mardi 25 mars 2008

LE RIRE DE LA MER [Histoire d'une mise en scène]

Le rire de la mer entame sa dernière semaine de travail... du moins, pour la partie répétitions.


La dernière fin de semaine a été quelque peu chamboulée par la tempête et, puisque Pâques a décidé d'être en mars cette année, par les soupers, rencontres de toutes sortes et congés fériés. Rien pour calmer la nervosité et le stress des fins de production!

Toujours est-il que nous nous en sommes bien tirés malgré tout. Pas comme prévu... mais tout de même. Samedi, nous avons entrepris de répéter tous les changements de décors avec musique. Et ce n'est pas une sinécure! Nos deux cents boîtes voyagent sur cette petite scène autant que faire se peut. Ces boîtes dont la moitié sont renforcies... et l'autre moitié servant de rangement. Imaginez alors le plaisir: faire un décor... replacer le tout selon l'emplacement d'avant pour tester le changement (en prenant en compte de bien presetter les boîtes utilitaires!), jouer, et recommencer... jusqu'à l'obtention d'une certaine fluidité dans le mouvement! Vivement l'enchaînement du spectacle en entier pour en valider l'intérêt!

Dimanche, entre deux bouchées de chocolat (merci Francine!), nous nous sommes penchés sur trois scènes...

Lundi, des boîtes et encore des boîtes...

Maintenant, il faut passer à la finalisation de cette production. Les éclairages (et l'intégration de la musique) sont prévus pour cette fin de semaine... et si le temps nous le permet (le temps dans le sens de durée... et non de température, parce que je ne m'y fie plus!), nous nous paierons même le luxe de faire quatre enchaînements! Mais, je le sais, il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant que de ne l'avoir tué... il faut traverser le pont rendu à la rivière... il ne sert à rien de sortir le rôti du four avant qu'il ne soit cuit.

De ce projet, deux ou trois choses me semblent essentielles... Outre le travail de recherche habituel (sur le personnage, j'entends), il doit y avoir le plaisir et la confiance. Sans ces deux éléments, le théâtre n'est qu'un métier. Et lorsque le théâtre n'est plus qu'un métier, il ne sert plus à rien.

La semaine prochaine, ce seront déjà les générales et la fameuse première... Euh... oui.

mardi 18 mars 2008

LE RIRE DE LA MER [Histoire d'une mise en scène]

Maintenant que le Mic Mac a posté son affiche sur son site internet (www.theatremicmac.com), je me permets désormais de faire de même dans cet espace:


Affiche: Christian Roberge, Le Groupe Proconcept

Les affiches nous rappellent inexorablement que la première approche!

Le bruit des os qui craquent


Juste quelques mots pour revenir sur la lecture publique d'hier soir, Le bruit des os qui craquent, de Suzanne Lebeau (femme charmante, soit dit en passant), présentée par La Rubrique.

Ce genre d'événement est toujours intéressant. Nous étions quoi? une trentaine de personnes, tout au plus, assis dans le noir, écoutant attentivement des acteurs, sur scène, dans un dispositif des plus élémentaires (chaises, table), lire un texte qui repose encore entre les mains de son auteure.

Sur une initiative du Carrousel (Montréal, 1975), Madame Lebeau, le metteur en scène Gervais Gaudreault et l'équipe de jeu ont sélectionné des villes au Québec, pour discuter de ce texte encore vierge, notamment sur l'épineuse question du public cible...

Parce que oui, Madame Lebeau (dramaturge pour enfant) s'attaque à un sujet lourd: les enfants-soldats... Sous le couvert de la délicatesse, elle aborde l'horreur et l'indicible. D'une part, deux comédiens personnifient deux jeunes enfants en fuite, enlevés et soumis au contrôle des rebelles. De l'autre, plus tard dans le temps, une infirmière témoigne, pour ces mêmes enfants, de toute la cruauté subie et de l'innocence perdue...

