mercredi 22 mai 2024

De la sanctification par le sacrilège

 

Le titre de ce billet, je l'ai emprunté à Bertolt Brecht. Il s'agit du titre d'un tout petit paragraphe, page 326, dans ses Écrits sur le théâtre 1, paru chez L'Arche:

Ce qui maintient en vie les pièces classiques, c'est l'usage qu'on en fait, même lorsqu'il n'est qu'un abus. Pour en extraire la morale, les maîtres d'école les passent au pressoir; et dans les théâtres, elles servent l'égoïsme des comédiens, l'ambition des maréchaux de la cour, l'avidité au gain des vendeurs de divertissement vespéral. On les pille et on les châtre: preuve qu'elles existent encore. Même quand elles sont «seulement» objet de «vénération», c'est toujours de manière revivifiante; car nul ne peut rendre un hommage sans qu'une bonne part de cet hommage ne retombe sur soi. Bref, leur délabrement profite, car seul vit ce qui vivifie. Un culte rigide serait aussi dangereux que ce cérémonial de la cour de Byzance qui interdisait aux courtisans de porter la main sur les personnes de sang royal, si bien que celles-ci, tombant, royalement soûles, dans un étang, n'étaient secourues par personne. On les laissait mourir afin de ne pas mourir soi-même.

Lire les grands théoriciens du théâtre, c'est comme lire la Bible pour les fervents chrétiens: ils finissent toujours par apporter une réponse, un réconfort... même quand la question n'est pas posée.

À quelques semaines de présenter George Dandin d'après Molière (voir ici), je réfléchis beaucoup - particulièrement dans ce cas-ci - à ma propre posture face aux classiques.

J'aime bien cette idée brechtienne de la nécessaire non-rigidité des classiques, de cette malléabilité qui leurs permettent de traverser le temps, de leur retirer le vernis de quasi sanctification pour les ramener à ce qu'ils sont vraiment: une matière scénique... et que c'est comme telle qu'ils doivent être utiliser.

mardi 21 mai 2024

Le spectateur fatigué

Portrait de Bertolt Brecht par Bert Heller (Allemagne, 1912-1970)

Toutes mes lectures - je suis un lecteur éclectique compulsif! - convergent, on dirait, vers la question des publics de théâtre... sujets des derniers billets.

Et voilà qu'hier, alors que je suis en train de lire les Écrits sur le théâtre 1 de Bertolt Brecht (paru en français chez L'Arche en 1963) - parce qu'il est, avec Stanislavski et Artaud, l'un des grands théoriciens (et praticien) du théâtre du XXième siècle et qu'il faudra bien que je passe au travers un de ces jours! - que je tombe sur ce passage (datant de 1939):

[...]
Un monde «dynamique» comme le nôtre, où rien ne dure, fait une grande consommation d'excitants. À la sensibilité de plus en plus émoussée du public, il faut sans cesse proposer de nouveaux effets. Pour distraire son public distrait, le théâtre doit d'abord l'amener à se concentrer; pour le soumettre à son charme, il lui faut l'extraire d'un environnement bruyant. Le théâtre a affaire à un spectateur fatigué, qu'épuise son travail rationalisé et qu'énervent toutes sortes de frictions sociales. Échappé de son petit monde, c'est un fugitif qui vient s'asseoir dans nos salles. Un fugitif, mais aussi un client. Il peut chercher refuge ici ou ailleurs. La concurrence que les théâtres se livrent entre eux, celle qui oppose le théâtre au cinéma exigent aussi, sans cesse, des efforts nouveaux, des efforts pour paraître sans cesse nouveau. (p. 279-280)

Est-ce qu'en 2024 il en va tout autrement? N'a-t-on pas conscience de viser une masse de spectateurs qui est sur-sollicitée? Pour tirer son épingle du jeu, il faut proposer quelque chose d'attirant, de différent, d'événementiel...

Mais cette masse, d'événement en événement, suivra-t-elle longtemps?  

lundi 20 mai 2024

Où est le monde? Quel monde?

