mercredi 25 février 2009

Les mensonges de l'art


Au théâtre - celui que je fais... - j'ai toujours aimé la stylisation, la re-création d'un monde avec ses propres règles pour dire (pompeusement) le monde. C'est le règne du code et de la convention.

En cela, je rejoins plusieurs praticiens:

L'art reflète la Vie, mais la vie reproduite dans une oeuvre d'art est soumise aux lois de l'Art.
Vsevolod Meyerhold, metteur en scène russe (1885-1941)

Seuls les mensonges de l'Art disent les vérités de la Vie.
Jean Cocteau, auteur (1889-1963)

Il faut aller au bout de l'insolence et de l'étrangeté pour mettre en branle les décalages qui constituent la nature même de l'acte théâtral.
Jean Genêt, auteur français (1910-1986)

Le spectacle de théâtre [...] atteint sa propre réalité parce qu'il a un langage artificiel - c'est-à-dire fabriqué avec art - qui va nous amener ailleurs.
Jean-Pierre Ronfard,
metteur en scène québécois (1929-2003)


Je préfère penser la forme d'abors, la coquille se remplira ensuite. C'est peut-être moins sincère, mais c'est plus vrai.
Jean Asselin, directeur artistique d'Omnibus

mardi 24 février 2009

L'ORDRE DU MONDE [carnets]


Ce jourd'hui, rencontre avec les conceptrices Jessyka Maltais-Jean (conception esthétique) et Marilyne Renaud (régie créatrice) pour le chantier de la semaine prochaine.

J'ai pris le parti de ne pas convoquer de concepteurs techniques habituels (éclairagiste, scénographe, costumier) pour privilégier un travail de création continu qui fera appel principalement à la sensibilité, à l'imagination (non pas que les concepteurs traditionnels en soient dénués...). Il s'agit ici d'explorer, d'essayer... Comme la production se fera sur un mode intensif, il y aura alors un travail non pas de mise en valeur d'un spectacle mais plus de constitution de sens tout au cours de la création, où les comédiens n'auront pas à s'ajuster à une technique, mais bien celle-ci à suivre les premiers.

Encore une fois, je sais, on me dira que c'est toujours le cas. Eh bien, je dis que non.

lundi 23 février 2009

États d'âme du blogueur


Petit message bref, fort subjectif, comme je me permets rarement de faire... Pourquoi alors me lancer dans une telle entreprise? Parce que. Parce qu'il y a des jours où j'ai envie de tout arrêter. Parce qu'il y a des jours où je trouve frileux et en même temps excessif le monde théâtral d'ici. Parce qu'il y a des jours où. Tout simplement.

Parfois, je trouve parfaitement inutile d'écrire... non par manque d'intérêt ou par manque de commentaires. Non. De toute façon, personne n'est obligé. Non. Il est inutile d'écrire parce que dans le fond, ça ne mène à rien. Il est inutile d'écrire en se pliant à une discipline parce qu'il devient vite difficile de trouver un sujet intéressant (tout d'abord pour moi... et ensuite pour les autres) sans tomber ou dans l'anecdotique ou dans le trop pointu... bien que je pense que tout peut avoir une utilité pour une lente évolution.

D'autres fois, je me retrouve à marcher sur des oeufs - pour ne pas dire une bonne douzaine d'oeufs complète! - inutilement. Peut-être n'est-ce pas (quoi qu'on en pense!) une bonne idée de parler du théâtre saguenéen dans son ensemble. Faudrait-il alors me concentrer sur mes seules activités et réflexions? Peut-être. Même si je pense totalement le contraire. Je le réaffirme assez souvent: les échanges, les questionnements, les impressions - toutes aussi personnelles soient-elles! - ne constituent pas des tares et devraient permettre de dynamiser le milieu. Encore faut-il que le milieu soit présent.

Et présent, pourtant, il l'est. Du coup, on réagit souvent à mes écrits parce que je suis, selon les dires, polémiste... ou, au contraire, parce qu'on trouve que je ne le suis pas assez! Tout dépend des points de vue... et de l'angle que j'aborde les sujets. Si j'écris sur un spectacle, on applaudit tout autant qu'on décrie... si je m'abstiens, c'est encore pire. De chaque billet, on analyse mes opinions, on psychanalyse mes "réelles" pensées, on dissèque mes intentions cachées.

