vendredi 21 novembre 2008

Parents et amis sont invités à y assister... avec avertissement préalable!

Le C.R.I. a encore frappé.

D'emblée, la nouvelle production, Parents et amis sont invités à y assister, - construite à même une oeuvre littéraire dense (de Hervé Bouchard) dont elle cherche à conserver l'essence - bouscule, déstabilise, accroche le spectateur et le perd tout à la fois. Un spectacle drôle, (dans tous les sens du terme), percutant, étrange, fort et fragile.

Un clan livre ses tribulations dans des lamentos funambulesques et bassement comiques. Figure centrale de cette polyphonie, la veuve Manchée, femme sans bras dans sa robe en bois, s'adresse à ses soeurs, à ses fils les chiens à tête de veau, à «l'épisodique Laurent Sauvé» joué par un fils de dieu – et à elle-même. Faite de monologues entrecroisés, cette oeuvre fonde un monde tout à la fois labyrinthe et scène de théâtre, où la parole a force de mythe et fait corps avec les choses et les êtres qu'elle produit ; où l'angoisse est un «orphéon» de fils chiffrés qui joue fort pour les «spectatrons» ; où les tirades sont autant de lieux, cave, coin, voiture et kiosque... Où chaque vivant, «en Hamlet qui magasine», a des morts et des pères qui lui remplissent la voix d'histoires. (Le Quartanier)

Peut-être est-ce là un bel exemple de ce qu'on nomme rhapsodie. Il s'agit donc avant tout d'opérer un travail sur la forme théâtrale: de décomposer-recomposer - componere, c'est à la fois assembler et confronter -, selon un processus créateur qui envisage l'écriture dramatique dans son devenir. C'est alors précisément le statut hybride, voire monstrueux du texte produit - ces recouvrements successifs de l'écriture que synthétise la métaphore du texte-tissu -, qui caractérise la rhapsodisation du texte, permettant l'ouverture du champ théâtral à une troisième voie, c'est-à-dire à un autre mode poétique, qui associe et dissocie tout à la fois l'épique et le dramatique. [...] C'est dans ce que Jean-Pierre Sarrazac nomme le «théâtre des possibles», où coexistent et s'ajoutent les contraires, où tout est placé sous le signe de la polyphonie que le travail rhapsodique de rapiéçage et de conjoncture prend tout son sens, engendrant dans les écritures contemporaines la structure d'un montage dynamique. (Poétique du drame moderne)

Dans la salle de répétition du Centre Culturel du Mont-Jacob, une distribution de qualité qui oscille entre le slam (dont se joue particulièrement bien Marc-André Perrier, rompu à ce type de texte) et la déclamation (magnifique Josée Laporte qui en pleure toute sa voix) austère et statique. On entend plus qu'on écoute. On ressent plus qu'on apprécie.

Scénographiquement parlant, rien. En fait, un faux rien. Que des chaises empilées. Que des matelas empilés (qui servent, par ailleurs, de cercueil, de lit, de tableaux). Et la pièce maîtresse: une robe en bois, prison vestimentaire (et hautement métaphorique!) de la mère. Tout est brut, sans illusion. Dès lors, l'aridité de la théâtralité laisse toute la place à la performance... puisque c'est de cela qu'il s'agit. Une performance... théâtrale.

Une mise en scène intéressante (parce que perplexifiante... parlez-en à mes voisins spectateurs atterris là par hasard...) dont il serait bon de connaître le processus. La richesse de la mise en scène de Guylaine Rivard (outre les ingénieuses trouvailles qui émaillent ces deux heures de représentation) se trouve principalement dans sa capacité à questionner le spectateur. Un véritable travail de recherche. Par conséquent, un spectacle qui demande beaucoup à son public.


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Parents et amis sont invités à y assister
jusqu'au 29 novembre (du mercredi au samedi)
Centre culturel du Mont-Jacob

Mise en scène:
Guylaine Rivard

Distribution:
Josée Laporte
Anne Laprise
Monique Gauvin
Jérémie Desbiens
Marc-André Perrier
Dany Lefrançois
Martin Giguère

jeudi 20 novembre 2008

Élections... et la culture?

