jeudi 1 septembre 2011

De l'auteur et du texte


On peut devenir un peintre, un sculpteur, un musicien même à force d'étude; on ne devient pas un auteur dramatique. On l'est tout de suite ou jamais, comme on est blond ou brun, sans le vouloir. C'est un caprice de la nature qui vous a construit l'œil d'une certaine façon pour que vous puissiez voir d'une certaine manière qui n'est absolument pas la vraie, et qui cependant doit paraître la seule, momentanément, à ceux à qui vous voulez faire voir ce que vous avez vu. [...] Une œuvre dramatique doit toujours être écrite comme si elle ne devait être que lue. La représentation n'est qu'une lecture par plusieurs personnes pour ceux qui ne veulent pas ou ne savent pas lire. C'est par ceux qui vont au théâtre que l'œuvre réussit, c'est par ceux qui n'y vont pas qu'elle s'affirme. Le spectateur la fait retentissante, le lecteur la fait durable.

Ainsi pensait et parlait Alexandre Dumas fils (tiré de la préface à Un père prodigue... elle même tirée de L'Art du théâtre d'Odette Aslan), celui de La dame aux camélias...

Bien que je ne sois pas nécessairement d'accord avec tout ceci, je dois admettre que c'est tout de même saprément bien dit.

mercredi 31 août 2011

Le devoir du metteur en scène


Nous avons l'habitude de penser que le métier de metteur en scène consiste essentiellement à arriver plein d'inspiration, et à répandre devant les acteurs le fruits de ses méditations, de son imagination débridée; le metteur en scène est omniscient, c'est un érudit, et surtout, dans son domaine particulier, il arrive toujours plein d'idées. Il me semble pourtant que, dans notre métier, avant de donner libre cours à son imagination [...] il faut bien voir que les metteurs en scène sont par excellence des organisateurs. Et si nous sommes des organisateurs, des ingénieurs de production, nous devons nous armer de connaissances relatives aux questions d'organisation et savoir en quoi consiste exactement l'organisation. Et il est préférable de considérer un spectacle comme quelque chose d'organisé.

Cette description, cette perception du metteur en scène vient, oui, de Meyerhold (dans le quatrième tome de ses Écrits sur le théâtre, p. 254). Elle est intéressante, à mon sens, parce qu'elle donne une grande importance d'abord à la forme. Et de la forme, elle ouvre la voie vers la création.

mardi 30 août 2011

Des nouvelles de la Rubrique


En cliquant sur l'image, il sera plus facile de lire ce communiqué du Théâtre La Rubrique (désolé pour le floutage...) concernant le lancement de leur programmation à venir.

Ah non... pas un koala!

Dessin pris sur ce site.

Dans la joyeuse série «superstitions et interdits», je viens de trouver un autre élément... qui ne risque pas trop d'être problématique sous nos latitudes.

Il paraît que le koala est absolument interdit dans les théâtres pour des raisons encore mystérieuses. Il y a plusieurs hypothèses à cela, mais la plus crédible est peut-être liée à ce fameux incendie du Théâtre-Royal de Sydney qui fit 135 victimes le 26 juin 1842 et dont la responsabilité en aurait incombé à un koala vivant qui faisait partie de la distribution et qui, suppose-t-on, prit feu en voulant grimper sur un candélabre qui lui rappelait subitement un tronc d'eucalyptus.

Moi qui voulait justement en intégrer un dans ma prochaine production! Je ne sais trop si c'est vrai... mes premières recherches sur le net sont restées vaines. Mais il paraît que ce drame marqua les esprits au point que, encore aujourd'hui, cet animal si mignon n'est toujours pas accepté dans les théâtres.

Cette anecdote est tiré du fabuleux petit Lexique amoureux du théâtre de Philippe Torreton publié en 2009.


lundi 29 août 2011

Les différents degrés d'objectivité de l'objet

Voici une droite (tirée de L'Analyse des spectacles de Patrice Pavis, publié en 1996 aux éditions Nathan/Université) sur laquelle s'inscrivent les différents degrés d'objectivité de l'objet au théâtre, sur la perception qu'on peut en tirer:


Ce petit schéma démontre bien toute la complexité de l'objet, de sa présence, qui sera l'un des éléments importants de la construction de la théâtralité... ou du moins, qui en sera l'un des indices les plus probants...

Reste le numéro 10 qui me semble un peu ésotérique et plus hermétique... mais dans l'ensemble, ça s'explique et se comprend assez bien.

dimanche 28 août 2011

Au théâtre, cette semaine! (du 28 août au 3 sept. 2011)

Théâtre Argentina (Rome)

Bon. Ça y est. Je reprends les calendriers hebdomadaires que j'avais mis de côté depuis la mi-juillet. Rush et vacances obligent... Je garde la même formule...

