jeudi 6 novembre 2008

Pas moi


J'attends... ce soir, c'est la première de Pas moi, création/collage à partir d'une pièce - un monologue - de Sacha Guitry, Je sais que tu es dans la salle, un de mes auteurs favoris pour son ironie, son cynisme, son esprit et d'une autre, Pas moi, de Samuel Beckett, monument de la littérature dramatique de la seconde moitié du XXième siècle.

Ce spectacle est mis en scène par Frédéric Moreau. Ce jeune homme baigne dans le théâtre depuis très longtemps... Déjà, en 2000, il présentait (dans une mise en scène d'Annick Pednault) au Séminaire de Chicoutimi un de ses textes (si je me souviens bien, il s'agissait d'une trilogie) dont le titre est, de mémoire, En noir et blanc. L'histoire se déroulait, toujours selon mon souvenir, autour de 1789... Fait à noter, la petite comédienne de l'époque qui tenait le rôle principal, la reine de France, était Marie-Ève Gravel devenue depuis excellente... qui tiendra l'unique rôle de cette nouvelle production. Les éclairages sont de Marilyne Tremblay.

Donc, je vais voir dans quelques minutes, et j'y reviens dans les prochaines heures...

Et si... pour un retour du cabotin

En improvisation, signe de l'arbitre lors d'une punition pour cabotinage
Image tirée du site http://www.latiag.com/impro-grenoble-art22.html

Honni dans une mise en scène, puni en improvisation, le cabotinage représente un défaut majeur pour l'acteur, une distorsion de son jeu, une perte de contrôle de lui-même, un numéro égocentrique indifférent au spectacle.

Voici la définition glanée dans le Dictionnaire encyclopédique du théâtre de Michel Corvin:

Cabotin: Terme péjoratif employé pour désigner un comédien dont le jeu est démagogique. Historiquement, le terme désigne un comédien médiocre qui joue dans un théâtre ambulant. Le cabotin est une acteur qui en fait toujours trop, qui surcharge son jeu pour attirer sur lui le regard et l'attention. Il conçoit l'interprétation de son rôle comme une mise en valeur de ses propres talents, il fabrique son jeu de l'extérieur et cherche moins à jouer en profondeur la complexité de son personnage qu'à produire une suite d'effets faciles lui assurant la reconnaissance du public. Agissant ainsi, le cabotin rend malaisé le travail des autres comédiens et met en péril l'homogénéité du spectacle.

Et si c'était là, la véritable clé de la théâtralité de l'acteur? Du moins, c'est ce qu'en pense - et j'appuie - Vsevolod Emilievitch Meyerhold (dans Écrits sur le théâtre, Tome II):

Peut-on concevoir un théâtre sans cabotinage? [...] Et peut-être en va-t-il toujours ainsi: s'il n'y a pas de cabotin, il n'y a pas de théâtre, et réciproquement, dès que le théâtre refuse les lois fondamentales de la théâtralité, il se sent aussitôt capable de se passer de cabotin.

Chez l'acteur contemporain, le comédien s'est transformé en diseur intellectuel. [...] Au lieu de jouer, il se contente de vivre simplement sur scène. Le culte du cabotinage, qui, j'en suis sûr, réapparaîtra quand renaîtra l'ancien théâtre, aidera l'acteur contemporain à se tourner vers les lois fondamentales de la théâtralité. Ceux qui s'attachent à reconstruire les anciennes scènes puisant leur savoir dans les théories oubliées de l'art scénique, dans les vieux manuscrits et les anciennes iconographies théâtrales, se proposent d'amener l'acteur à croire à l'importance et à la puissance de sa technique de jeu.


Le cabotinage pourrait peut-être vraiment être une force...

mercredi 5 novembre 2008

Encore une fois...

Caricature d'Honoré Daumier.
Récompense honnête aux électeurs obéissant parue dans La Caricature,
17 juillet 1834.