Profitons du travail des autres... enfin... d'un autre (Paul Journet), ... et voici, avec ce lien, les principaux engagements culturels des principaux partis en cause dans cette élection quelque peu soporifique... quoique... Taxe coupée? Référendum? Le choix est large...

Théâtralisme aigu

Scène de théâtre a été réalisée par l'artiste Gillot Claude (1673 - 1722)

J'ai toujours dit que ma démarche était d'abord et avant tout fondée sur une recherche formelle, une quête de théâtralité exacerbée... ce que Meyerhold nommait (je sais, je le dis souvent... mais j'aime la formule!) le théâtre théâtral. Pourtant quand on y songe le moindrement, outre le jeu (qu'on pourrait qualifié d'outré), mon travail esthétique (à ne pas confondre avec les commandes ou les initiations) apparaît plutôt minimaliste. Oserai-je le mot? Ascétique...

Donc une théâtralité qui, du coup, refuse en quelque sorte la théâtralité... Paradoxe. Questionnement. Mais peut-être confonds-je deux notions différentes...
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Lu au détour d'une attente avant une représentation dans Études théâtrales no.22 (2001), Poétique du drame moderne et contemporain (sous la direction de Jean-Pierre Sarrazac)... qui se présente comme un lexique que je conseille à tous les amateurs de théâtre contemporain.

THÉÂTRALISME: Le concept de théâtralité, dans ses multiples usages au théâtre et hors théâtre, devient de plus en plus flou et tend à se banaliser. Pour une meilleure définition de la théâtralité, je proposerais qu'on lui opposât le théâtralisme. Théâtralisme désignerait alors le contraire même de la théâtralité.

L'avènement de la théâtralité procède d'une pure émergence de l'acte théâtral dans le vide de la représentation. La théâtralité fait le vide du théâtre au théâtre même. Du moins du théâtre en tant qu'
illusion. Dans cette maladie esthétique endémique que nous appelons théâtralisme, le théâtre souffre de sa propre emphase. Il est en quelque sorte trop plein de lui-même. Ainsi, lorsque Stanislavski déclare que "ce qui le fait désespérer du théâtre, c'est le théâtre", sa dénonciation ne vise pas la théâtralité - et, en particulier, la convention consciente à la Meyerhold (qui, par bien des aspects, en retranche plus qu'elle n'en rajoute sur le théâtral) - mais bien ce théâtralisme qui ne correspond qu'à un état histrionesque et narcissique, qu'à une manifestation redondante du théâtre au théâtre. [...] (JPS)

Semaines intenses... sujets à venir

photomontage prise sur le site no.concept.free.fr/Production.html

Les trois prochaines semaines me verront occupé à boucler des dossiers, des projets, à raison d'au moins une présentation par semaine...

La semaine prochaine, ce seront les deux représentations de De l'amour et des griffes du Théâtre Mine de Rien (troupe de théâtre amateure de l'UQAC) pour lequel je signe la mise en scène pour la troisième fois.

La semaine d'après, ce seront les trois représentations bénéfices de La Noël de Gruntilda II - La Nativité pour le compte du Théâtre 100 Masques.

Le lendemain de la dernière de ce spectacle, je dois me rendre à Roberval, au Théâtre Mic Mac, pour donner un atelier d'une journée sur l'imagination créatrice de l'acteur.

Enfin, la semaine suivante sera la dernière semaine des ateliers réguliers du Théâtre 100 Masques... et, par conséquent, la semaine des présentations publiques (et du début des inscriptions pour la session Hiver 2009).

D'ici là, si jamais vous en avez assez de lire mes billets portant principalement sur ces sujets, ne vous gênez pas: envoyez-moi des idées par courriel!

