mercredi 23 juin 2010

Entre théâtralité et performativité

Suite de la citation de Josette Féral que j'ai publié ici il y a quelques jours (voir le billet du 19 juin dernier) où je traitais, à partir de Dragage de Jean-Paul Quéinnec, de la performance et du théâtre performatif (entre la théâtralité et la performativité):

L'acte performatif [s'inscrit] donc contre la théâtralité qui crée des systèmes, du sens et renvoie à la mémoire. Là où la théâtralité est davantage liée au drame, à la structure narrative, à la fiction, à l'illusion scénique qui l'éloigne du réel, la performance (et le théâtre performatif) insiste davantage sur l'aspect ludique du discours sous ses multiples formes visuelles ou verbales: celles du performeur, du texte, des images ou des choses. Elle les fait dialoguer ensemble, se compléter et se contredire tout à la fois [...]. Elle impose le dialogue des corps, des gestes et touche à la densité dela matière, qu'il s'agisse de celle des performers sur scène ou de celle des machines performantes: vidéos, installations, cinéma, art virtuel, simulation [...]. Elle installe la déconstruction de la réalité, des signes, du sens, de la langue.

Voilà. Je trouvais cette partie de la citation fort importante pour compléter le billet précédemment nommé.

mardi 22 juin 2010

Définition concise du personnage


Le personnage,
c'est le nom donné
à l'éloignement.


Daniel Mesguish

L'Éternel éphémère




lundi 21 juin 2010

L'Assemblée des femmes [Carnet de notes]


Voici le résultat de mes réflexions suite à l'enchaînement (plutôt bon) de jeudi dernier. Ces quelques points serviront de base de discussion avec les comédiennes tout à l'heure.

CE QUE JE RECHERCHE :

Précision de l’espace --> scénographie, aires de jeu, espace du public (donc, à qui vous vous adressez fort souvent durant la représentation).

Précision du mouvement (clarté du geste : comme du cristal fin) --> nettoyer (parasites), peaufiner, mieux marquer les poses.

Précision de la présence (tonus) --> principalement dans l’espace, engagement, investissement… Cette précision de la présence tient principalement à deux choses : le regard et l’écoute. Si vous ne regardez nulle part et que vous semblez dans votre bulle, on le remarquera assurément.

Précision du chœur --> assurance, spontanéité, vivacité, cohésion.

Ce spectacle devrait, outre les passages plus sérieux (les bouts politiques), être porter par une souffle absurde, une dynamique constante qui mène, plus on va vers la fin, vers la folie de la finale.

CE QUE VOUS DEVEZ FOURNIR :

Clarté du discours (donc assurance du texte !!!) d’abord et avant tout pour les interprètes --> l’offrir ensuite aux spectateurs : «Une phrase doit être présentée savoureusement, comme pour exciter l’appétit, de la même façon qu’un cuisinier qui, lorsqu’il sert un bon plat, ne soulève pas tout de suite le couvercle de la casserole. Ensorcelez-nous d’abord avec l’arôme de la phrase, et puis, offrez-la nous» Meyerhold. En ce sens, il est primordial que vous compreniez ce que vous dites et que le spectateur le comprenne par la suite.

Calme --> l’énervement est le pire ennemi du comédien.

Confiance envers vous principalement --> vous savez ce que vous faites et ce que vous ferez, vous savez dans quoi vous êtes, vous êtes capable et avez réellement du talent. Si vous n’assumez pas l’entièreté de votre action, il y a un problème. Envers moi --> même si nous cherchons, j'ai quand même une fort bonne idée de la direction à prendre.

Rythme soutenu et cohérent --> on ne tire rien de la précipitation (il faut prendre le temps d’être rapide au besoin).

CE QUE VOUS DEVEZ SURVEILLER :

Les personnages ne doivent pas nuire à la comédienne --> attention à la voix , attention au corps, attention à ne pas vous alourdir par eux. Il ne faut surtout pas tenter (et c’est souvent le plus grand problème) de rendre vos personnages plus psychologiques qu’il ne le faut tout comme il ne faut pas non plus que vous tentiez de rendre vrais ce que vous êtes, ce que vous faites. Mesguish disait : «Le théâtre n’est pas art de faire semblant, mais art de faire exprès.» «En d'autres termes l'acteur ne doit pas être possédé par son corps, ses émotions, son personnage. Il doit être constamment maître de ses moyens et y trouver son plaisir suprême, même lorsque toute la machine théâtrale vacille autour de lui.»

La respiration --> par respiration, j’entends principalement rythme, mesure, tempo, accord, cadence, harmonie.

