vendredi 24 juin 2011
En attendant la légende...
Bobby Watson
Pour un théâtre national...
Le dernier chapitre de cet ouvrage porte le même titre que celui de ce billet. Et décrit, en quelque sorte, la situation théâtrale qui prévalait à l'époque... alors que notre théâtre ne balbutiait encore que très (et l'euphémisme est faible!) peu. A-t-elle changé aujourd'hui? Il va sans dire que oui... même si parfois, les doléances exprimées semblent traverser le temps...
Quelques auteurs de pièces affirment l'existence, au point de vue de répertoire, d'un théâtre canadien [nda.: si on se rapporte dans le temps, par canadien, il faut entendre canadien-français voire québécois] ? Un répertoire qui ne se joue jamais, qui ne peut parvenir à mériter l'estime, à capter l'intérêt du public, n'est pas un répertoire de théâtre.
Ce qu'il nous faut, c'est un théâtre jeune, vigoureux, plein d'idées, bâti sur des situations, sur des thèmes inspirés par notre vie nationale.
Jamais nos pièces de bibliothèques ou d'anthologie ne pourront soutenir l'éclat, aujourd'hui fulgurant, des feux de la rampe. Sous les pinceaux lumineux s'en dégagerait une poussière qui dénoncerait leur vétusté aussi crûment que celle de ces costumes longuement usagés, dont les coutures menacent, à chaque geste, de craquer. Ce n'est pas avec de tels oripeaux, aussi voyant soient-ils, qu'une scène canadienne réussira à s'instituer de façon permanente.
[...] L'effort de quelques apprentis dramaturges est courageux, mais nous doutons qu'ils soient assez puissants pour assurer à une troupe permanente 300 représentations par année, et surtout un répertoire de qualité.
[...] Que penser de cet état des choses? Cela ne prouve-t-il pas qu'il est temps de plaider la cause du théâtre canadien avec sérieux, en renonçant pour une fois à proclamer: «Mais nous avons tout ce qu'il faut! C'est l'argent seul qui manque!»
Non, il n'y a pas que l'argent qui manque. Une éthique du théâtre, comme l'éthique du commerce qui exige la qualité avant la quantité, devra régner ici avant que nous puissions accomplir quoi que ce soit de remarquable. La conception du théâtre comme art et non comme commerce devra prévaloir sur le «besoin d'argent». Il ne faudra plus qu'on gave le public de «stupidités». [...]
[...] Il faudra bien tout de même que la presse canadienne dise un jour: «Il [le théâtre] fait l'orgueil de la ville et traduit l'idéal de la nation, dont les efforts et les sacrifices ont contribué à son édification.»
Bonne Saint-Jean-Baptiste!
jeudi 23 juin 2011
«L'Affaire de la rue Lourcine» [Carnet de mise en scène]

Dans les encyclopédies (et j'en ai déjà fait mention là), Labiche passe souvent pour être, en quelque sorte, un précurseur du genre. Et avec L'Affaire de la rue Lourcine, on le sent bien: une trame dramatique fort ténue sur laquelle s'échaffaude une construction scénique complexe qui s'amuse à tordre la réalité; une série de quiproquos qui hypertophie à l'extrême une absence de réelle tension; des personnages qui sont projetés dans un quotidien distendu... et le tout par un jeu de langage, d'apartes et de mot d'esprit. L'absurde côtoie le ridicule qui lui-même est aux prises avec le saugrenu et l'extravagant.
Une matière toute aussi amusante que dense... pleine d'écueils et de défis! Un ton qui frappe oui... et qui grince et grince encore!
mercredi 22 juin 2011
Un acteur dans l'espace...
Rien à voir avec la biomécanique, sinon la mise en espace du corps.
Comme cette définition (par Béatrice Picon-Vallin, en page 109) de la biomécanique... prise en deux angles différents: celui du rapport à l'acteur de même que celui du rapport à la scène (et donc, au metteur en scène):
[...] L'acteur étudie la mécanique de son corps pour la comprendre et la perfectionner. Des exercices vont organiser l'ensemble de cette mécanique dans l'espace; ils mettent en jeu les positions relatives du tronc, de la tête, des bras, des jambes, des actions simples telles que la marche, le saut, le bond, la volte-face, etc. Cette domination par l'acteur de son instrument de travail est nécessaire puisque, pour Meyerhold, tout état psychologique est conditionné par des processus physiologiques, des états, voire des positions physiques. Corollaire: s'il y a bien jeu biomécanique, il y aura aussi une mise en scène biomécanique qui devra s'occuper de créer le contexte scénique, la carcasse où l'acteur pourra développer une construction physique exacte, condition nécessaire d'une juste construction psychique. Le metteur en scène devra trouver la meilleure organisation du temps et de l'espace pour fournir à l'acteur des «points d'appui» sûrs, le limitant dans ces deux domaines. Une fois limité, l'acteur peut s'orienter: il trouve sa place dans la pièce, dans la marche des événements, sur l'espace scénique, et il peut bâtir sa propre construction physique et psychique. «Si d'un point de vue physique et matériel, sur la base d'une composition formelle, la construction est bien exécutée, toutes les émotions et les intonations naîtront avec justesse» assure Meyerhold.
