mercredi 2 mars 2011

Le développement d'un projet


Comme je l'ai annoncé hier sur Facebook, le Théâtre 100 Masques a reçu une subvention du Ministère de la Famille et des Aînés - plus spécifiquement, du programme Soutien aux initiatives visant le respect des aînés 2010-2011 - pour la mise en place de la phase trois de son projet de Programme pédagogique adapté à une clientèle aînée en résidences, projet qui occupe une grande place dans ses activités depuis quelques années. (Ce programme devrait, dans les mois à venir, se trouver une nouvelle appellation plus pratique et plus dynamique.)

Ce Programme, composé de douze séances d'une heure et demie, se divise en trois volets: mise en éveil (précision, spontanéité, mémorisation), personnage et imagination, création. Une série d'activités mènent ou vers une petite création collective ou vers une petite production traditionnelle. Un projet initial de Sarah Bernard et Jessica B. Pinard qui dormait dans les tiroirs de la compagnie depuis 2007.

Après la mise en forme du Programme (qui a duré presque deux ans), la première phase de sa réalisation, à l'automne 2009, fut de se constituer un groupe test, l'Association des retraités de l'enseignement du Québec (section Chicoutimi), pour valider son accessibilité et sa faisabilité. Une première évaluation a suivi, apportant quelques ajustements à l'ensemble du projet.

La seconde phase (appuyée par l'AREQ, l'AQDR, la FADOQ, la Table de concertation régionale pour les Aînés), financée par une subvention aux projets spéciaux du Conseil des Arts de Saguenay, servait à la mise en place d'un projet pilote qui a permis à l'équipe d'animatrice de cibler trois résidences (le 54, le Manoir Champlain et le Château Dubuc) afin de vérifier l'intérêt de participants pour le Programme et de voir comment celui-ci peut se déployer sur le terrain. Cette phase s'est déroulée principalement l'automne dernier, de septembre à décembre pour aboutir à une révision complète des enjeux et objectifs.

Au même moment où s'enclenchait cette seconde phase, nous avons déposé une demande de subvention au dit programme de Soutien aux initiatives pour le respect des Aînés, celle que nous venons de recevoir.

Cette troisième phase, la plus importante, consiste en deux volets: le premier étant d'étendre le Programme dans une dizaine de résidences dans la région afin de peaufiner notre offre de services; le second étant d'établir un poste semi-permanent (40 semaines de 10 heures) pour établir les contacts nécessaires et trouver le moyen de pérenniser cette offre de services (par des ententes, des subventions, l'établissement d'une grille tarifaire abordable, etc.) tout en le faisant connaître à la grandeur du territoire par une large campagne de promotion basée sur ces 10 résidences participantes (idéalement, 3 au Lac Saint-Jean, 2 à jonquière, 1 à La Baie et 4 à Chicoutimi).


mardi 1 mars 2011

La Visite [Carnet de mise en scène]

C'est fou comme un texte de théâtre (comme La Visite, par exemple...) peut devenir prétexte à de grandes réflexions sur le théâtre (du moins, ce théâtre) et qu'à la moindre lecture théorique, des phrases me sautent aux yeux et me semblent écrites spécifiquement pour ce que nous sommes en train de créer à Roberval...

La dernière en date provient de Jean-Pierre Ryngaert (en collaboration avec Julie Sermon) et est tirée du très pointu Le personnage théâtral contemporain: décomposition, recomposition: En démultipliant les apparitions et donc en proposant des mouvements d'entrées et de sorties à répétition, les auteurs plongent en effet leurs créatures dans un environnement hyperthéâtral, qui met en exergue leur définition ludique.

Cette petite ligne théorique me semble expliquer de façon brève et concise tout le fonctionnement dramatique et dramaturgique de la pièce de Michel-Marc Bouchard... et toute la mise en scène que mes collaborateurs et moi tentons de faire...

lundi 28 février 2011

La Visite [Carnet de mise en scène]

Ce week-end, la salle Lionel-Villeneuve (où loge le Théâtre Mic Mac) a pris, selon toute vraisemblance (alors que j'étais plutôt en terre saguenéenne...), des allures de chantier alors qu'une équipe s'est attelée à la tâche de peindre le décor de La Visite selon la maquette proposée.

Voici donc une série de photographies (de Christian Roberge) qui montrent l'évolution du travail:

Sur la photo, on reconnaît quatre importantes collaboratrices (pour la plupart attitrées au costumes) de cette production: Lise Ouellet, Nicole Guillemette, Mélanie Tremblay et Lucie Guillemette

Évolution 1

Évolution 2

Évolution 3

Résultat final... enfin, en attendant les cadres de portes

Décor versus maquette

J'avoue avoir une hâte incommensurable d'y aller (dans une petite semaine) pour voir ce que ça donne en vrai, avec des acteurs en costumes sur cette scène qui ne représente aucune pièce en particulier, qui n'a aucune fonction mimétique mais plutôt une fonction dynamique incontournable (donnée notamment par la pente, la perspective, les portes, l'aire de jeu réduite).