Dans Le Canada qui chante: revue musicale, artistique, littéraire, illustrée de juillet 1928, il y a cet article sur l'avenir du théâtre québécois (montréalais), constatant la désaffection de la population pour son théâtre local au profit des vedettes et des tournées étrangères. 


Quelques années plus tard, La patrie: l'hebdo des Canadiens-Français du 20 septembre 1962 publie un grand dossier sur l'état du théâtre dans la Métropole dont voici l'article liminaire:


Est-ce que ça a tant changé?

dimanche 19 mai 2024

Pour qui fait-on du théâtre?


La question qui coiffe ce billet est récurrente dans le milieu théâtral. Pour qui, notre théâtre? Pour quel public? Quel(s) spectateur(s)? Et pour développer ce dit public qui n'est et ne sera jamais assez nombreux, pour dénicher ce nouveau spectateur, il y aura toutes ces activités de sensibilisation, de médiation qui prendront de plus en plus de place, d'énergie et de moyens financiers. Et on fera des pieds et des mains pour aller à leur rencontre, se croisant les doigts qu'ils viennent jusqu'à nous par la suite.

Une question qui devient parfois lancinante quand une production peine à attirer la masse. Mais en même temps, quelle masse vise-t-on? Ou doit-on viser?

Olivier Neveux, dans Contre le théâtre politique paru chez La Fabrique - Éditions en 2019 (dont j'ai parlé ici) y va d'une réflexion essentielle, à ce sujet:

[...] Le théâtre reste très largement fermé à un public populaire, il serait scandaleux de s'y résigner.

Pour autant, une question préalable s'impose. Elle est brutale. Est-ce vraiment si grave que le monde entier n'aille pas au théâtre? [...]

Que se joue-t-il sur les scènes qui soit à ce point indispensable à une vie? Une existence sans théâtre est-elle vraiment ratée, amoindrie, incomplète? [...] La question n'appelle pas, bien sûr, une réponse négative mais a minima une réponse réflexive. D'où vient, dans le monde culturel, ce désir de sauver l'humanité, les plus pauvres, les plus délaissés, les plus visiblement stigmatisés? [...] Le bon spectateur, en l'occurrence, c'est toujours celui qui n'est pas là, l'absent, celui qui est fantasmatiquement toujours plus «populaire» et dont l'attente organise toute les frustrations. Se défaire de ce paternalisme, de cette certitude que le monde attend quiconque pour s'émanciper, se cultiver, s'émouvoir est peut-être l'une des conditions nécessaires à la pratique d'un théâtre autrement populaire.

A-t-on encore le droit, du point de vue de ceux qui le font, de ne pas aimer le théâtre? [...] (pp.76-77-78)

Ce sont là de belles questions qui ramènent la première: pour qui fait-on du théâtre?

samedi 18 mai 2024

Qu'ils se le tiennent pour dit!

J'aime bien, ces petits entrefilets fielleux contre le théâtre qui parurent dans les différentes publications (ultramontaines, ultra-catholiques et conservatrices). Des petits écrits sans nuance. Directs. Engoncés dans une vertueuse conviction sans appel. Comme celui-ci, tiré de La Vérité du 5 mai 1883:


vendredi 17 mai 2024

Quand «George Dandin» jouait dans la région

Se promener à travers les archives (merci BAnQ!) permet de retracer les contours de la pratique théâtrale régionale au fil des années. Ainsi, à quelques semaines de présenter notre version de George Dandin d'après Molière, voici quelques autres productions de la même pièce par nos prédécesseurs...

... par le Centre dramatique du Nord-Est que je ne connaissais pas mais que j'ai trouvé ici p.25 (où le personnage est tenu par Jacques Brassard qui sera député pendant longtemps) (Progrès-Dimanche, 27 janvier 1968 et 3 mars 1968):



... quelques extraits présentés par les étudiants du Frou-Frou (Le Quotidien, 23 décembre 1980):


... et par les Têtes Heureuses (Progrès-Dimanche, 27 avril 1986):


... et de cette même production, on en dit (Progrès-Dimanche, 4 mai 1986):

jeudi 16 mai 2024

Pourquoi «George Dandin» d'après Molière?


Actuellement, je travaille, avec toute mon équipe, à la mise en scène de George Dandin... que nous présenterons d'après Molière. 