Voilà un credo auquel j'adhère parfaitement. Loin d'une recherche de vérité, de réalité, de psychologie. Et bien que je ne fais pas de biomécanique à proprement parler (parce que je ne connais pas intimement les préceptes de cet entrâinement... et que les comédiens d'ici ne s'astreignent pas à une discipline personnelle de cet ordre), ce sont là, d'une certaine façon, les grandes lignes de ce que je tente d'appliquer dans mon écriture scénique.
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mardi 21 juin 2011
L'hypocrisie élevée en dogme
lundi 20 juin 2011
L'Affaire de la rue Lourcine [Carnet de mise en scène]
Pour Lenglumé, c'est de toujours tenter de cacher quelque chose: cacher qu'il y a quelqu'un d'autre dans la pièce, cacher qu'il est sorti la veille, cacher qu'il a tué une charbonnière, cacher les indices, cacher sa culpabilité dans le crime. Il est donc toujours dans une certaine hypocrisie. Pour Norine, c'est comprendre ce qui se passe, savoir qu'il y a quelque chose de louche. Pour Agathe, c'est de demander de l'argent, de s'abaisser à une telle action. Ces enjeux doivent être présents tout le temps. Même dans les scènes où il semble qu'ils n'apparaissent pas. Les personnages de Mistingue et Justine vont dans cet atmosphère et se laissent quelque peu porter par celui-ci.
Il faut revenir à l'essence même des personnages. Revoir le cadre de leur conception. Non pas pour tout refaire, parce que tout marche. Mais plutôt pour le comprendre, le conscientiser. Dans cette pièce les véritables personnages sont les vices de ceux-ci. Chaque personnage n'est qu'une accumulation de défauts. Il faut miser sur cela et si cette caractéristique est présente, encore une fois, c'est toute la dynamique du spectacle qui est rehaussé. En ce sens, Lenglumé c'est le mensonge, la déloyauté, la poltronnerie. Norine c'est la matrone, la «germaine» caractérielle, la suspicion. Elle fait, en quelque sorte, une enquête. Justine c'est la polissonnerie, l'indifférence. Mistingue c'est le manque de classe, l'opportunisme, l'embarras. Il est prêt à couler l'autre pour se sortir du pétrin. Agathe c'est l'intrigue, le mystère, le mépris pour ces gens, la perversité.
Sur scène, dans ce type de jeu extrêmement physique, vous n'avez que très peu de marge de manœuvre (du moins, à l'exécution...). Il faut tendre vers la précision et plus nous approcherons de celle-ci et le plus l'objet théâtral sera fascinant. Pour y arriver, il vous faut une conscience à tout épreuve de l'image que vous projetez, notamment en ce qui a trait à vos positions de bras, votre positionnement dans l'espace les uns par rapport aux autres, la manipulation des objets (que vous avez nombreux) et vos photographies dans les cadres.
À ce titre, ce qu'il vous faut, ce n'est non pas la conviction du personnage, mais la conviction de l'interprète. Nous voulons un jeu marqué qui sort du quotidien et d'un réalisme qui lui fait perdre de sa superbe.
Dans ce type de jeu, deux choses sont fondamentales: vous devez, d'une part, savoir parfaitement ce vous avez à faire sans vous fier sur personne, sans être à la traîne, sans ralentir l'action ni la rendre brouillonne... et, d'autre part, en même temps, vous devez être capable de coordonner vos faits et gestes dans l'ensemble dans un rapport à l'autre, à l'objet, à l'espace constant. En bref, il vous faut une autonomie au service d'un tout. Une dichotomie nécessaire... tout comme le fait de posséder sur le bout des doigts mots et actions au point où, pendant l'interprétation, une mécanique interne portera le spectacle: le mot appelle le geste qui appelle le mot qui appelle le geste. C'est, en quelque sorte, un jeu séquentiel qui ne permet aucune hésitation, aucun doute. Vous devez vous lancer avec force, plaisir, enthousiasme.
Le texte est drôle en soi. Maintenant, ce qui prime, c'est l'image. Il faut la synchroniser en lui ôtant tous les gestes parasites, le superflu. Nous voulons du tonus. De la stature, de la sculpturalité. Réchauffez-vous bien parce que nous voulons des postures marquées par cette esthétique avec des articulations poussées à l'extrême (position des bras, des mains, de la tête, du corps, du torses), des torsions à tenir. Avoir les moyens, nous aurions des cours de souplesse, d'acrobaties, de contorsionnisme.
