mercredi 8 avril 2020

En mémoire de Ghyslain Tremblay

Le comédien natif de Jonquière, Ghyslain Tremblay est décédé.

Il a fait ses débuts ici, à l'époque glorieuse du théâtre amateur des années 70. Il  a fait partie de cette éblouissante cohorte d'artistes - les Rémy Girard, Marie Tifo, Michel Dumont, Louise Portal et compagnie - qui a notamment joué avec La Marmite de Ghislain Bouchard... avant que de passer lui aussi à la grand'ville, sur la scène et à la télévision!

Que de rôles il nous laisse en souvenir! 

Je cherchais, dans les archives de la BaNQ pour trouver des informations. Et voici tout un portrait de lui, publié en décembre 1998 dans le Progrès-Dimanche, sous la plume de Madame Christiane Laforge (qui m'en a gentiment autorisé l'usage):


Mes sympathies à ses proches et à sa famille.

Les moutons noirs du théâtre... au début du XXe siècle

Oui, la Belle Époque que ce début du XXe siècle!

Le clergé dominait ses ouailles et dans cette hiérarchie, l'Archevêque de Montréal (Bruchésie) avait, semble-t-il, de la broue dans le toupet en matière de théâtre. 

Après avoir fait de multiples sorties (mon blogue se fait le vaillant rapporteur de celles-ci!), il devait aussi asséner des interdictions formelles... comme celle ayant frappé le Théâtre des Nouveautés en 1906 (la petite histoire ici). Ou encore, comme celle s'abattant, telle la foudre, sur le Théâtre Royal (habitué, par ailleurs, aux controverses si je me fie aux nombreux articles au fil des ans) comme le rapporte le journal La Vérité du 22 mai 1909:


Pourquoi cette interdiction? Probablement (c'est une supposition...) suite à la controverse de la danseuse Millie de Leon dont j'ai parlé ici, il y a tout juste un mois... Une supposition donc... mais en même temps, confirmée, en quelques sortes, par un article qui vilipende, dans la même édition du même journal, les confrères de La Presse:



mardi 7 avril 2020

Quand on regrettait la censure...

Je ne le dirai jamais assez: le contexte socio-religieux dans lequel notre théâtre a pris naissance (à de très nombreuses reprises!) était difficile. Cette belle histoire s'est déployée tant bien que mal entre les interdictions du haut clergé, ses mandements, ses condamnations. Entre les sermons contre l'indécence de la scène, son immoralité. Entre les règlements municipaux et les bureaux de censure.

Et les échos de ce combat quasi épique ont perduré (mon blogue s'en fait presque une spécialité!)... et perdurent toujours, d'une certaine façon, se métamorphosant sous les assauts de la bien-pensance.

En 1947, le 27 mars, le Devoir  y allait d'un article de Jacques de Grandpré sur la moralité de nos scènes... un texte qui aurait aussi bien pu être écrit en 1847...


Oui. Ces débats de (im)moralité et de censure auront encore de beaux jours et ressurgiront notamment (en bien ou en mal?)... en 1967 (avec l'histoire d'Équation pour un homme actuel es Saltimbanques)... en 1976 (avec l'histoire des Fées ont soif)... en 1996 (avec l'histoire de Nudité, un spectacle de Grand Théâtre Émotif dont je parlerai assurément bientôt!)... en 2011 (avec l'histoire du Cycle des femmes du TNM... avec Bertrand Cantat)... à la limite, on peut penser aux spectacles SLAV et Kanata de Robert Lepage...

À chaque fois la question fondamentale reste la même: où trace-t'on la ligne?

lundi 6 avril 2020

Quand Réjane débarque...

Les grandes tournées du XIXe et du XXe siècle, qu'elles soient américaines ou - comme celle en question ici - européennes, ont certes bousculé la façon de faire et de voir le théâtre sur un territoire où l'art dramatique peinait à s'implanter durablement. Mais surtout, elles ont, aux dires de plusieurs gardiens de la vertu (ecclésiastes, journalistes, cercles de tout genre, etc.), altéré la moralité du bon peuple canadien-français.