La choralité, fondement plastique


S'il est un principe qui me plaît particulièrement au théâtre, c'est bien celui de choeur, de choralité, d'effet choral. Il est, à mon sens, l'un des plus théâtraux, des plus forts, scéniquement parlant.

La choralité, selon Christophe Triau (dans l'importante édition de la revue Alternatives théâtrales #76-77 sur la choralité) se veut fondement, socle. Il s'agit de partir de l'ensemble pour construire du jeu sur le plateau, et non de réinstaurer après coup de l'unité sur un plateau hiérarchisé et scindé. L'ensemble est premier, et est promis à diffraction - et il se nourrit d'elle.

J'aime bien l'idée de faire de ce principe une base et non pas un accident ou un simple effet. Ce n'est pas un déni de l'individu, loin s'en faut. La volonté d'ensemble se fait au contraire sur la reconnaissance de l'inaliénable des singularités [...]: tout l'enjeu de la choralité devient alors - et elle ne cesse de le raconter sur le plateau, de représenter cette tension - la construction du «commun» de cet «être ensemble» s'ancrant sur (et non pas contre) le singulier et les solitudes.


dimanche 27 février 2011

Un «Chantier naval» au Saguenay


Salle du Facteur Culturel, Jonquière. Il fait assez froid... La pièce qu'on y présente est Chantier Naval, un texte de Jean-Paul Quéinnec (dont l'écriture aqueuse mériterait une analyse en soi...), une production du théâtre Toujours à l'Horizon de Larochelle.

Un texte donc. Un texte et des comédiens... le décor n'ayant pas trouvé place dans les valises, économies de voyage obligent.

D'emblée le sujet ne résonne pas dans mon imaginaire. Depuis toujours ancré dans la région, Jeannois avant d'être Saguenéen, le chantier naval reste pour moi une abstraction, tout aussi gros soit-il. Et pourtant, on y trouve là un souffle, des constats sans fard qui pourraient se rapporter tout aussi bien au monde agricole qu'au monde forestier qu'au monde industriel tout d'aluminium et de papier: la fin d'un mode de vie, le naufrage des repères, la quête d'un nouveau monde...

Sur le chantier, la main-d'œuvre diminue au fur et à mesure des années. Une nuit, François, ses deux fils Claude et André, l'oncle Lili, décident de couler le navire qu'ils viennent de construire. Et de disparaître avec lui. Nine, la femme d'André qui sert les marins dans un des bars du port, les rejoint pour un dernier échange. Sous les regards des habitants de La Pallice, réunis par Guiguite la soeur de François, le bateau s'enfonce dans l'eau glacée. Les hommes coulent et les trois femmes: Nine, ma cousine, Guiguite, réveillent Jacques, le jeune frère; tous les quatre partent à 6000 kilomètres vers un pays tout blanc où ils réinventent leur vie*.

Une écriture dense, frénétique... française... telle une vague de mots qui submergent les interprètes qui s'y mesurent. Une écriture rapide et sans compromis qui construit une fable familiale légendaire par une suite de narrations le plus souvent monologiques. L'oreille doit s'y abandonner pour en goûter la richesse, l'absorber pour la saisir, surpasser les difficultés dues aux accents et aux expressions typiquement européennes pour en faire émerger le plaisir d'écouter ces voix lointaines. Une écriture exigeante.

Les différentes parties se succèdent sur un mode elliptique, au risque de surprendre et déboussoler le spectateur: sur les quais, dans la cale d'un navire, sur une mont pour assister au naufrage, sur un bateau... L'ensemble garde pourtant -malgré quelques longueurs- une certaine unité et une cohérence assez forte pour faire le lien entre la salle et la scène.

Le jeu est remarquable: un déploiement de rigueur et de précision accentuées, il va sans dire, par l'absence de décors et d'accessoires; des corps qui se tiennent et qui offrent une frontalité particulière où les regards sont fuyants; une mise en bouche efficace et dynamique. Soutenu par une bande sonore permanente, il prend parfois des allures de chorégraphies (comme le sommeil agité au sol, proche de la danse expression ou la nage synchronisée) et de numéros physiques (tel l'actrice renversée déclamant son texte) qui fragilisent peut-être l'équilibre du plateau en appelant d'autres types de niveaux de jeu que celui principalement utilisé, plus proche du statisme.