Il va sans dire qu'il vous faut un contrôle de vous-même hors-pair. C'est ce même contrôle qui doit s'exercer en ce qui a trait à la voix pour ne pas que ça devienne criard et au jeu en général pour ne pas que ça devienne du cabotinage. C'est ce même contrôle qui vous fera éviter la précipitation, la brusquerie. Tout doit être montré par le comédien et vu par le spectateur.
Sur scène, toujours, vous devez par ailleurs avoir conscience du rythme que vous devez donner et soutenir, en identifiant bien les moments de rupture (qui sont, eux aussi, fort nombreux): les chocs, les coups, les démontages soudains, les crescendo, les malaises, les terreurs brèves, les exaltations, etc. À ce chapitre, les insertions musicales doivent être marquées, appuyées. Nous allons vers la surabondance, le grotesque.
Le résultat est pour le moment assez probant... et devrait prendre de l'assurance et du dynamisme avec l'entrée en scène des décors et costumes finaux, des lumières, du son.
dimanche 19 juin 2011
Au théâtre, cette semaine! (du 19 au 25 juin 2010)
Samedi - 25 juin 2011
Complexe touristique de la Dam-en-Terre (Alma), 20h30
samedi 18 juin 2011
Un casino pour le CRI
Cette année, en lieu et place de son traditionnel CRI-Cheese, la compagnie jonquiéroise a repris l'idée, comme activité bénéfice, du casino (une édition de ce type avait eu lieu, si ma mémoire est bonne, en 2005).
Ainsi, le Casino-Bénéfice 2011 Qui Gagne CRI! s'est tenue hier soir, à la salle Pierrette-Gaudreault, organisé par l'équipe de direction et le conseil d'administration de l'organisme.
Une soirée amusante, divertissante.
Dans une ambiance feutrée propices aux jeux (auxquels il fallait miser des boutons et tenter d'en accumuler le plus possible tout au cours de la veillée), des croupiers s'annonçaient, ameutaient la foule, tenaient feu derrière les tables. Des jeux d'adresses, de hasard et de connaissances:
- comme le traditionnel jeu de roulette animé par Jean-François Caron;
- comme le jeu de dard aimanté animé par Guylaine Rivard;
- comme la «machine à boules» électrique animée par Patrice Leblanc qui excelle aussi dans l'animation serbo-croate;
- comme «Les couilles à Maud» (jeu de balle échelle) animé, tel qu'indiqué, par Maud Côté;
- comme «Les boules à Serge» animées par le duo Sébastien Bouchard et Patrick Simard où miser sur le bon numéro faisait remporter gros;
- comme le jeu du pendu animé par Yves Larouche qui en a confondu plus d'un avec ses mots;
- comme le bingo;
- et comme la table de black-jack animée par Viriginie Lavoie-Larouche qui n'a pas dérougie (la table) de la soirée, gardant là l'essence des véritables casino.
Il faut aussi souligner l'apport des autres collaborateurs à la réussite de cette soirée: Nathalya Thibault, François Tremblay, Michel Otis, Marc-André Perrier, Vicky Côté, Andrée-Anne Giguère et les gens du Centre culturel.
À la fin de la soirée, le participant qui a accumulé le plus grands nombre de boutons (dans ce cas-ci ce fut Madame Maude Desjardins, de la Commission scolaire de la Jonquière) remportait le grand prix: un assortiment complet de billets des productions à venir du Collectif À Tour d'Rôle, du Théâtre CRI, du Théâtre La Rubrique, du Théâtre 100 Masques, des Têtes Heureuses, du Théâtre du Faux Coffre, du Théâtre À bout portant, de QuébecIssime, de la Société d'Arts Lyriques du Royaume et j'en oublie peut-être.
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Une soirée fort bien organisée (et qui, pour le plaisir des participants, devrait - ce n'est pas une annonce mais une proposition! - se répéter année après année pour devenir un événement attendu).
Mais devant tant d'énergie et d'imagination déployée, il est dommage de constater la faible assistance (mais une assistance de qualité!). Une offre qui aurait mérité une plus grande affluence.
Ce problème est pourtant assez récurrent, peu importe la formule, peu importe la compagnie. Le financement par une présentation spéciale a quelque chose d'ardu... d'ingrat. Se donner pour attirer les gens. Sortir des sentiers battus pour surprendre. Dépense de temps en conception, en organisation. Et parfois, pour si peu au change...
Les activités bénéfices sont un mal nécessaire mais encore faut-il qu'elles touchent la mise.
vendredi 17 juin 2011
Le milieu théâtral régional, un milieu en santé?