Bonne journée!

mercredi 19 novembre 2008

Les petits enfants du siècle

Photo prise sur FlickR (désolé, je ne trouve pas le nom du photographe)

Enfin, c'est fait.

Depuis trois ans que je connais Jérôme Sauvion, j'ai pu assister (à l'instar d'une cinquantaine de personnes) hier, à son spectacle Les petits enfants du siècle, adaptation d'un roman de Christiane Rochefort, produit par sa propre compagnie, La Face Nord.

La performance de cet acteur-metteur en scène est captivante. Tour à tour drôle, touchant, pervers, percutant, il maîtrise le mode narratif (puisqu'il s'agit d'une adaptation non pas dialoguée... mais plutôt d'un passage direct de l'écriture romanesque à la scène) avec brio et réussi, par la force de son jeu et de la convention qu'il installe dès le départ, à camper le rôle de l'héroïne, une jeune fille, une enfant. Jamais le spectateur ne décrochera ou ne se posera de questions.

Tout le monde ne peut pas être orphelin (Jules Renard)

L'histoire: Josyane de Bagnolet est née le 2 août. Après elle il y a eu encore dix enfants. Les uns après les autres, apportant en prime à leurs parents un tas d’électroménagers, tels que la machine à laver, le frigidaire, la télé, la voiture et le prix Cognac ! Josyane les élèvera tous. C’est une vraie petite maman, tandis que sa mère ne fait que penser à engendre pour gagner les allocations familiales. Chaque enfant est égal à un nouvel électroménager. Nous sommes dans les années 60, il faut reconstruire la France, et les alentours de la capitale française se transforment dans un tas de béton avec ses blocs d’appartements. (http://fr.shvoong.com)

À l'écoute, c'est un texte amusant... qui pourtant baigne dans un quotidien paumé, triste, pathétique et sans issue. Un univers où l'amour s'écrit en signe de dollars (ou de francs!) quand il existe et quand il n'est pas qu'un sentiment inconnu ou mal connu. Par le ton de cette oeuvre, par son thème éminemment familial avec toutes ses malsanités, son érotisme précoce et un brin tordu, Les petits enfants du siècle (1961) peut résonner comme un écho contemporain des tribulations du petit Poil de Carotte (et des Lepic) de Jules Renard (publié au début du XXième siècle) ou comme annonciateur, en quelques sortes, de la cruauté des jumeaux du Grand Cahier d'Agota Kristof (1987). Tous ces romans sont construits à partir de mêmes considérations: aborder l'histoire du point de vue d'un (ou plusieurs) enfant; faire de celui-ci un être avec une conscience aiguë de lui-même, du monde qui l'entoure; décrire son évolution, le développement de son caractère... jusqu'à l'impasse...

La mise en scène de Jérôme est efficace avec peu de gestes, peu de déplacements... ponctués par un environnement sonore (entres autres bruit de caisse enregistreuse et de berceuse) qui crée une mécanique vite admise par le public. Sa sobriété laisse ainsi toute la place aux mots et aux maux de cette enfant.

Simple, sans artifice, son aire de jeu ne se constitue que d'un grand espace meublé d'un seul tabouret, d'un tas de bas et d'une corde à linge. De ces bas épars, empilés, emmêlés se dégagera une véritable poésie de l'objet vestimentaire lorsqu'ils seront accrochés sur la corde, un par un, pour signifier l'arrivée d'un nouvel enfant de la famille et leur sort; pour créer, en quelques sortes, des personnages synecdotiques. Le spectateur se prend à reconnaître qui est le bas, et - honte suprême du romantique - à s'y attacher.

Bien qu'ayant rencontré, selon les dires de Sauvion, des problèmes de texte en cours de représentation (et outre la technique qui semble un peu carrée... le technicien habituel toujours en France), tous sommes sortis avec le sourire de ceux qui n'ont pas eu à connaître cette misère.