Enfin (et j’aurais dû mettre ça en début de notes), il ne faut pas perdre de vue une chose essentielle (selon Mesguish) à laquelle je crois profondément: «Ce qui doit se jouer d'abord et avant tout au théâtre, c'est le plaisir de faire du théâtre !»… toujours du même auteur, je pourrais rajouter : «Il faut donner l’impression que, ce qu’on fait, on n’a pas le droit de le faire. C’est que le théâtre toujours doit se redonner comme ce qu’il est : une transgression, un tabou transgressé en commun.»

dimanche 20 juin 2010

Au théâtre, cette semaine! (du 20 au 26 juin 2010)

L'une des quatre affiches officielles de la Fête Nationale 2010
célébrant la créativité de l'imaginaire (Création B.O.S.)

En cette semaine de la Fête Nationale du Québec (naguère appelée la Saint-Jean-Baptiste), quelques dates à retenir:

À partir de vendredi - du 25 juin au... 2010
Dam-en-terre (Alma), 20h (?)

Début de la saison estivale à la Dam-en-terre avec la présentation de Dentelle et Diesel (spectacle étant présenté ainsi: Du théâtre d'été avec des comédiens professionnels): Un chalet rustique près d'un lac. Une carriériste contrôleuse et un avocat anxieux attendant leur premier enfant. L'arrivée d'un beau-père provocateur et d'une ex-blonde un peu trop sexy voulant récupérer son homme. Un tourbillon de rebondissments qui bouscule les valeurs! C'est dans cette pièce que jouent Réjean Vallée, Valérie Laroche et Patrick Ouellet qui ont tous joué pour les Têtes Heureuses.

En fait, je crois que c'est tout... Pour le reste, ce n'est que partie remise!

samedi 19 juin 2010

Dragage... une imagerie sonore


J'arrive de Dragage 02... le travail de recherche de Jean-Paul Quéinnec.

Un travail éblouissant - une véritable performance - qui me laisse pourtant parfaitement perplexe et me questionne sur plus d'un point de la pratique: la performance pourrait bien être aujourd'hui un point névralgique du contemporain (L. Goumarre, C. Kihm).

Du théâtre performatif... Du théâtre qui délaisse tous ses paramètre traditionnels pour faire sien les «quatre opérations performatives» selon Schechner: être, faire, montrer le faire et expliquer.

Pour mieux comprendre, je reproduis ici un extrait que j'ai déjà publié sur ce blogue (tiré de l'article de Josette Féral paru dans Espace/Public, Entre performance et théâtralité: le théâtre performatif):

[Avec la mise en échec de la représentation et] les mises en situation que les spectacles performatifs installent, c'est l'interrelation qui lie le performeur, les objets et les corps qui est première. Le but du performeur n'est point d'y construire des signes dont le sens est défini une fois pour toutes mais d'installer l'ambiguïté ds significations, le déplacement des codes, le glissement de sens.

Et c'est précisément en ce sens que Dragage bouscule mes convictions théâtrales, me stimule, me trouble. Car si d'une part, ma pratique s'inscrit dans un cadre disons conventionnel (tant dans le sens de traditionnel que dans celui du code scénique), ma véritable recherche (celle qui m'occupe principalement lors de mes projets personnels) sur les écritures actuelles se situe au croisement de ces deux notions de théâtralité et de performativité.

Théâtre ou performance? Théâtre et performance? Jusqu'où aller? Comment y aller? Pourquoi même y aller? Telles sont les questions qui me passent dans la tête à vive allure.

Je cogite donc... en attendant de pouvoir, comme les spectateurs qui ont manqué la présentation de cette après-midi, revoir Dragage dans le cadre de ManiGanses en septembre prochain!

Le théâtre postdramatique dans le sillage d'Artaud...

Plusieurs théoriciens et sémilogues du théâtre placent la notion du théâtre postdramatique dans le sillage direct des notions artaudiennes. Pour eux, ces deux théories se veulent être une quête de l'absolu de l'être, une mise en scène des pulsions, une «combustion de la chair et des phantasmes (Antonin Artaud, Le théâtre et son double, 1948).

Hans-Thuie Lehmann, le pape du postdramatique, dresse, dans son ouvrage (de plus en plus contesté dans les cercles intello-universitaires), les 4 principaux points essentiels communs à ceux-ci (et du coup, donne une bonne définition de base de ce type de théâtre qui se veut actuel et post-postmoderne!):

[...] La scène est considérée comme le point de départ et non comme lieu de re-copiage. Dans le nouveau théâtre, il ne pourrait être question d'un «discours» du créateur du théâtre que si l'on entend le terme de dis-currere au sens propre, c'est-à-dire «se disperser». Il semble plutôt que l'abandon e l'instance d'origine du discours et, parallèlement, la pluralisation des instances de l'émission sur scène conduisent à de nouveaux modes de perception. Enfin, du point de vue terminologique, la conservation du concept de «drame» dans la formule «discours dramatique» peut induire en erreur. Il en va ici d'une distance beaucoup plus grande par rapport à l'agencement dramatique en général.

