ouvrir» le texte. En plus de consentir à jouer un personnage, il joue à faire l'acteur, nous le voyons fabriquer pour nous et devant nous son jeu, se situer en tant qu'énonciateur par rapport à un texte qui ne disparaît pas dans la fiction, mais reste visible et audible comme un corps étranger.
Il est toujours étonnant de trouver les mots juste venus d'ailleurs pour exprimer ses propres intentions... et c'est aussi angoissant, dans un cadre doctoral où il faut apporter quelque chose de nouveau à la discipline, de se rendre compte que tout a été dit (enfin, presque!)...
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lundi 4 avril 2011
Campagne annuelle
Le Théâtre 100 Masques lance aujourd'hui sa campagne de financement annuelle au profit de sa production estivale, L'Affaire de la rue Lourcine, une comédie grinçante (et fort drôle!) d'Eugène Labiche.
Pour 100$, le généreux donateur reçoit, en échange, quatre billets pour l'une des onze représentations. Mais plus encore! Pour ce prix, il se voit nommé et mis en valeur dans le Panégyrique des donateurs - un petit morceau théâtral conçu spécifiquement pour lui rendre hommage - en plus d'être inscrit dans le programme de la pièce.
L'an dernier, ils furent 93. Cette année, notre objectif est d'atteindre la centaine.
Pour 100$, le généreux donateur reçoit, en échange, quatre billets pour l'une des onze représentations. Mais plus encore! Pour ce prix, il se voit nommé et mis en valeur dans le Panégyrique des donateurs - un petit morceau théâtral conçu spécifiquement pour lui rendre hommage - en plus d'être inscrit dans le programme de la pièce.
L'an dernier, ils furent 93. Cette année, notre objectif est d'atteindre la centaine.
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L'Affaire de la rue Lourcine
dimanche 3 avril 2011
De la technique et du respect
Au théâtre, il n'y a, en fait, qu'une seule chose pour laquelle je suis impitoyable, c'est le rendu esthétique de la régie technique (son et éclairage). Les erreurs sont possibles, oui. Et ça arrive dans toute production... Soit.
Mais il y a une marge entre une erreur de parcours exceptionnelle (un retard, un oubli, un problème technique) et une succession de gaffes à toutes les représentations dans la conduite de la représentation.
Le régisseur a, devant lui, le texte de la pièce qu'il doit suivre avec méticulosité. Dans ce texte se trouvent toutes les indications nécessaires à son travail: moment dans le texte (ou geste ou déplacement) où envoyer le prochain éclairage (les fameux «cues»), le rythme, l'intensité, le volume. Il devient, en quelque sorte, responsable du spectacle, de son déroulement. Et il doit s'y coller de soir en soir, en prenant bien garde qu'une confiance néfaste s'installe et nuise à l'attention requise pour ce type de boulot. Il faut une écoute directe (discrète mais directe!) sur la scène. Une écoute quasi obsessionnelle.
Il s'agit là, en quelques sortes, d'un important élément spectaculaire parce que visible, tributaire de l'ambiance, de l'atmosphère qui doit régner sur les planches. Du coup, cette régie doit se faire sous l'égide d'un profond RESPECT aux multiples ramifications:
Mais il y a une marge entre une erreur de parcours exceptionnelle (un retard, un oubli, un problème technique) et une succession de gaffes à toutes les représentations dans la conduite de la représentation.
Le régisseur a, devant lui, le texte de la pièce qu'il doit suivre avec méticulosité. Dans ce texte se trouvent toutes les indications nécessaires à son travail: moment dans le texte (ou geste ou déplacement) où envoyer le prochain éclairage (les fameux «cues»), le rythme, l'intensité, le volume. Il devient, en quelque sorte, responsable du spectacle, de son déroulement. Et il doit s'y coller de soir en soir, en prenant bien garde qu'une confiance néfaste s'installe et nuise à l'attention requise pour ce type de boulot. Il faut une écoute directe (discrète mais directe!) sur la scène. Une écoute quasi obsessionnelle.
