jeudi 14 juin 2012

Le mystère du rythme scénique...


Comment un comédien, en jeu, peut-il avoir connaissance du rythme? Comment sait-il que le temps laissé entre deux répliques n'est ni trop long, ni trop court? Comment sait-il que le temps qu'il met à faire une action ou un déplacement ne ralentit pas l'ensemble scénique? Comment sait-il jouer avec le temps (je devrais plutôt dire les temps: le temps réel de l'acteur sur les planches, le temps réel du dialogue avec la salle, le temps fictif de l'intrigue... comme définit dans ce billet) de façon efficace?

Ces questions (que je me suis posées alors que j'assistais, comme spectateur, à une répétition de La Marmite hier matin), je les trouve fascinantes... et aussi terriblement embêtante quand vient le temps de les aborder avec des interprètes en tant que metteur en scène. Il s'agit là d'un sujet sans consistance... Pour moi, cette notion, le rythme, est aussi insaisissable que celle de la présence. Cet autre élément ésotérico-théâtral. Impossible à décrire parfaitement mais si facile à ressentir de la salle... Conceptuel, abstrait... mais pourtant terriblement concret et physique!

Peut-être le comédien l'a ou ne l'a pas... C'est, en d'autres termes, le fameux sens du timing... Bien sûr, il peut compter mentalement, oui, pour arriver à un résultat potable... mais ça restera toujours une béquille un peu figé dans un carcan temporel... 

Le véritable sens du rythme est improvisé.

Une seconde de trop ou une en moins, et l'effet s'effondre... même s'il est toujours là. Plusieurs en trop, plusieurs en moins et il disparaît complètement. Le contrôle de la durée (que je qualifierais de scénique) est essentielle (tout comme le sont le contrôle de la voix, du corps, de l'espace)... particulièrement le cadre d'une comédie où le rythme est souvent à la base de tout.

Un cours de théâtre

Légèreté du jeudi matin...

mercredi 13 juin 2012

Vers le second «Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean»


C'est dans quelques jours que se tiendra, grâce au soutien de Ville Saguenay, du MCCCF et du Conseil Régional de la Culture, la seconde édition du Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean qui prendra, cette année, la forme d'une séance de travail intensive pour établir, éventuellement, une véritable saison de théâtre concertée. Tout ceci se passera le jeudi, 21 juin 2012 en après-midi, à la Salle Pierrette-Gaudreault (Jonquière). Voici l'ordre du jour préparé:
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12h30
Arrivée des participants et inscriptions 

13h00
Mot de bienvenue prononcé par Dario Larouche
            Bilan de l’année 2011-2012
            Objectif(s) de la journée 

13h05
Suivis des différents comités mis en place en 2011-2012
           Comité « Carte privilège »
           Comité « Cachets pour pub»
           Comité «Plan d’action»
           Comité « Cartes blanches»
           Comité « Organismes de services»

13h25
Présentation de l’animatrice et ouverture du 2ième Forum sur le théâtre au SLSJ

PREMIER AXE – LE CALENDRIER DES PRODUCTIONS RÉGIONALES

13h30 à 14h45
La réflexion
        Quelles productions ponctueront la prochaine saison ?
        À quoi ressemble le calendrier de ce qui s’en vient ?
        Quelles sont les espace-temps libres ?

Pause de 15 minutes (14 h 45 – 15 h)

DEUXIÈME AXE – UNE SAISON THÉÂTRALE RÉGIONALE

15h à 16h30
La réflexion
        Quelle forme, quelle couleur peut-on donner à cette saison?
        Quels moyens prend-t-on pour la mettre en forme?
        Quels moyens prend-t-on pour la faire connaître?
        Comment en tirer profit? Tant le milieu que les spectateurs?
        Est-il possible de faire circuler le théâtre qui se fait ici, dans la région? 