Parfois, donc, je grince des dents, je l'avoue. Bon. Je l'assume et n'attend rien. J'en tire même, à l'occasion, beaucoup d'agrément. Alors pourquoi ce billet? Parce que.

Nouveau site web pour le Théâtre CRI

Le Théâtre CRI a un nouveau site web. Pour toutes questions ou informations sur la compagnie, vous pouvez le consulter à l'adresse suivante: www.theatrecri.ca.

Quand le théâtre est dangereux

Voici quelques images tirées d'une exposition virtuelle trouvée sur le site Chronique du sang qui passe (Bibliothèque municipale de Lyon)... comme quoi le théâtre peut parfois être dangereux... voire mortel!

Sur scène, le drame peut (doublement) se dérouler, comme au théâtre de Carthagène où un artiste, congédié par le directeur, égorge au rasoir ce dernier, également comédien, en pleine représentation. (Le Progrès illustré, 1910)

Madame Chaumet au Palais Garnier, un jour de 1896 : lors d’une représentation, l’un des contrepoids soutenant le grand lustre se détache de son support, crève le plafond, et aplatit littéralement l’infortunée mélomane

L’attentat anarchiste qui, en 1893, transforme en cauchemar la soirée inaugurant la saison lyrique du Liceo de Barcelone. Deux bombes lancées du paradis au deuxième acte de Guillaume Tell font 20 morts et 80 blessés

Premier ennemi : le feu, qui détruit régulièrement ces bâtiments où le public s’entasse dans un univers de bois, de décors en carton-pâte et de toiles peintes.

dimanche 22 février 2009

Le Comédien... brillant Guitry


Il ne faut pas être amoureux du théâtre... il faut l'adorer.
Ce n'est pas un métier, le théâtre, c'est une passion !
Sacha Guitry, Le Comédien


Vient de se terminer le second Rendez-vous Théâtre - une initiative conjointe du CRI et du 100 Masques - à la Salle Marguerite-Tellier, où nous étions une douzaine (une belle douzaine!) pour visionner le film Le Comédien de Sacha Guitry.

Ce film est un bel hommage au père de Sacha, Lucien, acteur de son état. Du coup, ce film rend hommage au théâtre (celui du début du XXième siècle), aux comédiens: le théâtre demande un investissement personnel de qui le pratique; il doit être fait avec sérieux, avec respect pour le public, avec rigueur...

Il permet, après coup, de discuter librement (et c'est l'un des buts de ce Rendez-vous) sur le métier de comédien, sur la vocation de tout praticien de théâtre... Un document intéressant à voir et à revoir...
____________________________

Voici un extrait de la pièce Le Comédien, en 1925 (à partir de laquelle sera établi le scénario en 1948), qui donne une bonne idée du ton du film:

On frappe à la porte.

Lucien Guitry: Entrez !

Entre un acteur

L'acteur: Excusez-moi... Je tenais seulement à vous serrer la main une dernière fois et à vous dire combien j'avais été heureux et fier à côté de vous !
Lucien Guitry: Vous êtes mille fois aimable !
L'acteur: J'espère que vous n'avez pas eu à vous plaindre de moi ?
Lucien Guitry: Vous plaisantez, voyons !
L'acteur: Vous m'aviez un peu paralysé aux répétitions... Mais, enfin, je crois que je me suis repris... et, si ce n'est pas être trop prétentieux que de le remarquer moi-même, je pense avoir tiré mon épingle du jeu... assez honorablement !
Lucien Guitry: Mais très honorablement !
L'acteur: Je ne réalise pas toujours ce que je voudrais... Mais, sans me vanter, je peux dire que la psychologie du personnage que je joue ne m'échappe jamais... Parce que, mon personnage, je le fouille.
Lucien Guitry: Il n'y a pas autre chose à faire... Il faut fouiller !
L'acteur: N'est-ce pas ?... Vous fouillez beaucoup, vous ?
Lucien Guitry: Moi ? Je n'arrête pas ! Et nous ne saurions trop nous le répéter ! Fouillons ! Fouillons !
L'acteur: En somme, disons-le, notre plus grande qualité, c'est l'intelligence !
Lucien Guitry: Il n'y a aucun doute ! A bientôt...
L'acteur: A bientôt... Monsieur...