En somme, cette proposition esthétique (et scénique!) de Chantier naval fonctionne, malgré les contraintes matérielles, et possède le double mérite de faire découvrir une écriture et de faire réfléchir sur elle-même...
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* De nombreux liens peuvent être faits entre ce texte et Dragage: présence forte de l'eau, naufrage, émigration, nouveau monde.

Au théâtre, cette semaine! (Du 27 fév. au 5 mars 2011)


Assez calme pour cette semaine...

Aujourd'hui - 27 février 2011
Salle du Facteur Culturel (Jonq.), 14h

Dans le cadre de sa visite au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la compagnie française de La Rochelle, le Théâtre toujours à l'Horizon présente, en collaboration avec Les Têtes Heureuses et la Chaire de théâtre sonore de l'UQAC, Chantier naval, une pièce de Jean-Paul Quéinnec. À La Pallice, un quartier de La Rochelle, vit une famille des chantiers navals. D’année en année, la main d’oeuvre diminue. Une nuit, François, ses deux fils Claude et André, et l’oncle Lili décident de couler le navire qu’ils viennent de construire et de disparaître avec lui. Le navire sombre sous les regards des habitants de La Pallice. Les hommes coulent. Trois femmes réveillent Jacques, le jeune frère, et partent avec lui à 6000 km, vers un pays tout blanc où ils réinventent leur vie.

Aujourd'hui - 27 février 2011
Salle Murdock (Chic.), 14h

Vicky Côté et Patrick Simard présentent le résultat de leur recherche et de leur exploration de la manipulation de marionnettes avec Recto-Verso. Un projet qui promet (voir mon article paru dans le Voir et celui du Quotidien)! Des marionnettes, des manipulateurs... Quand l'un est l'envers de l'autre...

Lundi - 28 février 2011
Bar à Pitons (Chic.), 20h
les Têtes Heureuses proposent, dans le cadre du passage de la troupe de Larochelle Toujours à L'Horizon, Le théâtre en train de s'écrire, une lecture publique de dramaturges actuels, européens et québécois, par des acteurs français et québécois... Dernière occasion de rencontrer les Français!

Jeudi à samedi - 3 au 5 mars 2011
Salle Murdock (Chic.), 20h
(et dimanche, 6 mars 2011, 14h)
DERNIÈRE CHANCE!

Seconde et dernière semaine de représentation de Recto-Verso, de Vicky Côté et Patrick Simard. (Voir plus haut pour un peu plus de détails).

C'est tout, je crois.

samedi 26 février 2011

Un petit bébé...


Cette semaine, le couple formé des comédiens Marie-Noëlle Lapointe et Pierre Tremblay (le Grossomodo des Clowns Noirs) s'est vu augmenté d'une nouvelle petite fille, Romane. Félicitations à eux!!!

Entre son silence et son chemin...


Ai assisté à l'une des représentations du projet de fin de bacc. de William Gagnon, Silence Majuscule, d'après L'Innommable de Samuel Beckett. Malgré un début un peu confondant (où les spectateurs sont entrés trop vite dans la salle), ce fut la rencontre d'une proposition forte et esthétiquement intéressante.

Après un moment passé dans l'entre-deux salle tapis de feuilles mortes, d'échelles et de ventilateurs, avec un texte en sourdine, le spectateur est invité (enfin...) à entrer dans la salle (le Studio-théâtre) au milieu de laquelle git un amoncellement de chaise. Le noir y règne... si ce n'est de ces éclats bleuâtres des lampes au plafond. Un spectacle sur le silence? Au loin, un écho, une voix. Une voix fluide, sans pause, un monolithe de mots énergiques et hypnotisant. Qui parle? À qui? Pourquoi? Quand? Et les mots continuent, questionnant les réponses qui elles-même questionnent les questions. Une tautologie qui trouve sa source dans le comédien, juché dans un coin, immobile et quasi invisible. Inamovible. Un texte qui frappe pas tant par son discours qui est ressenti par l'auditeur plus qu'il n'est compris que par son flux continuel. Un exercice exigeant de mémorisation et de rendu qui trouve là un bel aboutissement. Gagnon était secondé par Anick Martel à la mise en scène et Luis Ortegal Gil au son.
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Puis, la soirée ne s'arrêtant pas là, j'ai aussi profité de l'occasion pour voir le projet (toujours de fin de bacc.) de Gabrielle Noumeir-Gagnon, Je fais mon chemin. Une autobiographie scénique d'une quarantaine de minutes.

Du coup, le projet est un peu délicat... Devant celui-ci (et tous les autres du même genre), une question se pose: où s'en va-t-on exactement? Confidences, thérapies?