Il est sans doute plus sage
de poser des questions
et laisser le débat ouvert
plutôt que de trancher
par sentences péremptoires.
(Jean-Pierre Ronfard)

La polémique
- de polemos, la guerre, le conflit -
est un élément constitutif
de toute réflexion sur l'industrie
et la culture, sur le travail de ceux
qui proposent de quoi
nourrir les esprits.

(Jean-Pierre Sarrazac)

Nous posons-nous assez de questions? En recevons-nous trop? Prenons-nous assez le temps d'y réfléchir? Ces questions, ces débats sont, après tout, les préludes de l'évolution.

Belles citations tirées de deux grands Jean-Pierre qui ouvre la voie à une toute nouvelle campagne électorale provinciale! Sur la scène fédérale, la culture est devenue - lors du dernier exercice - un symbole, un enjeu, une épine douloureuse dans le pied gauche du gouvernement. Qu'est-ce que nos partis québécois en diront?

Les enjeux des débats
sur la culture ne touchent pas
seulement la défense des identités:
la culture est aussi l'une des
premières sources de richesse
économique.
(Jean-Pierre Sarrazac)

mardi 4 novembre 2008

L'engagement de la critique... revue et augmentée!


J'ai toujours rêvé d'un temps où les critiques de théâtre ne se faisait pas par l'intermédiaire de journaux, de radios, de T.V., mais par le théâtre même. La critique écrivait des pièces pour combattre un type de théâtre qu'il n'aimait pas. (Jean-Pierre Ronfard, 1976)

Combattre le feu par le feu... Cette époque révolue - où se conjuguaient pamphlets, pièces dénonciatrices, censures, cabales - mériterait parfois d'être ressortie des boules à mites! À quand un débat sur des questions de fond par scènes interposées? À quand une pièce (même en un acte!) de Christiane Laforge, Daniel Côté, Jean-François Caron ou Philippe Belley pour répondre aux spectacles du CRI, des Têtes Heureuses, du 100 Masques ou de la Rubrique, du Faux coffre et des Amis de chiffon?

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Bon, je sais... cette adaptation de la loi du Talion peut facilement déraper... Molière dut se battre contre ce type de critiques (et aussi contre des pamphlet du type Élomire hypocondre ou les médecins vengés - en lien ici en version intégrale - qui attaque sa vie privée): Le 20 février de cette année 1662 Molière, à quarante ans, avait épousé Armande Béjart, dix-neuf ans, la fille de sa maîtresse, Madeleine, ce qui lui vaut de nombreuses attaques et d’être accusé de relations incestueuses avec cette personne qui pourrait être sa fille. La pièce L'école des femmes fait scandale... et l’année 1663 voit défiler une série de pièces écrites en droit de réponse à la précédente. Molière répond à ses adversaires par La Critique de l'école des femmes. Edme Boursault, auteur attitré de l’Hôtel de Bourgogne, écrit alors une comédie intitulée Le Portrait du peintre, ou la Contre-critique de l’école des Femmes, Molière réplique à son tour avec son Impromptu de Versailles en caricaturant Boursault et les acteurs de l’Hôtel de Bourgogne. Et ainsi de suite : de Villiers répond par La Vengeance des Marquis. En janvier 1664, Montfleury compose un Impromptu de l’Hôtel de Condé, où, en voulant croquer méchamment une caricature de Molière, il décrivit à merveille son incontestable talent d’acteur comique, qui fit, pour une bonne part, le succès de ses comédies :
[...] il vient, le nez au vent,
Les pieds en parenthèse et l’épaule en avant,
Sa perruque, qui suit le côté qu’il avance,