L'acteur sort, Maillard reprend la discussion :

Maillard: A sa façon de jouer, d'ailleurs, on sent qu'il est très intelligent.
Lucien Guitry: Lui ? C'est un effroyable imbécile.
Maillard: Allons donc ! Eh bien, du balcon, il fait très intelligent.
Lucien Guitry: J'irai au balcon quand il jouera...(...)

Bien qu'un peu sournois, c'est savoureux, non?


Une semaine de théâtre...

Une semaine de théâtre... et c'est le cas de le dire! Depuis le début de l'année, c'est - et de loin! - la semaine la plus occupée pour les amateurs de théâtre. Peut-être même que ceux-ci ne sauront tout suivre... À suivre!

Donc, grosse semaine: 7 rendez-vous au programme pour quiconque se sent irrésistiblement attiré par l'art dramatique!

Dimanche, 22 février 2009
Salle Marguerite-Tellier (Centre des Arts), 14h


Le Théâtre C.R.I. et le Théâtre 100 Masques vous convie au second Rendez-vous théâtre qui portera sur le jeu du comédien... tant dans sa formation que dans son entraînement tout au cours de sa carrière. Au menu: visionnement du film Le Comédien de Sacha Guitry. Ce film, tourné en 1948, raconte l'histoire de son père Lucien, un grand comédien de son époque et par le fait même, parle de théâtre et offre - et je cite! - une profonde réflexion sur la grandeur et la servitude du métier d'acteur. Discussion par la suite...

Mercredi, 25 février 2009
La Tourelle (Cégep d'Alma), 20h

Photographie: ? (si vous le savez, faites-le moi savoir!)

Le Théâtre À Bout Portant (fondé et dirigé par Vicky Côté) donne à nouveau, dans le cadre de la Flash Fête 2009 organisé par IQ L'Atelier, son spectacle Les immondes , état d'une solidarité, présenté en mars 2008 (et dont vous pourrez lire les commentaires ici).

Mercredi, jeudi et vendredi, 25, 26 et 27 février 2009
Studio-Théâtre de l'UQAC, 20h

Dans le cadre de TOUSKI (décidément, je ne m'habitue pas à ce nom... quoi qu'on en dise!), Fanny Chica présente son projet, Le drame des constructeur: Une adaptation théâtrale libre des écrits d'Henri Michaux, valorisation de l'inadaptation. L'axe est la folie. L'expérience de sentiments ou d’événements s’est figée et ne laisse pas la possibilité de réagir librement. La performance est brute. Voyager entre l’inachevé et l’inachevable de la perception. Construire une ville, un verbe, un transport, voilà la folie de marionnettes dirigées par Dieu le Père.

De mercredi à samedi, du 25 au 28 février 2009
Salle Murdock (Centre des Arts), 20h


Le Théâtre du Faux Coffre et ses clowns noirs présentent, en rappel, leur quatrième opus, Barabbas dans la Passion, les origines du premier clown noir (présenté l'été dernier et ayant fait l'objet d'un billet ici). Avis à ceux qui n'ont encore jamais vu un de leur spectacle... Et il y en a!

Jeudi, vendredi et samedi, 26, 27 et 28 février 2009
Petit Théâtre de l'UQAC, 17h


C'est, par la suite (et toujours dans le même cadre du festival étudiant mentionné plus haut!), au tour de Jessica B. Pinard de présenter son projet, Memoria: Le projet MEMORIA réunit quatre retraités et une étudiante en théâtre. Venez découvrir le talent de ces néophytes du monde théâtral, qui sauront vous toucher par leur sincérité. Osez pénétrer dans cet univers de souvenirs, de vieillissement, de peines et de bonheurs. Ils vous attendent, bon théâtre! À noter que ce projet présente un extrait de la pièce Au bout du fil, d'Évelyne de la Chenelière.

Jeudi, 26 février 2009
Salle Pierrette-Gaudreault, 20h


Le Théâtre La Rubrique présente une production du Théâtre de la Pire Espèce, Persée: À partir des artefacts retrouvés sur un site de fouilles, trois archéologues du début du siècle tentent de prouver l'existence du héros mythologique Persée, mais leur reconstitution historique se heurte sans cesse à des éléments fabuleux. L'enquête scientifique se transforme peu à peu en quête existentielle. À travers Persée, c'est leur propre visage que les savants tenteront de déterrer. Transfigurés par les objets qu'ils animent, ils deviendront, sous nos yeux, les protagonistes du célèbre mythe. Rejetés par la communauté scientifique, ils poursuivent leurs fouilles, attirés par l'étrange magnétisme qui émane de certains artefacts. Ainsi se développe une étrange cérémonie, tragique et burlesque à la fois. Pour plus d'informations, consulter le site de La Rubrique.

