Le bon journal La Vérité s'élève une nouvelle fois contre le théâtre en ce 10 octobre 1894. Cette fois, plus précisément, contre les tentatives acharnées pour implanter, à Montréal, une troupe française. Le rédacteur se déchaîne dans une rhétorique toute pétrie de moralité et de valeur chrétienne. En plein le genre d'article qui me plaît:
dimanche 5 avril 2020
samedi 4 avril 2020
La mort de la Duse...
Voici (tiré de l'article de M.-E. de Bonneuil, Au pays de la Duse, publié en septembre 1937 dans la Revue des deux mondes) le récit du décès - de la sortie théâtrale! - d'une des grandes tragédiennes, contemporaine (et rivale) de Sarah Bernhardt: Eleonora Duse.
La Duse, c'est une incarnation fascinante du Théâtre, une immense interprète (moins flamboyante, peut-être que sa rivale), dont j'ai parlé à de nombreuses reprises sur ce blogue (les billets se retrouveront en file ici).
En terminant, voici quelques photographies de cette magnifique actrice:
vendredi 3 avril 2020
Du radio-théâtre... encore...
Je continue ma quête sur l'histoire du radio-théâtre. Enfin, pour être plus précis, sur la réception de ce mode de spectacle. Tant pour les artistes que pour les auditeurs...
Voici un petit encadré trouvé dans la revue Le Samedi, paru le 19 août 1922:
Voici un petit encadré trouvé dans la revue Le Samedi, paru le 19 août 1922:
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jeudi 2 avril 2020
Du théâtre en confinement
Le confinement actuel et les décisions de l'UQAC provoquent de drôles de conséquences... comme celle de donner le cours Atelier de création théâtrale à distance...
Ce cours portait avant le nom de Dramaturgie et mise en scène. Il a, depuis, été scindé en deux cours succesifs (et intensifs): soit Atelier de conception théâtrale dans lequel les étudiants - en équipe - préparent un projet de mise en scène (à savoir texte, esthétique, scénographie, costumes, son, projection, etc.) qui se donne avant la mi-session... suivi, au retour du congé, d'Atelier de création théâtrale dans lequel ils doivent concrétiser le tout pour se rendre à une série de trois représentations à la fin de la session.
Comme son nom l'indique, le cours est un laboratoire, un cours pratique. Il s'agit donc d'un enseignement par accompagnement, personnalisé... et non pas d'une transmissions de notions théoriques
Mais voilà.
Cet Atelier de création théâtrale a à peine débuté qu'il s'est buté au contexte pandémique alors que l'UQAC suspendait ses activités et fermait ses portes. Depuis, les consignes de l'institution ont demandé de faire terminer la session aux étudiants par des moyens alternatifs.
Repenser le cours. Revoir les objectifs. Réaligner les demandes. C'est donc ce matin que le cours a repris... par Zoom... pour partir le laboratoire sur de nouvelles bases: faire du théâtre en confinement! Un défi de taille. Une opportunité de sortir du cadre et des conventions?
Nous devons donc, par la force des choses, explorer de nouvelles zones, changer les paradigmes. Le saut est fait.
C'est là un groupe allumé (il manque trois étudiants sur la photo, pour des questions d'écran!)... bien hâte de voir ce que ça va donner! Rendez-vous les 23 et 24 avril prochains!
Nous devons donc, par la force des choses, explorer de nouvelles zones, changer les paradigmes. Le saut est fait.
C'est là un groupe allumé (il manque trois étudiants sur la photo, pour des questions d'écran!)... bien hâte de voir ce que ça va donner! Rendez-vous les 23 et 24 avril prochains!
Un bon professeur est celui qui apprend encore avec ses élèves?
mercredi 1 avril 2020
Une histoire de chaise
De quelle façon mettre en scène? De quelle façon aborder les acteurs? Comment donner une directive, se faire comprendre, inspirer, créer avec le comédien? Bien difficile à dire. C'est pourquoi je trouve bien amusant ce passage (pages 68-69) du bouquin La direction d'acteurs peut-elle s'apprendre? de Jean-François Dusigné, publié en 2015 chez Les Solitaires intempestifs...
[...] Imaginons par exemple que le directeur d'acteur veut amener son interprète à se rendre vers une chaise à un moment donné [...]:
a) Demande explicite:
Standard: Va à la chaise.
Aversive: Va à la chaise, bordel!
À topographie aversive: Tu ferais mieux d'aller à la chaise!
Intraverbale: Je veux que tu ''voles'' vers cette chaise comme un papillon.