De mardi à samedi - du 30 août au 3 septembre
Salle Murdock (Chic), 20h

Le Théâtre du Faux Coffre présente En attendant l'dégât d'eau, le second volet des nombreuses aventures des Clowns Noirs. Un texte de Martin Giguère. Notez qu'il en coûte 137$ (ou 20$ avec une boîte de conserve) pour les adultes, 117$ (ou 15$ et une canne) pour les étudiants. Je ne sais pas quelle est l'achalandage à ce spectacle, mais il vaut peut-être mieux réserver: par téléphone au 418-698-3000 poste 6561 ou par Facebook, sur la page de l'événement.

Jeudi - 1er septembre
Centre National du Mont-Jacob (Jonq.), 17h

Le Théâtre La Rubrique dévoile sa programmation pour l'année à venir.

De jeudi à samedi (dimanche) - du 1er au 3 (4) septembre 2011
Centre-ville de Chicoutimi (lieux divers), heures diverses

La première édition du FRINGE Saguenay - un festival multidisciplinaire sans direction artistique et sans censure! - s'amène, entraînant notamment dans son sillon huit productions théâtrales (pour plus de détails, consultez ce site ou pour la programmation détaillée avec salle, jour et heure, celui-ci). Parmi celles-ci, il y Fausser, présenté par Les Poulpes, un collectif saguenéen composé (je me trompe peut-être) d'Élaine Juteau, Annick Martel, Andrée-Anne Giguère et Maude Cournoyer.

Ça ressemble à ça. Si j'oublie des trucs, on peut les ajouter dans les commentaires.



samedi 27 août 2011

Synthèse meyerholdienne


Petite synthèse de la pensée meyerholdienne (surtout celle prévalant entre 1910-1920 bien qu'elle soit effective jusqu'à sa mort):

Au «diseur intellectuel», costumé et maquillé qui transforme la salle de théâtre en salle de lecture somnolente, Meyerhold oppose l'acteur qui joue; au théâtre de l'imitateur, celui de l'improvisateur, de l'inventeur; au théâtre du hasard, celui du travail; au théâtre psychologique, celui du masque, du mouvement, le balagan qui implique traditions, étude, lois, technique, entraînement.

Cette description vient de Béatrice Picon-Vallin dans le dix-septième numéro des Voies de la création théâtrales, en page 50.

Des spectateurs sur la scène...

Spectateurs de qualité sur la scène, gravure par J. Lepautre

L'une des coutumes les plus surprenants du théâtre classique concerne la disposition des spectateurs... Si au parterre, une partie du peuple, pauvre, était debout et manifestait son approbation ou son ennui de bruyante façon, une autre fange de la population, aisée, prenait place directement sur la scène, parmi les acteurs, et se donnait aussi en spectacle, interagissant parfois, commentant, tenant des propos grivois et entravant le jeu des comédiens. Cette coutume a duré fort longtemps.

Voici, tiré de la première scène des Fâcheux de Molière, une description de ce qui pouvait se passer:

ÉRASTE

Sous quel astre, bon Dieu, faut-il que je sois né,
Pour être de fâcheux toujours assassiné !
[...]
Mais il n’est rien d’égal au fâcheux d’aujourd’hui ;
J’ai cru n’être jamais débarrassé de lui ;
Et, cent fois, j’ai maudit cette innocente envie
Qui m’a pris à dîné, de voir la comédie,
Où, pensant m’égayer, j’ai misérablement,
Trouvé de mes péchés le rude châtiment.
[...]
J’étais sur le théâtre en humeur d’écouter
La pièce, qu’à plusieurs j’avais ouï vanter ;
Les acteurs commençaient, chacun prêtait silence,
Lorsque d’un air bruyant, et plein d’extravagance,
Un homme à grands canons est entré brusquement
En criant : "holà-ho, un siège promptement
Et de son grand fracas surprenant l’assemblée,
Dans le plus bel endroit a la pièce troublée.
[...]
Tandis que là-dessus je haussais les épaules,
Les acteurs ont voulu continuer leurs rôles :
Mais l’homme, pour s’asseoir, a fait nouveau fracas,
Et traversant encor le théâtre à grands pas,
Bien que dans les côtés il pût être à son aise,
Au milieu du devant il a planté sa chaise,
Et de son large dos morguant les spectateurs,
Aux trois quarts du parterre a caché les acteurs.
Un bruit s’est élevé, dont un autre eût eu honte ;
Mais lui, ferme, et constant, n’en a fait aucun compte ;
Et se serait tenu comme il s’était posé,
Si, pour mon infortune, il ne m’eût avisé.
"Ha Marquis, m’a-t-il dit, prenant près de moi place,
Comment te portes-tu ? Souffre, que je t’embrasse."
Au visage, sur l’heure, un rouge m’est monté,
Que l’on me vît connu d’un pareil éventé.
[...]
Il m’a fait, à l’abord, cent questions frivoles,
Plus haut que les acteurs élevant ses paroles.
[...]
«Tu n’as point vu ceci, Marquis ; ah ! Dieu me damne
Je le trouve assez drôle, et je n’y suis pas âne ;
Je sais par quelles lois un ouvrage est parfait,
Et Corneille me vient lire tout ce qu’il fait."
Là-dessus de la pièce il m’a fait un sommaire,
Scène, à scène, averti de ce qui s’allait faire,
Et jusques à des vers qu’il en savait par cœur,
Il me les récitait tout haut avant l’acteur.
J’avais beau m’en défendre, il a poussé sa chance
Et s’est, devers la fin, levé longtemps d’avance ;
Car les gens du bel air pour agir galamment
Se gardent bien, surtout, d’ouïr le dénouement.


Oui. Quelle étrange coutume... Voici ce qu'en dit Michel Corvin dans son Dictionnaire encyclopédique du théâtre:

SPECTATEURS SUR LE THÉÂTRE: L'usage d'installer des spectateurs sur la scène remonte, semble-t-il, au succès du Cid créé au théâtre du Marais en janvier 1637. Jusqu'à la mort de Molière, cette pratique se conserve sans prendre des proportions excessives (trente-six personnes au plus sur la scène en 1672-1673). Après la fondation de la Comédie-Française, le nombre de ces spectateurs privilégiés atteint au minimum une centaine. Au XVIIIième siècle, il augmente considérablement et rend difficile le jeu des acteurs (on a calculé que deux cent vingt personnes assises et debout ont pu être placées sur la scène vers 1750). En 1759, le comte de Lauraguais donne une somme importante à la Société des comédiens-français pour qu'elle mette fin à cette habitude qui aura duré plus de cent vingt ans.


vendredi 26 août 2011

Et d'une autre!


À LA GANG DU THÉÂTRE DU FAUX COFFRE
QUI REPRENNENT CE SOIR LE COLLIER
EN PRÉSENTANT LEUR SECOND OPUS,
EN ATTENDANT L'DÉGÂT D'EAU;
À PATRICE, PASCAL, ÉRIC, PIERRE ET MARTIN,


MERDE!!!

jeudi 25 août 2011

«La Défonce» [Carnet de mise en scène]

L'image ci-haut est une photographie du Bloc G où nous jouerons La Défonce le 9 septembre qui vient. Euh. Il va sans dire qu'on ne peut utiliser la scène... et, par conséquent, le pont suspendu (d'autant plus que nous n'avons que quelques heures - 3 environ! - pour nous installer). Il nous faut donc un plan B. Sinon, coudonc, nous jouerons au basketball...

Voici une proposition pour modifier l'accrochage et l'utilisation des panneaux de La Défonce dans le cadre du Festival International de Théâtre de Mont-Laurier... C'est le plaisir des sorties: ajustement sans trop de compromis. En cliquant sur l'image, ça agrandira un peu. (Décidément, je m'en viens bon dans les plans sur Paint!)

À noter que la pipe devra être de la longueur nécessaire pour faire le lien entre le plafond et le panneau. J'ai mis 8 pieds à titre indicatif... Le but étant d'arriver à ça sans trop de dommages (les palettes de bois devant être prises directement là-bas):


Reste maintenant un sérieux problème (en autant que la solution indiquée ici fasse l'affaire!): l'éclairage... Mais ça, c'est une autre histoire.

Les affres du théâtre!


Voici un petit florilège d'événements qui se sont vraisemblablement produits au cours des siècles au théâtre. Toutefois, le caractère extraordinaire de ceux-ci me fait un peu douter, mais bon... Ils sont tirés de l'ouvrage Curiosités théâtrales anciennes et modernes, françaises et étrangères que j'ai déjà cité il y a quelques jours... une mine précieuse de sourires... et de sang!