Il s'agit d'un très beau texte. Intense. Perturbant. Poétique tout en étant résolument lucide. Et si espérance il y en a (du moins, c'est ce qui est ressorti de la discussion), elle me semble fort sombre...

Alors, pour enfant ce texte? Spontanément, les réserves font surface. Les adultes s'y sentent interpeller fortement et doutent du droit de présenter ce genre de spectacles aux enfants... et pourtant, plus la discussion avance, plus les opinions changent... Oui, avec une bonne préparation disent les uns... oui, avec un bon retour disent les autre. Toujours est-il que, manifestement, il y a un malaise. Un malaise (bénéfique s'il sait se transformer en prise de conscience) comme seul sait le provoquer l'art.

mardi 11 mars 2008

LE RIRE DE LA MER [histoire d'une mise en scène]

La mise en scène de cette toute nouvelle production du Théâtre Mic Mac roule bien. La mécanique s'installe petit à petit... Les personnages émergent peu à peu du magma littéraire... Les boîtes (les foutues boîtes!) se dressent comme tout autant de défis lancer aux comédiens...

Nous sommes prêts à enchaîner tout le spectacle, d'un bout à l'autre, pour avoir une bonne idée de l'ensemble. Ensemble que j'aime bien, soit dit en passant!

Généralement, le plaisir est au rendez-vous et les rires n'attendent que fort peu de temps avant de fuser de toute part...

Toutefois, et c'est l'une des plus grande difficulté de ce genre de travail «en concentré» (nous n'avons, en fait, je le rappelle, que huit week-ends pour travailler ce spectacle... soit 16 jours!), nous faisons face constamment à... disons... un ennemi tenace: la pression. Je m'explique...

Présentement, oui, tout est à peaufiner... à solidifier... bref, à répéter - et, ô magie! c'est le propre du théâtre! Dans les faits, il nous reste deux fin de semaines... 4 jours... Pris dans ce sens, le constat effraie et jette un peu l'inquiétude (néfaste à la confiance nécessaire dans ce genre de projet...) et le désarroi tant chez les interprètes et les concepteurs. Je suis, moi, d'un naturel plus optimiste (je n'en suis pas à mon premier paradoxe!). Remis en contexte, ce constat se pose différemment: ces 4 journées représentent, à vrai dire, le quart des répétitions prévues. C'est assez pour donner de bons résultats (plus serait toujours le bienvenu... mais bon).

Donc, cette pression, dis-je, deviens parfois difficile à gérer... (à ce sujet, voir le billet du 2 décembre dernier)... surtout avec un frigo expiré, une voiture défectueuse, un compte à sec et un stress personnel qu'il me faut reléguer en second plan. Une mise au point, était, à mon avis, nécessaire... pour le bon déroulement (avec efficacité!) du temps qu'il nous reste...


N.B.: L'affiche de la production est prête (conception: Christian Roberge)... et je pourrai probablement la placer sur mon blogue sous peu!

jeudi 6 mars 2008

Plan de carrière au coeur de l'hiver


Séquestré chez-moi, enseveli sous la neige (et ce n'est pas qu'une simple façon de parler!), je passai la journée d'hier bien calé sur mon sofa à grapiller dans des textes dramatiques avec le seul objectif avoué de relire des passages qui m'ont toujours plu.

Ce qui, au départ, n'était qu'un jeu - et le restât par la suite - devint, en quelques sortes, l'établissement d'un plan de carrière... à réaliser dans les prochaines années (d'ici disons 20 ans!). De palmarès en palmarès se sont échafaudés des projets utopiques, des envies de metteur en scène, des visions scéniques (peut-être aurais-je dû manger...)...

Voici donc, s'il ne me restait que cinq mises en scène à faire, les cinq textes - mes cinq plus grand coups de coeur - auxquels j'aimerais me mesurer... les cinq textes qui m'appellent définitivement à la scène... Un jour, traversant le pont rendu à la rivière, je tenterai de trouver ce qui unit tous ces textes.