Oui, c'est aride un peu pour un samedi matin... comme quoi, j'ai parfois de ces soubresauts qui me rappellent que je suis toujours inscrit au doctorat (dont j'attends encore les résultats du dépôt de mon sujet de thèse).

vendredi 18 juin 2010

Au suivant...


En écoutant l'émission Café boulot Dodo ce matin (soit CBJ 93,7FM), j'ai appris le départ très prochain (enfin, aujourd'hui c'étaient les adieux officiels) de Philippe Belley qui délaisse sa chronique culturelle qu'il occupe depuis déjà 6 ans pour transiter, si j'ai bien compris, vers un poste d'animateur à la chaîne Espace Musique dès septembre...

La première fois que je l'ai rencontré, c'était pour la production d'octobre 2003 (soit quelques semaines à peine après ses débuts) du Théâtre 100 Masques, Le Choeur du pendu dont j'étais l'auteur et le metteur en scène... et je lui ai parlé (de même que de nombreux autres artisans du milieu culturel) à de multiples occasions.

Au revoir, donc... et bonne chance!

jeudi 17 juin 2010

L'Assemblée des femmes [Carnet de notes]

Les comédiennes en répétition (fin mai 2010)
Mélanie (hors de la photo), Erika, Marilyne, Marie-Ève, Émilie, Valérie, Marie-Noëlle

Photographie: Dario Larouche

Cet après-midi, nous avons fait un nouvel enchaînement... le premier depuis le 22 mai dernier... le premier véritable enchaînement d'un bout à l'autre de la pièce (après les coupures dont il est question ici). Résultat: cette représentation (parce qu'il s'agit bien de cela!) a duré une heure trente!

Une heure trente qui devrait perdre encore une dizaine de minutes dans l'assurance des interprètes et le rodage du spectacle.

Quelle(s) leçon(s) tirer de cet exercice?

Premièrement, je pense que ce texte vaut encore le coup et qu'il contient tout pour faire une bonne comédie d'été: des personnages amusants, des textes savoureux et le fameux trio burlesque «pet-poil-punch». Qui plus est, ce texte est intelligent.

L'espace est magnifique... malgré le travail qu'il reste à effectuer. L'ensemble peut porter le discours et permet une bonne utilisation de l'espace qui ne peut que se bonifier avec l'entrée en salle et l'installation des éclairages.

Les comédiennes sont très bonnes, même si elles manquent d'assurance, voire de confiance.

Car c'est à elles qu'appartient la plus lourde tâche: faire vivre le tout, lui insuffler le dynamisme et la vivacité tout en prouvant leur plus grande maîtrise de leur art... et la mise en scène ne les aide pas. Il y a beaucoup de choses à revoir... enfin... beaucoup de précisions à apporter. Du nettoyage de scène (la mise en scène encombre parfois un peu trop le jeu de celles-ci). De l'ajustement de personnages les uns par rapport aux autres.

Comment le rire doit-il et peut-il surgir de certaines scènes, de certains gestes? Il faut voir. Les comédiennes doivent en avoir conscience. Que doit-on dire par ce texte vieux de 2500 ans? Que dit-on présentement? Il faut voir. Il faut, encore là, préciser.

Découragé? Non... même que je suis plutôt enthousiaste! Un enthousiasme rigoureux.

Plus ça change...

Le critique d'art, Honoré Daumier,


Petit sourire en coin en lisant ce passage de L'initiation à l'Art dramatique de Jean Béraud (vieil ouvrage paru en 1936) qui, avec un peu d'imagination, pourrait fort bien se transposer à notre époque, quelque quatre-vingt ans plus tard:

Il fut un temps où tous les spectacles étaient «ce qu'on avait vu de plus accompli, de plus remarquable, de plus étonnant...» et quoi encore? (nda: je propose ici un billet complémentaire...)

À qui doit-on attribuer cette manie de superlatifs? À la critique s'empressent de dire quelques-uns, critique qui n'est pas sincère, qui se soumet à des considérations humiliante pour l'art du théâtre. Au public, diraient d'autres, parce qu'il lit mal, que le mot «bon» ne lui suffit pas et le mot «excellent» lui paraît encore à peine complimentaire. Aux artistes, c'est-à-dire à ceux qui jouent sur la scène, diront d'autres encore, parce que le plan d'idéal sur lequel ils prétendent s'être élevés a déformé l'esprit de ces vaniteux naïfs. [...] Ah! ceux-là, qu'est-ce qu'il faudra bien pour les satisfaire? Ils aiment les compliments, et ce n'est pas en cela qu'ils se distinguent du commun des mortels. Cela ne les empêche d'ailleurs pas de se réjouir ouvertement des blâmes que peut recevoir quelqu'un de leurs collègues, pour à leur tour se formaliser cruellement des reproches qui les touchent par la suite. Ce qui ne les empêche pas de protester qu'ils aiment la critique et qu'ils en ont besoin.

