jeudi 25 août 2011

«La Défonce» [Carnet de mise en scène]

L'image ci-haut est une photographie du Bloc G où nous jouerons La Défonce le 9 septembre qui vient. Euh. Il va sans dire qu'on ne peut utiliser la scène... et, par conséquent, le pont suspendu (d'autant plus que nous n'avons que quelques heures - 3 environ! - pour nous installer). Il nous faut donc un plan B. Sinon, coudonc, nous jouerons au basketball...

Voici une proposition pour modifier l'accrochage et l'utilisation des panneaux de La Défonce dans le cadre du Festival International de Théâtre de Mont-Laurier... C'est le plaisir des sorties: ajustement sans trop de compromis. En cliquant sur l'image, ça agrandira un peu. (Décidément, je m'en viens bon dans les plans sur Paint!)

À noter que la pipe devra être de la longueur nécessaire pour faire le lien entre le plafond et le panneau. J'ai mis 8 pieds à titre indicatif... Le but étant d'arriver à ça sans trop de dommages (les palettes de bois devant être prises directement là-bas):


Reste maintenant un sérieux problème (en autant que la solution indiquée ici fasse l'affaire!): l'éclairage... Mais ça, c'est une autre histoire.

Les affres du théâtre!


Voici un petit florilège d'événements qui se sont vraisemblablement produits au cours des siècles au théâtre. Toutefois, le caractère extraordinaire de ceux-ci me fait un peu douter, mais bon... Ils sont tirés de l'ouvrage Curiosités théâtrales anciennes et modernes, françaises et étrangères que j'ai déjà cité il y a quelques jours... une mine précieuse de sourires... et de sang!

Tout d'abord, un carnage (qu'il me semble avoir déjà publié sur ce blogue):



Je veux bien admettre que certains comédiens ont une sensibilité à fleur de peau... mais il y a peut-être des limites:



Rien à ajouter sur celle-ci:



Oui... nous voici devenus bien sages! La seule chose terrible qui me soit arrivée dans un théâtre, c'est une éraflure pendant un montage de décor...

mercredi 24 août 2011

Dans la légende du peintre-barbier

Équipe de comédiens de La Légende d'Arthur Villeneuve:
Devant: Mélanie Potvin, Benoît Lagrandeur, Martin Giguère, Hélène Bergeron
Derrière: Émilie Gilbert-Gagnon, Marilyne Renaud, Patrice Leblanc
Photographie: Sylvain Dufour (Le Quotidien, 6 juillet 2011)

C'était le temps (après tout ça fini aujourd'hui!). Maintenant c'est fait. J'ai vu La Légende d'Arthur Villeneuve, la production conjointe du Théâtre C.R.I. et de la Pulperie de Chicoutimi. Déjà que j'avais écrit, à la fin du mois de juin, un article pour le Voir où je disais que plus qu’un simple artiste, Arthur Villeneuve –dont le principal chef-d’oeuvre demeure sa propre maison transportée au cœur du Musée du Saguenay-Lac-Saint-Jean!– a été élevé au rang de symbole par toute une population. Un personnage en toute simplicité qui est entré dans l’imaginaire collectif pour accéder au statut de légende. Une vie de conte colorée, comme son œuvre, entre figuration naïve et réinterprétation abstraite, bien ancrée dans un modeste quartier ouvrier.

Le spectacle lui rend donc, en quelque sortes, hommage.

Pourtant, dès que débute la pièce (sur un texte de Martin Giguère), un doute jaillit: sera-t-il question de ce peintre-barbier ou de sa maison? Car le prologue - et du coup les trente premières minutes! - fait un long détour domiciliaire où un couple est aux prises avec une maison craquante et des voisins agressants... Tous des personnages qui semblent sortis directement de l'oeuvre de Villeneuve: caricaturés et déformés. On cherche à vendre.

Bien que les comédiens y ont beau jeu, le spectateur se posera la question: vers quoi va-t-on? C'est drôle, oui. Ça fonctionne en soi. Mais l'impression d'avoir affaire à un spectacle différent de ce qui était annoncé s'ancre vite.

Le centre d'attention auquel s'attend le spectateur est déjoué: la maison et son histoire prend toute la place et la gardera.

Puis arrive Arthur (superbement incarné par Benoît Lagrandeur) et son épouse (campée par Hélène Bergeron). À partir de ce moment, à partir du moment où le texte fictionnel fait la belle part aux échanges extraits du documentaire de l'ONF de 1963 (théâtralisés et recontextualisés certes), la légende peut vraiment s'inscrire.