Projet d’auditions publiques pour le 3ième Forum

16h30
Conclusion(s)
       Synthèse des discussions de l’après-midi par Isabel Brochu.
       Et maintenant ? Quelles sont les étapes et/ou les actions à entreprendre qui se dégagent à la suite de  cette journée de réflexion ?
        Remerciements d’usage et Invitation au 5 à 7.
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L'importance de cet événement, des actions qui suivront (car il y en a... un suivi sera donnée lors de l'activité), dépend proportionnellement du nombre de participants. Auteurs, metteurs en scène, concepteurs, acteurs, directeurs, étudiants, professeurs, amateurs, professionnels... tous sommes concernés dans l'évolution de notre milieu. Les inscriptions sont souhaitées...

mardi 12 juin 2012

Autocitation

Dans un article écrit l'an dernier (pour le second numéro de la revue Zone Occupée), Le théâtre professionnel au Saguenay, un état des lieux, j'ai dressé le portrait théâtral des dix dernières années... posant, au passage, un constat qui fait échos à bien des billets écrits sur ce blogue:

Par ailleurs, devant cette prolifération de propositions (en parlant des compagnies et collectifs), il est facile de constater que les espaces critiques sont inversement proportionnels à celles-ci et que ceux qui restent flirtent dangereusement avec un populisme de bas niveau d’où sont exclues l’observation objective et la réflexion. Comment alors les praticiens peuvent-ils se prévaloir de ce miroir, de cet interlocuteur privilégié qu’est le critique qui le force à se commettre, à argumenter, à se dépasser ? Si les médias traditionnels se déchargent de ce rôle, n’est-ce pas au milieu lui-même de reprendre le contrôle de son analyse ? Et ce, de façon franche et honnête, rigoureuse et sans complaisance ? 

Je le pense encore.

lundi 11 juin 2012

Vide.


 
Pour faire face à de nouveaux publics,
nous devons tout d'abord
être en mesure de faire face
à des sièges vides.

Cette phrase de Peter Brook (un extrait de Salem - le nouveau théâtre en Angleterre trouvé sur un site de citations) permet, en quelque sorte, l'erreur, l'essai. Une phrase bien optimiste, bien réelle... mais qui n'enlève pas, lorsque ça arrive, la déception et l'amertume.

samedi 9 juin 2012

Les prérequis du comédien...


L'homme qui se destine au Théâtre ne doit avoir aucun reproche essentiel à faire à la Nature: un défaut de conformation est une tache au talent; le Comédien, fait pour occuper l'attention, attacher les yeux, intéresser et étonner toujours, ne doit rien laisser à désirer: il faut que son physique flatte, que ses grâces soient naturelles , qu'il ait du maintien, une démarche facile, convenable aux rôles: que sa physionomie soit mobile et annonce de l'esprit: que sa taille représente, et que sa voix flexible, onctueuse, nette, puisse s'étendre et se promener facilement dans tous les tons. Il lui faut partout le physique comme les manières et le costume du personnage qu'il représente; et comme toujours chaque personnage doit être présenté par le côté qui lui est plus favorable, que la Nature au théâtre ne se montre qu'en beau, le Comédien doit, pour la rendre telle, avoir à sa disposition une collection de pinceaux.

Tels sont les mots employés dans Les éléments de l'art du comédien, paru au tout début du XIXième siècle, pour définir les prérequis du comédien de la grande époque théâtrale noire, rouge et or. L'auteur, un certain Dorfeuille (vive les découvertes de Google Book!), en dresse là un portrait qui peut, aujourd'hui, paraître un peu suranné, pompeux (et redondant!), mais qui, dans l'ensemble, peut tenir encore la route: 




Bon. L'insistance sur le Beau et l'esthétique pèse un peu et verse un tantinet dans la ségrégation (ou l'exclusion). Ça sonne un peu folklorique... mais peut-être les choses n'ont-elles pas tant changé...

vendredi 8 juin 2012

De l'épuisement de courir après l'argent...


Par ce billet, je donne suite à celui écrit par le collègue Stéphane Boivin sur le blogue de La Rubrique (ici) de même qu'à la déception de Vicky Côté manifestée sur Facebook au lendemain de sa soirée bénéfice tenue il y a quelques temps devant une assistance où peu de gens du milieu se trouvait...

Courir après l'argent est peut-être l'une des principale tâche (ou l'enfer... c'est selon) de tout organisme culturel... au détriment, bien souvent, de la création. C'est là un paradoxe exténuant: que du temps perdu (devant un clavier pour remplir des formulaires et monter des dossiers, en rencontres ou au téléphone!) qui demande énergie débordante et persévérance à toute épreuve!

