vendredi 30 décembre 2011

Sur nos scènes (et dans le milieu!) en 2011...


Et on continue au chapitre des bilans...

2011, c'est, selon le billet d'hier, 24 productions locales originales et plus d'une douzaines de reprises (de productions locales, toujours...) dans différents contextes: en salle fixe pour une nouvelle série de représentations, sorties uniques, sorties dans le cadre de festivals, tournée québécoise et canadienne. Une année encore chargée pour une région dite éloignée...

2011, c'est, en ce sens, l'année «Patrick Simard», «Vicky Côté» et «Mélanie Potvin»... alors que ces comédiens ont enchaîné les projets tout au fil des mois, pour diverses compagnies...

2011, c'est le lancement, lors de la journée mondiale du théâtre,  après plusieurs mois de gestation, de la vidéo promotionnelle commune à sept des huit compagnies de théâtre au Saguenay avec, pour slogan, Saguenay, des théâtres à fréquenter! (qu'on peut retrouver ici)...

2011, c'est le lancement de la carte privilège offerte à moindre prix (5$) à tous les travailleurs culturels, leur octroyant un rabais (souvent le prix étudiant) chez les compagnies participantes...

2011, c'est la tenue du premier Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean, en juin dernier (on peut retrouver les documents ici), où près d'une soixantaine de personnes se réunissent pour discuter du théâtre. Une première édition qui, bien qu'un peu décevante sur les discussions, permet néanmoins de dégager huit enjeux qui seront repris, à compter de l'automne, par divers comités pour faire évoluer les choses. Un autre forum est prévu au printemps 2012 pour faire le point...

2011, c'est la fin définitive des Aventures d'un Flo et la résurrection de La Fabuleuse histoire d'un Royaume, après quatre ans d'absence. L'ère des grands spectacles pourra-t-elle reprendre un élan qui semble faire défaut? (En ce sens, toujours, Ecce Mundo annonçait, il y a quelques jours, qu'un comité se réunirait bientôt pour décider du sort de cette autre grande revue saguenéenne...)...

2011, c'est l'été où Arthur Villeneuve reprend vie sous les traits de Benoît Lagrandeur (dans la production du CRI La Légende d'Arthur) alors qu'Hélène Bergeron remonte sur scène après plusieurs années d'absence pour incarner son épouse...

2011, c'est une année assez stable dans les différentes administrations des différentes compagnies... si ce n'est du départ de Jean-François Caron de la Rubrique et l'arrivée de Stéphane Boivin aux communications du même organisme.

2011, c'est l'année des améliorations locatives au Petit Théâtre de l'UQAC de même qu'au Studio-Théâtre...

2011, c'est l'année où le Mérite scientifique régional crée un prix pour les arts et la culture, le prix François-Brassard, et dont Rodrigue Villeneuve devient le premier bénéficiaire en reconnaissance de son implication dans la constitution d'un milieu culturel professionnel...
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2011, c'est peut-être autre chose que j'oublie... en ce cas, on peut les ajouter par le biais des commentaires...

jeudi 29 décembre 2011

Sur nos scènes en 2011...


Comme à chaque année, je profite des derniers jours de décembre  pour dresser le bilan de l'année qui s'achève. Je débute donc par faire la recension (la plus exhaustive possible... à partir des calendriers hebdomadaires publiés sur ce blogue) de toutes les productions régionales (à caractère professionnelles... et j'inclus ici les productions universitaires qui sont, en quelques sortes le prélude à bien des démarches et les productions dites amateures d'envergure) qui ont marqué le paysage théâtral régional en 2011.

Pour marquer d'un simple regard les différentes catégories qui émaillent cette liste, je propose donc cette petite légende: les productions professionnelles et recherches, les productions de loisirs et autres événements, les productions académiques.