À voir si vous ne voulez pas être obligés d'aller en France pour cela!
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Je profite de l'occasion pour rappeler qu'il ne reste qu'une seule représentation... soit ce soir, à 20h, à la Salle Murdock. Il en coûte (au minimum!) 15$ par adulte et 11$ par étudiant. Mais comme il n'y a que très peu de places, peut-être vaudrait-il mieux réserver...

Enfin, sachez que ces représentations sont données pour le bénéfice du Théâtre du Faux Coffre en vue d'une éventuelle traversée de l'Atlantique pour aller présenter les Clowns Noirs à nos cousins français.

mardi 18 novembre 2008

Qu'est-ce que le théâtre... par répliques interposées

Le beau Will...

Bon. Tous se sont essayés à répondre à cette grande question existentielle: qu'est-ce que le théâtre? Eh bien, tous se sont essayés... et tous semblent se répondre et se renvoyer la balle... au point d'être capable de reconstituer, par citations interposées, un discours cohérent - cocasse peut-être - mais tout de même réel... :

Le monde entier est un théâtre, Et tous, hommes et femmes, n'en sont que les acteurs. Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles.
William Shakespeare, Extrait de Comme il vous plaira

Le monde est un théâtre, mais [parfois] la pièce est mal distribuée
Oscar Wilde

Mais...

Si le monde entier est une scène et si nous ne sommes que les comédiens, à quand, diable, l'entracte ?
Anonyme

Contentons-nous [alors] de dire que le théâtre, comme la vie, est un songe, sans trop nous soucier du mensonge.
Jean-Louis Barrault, Nouvelles réflexions sur le théâtre

Après tout...

Tout le monde peut faire du théâtre, même les acteurs.
Augusto Boal, Le Petit dictionnaire du théâtre

lundi 17 novembre 2008

Le théâtre de Carton

Petit moment de sourire... qui décrit bien comment je me sens lorsque je suis en scène. Cette anecdote est tirée de l'autobiographie de Pauline Carton, comédienne de Sacha Guitry, Les théâtre de carton. Petit livre cocasse!

Pauline Carton

J'en étais là de mes joies immenses, et jouais la comédie (que je dis) depuis six ou sept semaines, quand au beau milieu de mes ébats ancillaires, le directeur me campa un rôle important.

Vous croyez peut-être que c'était un rôle de bonne parlant davantage, une vendeuse de magasin, ou trente ligne dans un ensemble? Point. C'était une mère noble dans un drame! Une terrible duchesse aussi noble et aussi mère que faire se peut, une embêteuse grande comme une tour, bavarde et bénissante, une digne créature en jupe à falbalas, qui comptait six cents lignes, embrassait tous les personnages sur le front et poussait le cri de la dame qui s'aperçoit que sa fille adoptive est la vraie fille de l'assassin de sa soeur de lait.
[...]

Disons tout: mon début dans le drame n'eut rien du triomphe définitif!

La première personne qui se paya ma tête fut ma mère. Elle était assise au premier rang, et attendait les événements. Dès qu'elle eut perçu mes premières répliques que je parvins à risquer sur un ton faux d'une voix que la panique rentrée rendait tremblotante et minuscule, elle renonça sans lutte à tout orgueil maternel, et se mir sereinement à pouffer de rire.

Je la vis se lever, suivre de biais toute sa rangée, une main plaquée sur sa bouche pour contenir ses cris de joie, l'autre battant l'air pour me faire signe: - "Tais-toi, tais-toi!" tout en suivant la rampe. Puis elle s'engouffra dans le couloir-vestiaire où je l'entendis donner libre cours à son insolente gaieté, me laissant perchée sur la scène en proie à cette réconfortante pensée: si ma propre mère se sauve, qu'est-ce que vont faire les autres?
[...]

Oui... l'horreur d'entrer en scène et d'entendre pouffer de rire quelqu'un dans l'assistance... honte encore plus grande quand ce quelqu'un nous est connu! Bonne journée!

dimanche 16 novembre 2008

La semaine théâtrale... 15


Beaucoup de rendez-vous théâtraux peuvent s'inscrire à votre agenda pour les prochains jours.. Oui! Il y a des semaines comme ça.. alors sortez les Post-it, je commence!