Plus pleine de lauriers qu’un jambon de Mayence,

Ses mains sur les côtés d’un air un peu négligé,

Sa tête sur le dos comme un mulet chargé,

Ses yeux fort égarés ; débitant ses rôles,

D’un hoquet perpétuel sépare ses paroles.
(Wikipédia.com)

lundi 3 novembre 2008

BananaCam.tv


Voici le site d'une autre série virtuelle, BananaCam.tv (dans la lignée des Têtes-à-claques et du Cas Roberge... exploitant la formule du sketch en continu comme dans Un gars, une fille) mettant en vedette trois jeunes comédiens se parlant par webcam... L'humour y est évidemment la pierre de touche, flirtant aisément entre l'absurdité du quotidien, fleurant encore la facilité estudiantine. L'intérêt vient surtout du fait que Véronique Bouchard, qui a entres autres fait le BIA en théâtre ici à l'UQAC avant d'être acceptée au Conservatoire de Montréal, y joue un des rôles.



WebtvHebdo, 6 octobre 2008: Depuis quelques jours, d’intrigantes vidéos annonçant une nouvelle webtélé circulent sur YouTube. Les clips sont toujours les mêmes : un jeune est surpris par sa webcam qui se ferme dans un grésillement accompagné du texte BananaCam.tv. Après quelques échanges de courriel, WebTV Hebdo a finalement appris qu’il s’agissait d’une nouvelle série de fiction qui sera lancée officiellement mercredi prochain.

Le producteur du site, Jean-François Grenier, nous a appris que BananaCam.tv mettra en vedette trois jeunes comédiens professionnels, Valérie Blain, Philippe Thibaudeau et Véronique Gravel Bouchard. «Ils interprètent des adolescents très typés (pour ne pas dire attardés!) qui n’ont rien d’autre à faire que de se raconter les tribulations de leur vie via webcam, écrit Jean-François Grenier. BananaCam.tv se veut une parodie des émissions pour adolescents où généralement les ados sont joués par des comédiens de 30 ans. »

Les épisodes seront mis en ligne chaque mercredi. Jean-François Grenier est animateur et concepteur d’émissions à TFO.

«Acta est fabula»



Voilà. Le rideau est tombé et pourtant, le billet a tardé... implication et circonstances obligent.

Et pour cause!!! Étrangement, je n'ai que très peu vu cette production des Têtes Heureuses et, sans jeux de mots douteux, je ne fus qu'un passant tout au cours du travail... tout occupé ailleurs par mes propres dossiers, mes demandes de subventions, mon théâtre, mon «interprétation»... Bref, je n'ai jamais vu l'entièreté de la pièce... pas assez pour parler ici de la mise en scène - que je trouve, par ailleurs, très bien.

Le silence, donc, n'est pas complaisant... Il s'est plutôt imposé de lui-même.

Ceci étant dit, il est évident que je suis très proche de ce type de théâtre, que j'y suis rompu et qu'il me sert, en quelques sortes, de modèle. N'empêche que je peux quand même avoir des avis sur des sujets précis.

Je trouve tout d'abord intéressants tous les liens qui se sont faits entre l'actualité et ce texte centenaire: on a parlé de crise économique, de fin d'un monde (le changement de génération), de la destruction de la maison Lévesque, d'écologie, d'argent, etc. Peut-être est-ce là la force de celui-ci: être capable de transcender la fable et la couleur russe pour toucher les spectateurs d'aujourd'hui.

Ce texte demande, du coup, d'être porté par une distribution forte... et celle des Têtes Heureuses l'était, à mon avis. Mes coups de coeur: Alexandre Larouche, qui a fait un Iacha parfaitement détestable avec une constance fort professionnelle qui ferait facilement envie au metteur en scène que je suis; Sara Moisan, qui portait admirablement bien une Lioubov épatante de soumission au destin, l'un des grands rôles féminin de l'histoire; et Patrick Simard,pour son naturel scénique, son jeu, sa voix. Je salue, du même coup, le travail d'Éric Rénald qui portait là lui aussi un monument dramatique avec force et conviction... Notez que ces quelques mots n'enlèvent rien aux autres comédiens...