Qu'est-ce à dire? 

C'est dire que nous ne prendrons pas le parti littéraire de la pièce... au grand dam peut-être des puristes. Mais qu'importe. Nous plongeons dans ce texte à partir de notre propre oralité. Si les personnages, le cadre de l'intrigue, le schéma des échanges restent identiques, si les enjeux restent les mêmes, certaines expressions et une partie de la syntaxe sont fortement réappropriées par les comédiens. 

Pourquoi? 
  • D'abord pour rapprocher ce texte de notre réalité orale.
  • Pour accentuer l'identification.  
  • Puis pour retrouver une certaine vigueur de la langue dans cette comédie qui est particulièrement acerbe (et comme toute bonne comédie, le rythme est essentiel).
  • Pour rehausser les effets comiques de certaines répliques.
  • Pour prendre Molière à bras-le-corps et l'entraîner sur notre scène, aujourd'hui, en 2024. 
  • Parce qu'enfin, d'un point de vue vaguement idéologique, cette langue moliéresque, en 1668, ne sonnait pas comme le classicisme la fait entendre aujourd'hui (voir cet extrait d'une production du Bourgeois Gentilhomme montée comme à l'époque). Elle fut d'abord et avant tout puissamment scénique, pour des comédiens de leur époque, avant que les couches de vernis s'accumulent.
Adaptation? Non. Ajustements langagiers. Alors est-ce toujours du Molière? Moi je dis que oui. Mais il se fera entendre autrement.

Avec le Théâtre 100 Masques, au cours des dernières années, nous avons fait souvent ce type d'exercice: avec les Farce médiévales (2016), avec Le Père-Noël est une ordure (2019), avec Bas les masques! (d'après Un curioso accidente de Goldoni) (2022).

mercredi 15 mai 2024

Les métiers oubliés


On m'a offert hier - merci Monsieur Côté! - cet Almanach des spectacles pour 1827, un tout petit ouvrage (pas plus gros qu'un missel) de quelques 400 pages qui fait la recension des spectacles tenus en France cette année-là, avec, en prime, de nombreuses anecdotes, informations, etc. Bref, c'est en plein là le genre de bouquin que je consulte, par temps perdu, via Google Books ou BAnQ, afin d'alimenter notamment ce blogue. 

Chaque salle y est présentée en long et en large, avec le prix des places, les oeuvres qui ont pris l'affiche... mais aussi avec les ressources humaines nécessaires, dont la nomenclature est parfois surprenante. Ainsi s'y retrouvent, par exemple, pour le Théâtre Français: 
  • la surintendance
  • les sociétaires
  • les pensionnaires
  • le comité d'administration
  • le caissier
  • le secrétaire du comité
  • le secrétaire
  • le souffleur
  • l'orchestre (altos, basses, contre-basses, clarinettes, flûtes, cors, bassons)
  • les machinistes
  • les garçons de théâtre
  • les coiffeurs
  • les contrôleurs
  • les ouvreuses
  • les buralistes comptables 
  • le préposé à la location des loges
  • le préposé au bureau des premières
  • le préposé au parterre
  • les supplémens
  • le magasinier des costumes
  • les ouvrières du magasin
  • les fournisseurs
  • les entrepreneurs du luminaire
  • les architectes
  • les peintres-décorateurs
  • le conseil judiciaire
  • le comité de lecture
  • les médecins
  • (et les acteurs retirés avec pension). 
Ça, c'est que pour le Français. Parmi les autres métiers d'autres salle, une rapide compilation donne en surplus:

  • les menuisiers brigadiers
  • les sous-brigadiers
  • le chef accessoire
  • les allumeurs
  • les balayeurs
  • les conciergess chante
  • le suisse du roi
  • les tailleurs
  • les habilleuses
  • les perruquiers
  • les bureaux de distributions
  • les placeurs
  • les placeurs de la loge du Roi
  • le répondant de la porte des communications
  • les échangeurs
  • les chanteurs (et les choristes)
  • les employés de l'intérieur
  • les receveurs
  • les receveurs de billets à l'orchestre
  • les receveurs au parterre
  • le bureau des cannes
  • le magasin des femmes

Ça en fait, du monde! Il y a toute une tradition théâtrale - et tout un monde! - qui a mal survécu au passage du temps! 

mardi 14 mai 2024

Poésie du mauvais théâtre

 


Cette belle petite œuvre poétique a été publiée dans l'ultramontain journal La Croix, édition du 25 février 1905. 

lundi 13 mai 2024

«George Dandin» aujourd'hui...