Voici donc avec les productions locales (excluant pour le moment les reprises)...: 

Les sens (La Rubrique)
Le Contre Cabaret (Faux Coffre)
Silence majuscule (UQAC-BIA-William Gagnon)
Je fais mon chemin (UQAC-BIA-Gabrielle Noumeir-Gagnon)
La foire aux femmes (UQAC-BIA-Sophie Châteauvert)
Que l'inoubliable se pende (UQAC-BIA-Élaine Juteau)
Recto-Verso (collectif)
Antigone (100 Masques)
La Visite ou surtout sentez-vous pas obligé de venir (Mic Mac)
La Tempête (UQAC-BIA-Production)
La route des milles et une histoires (Jimmy Doucet)
La légende d'Arthur Villeneuve (CRI)
L'Affaire de la rue Lourcine (100 Masques)
Oh! Cabaret (collectif)
La fabuleuse histoire d'un Royaume (Ville Saguenay)
Couples (St-Félicien)
Fausser (Les Poulpes)
Binômes (UQAC-Chaire)
Le Bain (UQAC-Maîtrise-Erika Brisson)
Pour la fuite des choses (CRI-À Bout Portant)
L'Hôtel du Libre Échange (Têtes Heureuses)
L'éclaireur (Amis de Chiffon)
Porosité-La densité de la matière (UQAC-Maîtrise-Anick Martel)
On se casse les noisettes (100 Masques)

À ces productions locales s'ajoutent les différentes reprises qui ont ponctué le calendrier de même que les sorties et les tournées:


Les lectures de Diogène (Faux Coffre)
En attendant l'dégât d'eau (Faux Coffre)
Trac: ma vie en théâtrascope (Faux Coffre)
Le conte bancaire de Piedestal (Faux Coffre)
Carton rouge sur carré vert (Amis de chiffon)
Le déclin des soleils de glace (À Bout Portant)
Rage (À Bout Portant)
Kiwi (Tortue Noire)
Le Petit Chaperon Rouge en huit minutes ralenties (Tortue Noire)
Le Grand Oeuvre (Tortue Noire)
La Défonce (Mic Mac)
Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée (100 Masques)
Une maison face au Nord (La Rubrique)

Ça donne pas mal le ton de l'année qui prendra fin dans quelques heures. Peut-être ai-je oublié quelques productions en chemin... si c'est le cas, il est possible de les ajouter par le biais des commentaires. Une chose est sûre: ce que j'ai pu en manquer, de ces productions!


mercredi 28 décembre 2011

Sur les saluts des comédiens...



Petit trait d'humour (tout aussi drôle que véridique!) venu du savoureux Petit lexique amoureux du théâtre par Philippe Torreton portant essentiellement sur le salut des comédiens à la fin d'une représentation. Sa description replongera assurément plusieurs artisans dans de nombreuses situations vécues dans diverses productions!

Salut: [...] Les saluts s'organisent toujours au dernier moment, par superstition, sans doute. C'est chiant comme un plan de table et, comme avec les plans de table, vous faites toujours des déçus.

C'est un casse-tête qu'il faut solutionner en peu de temps et dans la tension des derniers instants de répétition.

Pour les premiers saluts, les rôles principaux se retrouvent généralement au milieu, même s'ils font semblant de vouloir le contraire, suivis par les autres personnages en ordre d'importance jusqu'aux petits rôles en bout de ligne qui font tout aussi semblant de trouver ça normal de se retrouver en bout de ligne.

Pour les suivants, il est prévu plusieurs chorégraphies plus ou moins assumées par les acteurs afin de varier l'ordre, et, dans un élan de générosité divine, que les derniers se retrouvent les premiers. [...]

Et ça se poursuit avec la description des différents types de comédiens et de leur(s) pensée(s) durant cet exercice rituel... À lire et relire!

mardi 27 décembre 2011

La Duse


 Parmi les grandes actrices de l'histoire universelle du théâtre se retrouve une autre contemporaine (italienne) de l'époque de Sarah Bernhardt: Eleonora Duse. 

Voici une petit vidéo (en italien...) avec images de cette grande dame... après un petit passage par le Dictionnaire encyclopédique du théâtre de Michel Corvin:

DUSE Eleonora (Vigevano 1858 - Pittsburg, Pennsylvanie 1924). Comédienne italienne condidérée comme la plus grande actrice de son époque, et, mythiquement, de tous les temps. Rivale de Sarah Bernhardt, pour laquelle elle garda toujours une admiration profonde.

[...] Dépourvue de tous les moyens physiques et vocaux que l'on demandait à une grande actrice («elle n'a rien que son génie», dit Shaw), son jeu impressionna les contemporains. On voyait en elle le modèle non seulement de la nouvelle comédienne, mais aussi de la femme moderne, chétive et névrosée. En effet, on n'arrivait pas à distinguer dans son jeu mélangé d'artifice et de réalité absolue ce qui revenait au rôle et ce qui, au contraire, appartenait à la femme dont les souffrances et surtout le douloureux vide spirituel s'étalaient au grand jour sur la scène. [...]