Il s'agit là, en quelques sortes, d'un important élément spectaculaire parce que visible, tributaire de l'ambiance, de l'atmosphère qui doit régner sur les planches. Du coup, cette régie doit se faire sous l'égide d'un profond RESPECT aux multiples ramifications:
- respect envers le spectacle dans son ensemble (car c'est sur la régie, par les éclairages, que repose la qualité esthétique de la représentation);
- respect envers la mise en scène (et les choix qui ont été fait et les indications qui ont été données pour obtenir un résultat artistique défini);
- respect envers la conception des éclairages (parce que cette régie repose, en fait, sur le travail d'un autre, le concepteur des lumières qui s'attend à la parfait exécution de sa conception);
- respect envers les comédiens (comme je le disais, elle donne, par ses actions, une foule d'indications d'entrées et de sorties, et les comédiens se fient sur elle);
- respect envers le public (les gens paient: ils méritent un travail professionnel).
Une mauvaise régie peut gâcher n'importe laquelle représentation et lui donner un caractère amateur désagréable.
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Fonctionnement,
Traditions et métiers anciens
Au théâtre, cette semaine! (3 au 9 avril 2011)
En cette première semaine complète du mois d'avril, voici quelques petits détails sur le calendrier théâtral pour les jours à venir...
Jeudi à samedi - 7 au 9 avril 2011
Salle Lionel-Villeneuve (Roverval), 20h
DEUXIÈME SEMAINE DE REPRÉSENTATIONS
Salle Lionel-Villeneuve (Roverval), 20h
DEUXIÈME SEMAINE DE REPRÉSENTATIONS
Le Théâtre Mic Mac présente La Visite ou surtout sentez-vous pas obligés de venir! Un texte de Michel-Marc Bouchard mis en scène par moi-même: Comment mettre à l'abri un bonheur conjugal de l'invasion des parents, des amis et des relations? Comment éviter l'ouverture d'une porte ne provoque un flot de personnages de tout acabit qui vous trouvent si «accueillant» et finissent par vous exploiter? (tiré du site perso de Michel-Marc Bouchard)
Vendredi - 8 avril 2011
Salle Pierrette-Gaudreault, 20h
Salle Pierrette-Gaudreault, 20h
La Rubrique reçoit Les Frères Laforêt, une production de Janvier-Toupin Théâtre d'Envergure. Un texte de François Archambault mis en scène par Patrice Dubois: Loin au nord de notre pays, la terre a été défrichée et habitée par des hommes courageux, défiants et héroïques. La ressource forestière a été exploitée par des sociétés et bûchée par des hommes. Les époques ont fait apparaître, l'une après l'autre, des technologies impitoyables pour venir à bout de cette forêt qu'on croyait éternelle. Daniel Laforêt ''père'' est mort cette semaine. Il a donné sa vie à des milliers d'arbres, il les a aimés, questionnés, haïs. Dans le tiroir de sa commode, tout au fond de sa chambre, une enveloppe contient son testament. Ses fils, Philippe et Daniel, devront ouvrir cette enveloppe et honorer ou non les dernières volontés de leur père. Au pied de leur arbre généalogique comme au centre d'une arène, Philippe et Daniel Laforêt vont opposer leurs idées et leurs visions du monde dans un combat dont l'issue n'est rien de moins que la continuité de leur race.
Diffusion Saguenay reçoit - et offre à des coûts exhorbitants... soit 45$ régulier et 35$ étudiant!) - Les palmes de M. Schutz. À noter que lors du dernier passage de cette production dans la région, à Alma, en septembre, le coût d'entrée était de 32$ régulier et 27$ étudiant... Une grande comédie inspirée de la vie de Pierre et Marie Curie. C’est à la fois une comédie, une histoire d’amour et un suspense qui engendre une course contre la montre pour s’assurer de gagner les «Palmes» tant convoitées par M. Schutz, le directeur.
C'est à peu près tout, je crois... à moins que je n'oublie des trucs. On me le fera savoir, si c'est le cas...