Samedi, 28 février 2009
Centre social du Collège d'Alma,
13h, 15h30, 16h10, 17h


Toujours dans le cadre de la Flash-Fête 2009 (voir plus haut), La Tortue Noire (Dany Lefrançois et Martin Gagnon) présente Le grand Oeuvre... spectacle d'objet qui se promène un peu partout dans le monde... Au coeur d'un laboratoire mystérieux, un alchimiste se livre à un rituel initiatique afin d'atteindre l'immortalité de son âme. Parallèlement à ses expériences, un autre univers évolue. Symbolisant la Terre, le crâne de l'homme devient porteur de ses visions lumineuses axées sur la création du monde et l'évolution du genre humain. Ce spectacle sans paroles propose par l'ingéniosité de sa conception sonore et visuelle une vision empirique et sinueuse du bouleversement de l'humanité; une ode à la création. À voir et revoir!

C'est ainsi que se terminera la semaine... et si j'oublie quelque chose, n'hésitez pas à me le faire savoir!



samedi 21 février 2009

Moment historique!


En dix ans d'existence, le Théâtre 100 Masques a fonctionné principalement de bénévolat et d'abnégation monétaire! Peut-être sera-ce chose du passé! Car en effet, pour la première fois depuis ses tout débuts, il se paiera le luxe (à mon grand plaisir parce qu'à mon bénéfice!) d'avoir un salarié permanent pour occuper le poste de direction! Que de chemins parcourus depuis 2007 pour redonner une santé à cet organisme, une crédibilité, une place... que de temps investis dans l'espoir de voir le vent tourner! Eh bien, le vent, il tourne.

L'ORDRE DU MONDE [carnets]


S'il est une théorie que j'aimerais explorer dans cette création, ce serait la théorie du regard vide... de l'absence de destinataire visuel... de l'amplification du sentiment spectateur par création d'un effet miroir: ce regard vide qui m'atteint me donne-t-il un reflet de moi-même... truc que j'avais essayé particulièrement dans Au bout du fil (Théâtre Mic Mac, 2004). Percuter par l'impression de naufrage... Ce regard vide, c'est en quelques sortes la mort, ou l'abnégation (l'abandon)... la vacuité de l'existence. La marionnette...

Regarder l'autre pour que l'autre se voit en soi.

Cette théorie peut être jumelée à une autre théorie tout aussi intéressante: celle du geste (ou de la parole) avorté qui trouve son aboutissement... ou plutôt, qui laisse, en lieu et place de celui-ci, à un interstice troublant, un immense vide. Un trou.

Comment concrètement cela peut-il s'inscrire dans le travail? Nous le verrons à compter du 1er mars!

LES ROBINS DES BOIS - parodie du conservatoire

Voici une autre vidéo de ce collectif d'humoristes-comédiens français:

vendredi 20 février 2009

L'ORDRE DU MONDE [carnets]


L'Ordre du monde s'inscrit dans quel contexte de production? Est-ce du théâtre expérimental? Est-ce une recherche, un laboratoire? Un atelier?

Il y aura bel et bien représentation... par conséquent, c'est un spectacle. Et selon Michel Corvin (et son Dictionnaire encyclopédique du théâtre), le théâtre de recherche ou expérimental refuse d'entrée la notion même de spectacle, se situe en dehors de l'action visible du théâtre... Ça règle donc la question.

Alors s'en pose une nouvelle: qu'est-ce qu'une création?

Alors qu'est-ce que la création?