J'aimerais faire deux spectacles à grand déploiement, tant pour le plaisir des grandes distributions... que pour le défi que pose ce genre de projet de grande envergure. Deux spectacles acerbes, se nourrissant du cynisme et de l'ironie, montrant l'homme (à titre épicène!) comme étant un complexe mélange de cruauté et de fatalité. L'un ayant pour thèmes principaux la vengeance et la cupidité (LA VISITE DE LA VIEILLE DAME de Friedrich Dürrenmatt) et l'autre, la monstruosité du pouvoir et la trahison (AMORPHE D'OTTENBURG de Jean-Claude Grumberg).

Pour me reposer de ces projets colossaux, j'aimerais, par la suite, me concentrer sur deux textes plus simples en apparence... délaissant le cynisme et l'ironie pour le résultat de ceux-ci: l'abandon, l'érosion et le vide angoissant de l'existence.

TRAVAIL À DOMICILE de Franz Xaver Kroetz, est, à mon avis, l'un des textes les plus durs que j'ai lu. Gouffre sans fond d'indifférence et de désespoirs... À partir de Kroetz, c'est une incurion dans le théâtre du quotidien ( «[...] où constamment le réel est détourné: s'inscrire dans la banalité - enfouir les problèmes important - loin dans la tête. Il ne s'agit pas d'une démonstration claire (les personnages ne se révoltent pas, ne dénoncent rien) ni de rendre compte du déroulement continu de la vie mais d'un choix de moments où rien n'est dit explicitement et où surgissent le mieux l'aliénation et le refoulé de toute une vie. [...] Ce n'est pas un théâtre de la réalité mais un théâtre où la réalité s'impose violemment dans la tête.» WENZEL, J-Paul et Claudine Fièvet, Pour un théâtre du quotidien).

MUSIC-HALL de Jean-Luc Lagarce, illustre l'effacement progressif de la personnalité, du sens de la vie, au gré des écueils et des récifs du monde du spectacle... Ici, pas nécessairement de désespoir... non... il s'agit du règne de la lucidité... de la lucidité qui consumme l'existence... cette même lucidité qui fait les grandes tragédies. Le personnage si conscient de lui-même qu'il ne peut que se briser sur son propre reflet...

Et enfin, PHÈDRE de Jean Racine, le plus classique des classiques... pour sa perfection de la forme, du sujet et des sentiments exprimés... pour son héroïne qui s'autodétruit... pour la fureur que contient ce texte, son extrémisme, sa corrosive solitude...

« Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire. »

(Phèdre (vers 161))


Ne me reste plus qu'à travailler maintenant...


lundi 3 mars 2008

La critique selon Oscar Wilde


Cette fin de semaine, j'ai succombé à la lecture. Encore. Une biographie d'Oscar Wilde, signée Richard Ellman (Éd. Gallimard, 1988). Pour rester dans la même veine que mes billets précédents (en ce qui a trait à la critique), j'ai relevé deux petits aphorismes de cet esthète, homme de théâtre, critique d'Art et controversé personnage (fascinant à lire, soit dit en passant... avec, comme contemporains, entres autres, Bram Stoker, Victor Hugo, Sarah Bernhardt)...

Le premier pourrait fort bien être écrit aujourd'hui (si je fais preuve de mauvaise foi!) par les détracteurs du théâtre inellectuel: Nul doute que les tableaux modernes (ou le théâtre contemporain, le théâtre expérimental, etc.) soient délicieux à regarder. Certains du moins. Mais leur compagnie est tout à fait impossible; il sont trop ingénieux, trop péremptoires, trop intellectuels. Leur signification est trop flagrante et leur méthode trop clairement définie. On a tôt fait d'en épuiser la substance et ils deviennent aussi ennuyeux que la famille. Fort discutable... mais le style est frappant! Et si c'était vrai?