Enfin, une petite anecdote tirée du recueil Gens de théâtre que j'ai connus, de Michel Georges-Michel paru au début des années 40, où il raconte sa dernière rencontre avec la Duse (morte en 1924) et sa visite au cimetière.

Le peintre italien Piero Tolentino m'a conduit, plus tard à Asolo, ville natale de la Duse, et m'a montré sa tombe.

C'est sur un promontoire, qui, d'un côté domine toute la Venitie jusqu'à la mer. Mais la pierre est tournée vers le monte Grappa où s'accrocha la résistance italienne, pendant la guerre de 1914-1918.
 
Quelques cyprès, une dalle avec ce nom: ELEONORA DUSE.

- Elle a elle-même choisi la place, nous dit le vieux gardien du cimetière, la place exacte où elle aimait à méditer durant des heures. Depuis sa mort, il est venu ici plus de monde que depuis qu'Asolo existe.

- Et simplement son nom, Duse, sur cette pierre? Pas même une date?

- Inutile: elle est dans l'éternité.

lundi 26 décembre 2011

Le plus important...

J'aime bien ces passages (pp.198-200) tirés de l'[auto]biographie d'André Brassard - tout simplement titrée Brassard - écrite par Guillaume Corbeil (mais à la première personne...) où l'incontournable metteur en scène québécois décrit sa vision du théâtre... et plus spécialement, des relations entre ses artisans. Une vision simple qui ne se dément pas... et qui conforte les choix que je peux faire.


Le théâtre exige une grande générosité sur le plan émotif, un état d'impudeur presque total. De la part du metteur en scène et des acteurs. Travailler sur un texte, on fait ça  à âme ouverte [...]. Avec pour résultat des rencontres souvent exceptionnelles et même de très grandes amitiés. [...]

Je dois dire qu'un des grands privilèges d'être metteur en scène, c'est de pouvoir choisir avec qui on travaille. On s'entoure des gens qu'on aime, et nos affinités sont souvent bien plus importantes que leurs aptitudes techniques ou leur spécialisation professionnelle. Bien sûr on veut qu'au final le spectacle soit bon. Mais pour ça, il ne suffit pas de réunir tous les plus grands spécialistes de chaque domaine: le meilleur acteur pour jouer tel type de personnage, le meilleur scénographe, le meilleur éclairagiste, le meilleur costumier... Monter un spectacle, ce n'est pas du côté technique que ça se passe. Pendant plusieurs semaines, on va littéralement vivre avec certains individus. Ce qui se passe entre les êtres [...], ce sera toujours plus important que le reste.

Je trouve que c'est là une belle leçon. Et on revient à l'idée de la prédominance du plaisir dans ce métier: plaisir collectif, plaisir du texte, plaisir de la scène. Les irritants n'ont pas leur place.

vendredi 23 décembre 2011

Les inconvénients de faire un boeuf à deux...



Le titre du présent billet est aussi le sous-titre d'un chapitre fort édifiant des Anecdotes de théâtre: comédiens-comédiennes; bons mots des coulisses et du parterre recueillis par Louis Loire, en 1875. Un petit divertissement à l'aube (enfin, dans quelques heures...) des festivités...

Le domestique de Favart, passionné pour le théâtre, voulait absolument jouer la comédie. On lui fit représenter la moitié d'un bœuf dans une parodie de l'opéra de Thésée. Expliquons-nous:

La monture du héros était le Bœuf gras, figuré par une machine de carton qui se mouvait au moyen de deux hommes renfermés dans son intérieur; le premier un peu incliné, le second la tête appuyée sur la chute des reins de son camarade.

Léger — c'était le nom de ce domestique-artiste— avait obtenu l'honneur de «jouer» le rôle des «jambes de devant». Par malheur, pour atténuer les émotions d'un début, le gaillard avait copieusement dîné, et la position que nous avons décrite ne lui permit pas de retenir une flatuosité qui faillit suffoquer son «suivant». Celui-ci, dans un mouvement de colère et pour se venger de l'effet sur la cause, mord ce qu'il trouve sous ses dents. Léger pousse un rugissement et, par un brusque mouvement, se soustrait à ce supplice; le bœuf se sépare en deux, et le superbe Thésée tombe tout de son long sur la scène.