Lundi, mardi et mercredi (les 17, 18 et 19 novembre 2008),
à 20h, Salle Murdock
Les Petits enfants du siècle, spectacle de Jérôme Sauvion... pour le bénéfice du Théâtre du Faux Coffre qui lorgne vers des représentations outre-atlantiques... J'en ai parlé beaucoup dans les billets précédents (ici et ici)

Mardi (18 novembre 2008), à 9h
Rencontre de la table de compétence théâtre organisée par le Conseil Régional de la Culture. Tous les artisans du milieu sont conviés à ces réunions de concertation, d'échanges et de discussions. À l'ordre du jour, la mise sur pied éventuelle d'un organisme d'aide pour le milieu culturel. (Notez que la réunion se tient, cette semaine, au CRC de Chicoutimi, Maison du commerce, 194 Price Ouest).

Mercredi (19 novembre 2008)
Nouvelle de voyage: Les Immondes, de Vicky Côté, seront présentés dans le cadre de la programmation du Grand Événement de la Relève Théâtrale, à Montréal à la Salla Rossa. Le succès remporté par ce théâtre de peu de mots - la pièce avait reçu une Mention spéciale dans le cadre de l'événement de la Bourse Objectif Scène - a engendré la création d'une nouvelle compagnie de théâtre, le Théâtre à Bout Portant. (Jean-François Caron, Voir)

Mercredi à samedi (du 19 au 22 novembre 2008),
20h, Salle de répétition (Mont-Jacob)
Pour la seconde semaine de représentations de Parents et amis sont invités à y assister du Théâtre C.R.I. N'oubliez pas de réserver au (418) 542-1129.

Vendredi et samedi (21 et 22 novembre 2008),
20h30, Salle Murdock (et présentation à 15h30 le 22)
Dernières représentations de Pas moi du Collectif Texentrique... dont j'ai parlé dans le billet du 7 novembre dernier.

Samedi et dimanche (22 et 23 novembre 2008), 13h
Sarah Bernard et son Théâtre Hors du Commun présente le résultat de ses ateliers automnales dans sa cour arrière: Les gouttes de miel (travail choral).

Voilà... encore une fois, si j'en oublie, faites-moi signe! Comme par exemple: c'est cette semaine, en Beauce, que les Amis de Chiffon présenteront pour la première fois devant public leur tout nouveau spectacle, Carton Rouge sur carré vert! Merde à eux et à toute leur équipe (merci Sébastien!)!

samedi 15 novembre 2008

De l'amour et des griffes [journal d'une mise en scène]

Peut-être est-ce une légère impatience causée par un mal de dent chronique... mais il est une chose dont j'ai horreur pendant une période de travail... et c'est qu'un comédien (plus exactement qu'une comédienne dans le cas présent!) ne fasse preuve de mauvaise foi en répétition parce qu'il (elle) estime n'avoir pas assez d'attention, qu'il (elle) ramène toute la création en cours à sa propre personne, à la (fausse) perception qu'il (elle) s'en fait.

Retour en arrière...

La première partie du spectacle De l'amour et des griffes, pour une multitude de raisons, n'a pu se faire le samedi après-midi comme l'autre (qui roule fort bien, soit dit en passant...). Nous nous sommes donc vus sur semaine, parmi toutes nos obligations... très peu, peut-être... mais quand même, nous nous sommes vus et la première mise en place est terminée. Avec encore beaucoup de travail de perfectionnement, d'approfondissement à y apporter. Et je le sais.