Le second me plaît beaucoup. Bref, concis. Un tant soit peu ironique, moqueur, lucide: Le but premier du critique est de voir la réalité telle qu'elle n'est décidément pas. Wow! C'est le règne des fameux «j'aurais préféré», «au lieu de», «si ç'avait été»...

Ça ne fait pas avancer le débat (!), n'approfondit guère la réflexion... mais ça fait sourire en ce début de semaine... je trouve... enfin... peut-être...

Pour terminer sur une note historico-technique, voici la véritable voix de Wilde (du moins le pense-t-on) lisant un extrait d'une de ses dernières oeuvres, Ballad Of Reading Gaol, enregistrée sur un cylindre de cire...


3 commentaires:

Marilune a dit…

Wow! Sommes-nous supposé entendre autres choses qu'un grincement d'enregistrement?

:P

Yoyo a dit…

Chère jeune femme qui ne sait apprécier la valeur des choses!!!
Cette voix surgit de la fin de l'ère victorienne... si on croit entendre Wilde, et qu'on sait que la Ballade fut écrite en 1897... et que lui est mort en 1900... cet enregistrement a, au bas mot, 108 ans!

:P

Plus qu'une peinture, plus qu'une photo, nous tenons, entre nos mains (ou plutôt dans nos ordinateurs!) l'une des choses les plus personnelles de cet homme: sa voix... avec tous les défauts de ton oreille trop habituée au iPod et autres écouteurs!!!

Nada sur le net! a dit…

vive les ipod, Oscar aurait apprécié...

mardi 26 février 2008

L'autre boîte de Pandore

L'une des spécificités du milieu théâtral au Québec, selon moi, est son incapacité (ou sa frilosité... ou son inconscience) à tenir un discours disons plus théorique ou, du moins, axé sur une recherche approfondie (forme, démarche, théoriciens, vision). Il y a un vide quasi généralisé sur le plan de la pensée théâtrale.

C'est peut-être la peur de sombrer dans l'hermétisme... la peur de se couper du public qui ne souhaite (!) que le divertissement... la peur de s'empêtrer dans un magma intellectuel... Je mets au défi quiconque de nommer, spontanément, les praticiens québécois qui plongent franchement dans la veine théorique... par plaisir, par conviction et aussi parce que c'est une façon solide de faire évoluer le domaine...

Lire sur le théâtre n'est pas une tare...
Lire du théâtre n'est pas une tare...
Réfléchir sur le théâtre n'est pas une tare...
Poser des questions sur le théâtre n'est pas une tare...
Remettre en cause le théâtre n'est pas une tare...

Le théâtre n'est pas, malgré les apparences, un art figé dans un cadre précis de fonctionnement. Pourquoi, au Québec, cet art* semble-t-il si pauvre (intellectuellement parlant... ) alors qu'ailleurs, en Europe, il y a une recrudescence des voix qui s'expriment sur l'écriture contemporaine (Vinaver), le théâtre postdramatique (Lehmann), la scène actuelle (Castelluci), la performativité, le passage de l'interprétation à la présence scénique (Fabre), etc...? Que les metteurs en scène y osent exposer des pensées parfois radicales?

Nous voulons que les médias, les journalistes et les chroniqueurs culturels élèvent leur niveau de connaissance envers le théâtre. Bien. En comparaison, où se situent le nôtre ? Lorsque nous le saurons, peut-être serons-nous tous capable de le traiter avec sérieux et intelligence...

En même temps que j'écris, je me relis et me trouve injuste: oui, tout le monde pense et tout le monde essaie de faire évoluer cet art... Je m'incline. Peut-être n'est-ce, finalement, qu'une frustrante anémie hivernale...

*Bien sûr, au Québec, l'art théâtral est fort jeune... et son acte de naissance officielle, dans les livres d'histoire, ne remonte qu'à 1948... et le Tit-Coq de Gélinas...

lundi 25 février 2008

LE RIRE DE LA MER [histoire d'une mise en scène]



Nous poursuivons donc notre aventure, au Mic Mac de Roberval.