Samedi - 9 avril 2011
Salle François-Brassard (Jonq.), 20h
Salle François-Brassard (Jonq.), 20h
Diffusion Saguenay reçoit - et offre à des coûts exhorbitants... soit 45$ régulier et 35$ étudiant!) - Les palmes de M. Schutz. À noter que lors du dernier passage de cette production dans la région, à Alma, en septembre, le coût d'entrée était de 32$ régulier et 27$ étudiant... Une grande comédie inspirée de la vie de Pierre et Marie Curie. C’est à la fois une comédie, une histoire d’amour et un suspense qui engendre une course contre la montre pour s’assurer de gagner les «Palmes» tant convoitées par M. Schutz, le directeur.
C'est à peu près tout, je crois... à moins que je n'oublie des trucs. On me le fera savoir, si c'est le cas...
samedi 2 avril 2011
L'Affaire de la rue Lourcine [Carnet de mise en scène]
Hier soir avait lieu la première lecture du prochain projet sur la table: le théâtre d'été.
Comme douzième production estivale (déjà...) , le Théâtre 100 Masques garde le cap et plonge de nouveau dans le répertoire universel pour offrir un théâtre d’été amusant, avec des qualités littéraires et artistiques indéniables. Après quelques approches du théâtre de boulevard (avec Comédies et vaudevilles en 2002 et Nono en 2008), la compagnie aborde, pour la première fois, la dramaturgie incisive d’Eugène Labiche, grand maître du vaudeville (considéré parfois comme étant le précurseur du théâtre de l’absurde), avec L'Affaire de le rue Lourcine, un thriller psychologique écrit en 1857 qui n'a de thriller et de psychologique que les tribulations de personnages tordus et fichtrement drôles empêtrés dans les conséquences d'un meurtre sordide!
Comme douzième production estivale (déjà...) , le Théâtre 100 Masques garde le cap et plonge de nouveau dans le répertoire universel pour offrir un théâtre d’été amusant, avec des qualités littéraires et artistiques indéniables. Après quelques approches du théâtre de boulevard (avec Comédies et vaudevilles en 2002 et Nono en 2008), la compagnie aborde, pour la première fois, la dramaturgie incisive d’Eugène Labiche, grand maître du vaudeville (considéré parfois comme étant le précurseur du théâtre de l’absurde), avec L'Affaire de le rue Lourcine, un thriller psychologique écrit en 1857 qui n'a de thriller et de psychologique que les tribulations de personnages tordus et fichtrement drôles empêtrés dans les conséquences d'un meurtre sordide!
En cachette de sa femme, Lenglumé s’est rendu à une soirée de fête. Le lendemain matin, on le retrouve en compagnie de Mistingue, un inconnu ! Tous deux, ne se souvenant plus de rien, vont se croire coupables du meurtre d’une charbonnière ! Ensemble, ils vont rivaliser d’ardeur afin d’effacer par tous les moyens les traces du crime, jusqu’à envisager de se supprimer mutuellement… (Théâtreonline.com)
Une comédie hilarante et expéditive sur le remords et les crises existentielles! Coupables ou non coupables… peu importe ; la vérité doit être tue... quitte à tuer pour arriver à ses fins!
Un choix logique… En ce sens, le choix de ce texte répond au premier mandat artistique du Théâtre 100 Masques qui met en scène des pièces très codées qui amène sur les planches une théâtralité particulière :
Le plus intéressant [dans le vaudeville] est la mécanique interne drama-turgique et stylistique qu’il met en branle, marquée au sceau de la folie, du côté des situations comme des personnages. […] Le vaudeville accentue encore la rigueur de sa construction sous l’impulsion de Labiche qui […] donne plus de tempo au mouvement, hypertrophie les procédés comiques, en particulier les répétitions, les méprises, et la logique des situations où sont jetés des personnages tétanisés. (Michel Corvin, Dictionnaire encyclopédique du théâtre)
Le vaudeville est le genre comique par excellence, réunissant en quelques pages les études de mœurs (principe des grandes comédies classiques) et les farces de premier niveau. Une véritable gymnastique stylistique s’impose donc tant au metteur en scène qu’au comédien.