Esthétiquement, j'aime bien ce type de sobriété employée - j'aime aussi croire que le théâtre tient principalement aux acteurs et au texte! Esthétiquement, disais-je, ce n'est pas un décor, mais un espace. Un espace semblable à celui du Misanthrope, des Troyennes (UQAC), et, dans une moindre mesure à Drames brefs, c'est-à-dire principalement un plancher vide, un cyclorama comme fond et des accessoires. En ce sens, il est fonctionnel, simple et léger. Après coup, après avoir dû céder sur des contingences techniques (scène trop proche du public qui réduit la visibilité, espace dans l'entrée trop étroite, etc.) quelques questions peuvent surgir (et qu'on m'a posé): pourquoi la pente? quelle est son utilité réelle? en a-t-elle une? pourquoi un plancher orange? pourquoi couper la scène en deux par ces grands rideaux blancs? Cet espace étendu et haut n'écrase-t-il pas, finalement, ses acteurs?

Les costumes sont généralement efficaces dans cette transposition hors d'âge... à quelques détails près... dont les souliers aluminium de Marie Villeneuve qui surprennent un peu...

Les éclairages d'Alexandre Nadeau trouvent là un immense terrain de jeu qui laisse libre cours à son talent. Pour l'utilisation de latéraux et la texturisation de matière, il n'y a pas meilleur encore dans la région... faut dire qu'il est aussi le seul! Encore plus d'audace (comme l'utilisation de l'écran vert au début de l'acte II) et ç'aurait été génial. Idem pour la musique de Patrice Leblanc...

La seule véritable réserve que je me permets d'exprimer concerne toutefois les images vidéo... non... les infographies (ces moments où les images synthétiques s'accumulent). Car bien que je comprenne le mouvement, la composition, la création de la ville, etc., ce rendu informatique me gèle toujours un peu (la dernière expérience du genre composait les décors dans L'Auberge du Cheval Blanc de la SALR...). C'est froid, construit... En fait, le problème pourrait se poser d'une autre façon: les images vidéo ne sont-elles pas de genres trop différents (infographies, abstractions, feuillage réel)?

Ce fut, pour ma part, une production difficile. Outre les occupations mentionnées en début de billet et le trac d'être sur scène, mon emploi d'adjoint à la coordination a souffert du «syndrôme de la dernière minute» à plusieurs moments (du fait d'être à plusieurs endroits à la fois) qui fait que l'essoufflement se fait ressentir depuis déjà quelques semaines. Le plaisir habituel s'est atténué dans l'accumulation des dossiers et dans l'attente de leur résolution. Peut-être cette Cerisaie jouait-elle ma cerisaie...

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Quelles sont les impressions des spectateurs? Plutôt bonnes, je dirais... du moins, de ceux qui viennent nous parler (et les critiques parues également, voir ici)... qui généralement sont beaucoup liés aux comédiens, aux concepteurs, aux Têtes Heureuses. Et pourtant, une bonne partie des spectateurs partiront sans rien dire, de peur de se tromper... on ne saura donc jamais vraiment. Et ceci vaut pour toutes productions théâtrales, peu importe la compagnie!

À l'an prochain.

samedi 1 novembre 2008

La semaine théâtrale... 13

Dimanche, 2 novembre, 14h
Le rideau tombe sur La Cerisaie des Têtes Heureuses après 12 représentations. Dernière chance! Au Petit Théâtre de l'UQAC.


Mardi, 4 novembre, 20h
Les clowns noirs (et le Théâtre du Faux Coffre!) sortent de la salle Murdock pour fouler les planches de l'Auditorium-Dufour avec leur dernière création: Barabbas dans la Passion... pour ceux qui ne l'ont pas encore vu!!!

À compter du jeudi, 6 novembre, 20h30 (les 6, 7, 8, 21 et 22 novembre), 15h30 (les 9 et 22 novembre)
D'après le communiqué: le collectif TeXentrique la pièce de théâtre Pas moi (une combinaison de Je sais que tu es dans la salle de Sacha Guitry et de Pas moi de Samuel Beckett) à la salle Murdock du Centre des arts et de la culture.