Après quatre fins de semaines intensives, nous avons fait un débroussaillage de tout le texte - Le rire de la mer de Pierre-Michel Tremblay - et nous avons placé (de façon encore bien fragile), ébauché toutes les scènes. Le véritable travail peut maintenant commencer...

Ce week-end, nous nous sommes concentrés sur le choeur (au centre de tout ce projet!), ses actions, ses poses, ses mécanismes. Le choeur est parfois considéré (je ne me souviens plus du nom de ce théoricien...) comme étant le plus haut niveau d'action dramatique sur scène... ce pourrait être questionnable... et peut-être pas.

Ce spectacle ne sera pas un spectacle visuel... bien que l'illusion et la théâtralité seront omniprésentes. Ce spectacle ne sera pas un spectacle de technique... bien que le minimum utilisé y sera maximisé... Ce spectacle n'est pas un spectacle où l'acteur fait des prouesses... bien que chaque tableau renferme des scènes fortes... Ce spectacle doit reposer sur deux choses intimement liées: un lien fort unissant 15 personnes ensemble... et surtout, le plaisir... le plaisir du théâtre. Les tableaux qui se succèdent ne sont que prétextes à ces deux éléments.

Le plus difficile, pour le moment, c'est de conserver la concentration et le sérieux de tout le monde en scène. Pour la plupart, les scènes sont vues pour la première fois. Le potentiel comique de chacune de celles-ci devient, en quelque sorte, le pire obstacle. Mais bon...

Sinon, quoi d'autres... Mon équipe de conception (Francine Joncas à l'assistance, Christian Roberge et Vicky Tremblay aux costumes et accessoires, Gervais Arcand aux éclairages) est efficace, très présente... et les propositions fusent de toutes parts... et tout se meut à une vitesse assez surprenante... Esthétiquement, nous avons une ligne directrice... et nous tentons de la suivre... La complicité et la proximité de l'équipe nous permettant d'y aller sur le mode essais-erreurs...

En gros, nous en sommes là... À un mois et une semaine de la première... Le premier enchaînement d'hier (les deux tiers, en fait...) nous permet de croire à un spectacle d'environ 1h45... Le stress se gère encore assez bien... selon le point de vue où l'on se place! C'est toujours la même sempiternelle hisoire: voir le verre à moitié vide... ou à moitié plein!

LE RIRE DE LA MER [histoire d'une mise en scène]


Nous poursuivons donc notre aventure, au Mic Mac de Roberval.

Après quatre fins de semaines intensives, nous avons fait un débroussaillage de tout le texte - Le rire de la mer de Pierre-Michel Tremblay - et nous avons placé (de façon encore bien fragile), ébauché toutes les scènes. Le véritable travail peut maintenant commencer...

Ce week-end, nous nous sommes concentrés sur le choeur (au centre de tout ce projet!), ses actions, ses poses, ses mécanismes. Le choeur est parfois considéré (je ne me souviens plus du nom de ce théoricien...) comme étant le plus haut niveau d'action dramatique sur scène... ce pourrait être questionnable... et peut-être pas.

Ce spectacle ne sera pas un spectacle visuel... bien que l'illusion et la théâtralité seront omniprésentes. Ce spectacle ne sera pas un spectacle de technique... bien que le minimum utilisé y sera maximisé... Ce spectacle n'est pas un spectacle où l'acteur fait des prouesses... bien que chaque tableau renferme des scènes fortes... Ce spectacle doit reposer sur deux choses intimement liées: un lien fort unissant 15 personnes ensemble... et surtout, le plaisir... le plaisir du théâtre. Les tableaux qui se succèdent ne sont que prétextes à ces deux éléments.