Promotive: Prends du bois et fabrique une chaise.
Pour l'information: Est-ce qu'il y a une chaise en coulisse?
Standard non vocale: (le directeur effectue un mouvement de la main qui part de l'endroit où l'acteur se trouve jusqu'à la chaise qu'il pointe finalement du doigt).
b) Demande ambiguë:
Ambiguë standard: Il faudrait que tu fasses quelque chose avec cette chaise.
Déguisée: Quelle belle chaise! Ça donne envie d'y aller.
c) Demande adoucie:
Avec formule de politesse: Peux-tu aller à la chaise, s'il te plaît?
Avec élan affirmatif: Pourrais-tu aller à la chaise?
Aversive subtile: J'ai peur que tu sois en retard pour aller à la chaise.
Avec ''renforçateur'' conditionné donnant-donnant: Peux-tu aller à la chaise, mon bon ami?
Adoucie non-standard, pour échapper à l'action de l'acteur venant s'asseoir de lui-même sur la chaise: Le technicien m'a dit qu'on ne te verrait pas si tu t'assieds à la chaise en ce moment donné là!
d) Extension de la demande:
Textuelle, lisant la didascalie: ''Il va à la chaise.''
Superstitieuse: Que Dieu guide tes pas vers la chaise.
Magique, regardant la représentation depuis la salle et disant à voix basse: Allez! Maintenant! Va à la chaise!
C'est limite caricatural... mais fichtrement vrai! En fait, je me reconnais, me vois et m'entends dans plusieurs de ces descriptions! Ce que ce passage ne raconte pas, ce sont toutes les manières que l'acteur pourra tenter, tous les gestes qu'il posera. Toute la partie échange entre le metteur en scène et l'interprète. La négociation. La recherche dynamique entre ce qui est proposé et ce qui est fait (p.64):
Il y a [...] dans la notion de direction d'acteur un compromis en fonction duquel l'acteur dirige également le directeur vers certains types de sélections et de directives. Autrement dit, la sélection du directeur est une fonction de ce que l'acteur fait, et ce que l'acteur fait est une conséquence donnée à la directive du metteur en scène.
Il y a [...] dans la notion de direction d'acteur un compromis en fonction duquel l'acteur dirige également le directeur vers certains types de sélections et de directives. Autrement dit, la sélection du directeur est une fonction de ce que l'acteur fait, et ce que l'acteur fait est une conséquence donnée à la directive du metteur en scène.
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mardi 31 mars 2020
Et ce radio-théâtre?
La semaine dernière, j'ai fait un billet (ici) sur le radio-théâtre, à l'occasion de la diffusion, sur les ondes de ICI Première, d'Encore une fois si vous permettez de Michel Tremblay (qui ne remplacera jamais, pour moi, la version de la création avec Rita Lafontaine et André Brassard).
Je me suis demandé si l'adhésion à ce nouveau genre théâtral, dans les années 30-40, avait été unanime... Le monde de la scène peut parfois cultiver farouchement son terrain de jeu! Alors je suis allé fouiner dans les bouquins pour tomber sur ce petit chapitre fort éloquent du grand acteur canadien-français Palmieri (de son vrai nom Joseph-Serge Archambault... avec une petite biographie ici):
Je me suis demandé si l'adhésion à ce nouveau genre théâtral, dans les années 30-40, avait été unanime... Le monde de la scène peut parfois cultiver farouchement son terrain de jeu! Alors je suis allé fouiner dans les bouquins pour tomber sur ce petit chapitre fort éloquent du grand acteur canadien-français Palmieri (de son vrai nom Joseph-Serge Archambault... avec une petite biographie ici):
J'imagine que c'est là une opinion partagée par plus d'un acteur (des purs et durs, il devait y en avoir quelques uns) de cette époque...
Ces questions sur ce qui fait l'essence (ou non) du jeu théâtral est fort intéressante... surtout en ce moment où mon groupe d'étudiants de l'UQAC (et moi par conséquent) sera un peu confronté aux mêmes interrogations alors qu'il devra faire du théâtre dans un contexte de confinement: distanciation, diffusion par d'autres moyens que le contexte traditionnel, technologie... Ce sera à voir, à la fin du mois d'avril.
En attendant, pour les intéressés du radiothéâtre, il est possible, toujours sur Radio-Canada.ca, d'avoir accès à deux autres productions (bon... disons, deux balados-théâtre pour être plus contemporain...): Ici de Gabrielle Lessard (production Espace-Libre) et Une maison de poupée de Ibsen (production Théâtre Denise-Pelletier).