Les envolées lyriques de l'auteur (toujours aussi magnifiquement en verve) s'adoucissent. Le couple s'éloigne de la caricature et montre un côté touchant, attachant de ces gens qui ont bravé les quolibets et les moqueries pour passer à l'histoire: l'inspiration de l'un (suite à la très drôle parabole des talents contée dans une petite séance montée par un prêtre boiteux); l'incrédulité de l'autre; l'engagement; la découverte de l'art.

Esthétiquement, cette production repose d'abord sur le contraste entre eux et la société autour: les premiers habitants, les voisins, le prêtre, ses enfants de choeur, le marchand d'art et le galeriste... contraste habilement marqué par les costumes flamboyants de Jacynthe Dallaire. Elle repose également sur un espace scénique simple constitué d'une maison faite de rideaux blancs, avec peu d'accessoires, qui permettra de nombreux jeux d'éclairages et l'inscription, sur les murs, par vidéo-projection, des couleurs et des motifs du peintre.

Outre Dallaire, les principaux collaborateurs sont Serge Potvin aux décors, Alexandre Nadeau aux lumières, Patrice Leblanc au son et Andrée-Anne Giguère aux images.

Malgré quelques longueurs (surtout au début), l'ensemble se tient et la mise en scène de Guylaine Rivard offre de beaux moments. Les connaisseurs de l'oeuvre et de la vie du peintre n'y apprendront probablement rien de nouveau... mais les autres auront là une première incursion ingénieuse et amusante.
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Mes bémols les plus marqués vont non pas à la production mais plutôt à cette salle, le Bâtiment 1912 de la Pulperie.

Magnifique, oui. Mais c'est tout. Parce que le confort et la qualité du son font défaut. Une salle trop grande qui, étrangement, bien que possédant tout ce qu'il faut pour être chaleureuse n'en demeure pas moins froide et sans âme.






mardi 23 août 2011

Marathon théâtral


Dans quelques jours s'amorcera un grand marathon théâtral alors que s'amènera la première édition du FRINGE au Saguenay où huit productions théâtrales prendront l'affiche (du 1er au 5 septembre) qui sera suivie par une nouvelle mouture de l'Entre-deux festival produit par ManiganSes en collaboration étroite avec la Chaire pour une nouvelle dramaturgie sonore de l'UQAC (les 7, 8 et 9 septembre)...

Au même moment que ce dernier événement se tiendra, je prendrai la route pour assister au Festival de théâtre de Mont-Laurier où, en cinq jours, 25 productions en tout autant de pays seront présentées.

Si des gens sont intéressés à fournir des critiques/compte-rendus de ces spectacles et présentations, je suis preneur!

Ça n'arrivait qu'alors!

L'histoire du théâtre est riche en anecdotes de toutes sortes (accidents, trous de mémoire, lapsus, vengeance, etc.), alors que chaque production contient en elle-même tout ce qu'il faut pour créer ces petits moments embarrassants (le dernier théâtre d'été du 100 Masques a largement donné dans ce domaine... voir !) mais ô combien drôles qui font tout le charme de cet art vivant!

En voici trois petites tirées d'un ouvrage paru en 1878 (qu'on peut retrouver en entier ici, sur Google Books!) sous la plume de Victor Fournel, Curiosités théâtrales anciennes et modernes, françaises et étrangères:






lundi 22 août 2011

Se marcher sur les pieds...

Le milieu théâtral saguenéen est petit... c'est un fait. Et cette petitesse, conjuguée à un dynamisme réel, amène aussi une certain étroitesse en ce sens que le nombre de lieux de répétitions et de représentations n'augmente pas.

Immanquablement, les calendriers se chevauchent et les disponibilités de salle fondent à vue d’œil. Les cahiers de réservations s'emplissent selon le mode du premier arrivé, premier servi.

Les compagnies s'insèrent comme elles peuvent, où elles peuvent.

La pagaille.

Idéalement, chaque compagnie gèrerait son propre lieu... aurait le plein contrôle de l'endroit où elle est fixée. Libre de présenter quand elle veut. Libre de prendre le temps de s'installer. Libre des contraintes du suivant.

Cette étroitesse amène parfois l'impression que nous nous marchons sur les pieds, que nous empiétons sur des missions et des territoires déjà investis. Et c'est le cas. Mais après tout, cela pourrait se faire sainement... si ce n'était du combat quotidien pour survivre.