L'acte de création est marginal dans son essence. Quand on crée, on ne se met pas sur la place publique, au milieu de l'institution. C'est quelque chose qui part d'un endroit inattendu. S'il y a création, il y a quelque chose d'insu, d'inouï, de non créé. (Roland Fichet)

Ces derniers mots sont toujours un peu dangereux... Faut-il chercher absolument quelque chose d'insu, d'inouï, de non créé? Encore là, créer pourquoi? Pour répondre à quoi? Ainsi répond Castelluci: La création n'est pas la réponse à une demande de salut, mais au contraire, elle est une autr question posée par rapport à une réponse de salut que nous venons de recevoir ou de deonner et qui, forcément, à long terme, n'est pas satisfaisante.

jeudi 19 février 2009

Comment Garrick se grimait

Cette petite anecdote coiffée de ce titre donne une bonne idée de l'illusion théâtrale... de cette façon un peu ancienne du théâtre où le paraître de vient l'être... Cette anecdote est rapporté par Charles-Simon Favart dans une lettre au Comte de Durazzo, en décembre 1760, et raconte tout l'art illusionniste (très XVIIIième et XIXième siècle) du grimage selon Garrick:


Favart rapporte que Luigi Riccoboni fut fort surpris lors d'un voyage à Londres, d'y voir une comédie dans laquelle un vieillard de soixante ans au moins jouait le principal rôle. L'acteur qui le rendait lui parut un homme aussi âgé que le personnage qu'il représentait, et comme cet acteur débitait avec une chaleur, un intérêt et un naturel qu'il n'avait encore remarqués dans aucun de sa profession, dès que la pièce fut achevée il monta sur le théâtre et demanda quel était ce vieux comédien qui avait joué si parfaitement. On le conduisit à la loge d'un jeune homme de dix-sept à dix-huit ans, c'était le célèbre Garrick. «Monsieur, lui dit Lélio, est-ce Monsieur votre père qui a joué ce vieillard? - Non, Monsieur, c'est moi. - Cela n'est pas possible! s'écria Lélio; il était tout ridé.

- Monsieur, répliqua le jeune Garrick en lui montrant plusieurs petits pots qui contenaient différentes couleurs, voici où je prends l'âge que je dois me donner, selon les rôles que j'ai à représenter; une teinture légère de carmin me donne la fraîcheur de la jeunesse, le cinabre me fait paraître plus mâle; et avec un peu d'indigo dont je me frotte le menton, j'ai la barbe vigoureuse d'un homme de trente-cinq à quarante ans; je mêle un peu d'ocre au vermillon pour acquérir dix années de plus et, pour paraître décrépit, j'ajoute du safran, je me frotte de blanc d'Espagne les sourcils et le bas du visage et, avec ces petits pinceaux, je me fais des rides; alors, en mesurant ma voix, mon attitude et mes gestes aux différents caractères, je tâche, autant qu'il m'est possible, de m'approcher de la vérité pour faire plus d'illusions.»

La grande Sarah Bernardht avait aussi son opinion:

... Une actrice brune doit se farder à la poudre ocre ou safranée mise sur un fond de teint ocre, et très peu de rouge aux joues; elle doit avoir soin de rendre invisible le léger duvet que possède une femme de trente ans et au-delà, autour des lèvres... Un peu de blanc gras safrané au-dessus de la lèvre supérieure et le mal se répare. Une femme brune doit toujours découvrir une partie de son front pour éclairer le visage. Elle ne doit pas mettre de noir autour des yeux mais seulement allonger l'oeil avec un crayon marron, jamais un rayon noir. Elle peut se rougir les lèvres le plus possible, surtout si elle a les dents blanches. Mais il ne faut pas se servir de rouge gras: cela amollit l'articulation. Il faut user de rouge liquide dans lequel on introduit très peu soit de vinaigre, soit de vernis, soit d'acétone. Il n'est pas à craindre que cela flétrisse les lèvres le jour. Cette mixture a l'avantage de rester vivace sous l'humidité de la salive; elle donne aux lèvres une consistance qui leur permet de frapper l'une sur l'autre et de doubler ainsi la consonance d'un mot.

... Pour les blondes, le fond de teint est moins foncé que pour les brunes. Le rouge, plus abondant, doit être plus vif, moins jaune. La poudre qui vaporise le tout est, soit naturelle, soit «Rachel». Les paupières doivent être faites soit au marron clair, soit, et de préférence, au bleu, qui rend plus sensible le bleu des prunelles. Le rouge mis au coin de l'oeil agrandit celui-ci. Le rouge des joues doit monter très haut. Quant à la bouche des blondes elle doit être plus claires, d'un rouge rose assez vif. (1923)