jeudi 29 avril 2010

Pendant ce temps, dans une capitale culturelle du Canada...

Sisyphe, par Franz von Stuck (1920)


Décidément, le climat demeure morose dans le milieu culturel...

Entre les déchirements relatifs à la salle de spectacle et les tribulations en vue de sauver le Théâtre du Saguenay de la faillite pendant que s'affiche le dernier né des diffuseurs... entre les demandes répétées (et justifiées) des uns, les coups de gueule des autres et le silence de la plupart des élus et hauts responsables du secteur culturel... devant l'anémique soutien populaire... devant le retard de plus en plus significatif des réponses du Conseil des Arts de Saguenay... devant la fatigue qui s'installe, le découragement qui affleure et l'indifférence qui pointe je me prends de plus en plus souvent à songer à mon avenir et, ô surprise, à envisager de poursuivre hors de la région.

Oui... Il semble bien que notre capitale culturelle souffre de sa propre existence... où tout est toujours à refaire.
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AJOUT: C'est dans ce contexte que le Conseil des Arts de Saguenay convoque au Lobe, demain, à 16h, tous les artistes et dirigeants des organismes soutenus au fonctionnement. Comment ne pas se laisser aller aux plus sombres spéculations?

mercredi 28 avril 2010

Synthèse doctorale...

J'aime beaucoup cette peinture... Il s'agit d'un portrait de Meyerhold
par B. Grigoriev, 1916.


Je viens de terminer d'écrire la seconde version de mon projet de thèse pour mes études doctorales, texte que je viens d'envoyer à ma directrice de recherche, Madame Irène Roy. Voici un petit résumé, une synthèse (en fait, les quelques lignes qui vont suivre en forment la conclusion!) de cette recherche que j'entreprends de façon plus soutenue dans les semaines à venir:

Cette recherche s’inscrit résolument dans la contemporanéité. Tributaire de la grande ère dramatique (l’importance du texte, le jeu marqué et inscrit dans le corps de l'acteur, la création de sens… bref, la théâtralité), consciente des problèmes posés par la crise du drame tout au long du XXième siècle (crise du personnage, de la fable, du dialogue, du rapport entre la salle et la scène), elle tente de puiser dans les sources meyerholdiennes pour élaborer une réactualisation fondamentale(dans le sens d’essence… soit l’usage du texte, de l’acteur et du code) des méthodes de mises en scène qui pourra, par la suite, puiser dans les grandes innovations apportées par le théâtre postdramatique (comme la présence, la figure, la fragmentation, la polyphonie, etc.… bref, la performativité) afin de répondre aux défis posés par l’écriture actuelle.
Si on lit et relit plusieurs fois, on peut finir par comprendre de quoi il sera question!

Les blogues théâtraux


Il y a quelques jours, Philippe Couture, auteur/critique du blogue Parathéâtre (Voir.ca), a publié un billet fort intéressant sur les blogues théâtraux, Pas de gazouillis au théâtre... ou plutôt, sur l'absence de ceux-ci dans la métropole alors qu'il y a en a quelques uns à Québec... voire même au Saguenay!

Des questions surgissent d'entre les lignes (et dans les commentaires): quelle est l'intérêt d'un tel blogue? quel rôle peut-il ou doit-il jouer? qu'apporte-t-il dans l'«écologie de la pratique»? Et un tas d'autres questions que je me pose personnellement à chaque matin devant mon écran...

mardi 27 avril 2010

Gardiens du domicile

Voici quelques photographies prises hier soir de la petite présentation marquant la fin de l'atelier régulier de la session d'hiver du groupe Éveil - les 8 à 10 ans - du Théâtre 100 Masques. Sous la direction de Sarah Bernard, les 10 participants ont travaillé à partir d'un texte de Yanik Comea, Gardiens du domicile.



lundi 26 avril 2010

Trac ou sa vie en théâtrascope...