Il n'y a pas besoin de dire que la représentation fut gravement compromise.
 
Qui n'a pas eu cette idée quand il a devant les yeux un tel costume à double incarnation? 

jeudi 22 décembre 2011

«La Marmite» [Carnet de production]


Nouvel intitulé de billets, parce que je ne signerai pas la mise en scène de la prochaine production estivale du Théâtre 100 Masques. Non. J'ai confié les rênes - ou plutôt l'anse! - de La Marmite de Plaute à Élaine Juteau, qui a terminé l'an dernier au BIA en théâtre de l'UQAC. 

Et aujourd'hui, après qu'elle ait fixé ses besoins et qu'on ait fait quelques appels, je peux annoncer officiellement la distribution de ce prochain spectacle tout féminin, encore une fois... : Isabelle Boivin, Émilie Gilbert-Gagnon, Cynthia Bouchard, Valérie Essiambre, Marilyne Renaud et Andrée-Anne Giguère.

Cette gang de filles se lanceront donc dans la comédie antique... la seconde de la compagnie (après L'Assemblée des femmes d'Aristophane, il y a deux ans).
Pour ma part, j'agirai à titre de concepteur esthétique (l'équipe reste à combler pour le moment) et, bien entendu, à titre de directeur artistique (et, par extension, à titre de producteur). 

D'où le glissement de [Carnet de mise en scène] à [Carnet de production].

Pour terminer, ça n'a absolument aucun rapport, mais voici le vidéo du grand succès de Dario Moreno, La Marmite.



Une histoire du théâtre au Québec...


 Voici, en quelques mots brefs (et réalistes), l'histoire du théâtre au Québec (et  sa conséquence... soit  la «place» qu'il occupe dans l'imaginaire collectif), par Jacques Lacoursière et Claude Bouchard, dans Notre histoire: Québec-Canada, paru dans les années 60.

L'histoire du théâtre canadien, tant d'expression française qu'anglaise, est désespérément triste, parce qu'avant le début du second quart du vingtième siècle, la faveur populaire va aux divertissements de scène les plus disparates et rien ne s'arrange pour cet art, après l'arrivée du cinéma. La conclusion la plus dramatique est que les édifices construits pour le théâtre sont transformés, pour la plupart en salles de cinéma.

Traitant de ces transformations, le critique Jean Béraud écrit en parlant de Montréal après 1908: «C'est d'ailleurs par toute la ville une épidémie monstrueuse de 'scopes' et de 'graphes': Ouimetoscope, Nationoscope, Vitoscope, Readoscope, Rochonoscope, Mont-Royaloscope, Bodet-o-scope et, ancêtre du cinéma de Paris, le Pariscope».

Au Canada anglais, on ne compte, avant 1930, qu'un seul véritable dramaturge.

Celui-ci. Merrill Denison, excelle dans des pièces en un acte dans lesquelles il tente de démythifier les types jusqu'à ce moment présentés sous les diverses facettes du romantisme, de la grandeur d'âme, du courage, etc. L'œuvre de Denison entre de plain-pied dans le réalisme de l'époque où. cette fois, les mères et pères se font rouler par un fils sans scrupules. Denison s'oppose aux idées reçues et, à ce titre, on peut parler de lui comme d'un novateur. Michael Tait, dans son étude du drame, parle ainsi de Marsh Hav, la pièce de Denison qu'il considère comme étant la plus réussie: «En général, Denison évite de porter un jugement. La malpropreté et les tentatives pour échapper à la promiscuité sexuelle, les mœurs bigotes et perverses de la petite communauté, la rupture complète des relations humaines dans la famille, sont des conditions dont on ne doit blâmer personne en particulier, mais pour lesquelles on ne propose point de solution (...). C'est sans contredit la meilleure pièce canadienne de la décennie».

Il est peut-être intéressant de noter la naissance de nombreuses troupes de théâtre, à Toronto, à Montréal et à Ottawa, qui contribuèrent à la formation d'excellents acteurs qui durent toutefois émigrer, pour plusieurs, aux États-Unis, faute de quoi nourrir leur talent. Parmi ceux-là: Mary Pickford, Margaret Anglin, Walter Huston et Raymond Massey.