Cette course - à obstacles, devrais-je rajouter! - mène parfois vers des résultats qui donnent des sueurs froides: coupures, compromis, reports... L'artiste au crochet de l'état, l'artiste qui quête, est un préjugé tenace... relent d'une petite droite démagogique qui s'étend de plus en plus. Et même si les montants ne sont souvent pas si exorbitants, leur caractère artistique fait souvent bien piètre figure aux côtés des causes humanitaires et celles axées sur la santé. Et une petite organisation peine à s'imposer face à une plus grande ou aux événements majeurs...

Par ailleurs, devant la multiplication des organismes culturels et des productions indépendantes, il y a une forte augmentation des activités de financement. Comme on se partage un bassin réduit de population, on se partage également un bassin réduit de partenaires...
 
Trouver de nouvelles formules pour attirer les donateurs, trouver de nouvelles approches, de nouveaux «produits» rentables devient un casse-tête sans fin. Être original pour attirer l'attention. Les mécènes ne courent pas les rues... et il faut parfois s'échiner à valoriser nos actions. Cette recherche de soutien est essentielle et permet de combler des subventions trop maigres (ou parfois inexistantes). Mais comment se vendre?

S'il y a un grisant enthousiasme lorsque nous trouvons un nouveau commanditaire, il y aussi - et en plus grande quantité! - bon nombre de refus... parfois directs et agressifs. 

Alors, vers qui se tourner? Vers nos spectateurs habituels, vers les gens du milieu même? Oui... peut-être. Bien qu'ils soient hyper sollicités (en plus de donner de leur temps), ils seront probablement au rendez-vous... Mais porter la santé financière de la culture sur leurs épaules m'apparaît être un bien lourd fardeau. Et cette obligation morale qui provoque le remords... Il faudrait parfois faire une campagne de financement pour pouvoir assister aux diverses soirées bénéfice! L'épuisement (tant financier, physique que moral) pointera un jour ou l'autre et personne ne sera plus avancé.

Et si la solution était ailleurs? Elle doit nécessairement être ailleurs, en fait... On ne peut définitivement pas continuer comme ça. Peut-être faudrait-il se constituer en regroupement et que c'est celui-ci, au nom de 3, 4 ou 5 compagnies théâtrales, qui s'impliquerait pour offrir une plus grande visibilité aux entreprises donatrices et aller chercher des montants plus substantiels (qui, au final, après le partage, serait avantageux)?  Faudrait voir...


«La Marmite» [Carnet de production]

Voici, en primeur, l'affiche de la prochaine production estivale du Théâtre 100 Masques qui débutera dans quelques semaines. C'est une conception collective réalisée par Julie Bernier qui devrait partir à l'impression dans quelques minutes.


Dans un tout autre ordre d'idées, nous avons fait hier notre entrée en salle - soit la Salle Murdock. Déjà nous avons installé la scène dans un rapport frontal sur toute la largeur, de la coulisse à la régie englobée dans l'aire de jeu... à l'instar du schéma ci-dessous (qui n'est absolument pas à l'échelle!):

Aujourd'hui, nous devons construire toutes les structures qui nous permettront de l'habiller selon l'esthétique choisie. Une scénographie qui sera somme toute assez simple... malgré son apparence chargée (enfin, si nous arrivons à réaliser nos ambitions!).

jeudi 7 juin 2012

Festivité de plus en plus difficile à prévoir



Comme plusieurs organismes, le Théâtre 100 Masques a déposé, dans les dates, un projet en vue de ces festivités... projet qui - s'il est retenu - pourrait se voir financer...

Le hic, c'est que le dépôt devait se faire avant le 13 janvier 2012... et que la réponse, prévue originalement en avril,  tarde toujours à nous parvenir. La raison? Le comité lui-même est en attente de diverses réponses des différents paliers de gouvernement... On peut écouter ici l'entrevue de la directrice, Line Gagnon, présentée hier sur la première chaîne de Radio-Canada, qui affirme que les organismes recevront une réponses d'ici la mi-juillet... peut-être aussi le début du mois d'août. Que rien n'est problématique... que tout est normal... enfin, presque.

Et pourtant...