Enfin, le choix de ce texte - par ses accents d’égocentrisme, de vanité, de cupidité et d’hypocrisies en tout genre - peut facilement résonner dans notre monde actuel. Un humour noir et corrosif sur la responsabilité (ou l’irresponsabilité ?) de soi dans le malheur des autres. Se laver les mains du sang qui y gît n’est pas toujours chose facile.
Une comédie hilarante et expéditive sur le remords et les crises existentielles! Coupables ou non coupables… peu importe ; la vérité doit être tue... quitte à tuer pour arriver à ses fins!
Un choix logique… En ce sens, le choix de ce texte répond au premier mandat artistique du Théâtre 100 Masques qui met en scène des pièces très codées qui amène sur les planches une théâtralité particulière :
Le plus intéressant [dans le vaudeville] est la mécanique interne drama-turgique et stylistique qu’il met en branle, marquée au sceau de la folie, du côté des situations comme des personnages. […] Le vaudeville accentue encore la rigueur de sa construction sous l’impulsion de Labiche qui […] donne plus de tempo au mouvement, hypertrophie les procédés comiques, en particulier les répétitions, les méprises, et la logique des situations où sont jetés des personnages tétanisés. (Michel Corvin, Dictionnaire encyclopédique du théâtre)
Le vaudeville est le genre comique par excellence, réunissant en quelques pages les études de mœurs (principe des grandes comédies classiques) et les farces de premier niveau. Une véritable gymnastique stylistique s’impose donc tant au metteur en scène qu’au comédien.
Enfin, le choix de ce texte - par ses accents d’égocentrisme, de vanité, de cupidité et d’hypocrisies en tout genre - peut facilement résonner dans notre monde actuel. Un humour noir et corrosif sur la responsabilité (ou l’irresponsabilité ?) de soi dans le malheur des autres. Se laver les mains du sang qui y gît n’est pas toujours chose facile.
vendredi 1 avril 2011
La Visite [Carnet de mise en scène]
Voilà. C'est fait.
Hier soir a eu lieu la première de La Visite... et contre toute attente (après avoir eu de la difficulté horaire, avoir manqué un peu de temps et m'être laissé envahir pas le doute et l'angoisse), ce fut généralement un bon succès. J'y ai cependant toujours cru... en me forçant un peu parfois. Une gestion du stress ardue.
Malgré le trac et la fébrilité de la première représentation devant un public (d'ailleurs, la salle était comble...), les comédiens se sont ouverts à cette comédie avec enthousiasme et générosité. Le gâteau a levé. Un beau gâteau. «Enfin!» devrais-je ajouter. Ce fut long. Mais pour la première fois, sur scène, il y avait un esprit d'équipe fort.
Entretemps, je suis mort une nouvelle fois.
Maintenant, un nouveau volet s'ouvre sur ce projet: les représentations. Il appartient désormais aux comédiens de faire évoluer ce spectacle (avec, tout de même, un oeil constant de ma part et l'oeil plus présent de Joan Tremblay!) en apprivoisant l'action qui doit se passer sur scène et les rires venus de la salle. Un travail rigoureux parce qu'il est facile de se laisser emporter par ceux-ci et de surjouer pour tenter d'aller en chercher toujours plus. Les trois mêmes éléments doivent guider cette évolution autonome: la précision (dans le geste, le placement et le rythme), l'écoute et le plaisir.
Merde à toute cette équipe pour la suite des choses!
Hier soir a eu lieu la première de La Visite... et contre toute attente (après avoir eu de la difficulté horaire, avoir manqué un peu de temps et m'être laissé envahir pas le doute et l'angoisse), ce fut généralement un bon succès. J'y ai cependant toujours cru... en me forçant un peu parfois. Une gestion du stress ardue.