Parler par petits bouts… Parler difficilement… De nous… Des sentiments… Au vingt-et-unième siècle, la communication devrait être facile, nous développons à chaque jour des nouveaux moyens de se parler et de garder contact: msn, facebook, les cellulaires, les iphones. Pourtant, à l’ère où la communication devrait être plus facile, elle l’est de moins en moins entre les êtres. Les mots ne viennent pas. Ils se séparent, se fragmentent. Savons-nous communiquer? Parler? Entendre? Écouter? Bienvenue dans le monde de Pas moi et de la non-communication, dans la déchirure horrible de l’être entre le dire et le faire.

Avec Pas moi, une comédienne et une prostituée se rencontrent pour parler (ou plutôt ne pas parler) de la difficulté de se faire comprendre. Elles abordent le sujet très délicat de la communication entre deux êtres, où plutôt la non-communication. Pas moi est aussi la rencontre de nouveaux langages, musicaux, textuels et gestuels, tout cela dans le but de commencer à parler, à s’interroger, à essayer de se comprendre.

Une mise en scène de Frédérick Moreau.
Avec Marie-Ève Gravel (qu'on a vu dernièrement dans Heureuse Jeunesse)
Direction de production: Geneviève Mercier Bilodeau.
Assistance à la mise en scène et conception lumière: Marylin Tremblay
Composition et conception musicale: Simon Gauvin

Vendredi, 7 novembre
Le Théâtre La Rubrique présente, à 20h, à la salle Pierrette-Gaudreault, La cantatrice chauve de Ionesco (suivi de La leçon du même auteur), la production dixième anniversaire du Théâtre des Fonds de Tiroir, signée par Frédéric Dubois... production que j'ai vue au Petit Chmaplain, à Québec, à l'été 2007 et que je recommanderais volontiers! J'en reparle, puisque j'y serai.

Euh... c'est à peu près tout je crois... pas de formation, pas de conférence, pas de sortie... si j'en oublie, je m'excuse d'avance!

De l'amour et des griffes [journal d'une mise en scène]


Le spectacle De l'amour et des griffes est enfin mis en place, avec ses forces qui le rendent amusant et fascinant à regarder... de même qu'avec ses faiblesses qui demandent encore de l'implication de la part de tout un chacun.

Les cinq comédiens portent un style théâtral exigeant. Tout en demeurant amateur, le Théâtre Mine de Rien doit, selon moi (et c'est ce que je tente de faire depuis le début de cette fondation), créer avec rigueur et discipline, dans un contexte professionnel... faire du théâtre comme loisir artistique.

La première partie (Le Défunt de René de Obaldia) se fige dans une langueur contrôlée, où l'horreur narratif prend tout le discours. Simplicité et immobilisme en sont les leitmotivs. Les deux comédiennes ont besoin de tout leur petit change pour rester en pleine possession et du texte et de cette gestuelle qui, sous ses apparences de facilité, requiert une force de concentration et de maîtrise du discours essentielles à sa représentation.

La seconde partie (Les Boulingrin de Courteline) prends le contrepied de la précédente et se lance dans une folle chorégraphie où la parole laisse place aux corps. Calcul, méthode, capacité de se voir extérieurement, telles sont les qualités recherchées.

Parmi cette distribution, une surprise artistique: Mélissa Valiquette... issue du profil Arts et Lettres - profil interprétation de Saint-Laurent... wow!

Plus que trois semaines avant la première...

vendredi 31 octobre 2008

Quand la vie arrête de tourner autour du théâtre


On fait du théâtre
parce qu'on a l'impression de n'avoir jamais été soi-même
et qu'enfin on va pouvoir l'être.

Louis Jouvet


Mais en dehors du théâtre, est-il une vie ?