Quant au théâtre d'expression française, il est encore, après la guerre, à la remorque du théâtre français. L'absence de dramaturges québécois se fait de plus en plus pénible, puisque, dans les autres arts, se trouvent des personnes qui ont voulu refléter la personnalité propre aux Canadiens. Les comédiens pourtant ont une réelle valeur. Signalons Henri Poitras, qui débute en 1918 dans Cœur de Moineau au National, à Montréal. Quelques années plus tard, soit en 1923, Antoinette Giroux est la première femme à se mériter une bourse du gouvernement du Québec, bourse qui doit lui servir à défrayer le coût d'un séjour de trois ans d'étude à Paris. Le Conservatoire Lassalle, établi précédemment, a eu comme élèves Henri Poitras, Antoinette et Germaine Giroux ainsi qu'Albert Duquesne.
C'est, bien entendu, l'une des premières pages théâtrales du Québec (mais la seule dans le bouquin mentionné)... puis viendront des chapitres entiers qui en font aujourd'hui un art bien vivant. Bien vivant... mais sans racines profondes.

Quelques autres liens sur ce sujet (le manque de racines): Pour un théâtre national, Un théâtre fondateur?, Le théâtre canadien-français selon Durham.

mercredi 21 décembre 2011

Pourquoi se forcer?


À l'approche des Fêtes - perdu en plein Burlington, au Vermont! - je délaisse un peu les théories et recherches pour replonger de nouveau dans le bouquin (virtuel... qu'on peut retrouver sur Google Books en cliquant sur l'image), Les secrets de coulisses des théâtre de Paris écrit en 1865 par Joachim Duflot. Son ouvrage, sous forme de dictionnaire, renferme toute une série d'anecdotes croustillantes, surprenantes ou franchement cruelles qui donnent toute la mesure de ce qu'a été (et qu'est toujours!) le théâtre...

Comme cette petite historiette, monument de résignation... ou de paresse?

Aplomb. — L'aplomb tient lieu quelquefois de talent, et supplée souvent au manque de mémoire. Philippe, qui créa M. Jovial, était un acteur type comme aplomb.

Un acteur de province, d'un médiocre talent, trouvait chaque année le moyen de tomber trois fois dans trois villes différentes
[nda.: métaphore judéo-chrétienne pour signifier qu'il n'arrivait jamais, devant le public bruyant et insatisfait, à se rendre à la fin de son rôle]; aussi ne se donnait-il plus la peine d'étudier ses rôles. Il savait les deux premiers actes de chaque pièce, assuré d'avance que le public l'empêcherait d'achever l'ouvrage; mais le hasard voulut qu'à Poitiers, le public inattentif se montrât bienveillant. Il jouait Burrhus dans Britannicus et on comprendra facilement son embarras quand le troisième acte commença. Que fit-il? Il s'avança résolument sur le bord de la rampe et dit au public: « Messieurs, j'ai eu l'honneur de jouer la tragédie à Angoulême, à Mâcon, à Bourges, à Grenoble et dans d'autres villes, et, je dois l'avouer, je n'avais rencontré nulle part un accueil aussi bienveillant; depuis dix ans, jamais je ne pouvais achever mon premier début; aussi je ne me donnais pas la peine d'apprendre plus de deux actes de chaque pièce. Mais puisque vous y mettez de l'indulgence, je vous promets d'apprendre les trois derniers actes pour la semaine prochaine. » Cet aplomb déconcerta le parterre qui se prit à rire, et l'acteur devint en peu de temps l'idole du public.

C'est pour toutes ces histoires que j'aime le théâtre.

mardi 20 décembre 2011

Les 4 classes de spectateurs

Spectateurs du théâtre par Henri Lachieze-Rey (1971)... tableau tiré de ce site de ventes aux enchères...

Voici un Secret de coulisse des théâtre se Paris (publié en 1865), révélé par Joachim Duflot... et qui concernent cette engeance nécessaire au théâtre... quoique parfois embarassante que sont les spectateurs.

Il y a quatre classes de spectateurs: les blasés, les indifférents, les attentifs et les enthousiastes. 

La première classe trouve que tout est pitoyable.

La deuxième s'endort volontiers.

La troisième cherche à se rendre compte de ce qu'elle voit et de ce qu'elle entend.

La quatrième, qu'on baptise assez ordinairement de payants, quand on ne dit pas imbécile de payant, rit, s'amuse et bat des mains. Chaque mot fait sourire le naïf spectateur, chaque scène l'étonne, chaque acteur le surprend; il est toujours disposé à l'admiration.