Malgré le trac et la fébrilité de la première représentation devant un public (d'ailleurs, la salle était comble...), les comédiens se sont ouverts à cette comédie avec enthousiasme et générosité. Le gâteau a levé. Un beau gâteau. «Enfin!» devrais-je ajouter. Ce fut long. Mais pour la première fois, sur scène, il y avait un esprit d'équipe fort.
Entretemps, je suis mort une nouvelle fois.
Maintenant, un nouveau volet s'ouvre sur ce projet: les représentations. Il appartient désormais aux comédiens de faire évoluer ce spectacle (avec, tout de même, un oeil constant de ma part et l'oeil plus présent de Joan Tremblay!) en apprivoisant l'action qui doit se passer sur scène et les rires venus de la salle. Un travail rigoureux parce qu'il est facile de se laisser emporter par ceux-ci et de surjouer pour tenter d'aller en chercher toujours plus. Les trois mêmes éléments doivent guider cette évolution autonome: la précision (dans le geste, le placement et le rythme), l'écoute et le plaisir.
Merde à toute cette équipe pour la suite des choses!
jeudi 31 mars 2011
Quand le public ne remarque rien...
mais il s'agit d'un film, Le Souffleur,
qui semble mettre en scène des anecdotes du même type que celui qui fait l'objet de ce billet...
Petit morceau de l'histoire anecdotique du théâtre français* (car j'ai beau chercher, je n'en trouve guère pour le théâtre québécois...) dû, cette fois, à Jacques Charon, entré à la Comédie-Française en 1941 (et décédé en 1975). Parfois, alors que dans la salle, le public regarde avec plaisir un spectacle, sur scène se passe catastrophe, erreur, bousculade, gaffe... Mais ce qu'on ne sait pas...
À la Comédie, j'habitais alors en communauté, au sous-sol, dans la loge des figurants. Là, il m'est arrivé, certains soirs, alors que je venais en passant, d'être soudain empoigné par un habilleur, costumé, maquillé pendant que je remâchais les deux répliques d'une utilité, et lancé sur scène en catastrophe à la place d'un manquant. Et me voilà pataugeant au sein d'une mise en scène inconnue, cherchant mes places à tâtons dans un jeu de colin-maillard. [...] Côté cour, j'entendais: «Psitt! Sors maintenant, par ici, en dansant.» Et hop! sitôt sorti, j'étais porté côté jardin pour une prochaine entrée, et zou!: «À toi! Va à côté de Renée (Faure), pirouette. Arrête-toi face au public. À présent, tends les bras solidement.» Je tendais les bras comme un automate, Renée tombait dedans pâmée, en marmottant dans ma manche: «T'affole pas. Mets-toi à valser tout en m'emportant en coulisse.» En coulisse, j'étais débarrassé de Renée, orné d'une lanterne à la main, poussé en scène par le régisseur qui chuchotait: «Traverse tout le plateau lentement et sors de l'autre côté.» Par chance, avançant en aveugle j'entendis, derrière moi, chuchoter la suite: «Merde! j'ai oublié de lui dire qu'il y a un trou au milieu de la scène!»
Les images se bousculent...
____________________________________
* Tiré du petit florilège Le goût du théâtre, paru aux éditions Le Mercure de France, en 2009.
La Visite [Carnet de mise en scène]
Pour l'équipe de La Visite ou surtout sentez-vous pas obligés de venir du Théâtre Mic Mac... Pour Ursule et Denis, Gervais et Sonia, Joan L. et Jean-Sébastien, Emmanuelle et Luc-Antoine... Pour Christian et pour l'équipe des costumes Réjean, Nicole, Jocelyne, Lise, Lucie... pour Joan T. qui m'a accompagné tout au cours du travail et un peu aussi à moi-même... Enfin, pour tous les autres qui graviteront autour de cette production en avril, je vous souhaite, sur un air de Lynda Lemay,
MERDE, MERDE ET REMERDE!
EH OUI!!! C'EST LA PREMIÈRE!!!
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