Le plaisir des demandes de subventions


Présenter l'organisme...
Présenter les états financiers...
Définir les projets (novateurs, de surcroît!)...
Réunir des équipes...
Justifier la direction artistique...
Établir des prévisions budgétaires réalistes et cohérentes...
Annexer des documents qui ne seront peut-être pas pris en compte...
Et attendre des semaines voire des mois...

C'est la période qui commence avec l'automne qui arrive. C'est le moment de répondre à l'appel des différents conseils des arts: Conseil des arts du Canada (quelque part à la mi-septembre), Conseil des arts et Lettres du Québec et Conseil des arts de Saguenay (au début octobre).

C'est la période du doute. Celle où la question à savoir si ça vaut le peine se pose toujours...


C'est aussi ça, le théâtre...

Le Théâtre Hors du Commun (fondé depuis déjà 4 ans et dirigé par Sarah Bernard à même l'arrière-cour de son domicile!) a donné deux représentations suite à la série d'ateliers que les participants ont suivi, à l'extérieur, beau temps mauvais temps, tout au cours de l'été... et plus!

La première équipe à passer était composée de deux dames qui montaient sur les planches pour la première fois. Elles avaient à rendre un extrait de la pièce Le Défunt de René de Obaldia.

La seconde équipe réunissant d'autres débutants et des plus expérimentés se sont lancé dans une création collective, Mère supérieure, à partir de contraintes textuels: bouts de pièces connues, monologues à écrire, publicités, expressions, phrases, etc. Le résultat est somme toute assez intéressant alors qu'une série de personnages viennent pleurer sur la tombe de leur mère avant que de ne pleurer sur leur propre vie.

Enfin, la dernière équipe est celle des plus anciens, des piliers de la petite compagnie qui sont en activité depuis déjà plusieurs mois (depuis l'automne dernier) pour écrire leur pièce, L'argent n'a pas d'odeur, sous les conseils avisés de Martin Giguère. L'action s'y déroule sur un terrain de camping convoité pour les ressources naturelles de son terrain...

Le travail de tous ces gens a du mérite et constitue une initiation théâtrale honnête. Bien qu'artistiquement la mise en scène montre quelques faiblesses (notamment dans la mise en espace des deux premières parties), la direction d'acteur est cohérente et efficace et un soin est apporté à l'esthétique de l'ensemble.

Du lot ressortent certains participants par leurs aisance et leur talent naturel en scène: Carol Émond, Madeleine Gagnon, Tricia Scisson.

Bref, en tout, ce sont près de 120 spectateurs qui ont envahi la cour de Mme Bernard pour voir toute cette gang de théâtreux présenter le résultat de leurs efforts.





vendredi 19 août 2011

Un triangle ou une ligne?


Voici un des principes meyerholdiens (il était si brillant!) de base: la différence graphique entre deux méthodes de travail pour le metteur en scène. Le schéma ci-haut illustre les différentes interrelations entre les composantes. Il y a une conception disons traditionnelle de l'activité théâtrale (le «théâtre-triangle») qui prive de liberté créatrice non seulement l'acteur, mais aussi le spectateur et une autre plus contemporaine (le «théâtre de la ligne droite») qui les libère tous les deux, forçant le spectateur à créer au lieu de contempler.

Les extraits soulignés en rouge (de même que les suivants expliquant le schéma) sont tirés du premier tome des Écrits sur le théâtre qui renferment tous documents existants sur Meyerhold.

1. Un triangle dont le sommet représente le metteur en scène., les deux angles de la base l'auteur et l'acteur. Le spectateur perçoit l'art des deux derniers par l'intermédiaire de l'art du metteur en scène (dans ce dessin, la place du spectateur est au-dessus du sommet du triangle). C'est là le premier type de théâtre: «le théâtre-triangle». [...] Dans le «théâtre-triangle», le metteur en scène expose d'abord tout son plan jusqu'aux moindres détails, indique la manière dont il voit les personnages, désigne les pauses et fait répéter les acteurs jusqu'à ce que son projet soit reproduit exactement et totalement, dans tous ses détails, jusqu'à ce qu'il entende et voie la pièce comme il l'a entendue et vue lorsqu'il y travaillait seul. [...]

Dans ce type de théâtre, il faut des comédiens virtuoses, capable de se dépersonnaliser pour répondre aux commandes...

2. Une ligne droite (horizontale), où les quatre éléments fondamentaux du théâtre sont figurés par quatre points de gauche à droite: l'auteur, le metteur en scène, l'acteur, le spectateur; c'est le second type de théâtre, le «théâtre de la ligne droite». L'acteur y dévoile son âme librement devant le spectateur, en assimilant l'œuvre du metteur en scène, tout comme ce dernier a assimilé celle de l'auteur. [...]