Tout d'abord, un carnage (qu'il me semble avoir déjà publié sur ce blogue):



Je veux bien admettre que certains comédiens ont une sensibilité à fleur de peau... mais il y a peut-être des limites:



Rien à ajouter sur celle-ci:



Oui... nous voici devenus bien sages! La seule chose terrible qui me soit arrivée dans un théâtre, c'est une éraflure pendant un montage de décor...

mercredi 24 août 2011

Dans la légende du peintre-barbier

Équipe de comédiens de La Légende d'Arthur Villeneuve:
Devant: Mélanie Potvin, Benoît Lagrandeur, Martin Giguère, Hélène Bergeron
Derrière: Émilie Gilbert-Gagnon, Marilyne Renaud, Patrice Leblanc
Photographie: Sylvain Dufour (Le Quotidien, 6 juillet 2011)

C'était le temps (après tout ça fini aujourd'hui!). Maintenant c'est fait. J'ai vu La Légende d'Arthur Villeneuve, la production conjointe du Théâtre C.R.I. et de la Pulperie de Chicoutimi. Déjà que j'avais écrit, à la fin du mois de juin, un article pour le Voir où je disais que plus qu’un simple artiste, Arthur Villeneuve –dont le principal chef-d’oeuvre demeure sa propre maison transportée au cœur du Musée du Saguenay-Lac-Saint-Jean!– a été élevé au rang de symbole par toute une population. Un personnage en toute simplicité qui est entré dans l’imaginaire collectif pour accéder au statut de légende. Une vie de conte colorée, comme son œuvre, entre figuration naïve et réinterprétation abstraite, bien ancrée dans un modeste quartier ouvrier.

Le spectacle lui rend donc, en quelque sortes, hommage.

Pourtant, dès que débute la pièce (sur un texte de Martin Giguère), un doute jaillit: sera-t-il question de ce peintre-barbier ou de sa maison? Car le prologue - et du coup les trente premières minutes! - fait un long détour domiciliaire où un couple est aux prises avec une maison craquante et des voisins agressants... Tous des personnages qui semblent sortis directement de l'oeuvre de Villeneuve: caricaturés et déformés. On cherche à vendre.

Bien que les comédiens y ont beau jeu, le spectateur se posera la question: vers quoi va-t-on? C'est drôle, oui. Ça fonctionne en soi. Mais l'impression d'avoir affaire à un spectacle différent de ce qui était annoncé s'ancre vite.

Le centre d'attention auquel s'attend le spectateur est déjoué: la maison et son histoire prend toute la place et la gardera.

Puis arrive Arthur (superbement incarné par Benoît Lagrandeur) et son épouse (campée par Hélène Bergeron). À partir de ce moment, à partir du moment où le texte fictionnel fait la belle part aux échanges extraits du documentaire de l'ONF de 1963 (théâtralisés et recontextualisés certes), la légende peut vraiment s'inscrire.

Les envolées lyriques de l'auteur (toujours aussi magnifiquement en verve) s'adoucissent. Le couple s'éloigne de la caricature et montre un côté touchant, attachant de ces gens qui ont bravé les quolibets et les moqueries pour passer à l'histoire: l'inspiration de l'un (suite à la très drôle parabole des talents contée dans une petite séance montée par un prêtre boiteux); l'incrédulité de l'autre; l'engagement; la découverte de l'art.

Esthétiquement, cette production repose d'abord sur le contraste entre eux et la société autour: les premiers habitants, les voisins, le prêtre, ses enfants de choeur, le marchand d'art et le galeriste... contraste habilement marqué par les costumes flamboyants de Jacynthe Dallaire. Elle repose également sur un espace scénique simple constitué d'une maison faite de rideaux blancs, avec peu d'accessoires, qui permettra de nombreux jeux d'éclairages et l'inscription, sur les murs, par vidéo-projection, des couleurs et des motifs du peintre.

Outre Dallaire, les principaux collaborateurs sont Serge Potvin aux décors, Alexandre Nadeau aux lumières, Patrice Leblanc au son et Andrée-Anne Giguère aux images.

Malgré quelques longueurs (surtout au début), l'ensemble se tient et la mise en scène de Guylaine Rivard offre de beaux moments. Les connaisseurs de l'oeuvre et de la vie du peintre n'y apprendront probablement rien de nouveau... mais les autres auront là une première incursion ingénieuse et amusante.
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Mes bémols les plus marqués vont non pas à la production mais plutôt à cette salle, le Bâtiment 1912 de la Pulperie.

Magnifique, oui. Mais c'est tout. Parce que le confort et la qualité du son font défaut. Une salle trop grande qui, étrangement, bien que possédant tout ce qu'il faut pour être chaleureuse n'en demeure pas moins froide et sans âme.