Quel résonance peut bien avoir George Dandin aujourd'hui? 

Outre sa charge vindicative contre la préciosité des gens, la fourberie des caractères, l'hypocrisie des relations (tous des éléments moliéresques qui traversent le temps), cette pièce - écrite en 1668 -  pourrait fort bien (et fort facilement) aborder un sujet fort actuel depuis la parution de Rue Duplessis de Jean-Philippe Pleau: le transfuge de classe. 

Parce qu'à la base, tout ce texte est construit, en un sens, sur ce principe brillamment illustré par Pleau: George Dandin - paysan riche - a payé les dettes d'une famille d'aristocrates déchus pour s'élever à leur niveau et épouser leur fille. Passer d'une classe à l'autre (dans ce cas, par l'argent et non par l'éducation). Changer de milieu. Avec le clash constant entre ce qu'il est, ce qu'il voudrait être, ce qu'on veut qu'il soit. 

À quel prix ce changement de classe s'effectue-t-il? C'est ça, George Dandin. Dans le cas du personnage principal (homme malhabile), ça se fera au prix d'un bonheur conjugal inaccessible (par sa faute), d'une déloyauté et d'une humiliation aux multiples sources à coup de répliques acerbes, d'atermoiements et de raisonnements lucides. 

C'est un belle comédie. Qui grince. Qui égratigne.

mercredi 24 avril 2024

Du théâtre et de la politique... ou du théâtre politique...


Je suis en train de lire un essai fort intéressant: Contre le théâtre politique d'Olivier Neveux, paru en 2019 chez La Fabrique. Sur le tout politique... car, oui, c'est un caractère récurrent du théâtre contemporain... au point même de se dénaturer?  Car il y a politique et politique, non?

Car «tout est politique», ô combien, désormais, dans le théâtre public où l'on «frémit de sensibilité politique». Politique, ce spectacle paternaliste et compassionnel sur tel drame contemporain. Politique, cette oeuvre sexiste et raciste (à moins qu'il ne s'agisse de sa dénonciation, on ne sait plus). Politique, cette moraline républicaine. Politique, cette mise en scène décorative de la dénomination. Politique, ce théâtre participatif et référendaire. Politique, cette dénonciation téméraire des excès de l'argent. Politique, cette pesanteur macabre de messe. Politique, cette vitalité boursouflée. Politique, cette tranche de réalité. Politique, cette relecture des classiques. Et tout aussi bien: politique, ce boulevard. Politiques, ces chuchotements tout aussi bien que ce «son et lumière». Politiques cette table, ce pendrillon, cette canette de bière, cet écran ou ce samovar. En un mot: politique ce théâtre. (p.7)

La première section (de trois) est la plus intéressante: La dé-politique culturelle. C'est une belle analyse de la place du théâtre, dans sa société... mais surtout, dans la vision politique des villes, des états... mais aussi des administrations théâtrales. 

Alors le théâtre? Cet art dont tout le monde se moque, qui n'évoque pour n'importe quel étudiant en commerce qu'un passé très passé, l'ancien monde avec ses perruques et ses alexandrins, à l'image d'un vieillard improductif et gâteux dont l'interminable agonie coûte si cher; cet art que des bureaucrates sensibilisés, effrayés à l'idée d'être ringards, scrutent à l'aune d'une téléologie macabre, pour qui tel pan de sa pratique, de son histoire est définitivement obsolète, qui s'enthousiasme pour des nouvelles et bientôt déjà vieilles technologies, s'extasient devant des «modernités» qui ne sont que des anecdotes de l'époque; cet art qui n'est plus dans le regard des vrais décideurs au mieux qu'un exotique passe-temps, indolore, le prétexte à quelque sortie tardive et conjugale, plus événementielle qu'une banale sortie au cinéma; cet art qui n'est pour beaucoup supportable que lorsqu'il est de stand-up, drôle, évident, conforme à l'attente, ajustée à son teaser, vu la télé; cet art, à quoi peut-il bien encore servir? (p.60)