Photographie: Paul Cimon

Petit dimanche pour l'équipe du Théâtre du Faux Coffre qui donne la troisième représentation de Trac, ma vie en théâtrascope, le second solo des Clowns noirs. Quelques spectateurs - une vingtaine - s'agglutine sur le devant de la scène, en attente fébrile de l'arrivée du plus vindicatif du noir quinquet.

Et le spectacle commence !

Dans ce second concept de spectacle de solo, Patrice Leblanc a choisi de remonter la genèse fictionnelle de son personnage (le tout, parsemé de brûlots politiques, avec des accents de brutalité et de violence propre au caractère du personnage), reprenant de sa naissance jusqu'à son essentielle liberté théâtrale en passant par son enfance, sa découverte de l'amitié, de l'horreur humaine, de la guerre. Du théâtre, on parle peu... on le fait.

Donc, dès le départ, ce spectacle est d'ordre narratif. Trac se raconte. Trac joue pendant une heure avec lui-même, se répondant, se complétant, se renchérissant! Trac se dénude. Pour y arriver, une bande sonore ininterrompue (et fort bien construite) dirige impitoyablement la représentation à travers une succession de tableaux entrecoupés de chansons interprétée en scène avec vigueur par l'acteur.

L'esthétique privilégiée demeure celle qui fait la belle part de cette compagnie: simplicité, efficacité, immense inventivité! Quelques accessoires surprennent et charment pour qu'opère la magie théâtrale...

Étrangement, ce spectacle fait rire, oui, à quelques occasions mais il contient surtout une charge émotionnelle surprenante pour ce clown qui réussit à plusieurs occasions à bousculer et, d'une certaine façon, à émouvoir. En un sens, Patrice Leblanc redonne à son personnage une dimension personnelle extérieure aux autres membres du Faux Coffre, une famille, un passé.Quelques moments forts: le numéro d'ouverture sur l'air du Bruxelles de Brel; l'ingénieuse façon de planter les autres actants de cette histoire; les répétitions; le poignant tableau construit sur la chanson Un peu plus haut, un peu plus loin; la finale hystérique.

Le concept même impose un rythme rapide à la représentation. Outre les morceaux musicaux, les scènes deviennent des flashs vifs et nerveux. On peut regretter, toutefois, que cette façon de raconter (la narration en voix off) brise un peu la chaleur, la spontanéité et l'échange avec la salle qui marque depuis le départ le caractère scénique du personnage (et des autres clowns noirs). Et bien qu'à la fin nous restions un peu sur notre faim à savoir comment ce Clown s'est rendu jusque sur les planches, il n'en demeure pas moins que ce spectacle comporte de nombreuses qualités qui ne peuvent que se bonifier en cours de route!

Du bon travail.

dimanche 25 avril 2010

[Soupir...]


Petite remarque dominicale, fugitive et passagère...

Je viens de lire la critique gastronomique (et décapante) de Marie-Claude Lortie concernant le Biron (restaurant de Montréal) dans l'édition d'hier de La Presse... et je me suis surpris à envier les restaurants d'avoir des gens qui savent écrire à leur sujet.


Au théâtre, cette semaine! (du 25 avr. au 1°mai 2010)


Trois productions à mentionner cette semaine. Il pourrait y en avoir plus, mais ce sont les seuls dont je connais l'existence!

Tous les jours (sauf lundi)
Salle Murdock (Chicoutimi), 20h


Le Théâtre du Faux Coffre présente son second solo (jusqu'à dimanche prochain...),Trac, ma vie en théâtrascope. Pour avoir une idée de cette production, une critique est parue dans l'édition d'hier (samedi, 24 avril) du Quotidien, sous la plume de Daniel Côté.

Merc. à ven. - du 28 au 30 avril 2010
Petit Théâtre (UQAC), 20h


À l'UQAC, on présente, dans le cadre du cours Atelier de production (17 étudiants du B.I.A. sous la direction de Jean-Paul Quéinnec), Théâtres et temps, regroupant 4 texte d'Olivier Choinière: Tragédie routière, Lady Percy's, Chiens savants, L'oeil. Il est préférable de réserver.