Dans celui-ci, le spectateur doit agir en tant que quatrième créateur. Chacun des éléments apportant à l'autre de la matière pour donner un sens au travail en cours...

Bon. L'ensemble est un peu abstrait... mais en y réfléchissant bien, il est possible de se positionner dans l'une ou l'autre de ces catégories qui peuvent encore très bien exister de nos jours...


jeudi 18 août 2011

Du côté des Clowns Noirs... 2

Pour les rats de bibliothèque(s)...


Voici, trouvé dans un petit ouvrage synthèse fort bien fait sous la plume de Marie-Claude Hubert (tout simplement titré Le Théâtre), une liste des grands textes phares qui ont forgé, chacun à leur façon, l'esthétique théâtrale au cours des siècles.

Avis aux intéressés, la plupart de ceux-ci peuvent se retrouver (j'en ai fait l'expérience!) à la bibliothèque de l'UQAC...

IVe siècle av. J.-C. ARISTOTE Poétique
1657 F.H. d'AUBIGNAC La Pratique du théâtre
1660 CORNEILLE Trois discours
1663 MOLIÈRE La Critique de «L'École des femmes»
1674 BOILEAU L'Art poétique
1757 DIDEROT Entretien sur «le Fils naturel» suivi de «Entretiens avec Dorval»
1767 BEAUMARCHAIS Essai sur le genre dramatique sérieux
1773 L. S. MERCIER Du Théâtre ou Nouvel Essai sur l'art dramatique
1777 DIDEROT Paradoxe sur le comédien
1823-1825 STENDHAL Racine et Shakespeare
1827 HUGO Préface de Cromwell
1829 VIGNY Lettres à Lord*** sur la soirée du 24 octobre 1829
1864 HUGO William Shakespeare
1881 ZOLA Le Naturalisme au théâtre
1896 JARRY De l'inutilité du théâtre au théâtre
1938 ARTAUD Le théâtre et son double
1918-1954 BRECHT Écrits sur le théâtre
1966 IONESCO Notes et contre-notes


Cette liste est évidemment non-exhaustive (et franchement très française!) et fait abstraction d'autres grands textes... ou de textes plus précis, notamment pour Le petit organon pour le théâtre de Brecht. Néammoins, elle permet de donner une idée assez générale sur l'histoire du théâtre et des multiples révolutions qui l'ont secouée.

Au chapitre des oubliés se trouvent, à mon avis les écrits nombreux (mais nécessaires!) des Stanislawski (son absence me surprend, d'ailleurs!), Meyerhold, Copeau, Jouvet, Vitez, Kantor Lehmann...

Je me demande ce qui se trouverait dans une liste québécoise? Quels en seraient les grands textes fondateurs (théoriques)?


Les principes du jeu meyerholdien


Ce petit schéma représente, en quelque sorte, le fonctionnement du jeu meyerholdien en une combinaison complexe entre le jeu (conscient) et le réflexe. Le but étant de développer le corps pour qu'il agisse, avec un contrôle libérateur, de façon claire, nette et précise tout en étant ouvert et à l'écoute pour répondre à tout stimuli... C'est le principe du jeu séquentiel, de la biomécanique.

Ce schéma a été tiré du numéro 17 de la collection Les voies de la création théâtrale portant sur Meyerhold (p.109). Suite à ce petit dessin, voici comment l'auteure (Béatrice Picon-Vallin) décrit, à partir de diverses sources, ce jeu:

En théorie, le jeu de l'acteur meyerholdien part de l'extérieur pour aller vers l'intérieur: il n'y a pas suppression de l'émotion, mais elle jaillira toujours à travers un état physique convenant à tel ou tel personnage dans une situation donnée. Celle-ci engendre un état d'excitabilité qui se colore ensuite de tel ou tel sentiment ou émotion. Prendre la position d'un homme affligé, dans la contraction musculaire qu'elle implique, n'incite pas à exprimer la joie mais crée au contraire un état physique dans lequel peut naître la tristesse. Enfin, chaque «chaînon», ou «élément de jeu», sera en 1922 idéalement décomposé, sur le modèle du réflexe, en trois mouvements nécessaires se succédant rapidement [nda.: c'est l'explication du schéma].

L'entraînement biomécanique fournit des modèles pour ce type de jeu. Il établit les principes d'une exécution analytique précise et rapide de diverses actions, donne une méthode de décomposition du mouvement en trois phases - intention, réalisation, réaction - qui prépare à l'organisation des éléments de jeu.


C'est là ce que je tente bien humblement de mettre en pratique...