Il y a, tout au long de l'essai, de bons passages, lucides et bien acérés où il est facile de se reconnaître comme celui-ci:

Du théâtre instrumental... Les artistes dont les projets sont financés par de l'argent public se voient à ce titre, désormais, soumis à une multitude d'obligations positives, d'interventions et d'animations, qui en prison, qui à l'école, en contrepartie du droit à créer. Précarisés, ils constituent une armée de réserve disponible à loisir, corvéable et largement culpabilisée. Certains y trouveront du plaisir, du sens; ils arrivent à faire quelque chose de cette obligation insidieuse. Mais dans cette perspective, l'œuvre est devenue, en elle-même, insuffisante sinon accessoire. (p.63)

À quelques semaines/mois des réponses du CALQ, dans le contexte politico-économique où nous évoluons, il pose de bonnes questions et ouvre de bien bonnes pistes de réflexions.

jeudi 28 mars 2024

Petit moment de recul



Depuis quelques jours - beaucoup depuis le budget provincial... beaucoup depuis hier, Journée Mondiale du Théâtre... ce matin encore dans le Devoir (ici) - le discours ambiant du milieu théâtral est de se déclarer en mode survie. 
 
D'emblée, posons le diagnostic: il y a un cruel sous-financement culturel (comme dans plusieurs autres sphères de la société). Vrai. Plus que vrai. Mais est-ce que ça a déjà été facile? Quand les conditions l'ont-elles été? Au point d'être en mode survie? Vraiment?
 
Bien sûr qu'il faut de l'amélioration... et la balle est peut-être aussi en partie dans notre camp.

Et si c'était plutôt le moment, le signal, pour repenser radicalement notre fonctionnement (mais vrai, ici aussi, qu'il faudrait repenser, au passage, tout le mode d'attribution des subventions), de répondre autrement aux besoins de ce milieu? Comme un coup de pied dans une façon de faire qui a atteint sa limite? Qui sait...
 
Une chose me semble pourtant claire. Crier à la crise, c'est un peu crier au loup. C'est préoccupant, vrai. Plus que vrai. Mais ce fatalisme est aussi terriblement épuisant, démotivant.
 
Réclamons. Dénonçons. Transformons. Représentons. Bref, agissons avec un objectif précis: améliorer la situation. Cenne par cenne s'il le faut. Dollar par dollar. Pouce par pouce. De concertation en mutualisation. De reconfiguration en nouveaux projets.
 
Mais au final, ô surprise, ce sera quand même un éternel recommencement... parce que le théâtre, dans son essence même, se nourrit peut-être de ces crises permanentes et de l'adversité.

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Je termine en citant Meyerhold (citation qui est sur le mur de mon bureau en permanence):  Si le théâtre d’aujourd’hui ne meurt pas, c’est qu’il recèle encore des sèves vivifiantes. Qu’on l’achève s’il est condamné mais qu’on le ranime s’il est viable!

Et Ionesco: La crise du théâtre existe-t-elle? Elle finira par exister, si l'on continue d'en parler. On pense qu'un théâtre ne peut pas exister dans une société divisée. Il ne peut exister que dans une société divisée. Il ne peut exister que lorsqu'il y a conflit, divorce avec mes administrateur ou mes administrés (ce qui dépasse la notion de classes sociales), ma femme ou mon amante, mes enfants et moi, moi et mon ami, moi et moi-même. Il y aura toujours division et antagonismes. C'est-à-dire qu'il y aura division tant qu'il y aura de la vie. L'univers est en crise perpétuelle. Sans la crise, sans la menace de mort, il n'y a que la mort. Donc: il y a crise au théâtre seulement lorsque le théâtre n'exprime pas la crise. Il y a crise de théâtre lorsqu'il y a immobilité, refus de recherche; pensée morte, c'est-à-dire dirigée.