Donc voici que s'annonce, en 1904-1905, une tournée de la grande Réjane (elle aussi, contemporaine de Sarah Bernhardt). On dit d'elle (ici) qu'elle est la souveraine incontestée du genre comique et brillant, mais aussi fine interprète dramatique. Les spectateurs admirent en Sarah Bernhardt un idéal grandiloquent, tandis que Réjane les réconcilie avec la réalité, sublimée par un jeu théâtral qui garde le charme du naturel. Interprète aussi pétillante que sensible, Réjane est la reine incontestée du Boulevard.



De partout, on veille... comme en fait foi cette publication du journal La Croix, 14 janvier 1905:


Je suis donc remonté pour trouver, dans La Presse de ce début janvier, ces annonces cochonnes qui ont tant déplu. Mais je n'ai pas grand chose (d'autant que, comme toujours, la seule édition qui manque est celle du 6 janvier 1905... qui devrait être l'édition maudite si je me fie à  la date de la missive) sinon cette minuscule réclame du 4 janvier qui donne le programme - et c'est probablement là le noeud de l'affaire - du His Majesty's, une des grandes salles de l'époque.


dimanche 5 avril 2020

Toujours le théâtre!

Le bon journal La Vérité s'élève une nouvelle fois contre le théâtre en ce 10 octobre 1894. Cette fois, plus précisément, contre les tentatives acharnées pour implanter, à Montréal, une troupe française. Le rédacteur se déchaîne dans une rhétorique toute pétrie de moralité et de valeur chrétienne. En plein le genre d'article qui me plaît: 


samedi 4 avril 2020

La mort de la Duse...

Voici (tiré de l'article de M.-E. de Bonneuil, Au pays de la Duse, publié en septembre 1937 dans la Revue des deux mondes) le récit du décès - de la sortie théâtrale! - d'une des grandes tragédiennes, contemporaine (et rivale) de Sarah Bernhardt: Eleonora Duse.


La Duse, c'est une incarnation fascinante du Théâtre, une immense interprète (moins flamboyante, peut-être que sa rivale), dont j'ai parlé à de nombreuses reprises sur ce blogue (les billets se retrouveront en file ici).

En terminant, voici quelques photographies de cette magnifique actrice:



vendredi 3 avril 2020

Du radio-théâtre... encore...

Je continue ma quête sur l'histoire du radio-théâtre. Enfin, pour être plus précis, sur la réception de ce mode de spectacle. Tant pour les artistes que pour les auditeurs...

Voici un petit encadré trouvé dans la revue Le Samedi, paru le 19 août 1922:


jeudi 2 avril 2020

Du théâtre en confinement

Le confinement actuel et les décisions de l'UQAC provoquent de drôles de conséquences... comme celle de donner le cours Atelier de création théâtrale à distance...


Ce cours portait avant le nom de Dramaturgie et mise en scène. Il a, depuis, été scindé en deux cours succesifs (et intensifs): soit Atelier de conception théâtrale dans lequel les étudiants - en équipe - préparent un projet de mise en scène (à savoir texte, esthétique, scénographie, costumes, son, projection, etc.) qui se donne avant la mi-session... suivi, au retour du congé, d'Atelier de création théâtrale dans lequel ils doivent concrétiser le tout pour se rendre à une série de trois représentations à la fin de la session.

Comme son nom l'indique, le cours est un laboratoire, un cours pratique. Il s'agit donc d'un enseignement par accompagnement, personnalisé... et non pas d'une transmissions de notions théoriques

Mais voilà. 

Cet Atelier de création théâtrale a à peine débuté qu'il s'est buté au contexte pandémique alors que l'UQAC suspendait ses activités et fermait ses portes. Depuis, les consignes de l'institution ont demandé de faire terminer la session aux étudiants par des moyens alternatifs.


Repenser le cours. Revoir les objectifs. Réaligner les demandes. C'est donc ce matin que le cours a repris... par Zoom... pour partir le laboratoire sur de nouvelles bases: faire du théâtre en confinement!  Un défi de taille. Une opportunité de sortir du cadre et des conventions?