Depuis avril, donc, la suite des activités du Théâtre 100 Masques (et les miennes, par conséquent) se fait avec une tentative de laisser de l'espace pour le projet en question - par ailleurs fort stimulant - qui demande une grande préparation (recherche, écriture, conception, mise en scène) et du temps. Mais l'échéancier prévu (théoriquement, je devrais être sérieusement en écriture) se réduit terriblement... et, parallèlement à ce problème, mon agenda personnel se rempli de gros projets pour les mois à venir. La marge de manœuvre pour cette création existe toujours mais elle rétrécit.

Du même coup, rien n'indique que notre projet est éventuellement sélectionné et toutes les contorsions d'horaires se font peut-être en vain.

Si la réponse se fait encore au-delà de juillet, nous serons dans l'obligation (avec beaucoup de déception) de retirer notre dossier... ou d'en modifier le calendrier.

 Dans ce milieu, l'attente est la pire des choses.

mercredi 6 juin 2012

Déculotter la vieille

La première vieille (Mélanie Potvin) de l'Assemblée des Femmes, Théâtre 100 Masques 2010

Quand un spectateur, dans la salle de théâtre, voit des trucs qu'il ne devrait pas voir - comme des erreurs de mises en scène, d'entrées, d'éclairages, de costumes qui tombent (comme le personnage de la photo ci-haut qui perdit sa couche en pleine représentation...), etc - on dit qu'il déculotte la vieille. L'image est saisissante... Brrr...

Selon le Dictionnaire de la langue du Théâtre, l'origine de l'expression [est] à chercher du côté des vaudevilles et de l'époque des couchonneries (j'ai déjà écrit un billet, là, sur ce type de théâtre) où un rapide changement de décor aurait amené le spectateur à voir des choses qui ne lui sont pas destiné!

mardi 5 juin 2012

«La Marmite» [Carnet de production]


 C'est cette semaine que la production La Marmite doit prendre ses quartiers dans la Salle Murdock du Centre des Arts et de la Culture de Chicoutimi.

Après une petite pause de quelques jours, suite au premier enchaînement du 28 mai dernier - qui a su démontrer la mise en scène, les personnages, les enjeux -, les comédiennes ont repris, hier, les répétitions pour un dernier droit puisque nous voici à un mois, jour pour jour, de la grande première. Ce sera là une production très drôle dont les liens avec notre contemporanéité, quelques deux mille quatre cent ans plus tard, sont frappants.

Pendant ce temps, il y a tout un autre travail en cours: les costumes. Peu à peu se définit le principe directeur et l'ensemble esthétique. Par tâtonnement. Par propositions. Par essais. Les personnages - il y en a dix, si je me souviens bien - sont divisés en trois familles: le clan d'Euclion (le riche qui veut avoir l'air pauvre et son esclave), le clan de Mégadore (le riche qui porte les marques de sa fortune, sa soeur, son neveu et son esclave) puis les personnages accessoires (le dieu Lare, les cuisiniers, la joueuse de flûte). Les deux premiers regroupements sont relativement sur la bonne voie. Les autres demandent encore de la réflexion... même si de nouvelles propositions seront fixées aujourd'hui.

Le chantier scénographie sera mis en branle à compte de jeudi après-midi, selon toute vraisemblance.

Reste maintenant le matériel promotionnel (affiches et feuillets) à produire. Enfin... il est en cours de création et devrait théoriquement être en impression d'ici demain ou jeudi.

Le sprint commence.

lundi 4 juin 2012

Ces spectateurs sur le théâtre...


Pendant longtemps, en France (et en Europe), principalement pendant les XVIIième et XVIIIième siècle, eut cours une bien étrange coutume théâtrale: les gens du bel air prenait place sur scène, avec les acteurs, pour se faire voir plus que pour ne voir la pièce... De bien encombrants accessoires!

Vraiment, une coutume qui me fascine (et qui a déjà fait l'objet d'un billet paru le 27 août 2011).

Voici comment Dorat, éminent poète et dramaturge français, célébra la fin de cette coutume en quelques vers bien sentis...


De nos jours, ils ne sont peut-être plus sur les planches, ces spectateurs... mais parfois, ils demeurent aussi bruyants et font autant de tapage et de commentaires que ces beaux marquis... Comme quoi tout ne change pas si vite...