Donc, en ce samedi mouilleux, nous nous sommes donnés le luxe - à deux semaines de la première - de faire un enchaînement des deux parties. Mais pendant toute la première, entre les hésitations gestuelles (fragilité normale d'une première exécution complète) et les (fréquents) bogues de texte (moins excusables... point avec lequel je ne fais que très peu de concessions...), l'une des protagonistes ne cessait de passer des commentaires négatifs ("Nous ne sommes pas prêtes", "Nous n'avons pas assez répété", "Nous ne sommes pas drôles", etc), relâchait toute concentration, arrêtait le déroulement de la scène et minait le plaisir de tous en maugréant, soupirant et ne s'impliquant qu'à contrecoeur dans les notes et discussions post-exercice.

Je suis très conscient que cette partie n'est pas encore à niveau... mais j'ai beau expliquer que nous ne jouons pas demain, qu'il reste encore deux semaines et plusieurs heures de répétitions et d'enchaînements, que ce premier canevas est intéressant bien que pas encore à point... rien n'y fait et c'est à une moue boudeuse et une tenue de fermeture que je me heurte. Vraiment, ce type d'attitude devient vite un poids dans une création et nuit au développement d'un sain esprit d'équipe. Quémander de l'attention de la sorte ne donne qu'une seule et unique envie: se retirer. Mais bon... nous sommes encore en travail... et nous traverserons le pont rendu à la rivière.
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Cette anecdote (qui pourrait se confondre avec bien d'autres...) me ramène de nouveau sur l'une des exigences qui me sont nécessaire avec une équipe: la confiance. Non pas une confiance aveugle... tout peut (et devrait) être questionné, discuté, proposé, échangé... Pas une confiance aveugle, mais bien une confiance de base, dans l'autre, dans un projet commun, en soi. Une force positive qui permet d'abattre les obstacle, de sortir des sentiers battus avec un enthousiasme et un plaisir manifeste qui ouvrent les perspectives.

"Et c'est [son] panache!"

Cyrano de Bergerac... un des personnages les plus connus de la littérature universelle... et pourtant, quelle surprise que d'entendre et réentendre ce texte représenté pour la première fois en 1897 - chance que plusieurs ont eu (dont moi... pour la seconde fois) hier soir à l'Auditorium-Dufour dans le cadre de la tournée du Trident.

Coquelin l'aîné, le premier Cyrano de Bergerac, 1897

Cette production, mise en scène (assez convetionnelle par ailleurs) par Marie Gignac a principalement le mérite de nous faire entendre cette oeuvre: ce ton si particulier de la comédie romantique brillant des derniers éclats du mélodrame, cette amertume et nostalgie, cet amour et cette résignation... mais surtout ce sourire pour ne pas dire ce rire qui se noue entre chaque réplique... Des répliques connues et attendues, comme cette tirade du nez. Des déclarations d'amour amusantes et touchantes. Bref, du théâtre comme à la fin du XIX siècle... Une fable portant sur l'être et le paraître qui trouve tout son sens et son essence sur les planches (n'en déplaisent aux amateurs de cinémas et des nombreuses adaptations de la pièce).

Hugues Frenette, photographie: ?

La distribution* est impressionnante: 13 comédiens... enfin... Un acteur principal, Hugues Frenette - qui a lui seul vaut le détour - qui porte les 1 600 vers de ce rôle. Un monumental personnage. Avec une maîtrise du texte, de la scène, avec une aisance magnifique, il crée là un Cyrano amoureux, faisant preuve d'empathie, loyal et touchant qui surprend lorsqu'on vient annoncer, à plusieurs reprises qu'il a beaucoup d'ennemis et qu'on cherche à le piéger. Un comédien principal, donc... et ses faire-valoirs (car ce texte a aussi cette particularité d'être d'abord et avant tout un morceau de résistance pour un comédien...Rostand l'a d'ailleurs écrit pour Coquelin, vedette de l'époque...). Le reste de la distribution se partage les petits rôles (les numéros comiques) et les autres rôles principaux, Roxanne et Christian... bien fades aux côté du lustre omniprésent du rôle-titre.