Nous devons donc, par la force des choses, explorer de nouvelles zones, changer les paradigmes. Le saut est fait.

C'est là un groupe allumé (il manque trois étudiants sur la photo, pour des questions d'écran!)... bien hâte de voir ce que ça va donner! Rendez-vous les 23 et 24 avril prochains!

Un bon professeur est celui qui apprend encore avec ses élèves?

mercredi 1 avril 2020

Une histoire de chaise


De quelle façon mettre en scène? De quelle façon aborder les acteurs? Comment donner une directive, se faire comprendre, inspirer, créer avec le comédien? Bien difficile à dire. C'est pourquoi je trouve bien amusant ce passage (pages 68-69) du bouquin La direction d'acteurs peut-elle s'apprendre? de Jean-François Dusigné, publié en 2015 chez Les Solitaires intempestifs... 

 [...] Imaginons par exemple que le directeur d'acteur veut amener son interprète à se rendre vers une chaise à un moment donné [...]:

a) Demande explicite:
Standard: Va à la chaise.
Aversive: Va à la chaise, bordel!
À topographie aversive: Tu ferais mieux d'aller à la chaise!
Intraverbale: Je veux que tu ''voles'' vers cette chaise comme un papillon.
Promotive: Prends du bois et fabrique une chaise.
Pour l'information: Est-ce qu'il y a une chaise en coulisse?
Standard non vocale: (le directeur effectue un mouvement de la main qui part de l'endroit où l'acteur se trouve jusqu'à la chaise qu'il pointe finalement du doigt).

b) Demande ambiguë:
Ambiguë standard: Il faudrait que tu fasses quelque chose avec cette chaise.
Déguisée: Quelle belle chaise! Ça donne envie d'y aller.

c) Demande adoucie:
Avec formule de politesse: Peux-tu aller à la chaise, s'il te plaît?
Avec élan affirmatif:  Pourrais-tu aller à la chaise?
Aversive subtile: J'ai peur que tu sois en retard pour aller à la chaise. 
Avec ''renforçateur'' conditionné donnant-donnant:  Peux-tu aller à la chaise, mon bon ami?
Adoucie non-standard, pour échapper à l'action de l'acteur venant s'asseoir de lui-même sur la chaise: Le technicien m'a dit qu'on ne te verrait pas si tu t'assieds à la chaise en ce moment donné là!

d) Extension de la demande: 
Textuelle, lisant la didascalie: ''Il va à la chaise.''
Superstitieuse: Que Dieu guide tes pas vers la chaise.
Magique, regardant la représentation depuis la salle et disant à voix basse: Allez! Maintenant! Va à la chaise!

C'est limite caricatural... mais fichtrement vrai! En fait, je me reconnais, me vois et m'entends dans plusieurs de ces descriptions! Ce que ce passage ne raconte pas, ce sont toutes les manières que l'acteur pourra tenter, tous les gestes qu'il posera. Toute la partie échange entre le metteur en scène et l'interprète. La négociation. La recherche dynamique entre ce qui est proposé et ce qui est fait (p.64):

Il y a [...] dans la notion de direction d'acteur un compromis en fonction duquel l'acteur dirige également le directeur vers certains types de sélections et de directives. Autrement dit, la sélection du directeur est une fonction de ce que l'acteur fait, et ce que l'acteur fait est une conséquence donnée à la directive du metteur en scène.

mardi 31 mars 2020

Et ce radio-théâtre?

La semaine dernière, j'ai fait un billet (ici) sur le radio-théâtre, à l'occasion de la diffusion, sur les ondes de ICI Première, d'Encore une fois si vous permettez de Michel Tremblay (qui ne remplacera jamais, pour moi, la version de la création avec Rita Lafontaine et André Brassard).