Gaston Baty

Depuis un peu plus de deux ans, ma vie ne tourne - presque exclusivement! - qu'autour du théâtre. Mon entourage est spécifiquement théâtral (par défaut), que ce soit à l'UQAC ou pour mes productions; mon travail est théâtral; mes loisirs sont théâtraux (lectures, blogue, sorties, etc.); mes ambitions sont théâtrales de même que mes fluctuations morales... surtout quand vient le moment de faire les demandes de subventions ou pire! de recevoir les réponses. Je suis, en quelques sortes, théâtrocentriste.

J'ai travaillé, au cours de ces deux dernières années avec le Théâtre 100 Masques, les Têtes Heureuses, l'Orchestre Symphonique, ManiGanses, le Théâtre Mic Mac, l'UQAC, le Théâtre Mine de Rien et aussi pour moi-même. J'ai écrit, fait de la mise en scène, des conceptions de toutes sortes, plongé dans des débats, et même joué!

Parfois, je me demande si ce ne serait pas le temps de me retirer ou, plutôt!, comment faire pour attiser une flamme qui vascille parfois, me renouveler... Question qui se fait encore plus précise quand la vie même est victime d'un deus ex machina qui change quelque peu la donne et qui rappelle que hors du théâtre existe aussi un salut... Mon théâtrocentrisme en prend pour son rhume! Le théâtre est-il alors une nécessité ou un accident?

Je me sens donc à l'affût des propositions et des offres pour sortir d'une «routine», terme assez paradoxal étant donné ce statut d'«artiste contractuel» toujours à la course d'un projet à l'autre. Il me faut un nouveau défi - dans le domaine culturel... et théâtral si possible! - pour ne pas sombrer vers une indifférence généralisée...

P.S.: Me relisant, je trouve le ton un peu dépressif... qui est, je tiens à le préciser, inversement proportionnel avec mon état actuel!

jeudi 30 octobre 2008

Le mélo québécois

Tit Coq, de Gratien Gélinas, dictant les lettres qui doivent être écrites
par son frère Jean-Paul Désilet à Marie-Ange (22-31 mai 1948)

Je l'ai déjà dit, j'ai toujours eu un peu de difficulté avec le répertoire dramatique québécois... particulièrement celui des années cinquante (Marcel Dubé, Yves Thériault, Gratien Gélinas, etc.) une bonne partie de celui des années 70 et 80 (plusieurs des Tremblay et des Bouchard, Michel-Marc de son prénom) et un large pan de l'écriture actuelle. Non pas que stylistiquement parlant ou structurellement ce soit mauvais... je ne le pense pas. Seulement, ces pièces finissent toutes - et c'est encore et trop souvent le cas de nos jours - par patauger dans la même fable mélodramatique familiale. À croire que notre dramaturgie (sauf exception) ne s'ouvre pas encore sur le monde...
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Jean-Pierre Ronfard fut (et demeure) un monument dans le paysage théâtral québécois. Expérimentateur, professeur, auteur, metteur en scène, comédien, essayiste, polémiste... Il fut, comme le rappelle Caroline Garand (qui fut chargée de cours à l'UQAC de nombreuses années), un interlocuteur ironique de la communauté théâtrale.

Lu - en souriant - hier soir avant de me coucher, dans Études théâtrales #35 (dossier Jean-Pierre Ronfard: l'expérience théâtrale), où cet homme, en 1989, écrit tout haut (!) ce que plusieurs pensent tout bas:

Il faut que j'exprime ce qui me dégoûte de plus en plus - parce qu'exploité avec indécence - dans la grande tradition du mélo québécois. [...]Le virus du mélo frappe et prolifère, comme il y a vingt-cinq ans le virus brechtien, comme il y a cent ans le virus naturaliste de Zola, comme il y a trois cents ans le virus tragique en alexandrins qui nous a valu une masse impressionnante de navets. Le navet mélodramatique québécois se cultive selon les lois imperturbables qui en font (selon moi) le succès, la niaiserie, l'inutilité, l'ennui.