À croire que plus ça change, plus c'est pareil...


mercredi 16 juin 2010

L'acteur meyerholdien


Voici une description de l'acteur en jeu telle que le concevait Vsevolod Meryerhold dans sa période la plus intense (et peut-être la plus intéressante... du moins de mon point de vue), celle comprise entre sa sortie des théâtres impériaux et la création du Revizor (soit entre 1918 et 1926).

Cette description est de V. Verigina (?) et est parue dans l'excellente biographie de maître par Georges Abensour, Vs. Meyerhold ou l'invention de la mise en scène (à qui l'on doit aussi la seconde partie de cette citation):

«Un certain nombre d'élèves du Studio étaient indignés par son affirmation selon laquelle il ne fallait rien ressentir mais jouer, seulement jouer. Ce fut compris comme une incitation à donner de son rôle une interprétation froide et mécanique. Mais ce n'était pas du tout ce qu'il voulait. Il ne cessait de parler de la joie que l'acteur doit ressentir pendant qu'il joue, tout en récusant tout état d'hystérie.»

En d'autres termes l'acteur ne doit pas être possédé par son corps, ses émotions, son personnage. Il doit être constamment maître de ses moyens et y trouver son plaisir suprême, même lorsque toute la machine théâtrale vacille autour de lui.


J'adore cette description car elle décrit en mot ce que je cherche à faire comprendre aux comédiens qui travaillent avec moi, généralement... en mots plus ou moins directs. Et c'est parfois difficile... parce que contre l'idée même du théâtre tel qu'entendu habituellement.

L'Assemblée des femmes [Carnet de notes]

Encore deux jours d'éparpillement et nous ferons officiellement notre entrée dans la salle Murdock (qui commence déjà à prendre notre couleur...). Quel bien cela fera après les multiples déplacements des accessoires d'une salle à l'autre au gré des répétitions, de l'encombrement nécessaire du costumier, du chantier salissant de la scénographie!

À compter de jeudi après-midi (suite à un nouvel enchaînement), nous nous installerons pour 7 semaines. Chaque chose aura alors sa place!

lundi 14 juin 2010

Être ou ne pas être Molière?


Petit article intéressant parce que participant au grand mystère moliéresque paru dans l'édition du week-end du journal La Presse sous la plume d'Alexandre Vigneault. Le titre: L'Avare de... Corneille? J'en reproduis ici la quasi totalité.

Molière, le plus célèbre écrivain de langue française, a-t-il écrit les pièces publiées sous son nom depuis plus de 300 ans? L'institution littéraire soutient que oui, mais des voix discordantes se manifestent périodiquement depuis le début du XXième siècle et clament qu'il n'était que le prête-nom d'un auteur encore plus grand. Qui? Corneille.

Dernier en date à défendre cette théorie, Dominique Labbé, universitaire grenoblois spécialisé dans les statistiques appliquées au langage, a publié deux livres au cours de la décennie: Corneille dans l'ombre de Molière (2003) et Si deux et deux font quatre, Molière n'a pas écrit Dom Juan (2009). [...]

[Il] a en effet mis au point un logiciel permettant de calculer la «distance» entre deux textes. Ses tests effectués sur des textes de Molière et Corneille ne laissent aucun doute selon lui: Corneille est l'auteur des pièces de Molière. «Des tas de documents de l'époque permettent de faire plus que soupçonner cette collaboration» ajoute-t-il.

La certitude de Dominique Labbé repose en partie sur la conviction qu'il existait au XVIIième siècle un système de prête-nom connu de tous. «La majorité des pièces étaient présentées sous le nom d'un comédien et non de leur auteur», affirme-t-il. Surtout lorsqu'il s'agissait de comédies. Corneille aurait ainsi gardé ses tragédies pour lui et, à partir des années 1660, fait jouer ses pièces comiques sous le nom de Molière, pseudonyme par ailleurs adopté par Jean-Baptiste Poquelin après son séjour à Rouen, ville où vivait justement l'auteur du Cid.

Et l'article se poursuit sur des considérations que je passe sous silence, l'important ayant été divulgué. Langue de Molière??? Vraiment, on ne peut plus se fier à rien de nos jours...