Sur un trame sonore qui ne cessera pas tout au long du spectacle - trame sonore qui relie ensemble, avec un réel intérêt, le conte du vilain petit canard, des articles du code civil, des définitions, des énumérations, des poèmes, des textes personnels et des «entrevues» - Noumeir-Gagnon s'isole dans un espace clos par un grand tulle noire au centre duquel elle agit. Elle illustre, entreprend un dialogue muet avec sa propre voix qui résonne dans les hauts-parleurs, se balance sur une longue corde qui traverse l'espace à la verticale. Scéniquement, la proposition (qui passe du théâtral au documentaire à l'interpellation du public) n'arrive cependant pas à soutenir représentation. Un manque se fait sentir. Dans ce cadre choisi par la créatrice, l'absence de metteur en scène permanent devient le principal problème... L'intime est un sujet si vaste qu'on peut facilement s'y perdre. N'empêche qu'il y a eu tout de même de belles images, de beaux moments qu'on aurait toutefois aimé voir durer.


vendredi 25 février 2011

De la difficulté de l'abnégation


Je viens de trouver, dans le numéro 52/54 d'Alternatives théâtrales (décembre 96) une bonne phrase pour illustrer l'importance de l'esprit d'équipe, du travail en étroite collaboration entre les comédiens sur scène:

Ce n'est pas à toi à jouer le roi,
c'est à ton partenaire à te faire roi!

Ces quelques mots - qui dénotent une véritable philosophie du jeu - sont de Thierry Debroux, un comédien, dramaturge et metteur en scène belge.

En effet, c'est parfois très difficile de faire sortir les interprètes de leur ego pour s'ouvrir à l'autre, de leur faire comprendre l'importance de jouer d'abord pour son partenaire, de lui fournir, en quelques sortes, un miroir... voire un piédestal (soit le mettre en valeur sans adulation...). Mais trop souvent, il reste centré sur lui-même en quête d'un personnage qui le mettra en avant-plan au détriment de l'ensemble...

jeudi 24 février 2011

Et d'une autre première!


Pour Vicky Côté et Patrick Simard
de même que pour tous leurs collaborateurs
Émilie Gilbert-Gagnon, Laurence Lemieux, Janine Fortin et Isabeau Côté
qui feront se lever, ce soir, le rideau sur Recto-Verso,

MERDE!!!

Constat


Si on croit encore à l'utopie d'un État démocratique, d'un État bourgeois, d'une société égalitaire, il faut l'utopie d'un groupe de personnes, de magiciens, qui sont payés par la bourgeoisie pour qu'ils lui présentent un miroir d'elle-même et pour que les magiciens puissent poser la question du mensonge, des difficultés, des catastrophes, des structures de la société dans laquelle on vit. Si on partage un certain cynisme, très matérialiste, que l'on voit un peu partout aujourd'hui, on peut dire que le théâtre comme expérience des «lumières», ça n'existe plus.

Ces mots sont de Thomas Ostermeir, un jeune (il a 42 ans) metteur en scène qui fait sensation (et qui fait partie des grands artistes de l'avant-garde contemporaine) depuis une quizaine d'année, en Allemagne principalement et dans le monde en général. À trente ans, il a été invité à rejoindre le groupe de direction artistique de la Schaubühne de Berlin. Ces mots, dis-je, sont donc d'Ostermeier et sont tirés d'un article, Pertinence et possibilités socio-politiques du théâtre, paru en 2004 dans le quatre-vingt-deuxième numéro d'Alternatives théâtrales.

mercredi 23 février 2011

La Visite [Carnet de mise en scène]


En farfouillant dans mes bouquins à la recherche d'un sujet potentiellement intéressant, je suis tombé sur une définition (dans le Dictionnaire encyclopédique du théâtre de Michel Corvin) qui pourrait fort bien s'appliquer à la pièce La Visite ou surtout sentez-vous pas obligés de venir! de Michel-Marc Bouchard.

COMÉDIE À TIROIRS: Dans ce type de pièce, le personnage principal se trouve généralement entraîné dans une série de courtes scènes qui sont juxtaposées sans autre souci que de donner à voir une galerie de portraits ou de broder des variations autour d'un thème. [Il me semble que c'est exactement ce qui se passe dans cette pièce...] On rencontre cette construction dans Les Fâcheux (1661) de Molière, Le Mercure galant (1683) de Boursault, Les Originaux (1737) de Fagan. Au XIXième siècle, la comédie à tiroirs tourne souvent au numéro d'acteur: Samson faisant admirer son jeu et celui de Provost dans La Famille Poisson (1845) qu'il écrit lui-même; dans Le Misanthrope et l'Auvergnat (1852) de Labiche. (J.-M. Thomasseau)