La scénographie (un peu rétrécie par rapport à la version vue à Québec... tournée oblige!) de Michel Gauthier, tout en étagères mobiles emplis de verreries et en escaliers de métal compose les multiples lieux par de simples déplacements des modules (dans les entrescènes... et qui créent, avec l'agencement des lumières et de la musique de forts beaux moments). Gauthier suggère plus qu'il ne montre, avec peu d'accessoires. Le plus intéressant vient également du fait que le scénographe a choisi de laisser à vue toutes les mécaniques de cette aire de jeu (câbles, poulies, fils, éclairages) de même que toutes les coulisses de chaque côté, les convertissant en lieux d'attente pour les comédiens.

Enfin, quelques réserves... sur la longueur (bien que déjà près d'une heure trente soit retranchée au texte original), sur les costumes (qui surprennent parfois - comme celui de MontFleury et de Roxanne en tenue de camp), sur la figuration (qui me pose toujours problème... comment créer la vie en figurant?). D'autre parts, mais peut-être est-ce dû au fait que je voyais se spectacle pour la seconde fois, il m'a semblé manquer un peu d'énergie et de tenue sur scène... le plaisir qui m'avait transporté ayant peut-être fait place à la fatigue de la tournée...

Voilà. C'était ce que je voulais dire de ce spectacle.


* Une distribution amusante sur autre point: 3 des comédiens de ce spectacle (Jonathan Gagnon, Ansie St-Martin et Christian Michaud) étaient dans la région la semaine dernière dans La Cantatrice Chauve de Frédéric Dubois... Par ailleurs, 4 de ceux-ci ont déjà vécu des expériences théâtrales saguenéenne: Hugues Frenette et Éric Leblanc avec les Têtes Heureuses, Patric Saucier avec l'UQAC et avec La Rubrique comme metteur en scène, Eva Daigle avec La Rubrique.

vendredi 14 novembre 2008

Cyrano de Bergerac

Hugues Frenette (Cyrano de Bergerac)
Photographie: Louise Leblanc

J'ai déjà parlé de ce spectacle en mars dernier (je crois...). Malheureusement, il fait partie de ces billets perdus lors de la disparition de mes premiers Clapotis... Mais qu'à cela ne tienne, je serai ce soir dans la salle de l'Auditorium-Dufour pour une seconde représentation! J'en reparlerai donc demain...

Mais en attendant, sachez que la scénographie est de Michel Gauthier (qui n'a plus besoin de présentation au Saguenay)... et que c'est Hugues Frenette (qui a joué dans le Splendid's des Têtes Heureuses en 1996) qui tient le rôle-titre.

La Noël de Gruntilda [quelques notes]

Alexandre Larouche pendant la construction de Gruntilda
Les Monstres de l'orgueil, TCM été 2007
Photographie: ?


La Noël de Gruntilda (spectacle présentement en cours de répétition pour le Théâtre 100 Masques) est une animation théâtrale... ce qui fait que le spectateur devient acteur actif en demeurant constamment à l'affût des faits cocasses qui peuvent émerger de ce type de spectacle.

L'animateur, Gruntilda dans ce cas-ci (et c'est le cas de toute animation dite humoristique), ne doit pas trop appuyer sur les blagues, jeux de mots et jeux d'esprits. Il doit faire confiance à l'intelligence du spectateur... et se fier à sa capacité de suggestion.

Les blagues doivent surgir dans la simplicité, la spontanéité sans avoir à être surlignées; elles doivent surgir dans des moments furtifs d'où le plaisir d'être attentif à ce genre de spectacle.

L'animateur (l'acteur) doit être capable de fixer l'attention du spectateur, de le guider vers (et dans) le rire, sans que celui-ci ne se sente outrageusement pris en mains.

Enfin, on a beaucoup écrit sur le rire, mais on n'a pas déterminé d'une façon absolue ce qui fait rire, disait Coquelin Cadet dans Le Rire... Nous non plus.

Pour d'autres réflexions sur ce spectacle et son mode de réception, reportez-vous au billet du 27 septembre 2008.