Jeu. à sam. - du 29 avr. au 1° mai 2010
Salle Lionel-Villeneuve (Roberval), 20h

Dernière semaine de représentation de La Défonce de Pascal Chevarie, une production du Théâtre Mic Mac. Je place ici, en lien, un extrait de l'émission Beau temps, mauvais temps (CBJ 93.7FM) où l'animatrice, Paule Therrien, rencontre l'auteur de la pièce.

vendredi 23 avril 2010

Auto-citation

Avec le nombre de projets qui se sont enchaînés depuis les derniers mois, il est bon de réfléchir sur les visées artistiques qui m'animent... ou du moins, qui devraient m'animer. Quelles sont mes convictions scéniques fondamentales? Retour en arrière, dans mon mémoire de maîtrise:

Les éléments scéniques servent à mettre en valeur la théâtralité.

S'il est admis que le maniérisme de Meyerhold était bel et bien une exacerbation de la forme, de la couleur et de l'espace afin d'obtenir une théâtralisation forte, que ce soit par la construction de machine à jouer pour les acteurs, de musique omniprésente, d'objets disproportionnés, le néo-maniérisme meyerholdien viserait les mêmes buts, aurait les mêmes ambitions, par une réduction à l'essentiel des éléments scéniques, un dépouillement dense, une exaltation du vide.

Il ne s'agit pas, dans ce cas, de réduction obstinée mais bien d'une recherche d'efficacité ramenée à sa plus simple expression.

La sobriété de l'espace, des éclairages, de la musique et des objets oblige la scène à s'affirmer autrement, à se repenser d'abord et avant tout en fonction de l'interprète. Ce recours à l'essentiel donne, à mon avis, plus d'impact à chacun de ces éléments.

Ce sont encore des idées qui m'allument. Peut-être l'articulation de celles-ci devient plus nuancée, mieux définie.

jeudi 22 avril 2010

L'Assemblée des femmes [Carnet de notes]


C'est dans une heure et demie que débutent les répétitions de L'Assemblée des femmes d'Aristophane qui sera la prochaine production estivale du Théâtre 100 Masques.

Un début en appelle un autre!

À cette occasion, voici donc les premières lignes surprenantes de cette pièce écrite il y a quelque deux mille cinq cent ans (à la lecture, il ne faut pas perdre de vue le côté parodique de ce texte, son pouvoir comique). Les premières lignes qui seront les premiers mots à subir le transfert du texte à la scène (par Erika d'ailleurs...):

Ô rayonnante lumière de ma lampe d'argile, de ce lieu élevé tu frappes les regards. À toi seule nous confions nos secrets; et ce n’est pas sans raison: n’es-tu pas présente lorsque, dans nos appartements, nous essayons diverses postures des plaisirs d’Aphrodite; et personne ne redoute d’avoir ta clarté pour témoin de ses ébats voluptueux. Seule, tu éclaires nos cavités secrètes, dont ta flamme détruit la luxuriante toison. Ô lampe, la roue du potier a façonné tes contours comme la nature a façonné les miennes, et ta mèche imite l'éclat du soleil; puisses-tu répandre au loin le signal convenu! Je ne vois aucune de celles que j'attendais! Ah! Si on les avait convoquées pour la fête de Bacchus, les tambourins encombreraient les rues, tandis qu’à présent, je ne vois pas une femme, sauf ma voisine qui arrive. Bonjour, Cléonice.

Vernissage

Carton d'invitation de l'exposition

Hier soir avait lieu, à la Galerie l'Oeuvre de l'Autre, le vernissage de l'exposition finale des étudiants de la maîtrise en art sous le thème Voler du temps.

Au cours de cet événement, il y avait deux présentations à caractère théâtral.