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lundi 30 mars 2020
Il faudrait souhaiter que le théâtre disparut...
Monseigneur Bruchési - archevêque de Montréal de 1897 à 1939 - n'aime pas le théâtre. Sur un petite biographie (qu'on peut lire ici), il est dit:
Les historiens connaissent beaucoup plus les interventions de Mgr Bruchési dans la sphère publique. On fera en effet grand cas de ses activités de censure, qu’elles concernent le théâtre, la presse ou le cinéma. C’est un fait que, de 1903 à la Première Guerre mondiale, il intervient fréquemment dans le débat public pour faire prévaloir sa conception de l’ordre et des bonnes mœurs. Les plaisirs mondains, le théâtre immoral, et particulièrement Sarah Bernhardt, sont l’objet de ses condamnations. Il sévit particulièrement lors de ses visites de 1905 et 1911. En 1905, les semonces préventives de l’archevêque restent pratiquement sans effet ; en 1911, il proteste contre deux des pièces annoncées et la comédienne change de pièces.
Rien de mieux, pour bien saisir ce qu'on entend par faire prévaloir sa conception de l'ordre et des bonne moeurs, que de lire ce petit article publié le samedi 20 novembre 1909 dans le journal La Vérité, ayant pignon sur rue à Québec.
De quels malheureux incidents des années dernières, évoqués dans le 4ième paragraphe, est-il question? Pour un autre exemple de ce combat acharné qu'il mène sous son règne, vous pouvez allez lire cet autre billet fait en janvier dernier, qui porte sur l'instauration de la censure théâtrale.
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dimanche 29 mars 2020
Quand meurt une reine du théâtre...
Un peu à la suite du billet d'hier (sur la mort de Marquise Du Parc), je suis allé cherché une description des funérailles d'une autre reine du théâtre, d'une autre comédienne à la stature imposante: Rachel (j'en ai parlé déjà ici et ici... et vous pouvez en avoir une portrait wikipédien ici), qui a porté la tragédie française à un pinâcle dans la première moitié du XIXe siècle.
C'est un personnage d'une grande complexité qui ne s'est jamais véritablement trouvé. Troublante. Brûlant pour les planches et pour l'argent tout en étant férocement blasée et désenchantée.
Finalement, mes intentions ont un peu bifurqué...
Finalement, mes intentions ont un peu bifurqué...
En 1859 parait une biographie, Rachel et la tragédie, de Jules Janin (possible de lire le livre ici grâce à Google Books), ornée, dit-on, de 10 photographies de la tragédienne dans ses plus grands rôles. Les voici (il y en a neuf, en fait... la première du bouquin étant une peinture):
Bien sûr, la fin de l'ouvrage cité plus haut se termine par la mort inéluctable de Rachel... dont voici, à mon avis, les deux plus beaux passages (qui parlent plus de l'éphémérité du théâtre que d'elle... mais quand même):
samedi 28 mars 2020
Marquise Du Parc
Parmi les grandes actrices historiques du Théâtre, il y a, sans conteste, Mademoiselle Du Parc (connue aussi sous le nom Marquise du Parc... immortalisée, il y a une vingtaine d'année par Sophie Marceau, dans ce film de Véra Belmont).
La Du Parc, c'est cette comédienne qu'on dit d'une beauté ensorcelante célébrée par le vieux Corneille qui en était éperdu:
Par ailleurs, Georges Brassens a utilisé une partie de ces stances pour composer cette chanson:
Mais c'est aussi cette comédienne qui se joint à la troupe de Molière autour de 1650 (elle a épousé en 1653 Gros René qui y était comédien)... avant que de ne passer dans la troupe à la troupe de l'Hôtel de Bourgogne, passage négocié par son amant depuis quelques années, Jean Racine... qui écrit pour elle l'une de ses plus belles pièces: Andromaque qu'elle créera le
Elle meurt subitement, au sommet de sa gloire le 11 décembre 1668, dans des circonstances un peu mystérieuses mêlant histoires louches et empoisonnement, rancoeurs et jalousies... Mais bon. L'Histoire n'élucidera jamais vraiment la question.
Voici donc comment, quelques jours plus tard, le gazetier Charle Robinet décrit les funérailles de celle qui aura côtoyé les plus grands noms du théâtre français:
vendredi 27 mars 2020
Les messages de la Journée Mondiale du Théâtre
La Journée Mondiale du Théâtre a été créée en 1961 par l'Institut International du théâtre. À cette occasion, un message est confié à une personnalité d'envergure et est lu au début de plusieurs représentations partout dans le monde. Le premier message a été confié, en 1962, à Jean Cocteau. En 2000, c'était au tour de Michel Tremblay... suivi quelques années plus tard (en 2008) par un autre Québécois, Robert Lepage.