Comment peut-il être en santé quand plus de la majorité de la population en ignore jusqu'à son existence? Comment peut-il être en santé alors qu'il n'existe aucun espace critique pour le questionner, l'analyse, le pousser à croître? Comment peut-il être en santé alors qu'il est pratiquement impossible de vivre de théâtre, et ceci vaut même pour les organismes qui peinent à survivre et à se pérenniser. Comment peut-il être en santé alors qu'il est sous-financé?
Un milieu en santé? Pas sûr. Et en même temps, ça reste un milieu attirant qui vaut le coup.
jeudi 16 juin 2011
Soutenance
En cela, elle rejoindra les maîtres ès arts de l'UQAC - dont la recherche s'est faite en théâtre - qui sont de plus en plus nombreux: Sara Moisan, moi-même, Émilie Gilbert-Gagnon, Josée Laporte, Pascal Rioux, Guylaine Rivard, Jessyka Maltais-Jean, Johanna Lochon... et j'en oublie peut-être...
mercredi 15 juin 2011
La culture sous le PQ
3.2 Le rayonnement de la culture québécoise
La culture constitue le véhicule identitaire privilégié de la nation québécoise qui permet aux Québécois de s’affirmer et de s’épanouir ainsi qu’au Québec de se faire connaître dans le monde entier. Plus que jamais, le Québec doit faire du développement culturel, sur l’ensemble de son territoire, un objectif national. (Ici, c'est un beau et bon vœu pieu... qui ne s'est jamais manifesté dans les gouvernements successifs depuis la création du Ministères des affaires culturelles en 1961 - voir le lien ici - qui fut bien en-deça de ce qu'il devait être.)
Pour atteindre cet objectif, la nation québécoise a besoin de pouvoirs et des budgets actuellement contrôlés par Ottawa (de même que d'une très grande conviction en la matière!) et qu’une nation ne peut pas confier à une autre nation, puisqu’il en va de son identité, de l’expression artistique de sa culture et des véhicules qui la portent et la diffusent. Un gouvernement souverainiste :
a) Se donnera une véritable politique nationale de développement culturel qui :
1. reconnaîtra le rôle de l’école et du monde de l’éducation pour la démocratisation de la culture;
2. favorisera la vitalité des arts et de la culture – de la création à la diffusion – dans toutes les régions du Québec, tout en reconnaissant le rôle spécifique de Montréal et de Québec en matière culturelle (ici, la dernière partie de l'énoncé me donne de sérieux frissons régionalistes... je l'ai déjà dit, je le réitère... en tant que travailleur culturel ici, en région, j'ai là une impression de hiérarchisation de la culture... avec la bonne et branchée (urbaine de surcroît) et la bonne enfant, un peu paysanne, artisanale (et éloignée). Une aberration à mon sens... );
3. renforcera le réseau des bibliothèques publiques;
4. renforcera de toutes les manières possibles le statut des créateurs et le processus créatif (bien hâte de voir le budget dévolu au CALQ au cours d'un éventuel premier mandat... et des nombreuses études qui démontrent, chiffre à l'appui, son sous-financement);
5. stimulera la plus large participation des Québécois aux activités artistiques et culturelles;
6. appuiera les organismes et entreprises impliqués dans le développement de la culture numérique (pour ça, je suis juste tanné);
7. fera des arts et de la culture un vecteur majeur du rayonnement du Québec dans le monde;
b) Reprendra l’ensemble des pouvoirs et des budgets en matière de culture et de communications actuellement contrôlés par le gouvernement fédéral en :
1. entamant des négociations avec Ottawa afin d’obtenir la compétence sur le droit d’auteur, un pouvoir que le Québec doit maîtriser pour protéger ses créateurs et contrôler le levier économique que représente la propriété intellectuelle;
2. garantissant, après le transfert des budgets fédéraux, un financement global de la culture au moins équivalent à celui qui est disponible actuellement;
3. adoptant une politique de la radiodiffusion et des télécommunications pour assurer un contenu québécois et francophone significatif dans les médias traditionnels et numériques et favoriser une présence régionale des médias électroniques (radio et télévision);
4. assurant l’accès à la téléphonie sans fil et à Internet haute vitesse sur l’ensemble du territoire québécois;
5. créant, dans Internet, un nom de domaine québécois;
c) Fera de Télé-Québec un véritable réseau national de télédiffusion en :
1. dotant Télé-Québec d’une mission d’information d’intérêt public visant à garantir la diversité des sources d’information, la présence de contenu culturel québécois et la représentativité des régions du Québec;
2. dotant Télé-Québec d’une salle de nouvelles avec des antennes régionales, notamment en développant des partenariats avec les différentes chaînes télécommunautaires locales;
3. dotant Télé-Québec de véritables moyens financiers afin d’assurer un développement culturel autonome.
Pour le reste, les points B et C me semblent intéressants... un brin utopistes, mais quand même. Bref, peut-être cette vision culturelle se tient-elle... mais encore?