La première avait pour titre Marie sans nuit (à chaque nuit une nouvelle Marie), un projet d'Erika Brisson à partir d'un texte d'Anick Martel (également étudiante à la maîtrise). Ce projet (que je connais bien parce que j'en ai fait la mise en scène) proposait un essai sur le vide, une étude sur des effets d'absence: gestes automatisés, décontextualisation, regards absents, interprétation neutre composé principalement par le rythme et le volume, défilement du texte sans donner le sens, absence de mot dans le texte. Assise sur un chariot (une scénomobile!), l'actrice devait entrer dans une concentration extrême pour faire face (en plus de toutes les contraintes mentionnées plus haut) aux déplacements de son objet laissés aux choix du spectateur. La plus grande difficulté pour ce travail aura été d'essayer de surpasser la fiction du texte de Martel - qui place en scène une femme meurtrie ayant perdu un enfant - pour avoir une matière sonore et non pas une histoire.

Le second projet revient à Anick Martel avec la présentation de sa mise en lecture de son propre texte, Épicurienne . Une expérimentation sonore intense qui proposait une lecture (par Élaine Juteau) sur une musique de discothèque manipulée par l'auteur. Une expérimentation intense qui place le texte et la musique sur le même pied d'égalité ce qui crée des relations parfois d'opposition, parfois de complémentarité. Un texte qui semble fort bien mais qui fait un peu les frais de ce type d'exercice. (Notez que ces deux textes de Martel font partie de l'exposition et qu'il est donc possible de les lire.)

Voilà. En fait, deux conceptions du théâtre...

mercredi 21 avril 2010

De quelques considérations sur la douleur du metteur en scène devant son propre spectacle...

Je l'ai déjà dit, quelle que soit ma satisfaction à l'égard de ma production (peu importe laquelle), j'ai toujours de la difficulté à me laisser aller au rôle de spectateur sans vouloir fondre dans le plancher. La douleur est intense. La douleur de vouloir mieux. La douleur de savoir mieux.

Et le doute... Car oui, quand son propre regard passe soudainement par celui des autres spectateurs, le doute s'installe. Et si... Et si...

C'est avec ces quelques pensées que je me suis couché hier soir avec, dans les mains, un recueil de citations de Vsevolod Meyerhold (surprise!) et, comme souvent dans ce type de situation, une phrase - enfin un paragraphe... - m'attire:


La vie de tout artiste authentique (bon... le titre est pompeux mais la suite me plaît bien) est celle d'un homme constamment déchiré par l'insatisfaction de soi. Seuls les amateurs sont toujours contents d'eux et ne sont tourmentés par rien. Un maître, au contraire, est toujours sévère à son propre égard. L'autosatisfaction et l'infatuation ne sont pas dans ses habitudes. Ordinairement, quand un artiste semble satisfait et sûr de lui, ce n'est qu'une attitude d'autodéfense, un blindage artificiel pour se protéger des contacts blessants. [...] La vie d'un artiste authentique, c'est une exultation d'un jour, ce jour où sur la toile il pose la dernière touche, et une immense souffrance de tous les autres jours, quand l'artiste ne voit plus que ses fautes.

Voilà. C'est tout.

mardi 20 avril 2010

Un instrument théâtral


J'ai assisté, dimanche dernier, à l'«inauguration» de l'orgue Casavent qui a voyagé de l'éclise Ste-Cécile de Kénogami vers l'église St-Matthieu auparavant nommée Ste-Famille. C'est un peu complexe, mais de toute façon, là n'est pas mon propos.

L'orgue est peut-être l'instrument de musique le plus théâtral que je connaisse. Un instrument du souffle; un instrument qui respire. Un instrument scénographique. Un instrument d'atmosphère et de mélodies.

Bien sûr, à l'écoute de cette puissance évocatrice de l'orgue, de nombreuses références peuvent affluer à l'esprit notamment Le fantôme de l'opéra, les films expressionnistes, les films muets, les célébrations religieuses et j'en passe!

Mais plus intéressant encore, l'orgue est un instrument de l'investissement de son interprète.

Dans ce cas-ci, il fallait voir l'organiste, Martin Boucher, y aller de tout son corps, de faire preuve de précision et d'une maîtrise sans faille dans l'exécution de ses partitions sur deux claviers et un pédalier. Un bel exemple de conscience de soi, de ses gestes.

Pour le programme, d'autres savent mieux en parler que moi (voir le billet Un autre orgue déménage sur le blogue Spécial du Jour)!