Le généralisme est un peu radical. N'empêche que pour chacune de ces catégories, il serait presque possible d'y accoler des noms!

lundi 19 décembre 2011

Un loup en scène...


Que signifie «connaître le loup» au théâtre? Cette expression - qui m'était parfaitement inconnue avant que de ne la trouver dans le Dictionnaire de la Langue du Théâtre d'Agnès Pierron - se définit donc ainsi:

LOUP: C'est une gaucherie dans une pièce de théâtre qui connaît déjà l'ours [nda.: une pièce qui dort dans les tiroirs]; tandis que les écoles d'architectures, si elles connaissent le «loup», ont affaire aussi au «chameau», nom donné aux choses non résolues par le candidat se présentant au concours de fin d'année.

Mais de quelle «gaucherie» s'agit-il? Les avis sont partagés. Pour certains, il s'agit d'un moment de flottement, d'une impression de vague, d'incomplet, de confus, donnée par le texte en cours de répétition; des corrections, par ajouts ou suppressions, qui viennent donner davantage de tenue au texte, finissent par «tuer le loup». Théophile Gautier donne ces précisions: «Un loup, en argot de coulisses, est le vide laissé entre la sortie d'un personnage et l'entrée d'un autre, qui ne doit point voir le premier. Cet intervalle, fût-il d'une seconde, constitue une faute de mise en scène, du moins, au point de vue moderne.[...]». Ce qui est à retenir: l'idée de manque, d'inachèvement, d'un creux, d'un blanc, d'une attente inassouvie. 

Il semble que la définition donnée par Théophile Gautier soit la bonnel l'histoire du théâtre, en ce sens, a retenu deux loups. Vers 1840, un soir que Mme Dorval jouait avec Bocage l'Antony d'Alexandre Dumas, le régisseur, mal informé, fit tomber la toile avant la célèbre phrase finale: «Elle me résistait, je l'ai assassinée!». L'effet était grillé; le public réclame à grands cris que le rideau soit relevé. Ce qui est fait, Mme Dorval reprend sur son fauteuil sa pose de femme tuée, mais Bocage a disparu; impossible de le trouver. Le public s'agite encore davantage. Pour le calmer, Mme Dorval se lève, s'avance jusqu'à la rampe et dit, non sas étouffer un fou rire: «Mesdames et messieurs, je lui résistais, il m'a assassinée!».

Une autre fois, M. de Féraudy, jouant dans Gringoire à la Comédie-Française, fit attendre son entrée une bonne minute. Ses camarades, inquiets, s'adressaient des signes désespérés. Intrigué, le public commençait à murmurer. Enfin, le retardataire entre en scène sur ces mots: «J'arrive à temps...».


dimanche 18 décembre 2011

Les pôles théâtraux comme cadres de travail

 
Je tente, ce matin, une nouvelle synthèse de ces trois notions qui, pour moi, couvrent l'ensemble du théâtre (du moins, dans sa vision conventionnelle) et le composent. Parce qu'elles sont floues et diffèrent d'un théoricien à l'autre (comme le prouvent cette série de billets). Elles s'accroissent chez les uns, s'englobent chez les autres, se contredisent. Ma vision est peut-être trop simpliste? 

La LITTÉRARITÉ comme cadre textuel: le discours, le vocabulaire, le rythme. C'est l'écriture dans sa plus simple expression, avec tous ses canons de création et leur articulation.

La THÉÂTRALITÉ comme cadre scénique: la forme esthétique et  les codes théâtraux (costumes, accessoires, scénographie, lumière, musique). C'est, en quelques sortes, le complément de la précédente. On peut dès lors véritablement parler d'«écriture scénique».

La PERFORMATIVITÉ comme cadre dynamique: le jeu, l'interprétation, l'improvisation, le temps.C'est la partie «vivante» de l'art dramatique, portée d'emblée par le comédien. C'est ici que réside le côté «unique» de chaque représentation de même que le caractère éphémère du théâtre.

Évidemment, celle-ci demande une argumentation plus solide, une pensée plus construite (avec références).Le but de cet exercice demeure le même: établir, en vue de l'écriture de ma thèse (qui devrait débuter d'ici quelques mois...), un cadre conceptuel qui se tient.