
Voilà... je suis allé voir (pour la première fois depuis la générale) une représentation de
Guerre, présentée par
Les Têtes Heureuses.
Je dois avouer que j'ai eu la chance d'avoir, dès le début du printemps (peut-être aussi était-ce le début de l'été?), ce texte entre les mains, alors que la distribution n'était pas encore annoncée. Texte qui m'avait beaucoup plu... avec une forte dose de contemporanéité: dialogues
réduits à l'os (comme dirait Rodrigue Villeneuve); personnages forts (plus proches de la
présence que du
caractère); linéarité brisée par la forme, beaucoup plus près du montage cinématographique que du récit; propos crus où les mots s'autosuffisent dans la création d'une atmosphère d'après-guerre emplies de vides, de tensions, de morts, de chaleur éteinte. Fi donc de l'émotion. Les mots portent en eux-même l'horreur et le mal-être. Le théâtre dans sa plus simple expression.
Presque rien... et pourtant soumis à une force horrible et froide: la ruine de l'être humain.
Le choc de la scène
Dans la salle,
presque rien.
Presque rien sinon une grande toile (omniprésente), un mur immense d'entrepôt ou quelque chose du genre, et une scène centrale. Une aire de jeu dépouillée, oui... mais aussi «repouillée» de chaises, de matelas et de menus accessoires! Bref, place aux acteurs.
En soit, la représentation est agréable: les deux heures que durent les entrelacements des dialogues, éclairages, costumes (!) et musique (?) passent sans longueur... et réussissent à maintenir un intérêt constant. Mais en même temps, suis-je objectif?
En fait, le choc ressenti tient beaucoup au texte et à l'interprétation. Ce qui, à la lecture, m'apparaissait d'une cruauté lucide, froide, et martelée au rythme du vide existentiel - une partition dissonnante - devient, à la scène, un récit (d'horreur, oui, mais tout de même un récit) avec des envolées émotionnelles. Cette impression tient tout particulièrement au personnage du père (malgré tout une belle performance de Jean Proulx) qui passe (toujours à la lecture) d'
obsessif tyrannique à (toujours à la scène)
victime qui pleure et repleure sur lui-même, sa femme, ses filles, sa vie passée, etc. L'image que s'en fait le comédien, la façon dont il aborde son rôle cadre-t-elle avec ce qu'a voulu faire le metteur en scène? Je lui demanderai, après tout, il habite chez moi!
Le spectacle propose de belles images et offre de forts beaux moments de comédiens, notamment lorsque paraît Sara Moisan, tout en nuance, en subtilité (un peu cliché mais bon!) mais avec une force et une solidité exemplaire! Une
Mère Courage contemporaine... Marie Villeneuve et Johanna Lochon campent deux jeune filles avec brio (que voilà donc des phrases presque tirées du Quotidien!) et justesse. Quant à Jonathan Boies, l'effort est constant et louable... et il évolue de soir en soir.
Oui.
Du vrai théâtre! Mais en sortant, après la représentation, bien plus tard, dans le lit, une question se pose avec acuité: est-ce que nous avons une expérience de vie nécessaire ici, à Chicoutimi (et au Québec, et en Amérique!), dans le confort du quotidien, pour porter un tel texte?
17 commentaires ont été publiés sur l'autre blogue:
Étrange, aucun commentaires.
Il n'y a pas un dicton qui dit : "Qui ne dit mot, consent."???
Étant moi-même un membre de l'équipe de création de cette production, je ne crois pas en mon objectivité. Ceci étant dis je crois que toute création théâtrale est un amalgame de plusieurs éléments parfois, pour diverses raisons, réussis ou non. Je penses ici avoir satisfait les désirs du metteur en scène et mis en valeur les différents éléments visuels... Pour le reste, cela ne m'appartient pas. Ce qui me surprend ici, un peu comme bébéjajouelatoune, c'est l'absence de réaction. J'étais le premier à penser que ce billet provoquerait un débas d'idée qui, à mon avis, est une bonne chose pour notre petit milieux "co-sanguin".
Peut-être les lecteurs n'ont pas encore vu!
lol... en effet...
Je termine en réaffirmant mon appréciation du spectacle, la fable, les personnages, la musique... Bref une création montée par des professionnels que j’ai regardée avec mes yeux de passionnée et que j’ai applaudi avec beaucoup de sincérité.
* je trouvais pas d'autres mots, je fais référence au caractère, au costume ...
-Un Omer tellement captivant, juste et auquel je croyais tellement, j'aurais bien voulu qu'il soit mon oncle ou avec un lien de ce genre!!!
Voila
P.S. Tu n'es pas le seul abonné à la revue Jeu, sache que si tu veux consulter, on a les exemplaires à partir du num. 1 publié en 1976.
Bonjour Dario!
J'ai un parti pris, évidemment. Mais aussi un recul particulier, par la position que j'occupe en tant que gestionnaire de cette compagnie. J'ai le devoir de m'assurer d'une qualité de rendu et de laisser une latitude de création optimale aux créateurs dans un contexte de restrictions budgétaires et un soucis de professionnalisme. J'aime bien ce débat. Au plaisir de lire d'autres commentaires.
Moi je te félicite Dario d'avoir eu l'audace d'afficher tes couleurs. Je pense qu'ici au Saguenay on a peur de se critiquer entre nous de peur de ne plus travailler. En fait, je crois qu'il faut être capable de prendre la critique ; selon moi c'est ça qui nous fait le plus avancer en tant qu'artiste.
Bon, par où commencer.
Tu as raison Dario, le discours autour de la création et de la conception des spectacles peut être très enrichissant. Toutefois, lors de la sortie d'une production, je pense qu'il faut un minimum de délicatesse et annoncer notre but s'il est d'ouvrir la discussion. Je pense bien naïvement qu'il faut s'aider entre nous. Ne montrer que le négatif des choses, peut influencer sur la décision d'une personne d'assister ou non à une représentation. Tu offres une fenêtre sur le théâtre et comme sûrement bien d'autres, je t'accorde une bonne crédibilité. :)
@ Lyne: J'en prends bonne note.
Voici un exemple de ce dont j'aimerais (aurais aimé!) parler... Quand Serge écrit que «l'élément central de la pièce est l'histoire que Dalida nous raconte, la sienne, sa résilience liée au destin tragique de June par le fait même l'histoire de June», il s'agit bel et bien de choix conscient de point de vue qui explique beaucoup de choses... dont la raison qui explique sa présence physique (et scénique) au centre de ce monde. Si je comprends bien, dans ce cas, June devient le prétexte?
Moi c'est comme ça que je l'avais vu.
L'histoire est celle de Dalida, mais aussi du village et surtout comment tout ce qui persiste là depuis 20 ans changera par la venu du personnage de Patrice (dont le nom m'échappe.
Mais June est l'élément central des maux de Dalida.
Placer Dalida au centre change mon point de vue... Intéressant.
Ce matin paraît le Griffonier (journal de l'UQAC) dans lequel, sous la plume de Yves Whissel, se glisse un bon papier sur le spectacle (p.11).
Les choix dans la pièce sont justifiables par moi et mes concepteurs, nous pourrions vous faire un rapport écrit avec notes explicatives si vous voulez, si vous êtes du genre à lire la note sur le petit carton à côté du tableau dans les galeries d'arts. Mais je vous encouragerais plutôt à vous en faire votre propre idée. L'exercice est meilleur pour l'esprit.