Le Message international 2020 est de Shahid Nadeem, auteur dramatique.
Pour lire tous les anciens messages, vous pouvez aller naviguer sur cette page.
Le Message québécois 2020 est de Laurence Brunelle-Côté, poète, performeuse et codirectrice artitsique du Bureau de l'APA.
jeudi 26 mars 2020
Le retour du radiothéâtre!
Une des choses étonnantes de cette étrange période qui nous afflige, c'est l'intérêt porté à un genre théâtral parfaitement désuet mais ô combien efficace quand la distanciation et le confinements sont la norme: le radiothéâtre.
Petit détour par Le dictionnaire encyclopédique du théâtre de Michel Corvin...
À son apogée, la radio avait recours à la forme dramatique pour toutes sortes d'émissions, tandis que le théâtre radiophonique proprement dit s'est révélé d'une extrême souplesse, capable d'exprimer le réel ou bien l'onirisme le plus subjectif. Attirés par cette souplesse, les auteurs ont su exploiter la spécificité du genre pour entraîner l'adhésion d'un auditeur invisible.
Aux USA, la première pièce radiophonique est diffusée en 1922; la Grande-Bretagne et la France suivent en 1924, l'Allemagne en 1925. [...]
[...] Les prétendues limites du genre sont aussi des atouts car, comme le suggèrent les divergences terminologiques, le théâtre radiophonique se retrouve au carrefour des arts, capables de faire passer l'émotion la plus intime ou la science-fiction, le quotidien ou le surréel.
Au Québec, le radiothéâtre a tenu le haut du pavé pendant de nombreuses années. Voici, d'ailleurs, un petit tableau statistique (tiré de L'Annuaire théâtral no.5-6, automne 1988), pour montrer la courbe de son évolution:

Il y a quelques jours, ICI Première a annoncé en grande pompte qu'elle diffuserait la production Mademoiselle Julie de Strindberg qui devait prendre l'affiche au TNM... avec, apparemment, un très grand succès d'audience. (On peut retrouver le balado ici.)
La chaîne remet donc ça, ce soir, 20h, en présentant Encore une fois si vous permettez de Michel Tremblay qui a été présenté chez Duceppe il y a quelques temps. Dès demain, ce sera possible de faire du rattrapage via l'application OhDio.
Ce serait bien de voir la chose se répéter encore et encore et encore bien au-delà de la pandémie...
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Texte en cours!
Le confinement a ça de bénéfique: il peut ouvrir une brèche où la fiction peut poindre et se déployer sur des dizaines de pages.
Depuis quelques jours déjà, je suis entré presque accidentellement en période de création. Sur un filon qui trouve des échos dans plusieurs de mes textes antérieurs... que ce soit Le choeur du pendu, MADAME, Trou noir ou Empire... Comme une communauté de pensée - une obsession - qui les lie.
Une pièce, donc, est en cours. D'un tout autre style que les plus récents... avec un retour à une certaine prolixité!
Un premier jet a été rapidement rédigé. La partie la plus facile (et, au final, la moins stimulante). Comme pour mettre en place les idées générales, le chemin dramatique, le ton. Un plan, en quelques sortes, très détaillé, il va sans dire... mais quand même un plan. La version originelle!
Mais de là le véritable travail d'écriture commence. Celui qui me passionne. Celui qui s'étirera sur plusieurs jours, plusieurs semaines... voire plusieurs mois. Entre deux pauses, deux autres projets. Sans échéance d'une production.
Un travail par couches successives... une écriture quasi palimpseste. Une écriture par protubérances et enflures! Une écriture comme une oeuvre peinte... par petites touches, par ajouts... comme pour donner une impression, une couleur d'ensemble. Une écriture qui repart très souvent de la première ligne pour repasser sur l'ensemble. Des lectures innombrables. Pour valider le cadre. Le rendre efficace et cohérent. Corriger les détours du récit. Approfondir les enjeux. Redresser les lancées verbales. Insérer des leitmotivs, des boucles, des motifs. Peaufiner les liens d'un tableau à l'autre. Rechercher le mot juste, le mot étonnant. Façonner les expressions. Construire les images mentales. Ciseler le rythme du phrasé et de la respiration.
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