Le plus difficile, pour le moment, c'est de conserver la concentration et le sérieux de tout le monde en scène. Pour la plupart, les scènes sont vues pour la première fois. Le potentiel comique de chacune de celles-ci devient, en quelque sorte, le pire obstacle. Mais bon...

Sinon, quoi d'autres... Mon équipe de conception (Francine Joncas à l'assistance, Christian Roberge et Vicky Tremblay aux costumes et accessoires, Gervais Arcand aux éclairages) est efficace, très présente... et les propositions fusent de toutes parts... et tout se meut à une vitesse assez surprenante... Esthétiquement, nous avons une ligne directrice... et nous tentons de la suivre... La complicité et la proximité de l'équipe nous permettant d'y aller sur le mode essais-erreurs...

En gros, nous en sommes là... À un mois et une semaine de la première... Le premier enchaînement d'hier (les deux tiers, en fait...) nous permet de croire à un spectacle d'environ 1h45... Le stress se gère encore assez bien... selon le point de vue où l'on se place! C'est toujours la même sempiternelle hisoire: voir le verre à moitié vide... ou à moitié plein!


jeudi 21 février 2008

Trois femmes descendent vers la mer

Bon. Que dire de cet autre spectacle de la cuvée 2008 des finissants en arts (option théâtre)...

Trois femmes descendent vers la mer raconte, selon les propres mots de l'auteur, Gilles Granouillet, trois portraits de femmes à trois âges de la vie, mais une seule histoire, celle de femmes qui luttent pour continuer à garder la tête haute. Mettons-les sur une barque au fil de l’eau. La situation de départ de la pièce a quelque chose de cocasse voire d’irréel. Ce qui va advenir d’elles, personne ne le saura exactement, ce sont bien les circonstances qui les ont amené jusqu’ici qui font l’histoire, qui font la pièce.

Ce texte, au lourd accent poétique (qui, j'avoue, ne m'avait guère plu à la lecture), est porté par une seule comédienne, Valérie Tremblay. Une très belle performance qui s'accomode même de ses états d'âmes et de sa nervosité quasi légendaire... Il ne s'agit pas tant ici d'un travail physique (quoique...) mais plutôt d'un travail de voix (qui oublie parfois de se contrôler!), d'immobilisme et de langueur (déf.: sorte d'affaiblissement moral et physique causé par les fatigues de l'esprit, par les peines de l'âme).

Le rythme alors est donné. Tout est en lenteur.

Sara Moisan a choisi de placer la comédienne sur un plateau fort réduit noir, neutre, avec tout de même le pouvoir d'évoquer le banc, le lit d'hôpital et la barque. Peu de musique. Avec des éclairages efficaces, découpés par la fumée/brouillard qui enveloppe le tout... et une utilisation de la vidéo (par Stéphane Boivin) fort intéressante.

Le passage d'une femme à l'autre se fait par un changement de position simple... qui prendra de en plus de force. Le texte cherche à se faire entendre, se matérialise dans une simplicité désarmante et, ô mystère de la scène!, il se charge de sens et d'intérêts!

Vraiment, c'est un beau petit spectacle... qui dure environ 40-45 minutes. Avec nombre de places limitées!

jeudi 14 février 2008

Code du spectateur

Voici, tiré du prologue du Poenulus de Plaute (v. 254-184 av. J.-C.), un véritable code de conduite du spectateur... avec des règles qui peuvent nous surprendre aujourd'hui... et d'autres qu'il nous ferait probablement plaisir de remettre en vigueur! Comme quoi les temps changent mais l'Homme (utilisé ici à titre épicène!) reste:


Lève-toi, crieur, avertis le public d’avoir à nous écouter. [...]
(Après la proclamation du crieur, le prologue s’adresse aux spectateurs.)
Qu’aucune vieille putain ne vienne s’asseoir sur le proscenium;
que les licteurs ne soufflent mot, ni eux ni leurs verges;
que l’ordonnateur ne passe pas sous le nez des gens,
et ne conduise personne à sa place pendant que les acteurs seront en scène.
Ceux qui ont dormi la grasse matinée chez eux
doivent se résigner à rester debout maintenant;
ou bien, qu’ils dorment un peu moins.
Que les esclaves n’envahissent pas les gradins,
qu’ils laissent la place aux hommes libres,
ou qu’ils paient ce qu’il faut pour s’affranchir.
S’ils ne peuvent le faire, qu’ils s’en aillent chez eux,
pour éviter la double infortune d’être bigarrés ici par les verges,
et au logis par les étrivières qui puniraient leur négligence au retour des maîtres.
Que les nourrices soignent à la maison leurs poupons,
et ne s’avisent pas de les apporter au spectacle:
ainsi elles ne mourront pas de soif
et leurs bébés ne mourront pas non plus de faim
et ne bêleront pas ici d’inanition comme des chevreaux.
Que les dames regardent sans rien dire,
qu’elles rient sans rien dire,
qu’elles modèrent les éclats de leur voix flûtée;
qu’elles gardent pour la maison leurs sujets de conversation,
afin de ne pas assommer leurs maris, ici comme chez elles.
Quant aux organisateurs des jeux,
qu’ils ne décernent la palme à aucun artiste injustement;
qu’aucun artiste non plus ne soit chassé du théâtre par la cabale,
pour assurer le triomphe des mauvais sur les bons.

Poenulus: traduit en français par Le Carthaginois.Licteur: Au théâtre, les licteurs maintenaient le droit de chacun, imposant le respect des hiérarchies.
Ordonnateur: à ce que j'en comprends, c'est, en principe, un maître de cérémonie (un metteur en scène...)
Bigarré: marqueté, jaspé, moucheté, piqueté, tacheté, tavelé, bariolé, chamarré
Verges: Baguettes de bois ou de métal
Étrivières: Courroies de cuir servant à relier la selle aux étriers
Organisateurs des jeux: je sais qu'en Grèce antique, les représentations théâtrales sont organisées dans le cadre de concours, où les auteurs présentent généralement trois tragédies et une comédie (tétralogie). Dix juges tirés au sort parmi les citoyens décident des personnes gagnantes. Le public essaie d'ailleurs souvent de les influencer. Ces juges attribuent six récompenses symboliques mais prestigieuses : deux aux meilleurs protagonistes comique et tragique, deux aux meilleurs chorèges comique et tragique et deux aux meilleurs poètes comique et tragique. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Théâtre_grec_antique) Est-ce la même chose pour la Rome antique? Je l'ignore.
Cabale:
complot ourdi par un groupe de personnes visant à conspirer pour le succès de leurs opinions.

mercredi 13 février 2008

Dans les ornières de l'Art dramatique

Voici la citation qui clôt chacun des volumes de la collection Les Voies de l'acteur... Définition métaphorique du rôle, de la fonction du théâtre, de la vocation scénique:

Sur la route boueuse et noire
Le brouillard ne se lève pas
Un chariot grinçant transporte
Ma roulotte délavée, mon théâtre

Alexandre Blok

Ce à quoi il ferait bon d'ajouter ce passage tiré du Capitaine Fracasse de Théophile Gautier:

Un chariot comique contient tout un monde. En effet, le théâtre n'est-il pas la vie en raccourci, le véritable microcosme que cherchent les philosophes en leurs rêvasseries hermétiques? Ne renferme-t-il pas en son cercle l'ensemble des choses et les diverses fortunes humaines représentées au vif par fictions congruantes? Ces tas de vieilles hardes usées, poussiéreuses, tachées d'huile et de suif, ces ordres de chevalerie en cailloux du Rhin, ces épées à l'antique au fourreau de cuivre, à la lame émoussée, ces casques et diadèmes ne sont-ils pas comme la friperie de l'humanité où viennent revêtir de costumes pour revivre un moment, à la lueur des chandelles, les héros des temps qui ne sont plus?