Je me suis demandé si l'adhésion à ce nouveau genre théâtral, dans les années 30-40, avait été unanime... Le monde de la scène peut parfois cultiver farouchement son terrain de jeu! Alors je suis allé fouiner dans les bouquins pour tomber sur ce petit chapitre fort éloquent du grand acteur canadien-français Palmieri (de son vrai nom Joseph-Serge Archambault... avec une petite biographie ici):





J'imagine que c'est là une opinion partagée par plus d'un acteur (des purs et durs, il devait y en avoir quelques uns) de cette époque...

Ces questions sur ce qui fait l'essence (ou non) du jeu théâtral est fort intéressante... surtout en ce moment où mon groupe d'étudiants de l'UQAC (et moi par conséquent) sera  un peu confronté aux mêmes interrogations alors qu'il devra faire du théâtre dans un contexte de confinement: distanciation, diffusion par d'autres moyens que le contexte traditionnel, technologie... Ce sera à voir, à la fin du mois d'avril.

En attendant, pour les intéressés du radiothéâtre, il est possible, toujours sur Radio-Canada.ca, d'avoir accès à deux autres productions (bon... disons, deux balados-théâtre pour être plus contemporain...): Ici de Gabrielle Lessard (production Espace-Libre) et  Une maison de poupée de Ibsen (production Théâtre Denise-Pelletier).

lundi 30 mars 2020

Il faudrait souhaiter que le théâtre disparut...


Monseigneur Bruchési - archevêque de Montréal de 1897 à 1939 -  n'aime pas le théâtre. Sur un petite biographie (qu'on peut lire ici), il est dit:


Les historiens connaissent beaucoup plus les interventions de Mgr Bruchési dans la sphère publique. On fera en effet grand cas de ses activités de censure, qu’elles concernent le théâtre, la presse ou le cinéma. C’est un fait que, de 1903 à la Première Guerre mondiale, il intervient fréquemment dans le débat public pour faire prévaloir sa conception de l’ordre et des bonnes mœurs. Les plaisirs mondains, le théâtre immoral, et particulièrement Sarah Bernhardt, sont l’objet de ses condamnations. Il sévit particulièrement lors de ses visites de 1905 et 1911. En 1905, les semonces préventives de l’archevêque restent pratiquement sans effet ; en 1911, il proteste contre deux des pièces annoncées et la comédienne change de pièces.


Rien de mieux, pour bien saisir ce qu'on entend par faire prévaloir sa conception de l'ordre et des bonne moeurs, que de lire ce petit article publié le samedi 20 novembre 1909 dans le journal La Vérité, ayant pignon sur rue à Québec.


De quels malheureux incidents des années dernières, évoqués dans le 4ième paragraphe, est-il question? Pour un autre exemple de ce combat  acharné qu'il mène sous son règne, vous pouvez allez lire cet autre billet fait en janvier dernier, qui porte sur l'instauration de la censure théâtrale. 

dimanche 29 mars 2020

Quand meurt une reine du théâtre...

Un peu à la suite du billet d'hier (sur la mort de Marquise Du Parc), je suis allé cherché une description des funérailles d'une autre reine du théâtre, d'une autre comédienne à la stature imposante: Rachel (j'en ai parlé déjà ici et ici... et vous pouvez en avoir une portrait wikipédien ici), qui a porté la tragédie française à un pinâcle dans la première moitié du XIXe siècle.

C'est un personnage d'une grande complexité qui ne s'est jamais véritablement trouvé. Troublante. Brûlant pour les planches et pour l'argent tout en étant férocement blasée et désenchantée.

Finalement, mes intentions ont un peu bifurqué...

En 1859 parait une biographie, Rachel et la tragédie, de Jules Janin (possible de lire le livre ici grâce à Google Books), ornée, dit-on, de 10 photographies de la tragédienne dans ses plus grands rôles. Les voici (il y en a neuf, en fait... la première du bouquin étant une peinture):











Bien sûr, la fin de l'ouvrage cité plus haut se termine par la mort inéluctable de Rachel... dont voici, à mon avis, les deux plus beaux passages (qui parlent plus de l'éphémérité du théâtre que d'elle... mais quand même):