D'abord le terrain: bien sûr d'abord et avant tout la famille. Mais pas n'importe laquelle. Une famille codée au départ. Père absent, mort ou enfui. Mère abusive: la môman type ou la matante qui s'y substitue. [...] Les enfants: en révolte, bien sûr. [...] Quelques comparses: le voisin qui pelote la mère, la cousine morone, le professeur vicieux qui lorgne la petite fille ou le petit gars (au choix), quelques vieux amoureux transis qui rappellent entre deux crises cardiaques que l'amour c'est beau mais c'est triste. Ghetto familial. Cour des miracles des coeurs et des corps estropiés. Et là-dedans, ça gémit, ça pleure, ça se mouche, ça se masturbe dans les coins, ça jouit honteusement dans la cour arrière.


Et le pire c'est que derrière cette caricature de fin de texte se profile véritablement ce qui compose généralement ce qu'on appelle le théâtre québécois...

mercredi 29 octobre 2008

Qu'est-ce qu'une pièce de théâtre?


Voici le troisième des Douze arguments sur le théâtre tel que définit par Alfred Jarry (dans les Dossiers Acénonètes du collège de 'pataphysique no. 5, 1897), le sulfureux auteur d'Ubu Roi:

3

Qu'est-ce qu'une pièce de théâtre? Une fête civique? Une leçon? Un délassement?

Il semble d'abord qu'une pièce de théâtre soit une fête civique, étant un spectacle offert à des citoyens assemblés. Mais notons qu'il y a plusieurs publics du théâtre, ou tout au moins deux: l'assemblée du petit nombre de intelligents et celle du grand nombre. Pour ce grand nombre, les pièces à spectacle (spectacles de décors et ballets ou d'émotions visibles et accessibles), qui lui sont délassement surtout, leçon peut-être un peu, parce que le souvenir en dure, mais leçon de sentimentalité fausse et d'esthétique fausse, qui sont les seules vraies pour ceux-là, à qui le théâtre du petit nombre semble incompréhensible d'ennui. Cet autre théâtre n'est ni fête pour son public, ni leçon, ni délassement, mais action; l'élite participe à la réalisation de la création d'un de siens, qui voit vivre en soi-même en cette élite l'être créé par soi, plaisir actif qui est le seul plaisir de Dieu et dont la foule civique a la caricature dans l'acte de chair.

Même la foule jouit un peu de ce plaisir de création, toute relativité observée.

Plutôt intéressant cette définition... assez juste (et qui se vérifie toujours de nos jours)... même après plus d'un siècle. Pourrait s'appliquer à la différence entre théâtre populaire et théâtre universitaire...

Chose certaine, il ne faut pas prendre aucun de ces publics pour imbécile. Les opinions de l'un valent bien ceux de l'autre.

mardi 28 octobre 2008

La morale de cette histoire...


La plus belle humilité théâtrale survient lorsque nous devons animer un atelier devant et pour un groupe d'enfants.

Ils sont parfois curieux, spontanés, prêts à tout, enthousiastes... Le travail avance rondement, avec efficacité, dynamisme et plaisir. De véritables petites merveilles surgissent.

Ils sont aussi parfois turbulents et indifférents... et probablement fort influençables par la température. Il arrive que le contact ne peut se faire entre l'animateur et les participants. La période allouée pour l'atelier devient alors pénible et prend les allures d'un combat incessant entre discipline et explications. Le plan de travail devient inutile et rien ne semble accrocher les enfants qui n'en font qu'à leur tête.

Ces jours-là (ou ces soirs, comme hier avec mon groupe du 100 Masques!), nous nous demandons, avec une pointe de découragement et de regret, ce que vaut notre connaissance et questionnons notre capacité à enseigner quelque chose de cohérent.

Puis reviennent les mots de Genêt que je paraphrase ici ne trouvant plus la note originale: on ne peut enseigner le théâtre aux enfants, on ne peut que les enflammer! Et cette maxime résonne alors comme un défi permanent qui permet de poursuivre avec conviction et intérêt cette vocation de transmission.

Que mes petits monstres se le tiennent pour dit!