samedi 25 janvier 2020

Quand le torchon brûle... et ses suites!

L'un des événements théâtraux (très) marquants en avril 1907 (si je me fie au nombre d'articles parus à l'époque) est la présentation, par le Théâtre des Nouveautés, de la pièce La Rafale de Bernstein (et vous pourrez voir le programme de la pièce ici).

Marquant parce que cette pièce, cette production et ce théâtre ce sont vus frappés d'interdit par Mgr Bruchési (parce qu'il verrait, dans la pièce, une apologie du suicide... pour plus de détails sur cette histoire, vous pouvez lire cet article de Hervé Guay, p.175), comme en témoigne cet article du journal Le Canada du 1er avril 1907:


La direction des Nouveautés se rebiffe et présente quand même son spectacle, dixit La Presse du 2 avril 1907:


Après, j'imagine d'intenses séances de négociations, l'interdit de l'Archevêque est finalement levé, nous apprend le journal La Vérité du 13 avril 1907...:


... mais avec l'instauration d'un comité de censure théâtrale, dont les grandes lignes sont données ici, dans La Presse du 23 avril 1907:


Quelle belle époque que ce début du XXième siècle...

jeudi 23 janvier 2020

Nouvelle acquisition...


Tout juste arrivée par la poste... Vraisemblablement la première pièce écrite (en 1891) par André de Lorde qui sera surtout connu, quelques années plus tard, comme étant l'un des maîtres incontestés du Grand-Guignol (et oui, j'ai commandé beaucoup de bouquins du même genre...). 

Une courte pièce en un acte. Plutôt proche du théâtre de boulevard bien en vogue à l'époque: l'épouse (la seconde) cocue, l'ami flagorneur, le mari trompeur, la maîtresse partagée. Une petite pochade sans conséquence. Quiproquos. Malentendus. Vingt-trois pages d'un chassé-croisé plutôt insignifiant qui ne laisse rien présager de la renommée que le dramaturge acquerra  en tant qu'artisan de l'horreur et de l'extrême...


mercredi 22 janvier 2020

Et tombe St-Nom-de-Jésus...


Tiens. Une autre église tombe. Dommage.

Cette église, je la connais bien. Parce que j'y ai passé de nombreuses heures... en répétition, dans le sous-sol, pour les quatre productions de la SALR que j'ai mises en scène (2012-2016): Orphée aux enfers, La fille du Tambour-Major, L'Etoile, Le Barbier de Séville.... et en mode "direction générale" de l'organisme (2014-2016) dont les bureaux se trouvaient au rez-de-chaussée.

Les bureaux, les archives, le costumier, la cuisinette, le garde-meuble, la grande salle, la salle de réunion, la cohabitation avec la Maison des jeunes et le skate-park, la chapelle, tous les recoins cachés. Elle a été explorée, cette église... maximisée... et oui, elle etait en piètre état...

Mais, c'est dire les souvenirs que j'y rattachent: des rencontres marquantes, du plaisir artistique, des équipes réunies, des projets avancés (ceux qui ont trouvé leur aboutissement et les autres)... et de la déception amère.



dimanche 19 janvier 2020

B comme Brochure

Page de ma copie de Bonbons Assortis de Michel Tremblay, production que j'ai mise en scène au Théâtre Mic Mac de Roberval en 2006... 
où cohabitent dessins, indications de mise en scène, cue technique et inondation de café!

B comme Brochure: La brochure est le texte de la pièce [...] dupliqué et distribué à l'ensemble de la troupe. Il est broché et contient parfois quelques pages blanches afin d'y noter les indications du metteur en scène ou les dessins qui ne manqueront pas d'apparaître lors des lectures ou durant les séances de répétition vous laissant sur le banc de touche. On y trouve tout ce que le comédien décide de retenir d'une séance de notes, d'une indication, au crayon le plus souvent, car les choses peuvent changer très vite et radicalement. D'ailleurs le crayon à papier devrait être obligatoire pour certains acteurs qui ont une fâcheuse tendance à fixer trop vite la moindre indication de jeu qui leur est suggérée. Des numéros de téléphone sans noms y côtoient des références de bouquins [...]. Le rôle du comédien est souvent surligné au feutre fluorescent jaune, bleu ou rose [...]. Parfois des symboles ésotériques sont censés rappeler au comédien les déplacements qu'il doit effectuer. Mais, lorsqu'on se relit, il est assez rare de s'y retrouver [...]. La brochure nous trahit, elle dit tout de nous, le studieux, le zéro faute, comme le foutraque, le maniaque et le cradoc sont là en elle, en tache de gras, en mine HB taillée pointue, en quatre couleurs, en trous de cigarette, en thèse et antithèse, en portrait craché, en sans queue ni tête, en adresses nerveuses et pense-bêtes inutiles, c'est l'arrière-boutique...

C'est un passage du savoureux Petit lexique amoureux du théâtre de Philippe Torreton, publié en 2009 chez Stock. (C'est là, par ailleurs, un ouvrage que je recommande volontiers à quiconque s'intéresse au théâtre: complet, drôle, incisif, vrai.)

Je ne suis pas comédien. Mais ma bibliothèque - comme celle, j'en suis sûr, de la plupart de mes collègues - renferme des dizaines de ces textes barbouillés, comme des morceaux arrachés à un processus passé de réflexion et de création.

Les relire (si tant est que cela soit possible) alors qu'il ne reste bien souvent que le souvenir des représentations, attise une certaine nostalgie et provoque tout autant de sourires que de questionnements sur le sens de tous ces gribouillis.

samedi 18 janvier 2020

Pour les amateurs... de gore....

Parcourir l'histoire du Grand Guignol, c'est aussi nécessairement faire un détour par sa publicité... et qui dit publicité, à l'époque, dit principalement affiche.

Les affiches du Grand Guignol cherchent à provoquer, à compléter l'atrocité (A. Pierron) des textes.  C'est pourquoi parcourir ces oeuvres graphiques (comme les suivantes, glanées sur Google Images) donnent une impressionnante idée du ton et de l'atmosphère de chaque spectacle. Le titre et l'image deviennent un condensé efficace, un résumé, une mise en garde. Un musée de l'horreur... de série B! Le plus connu des affichistes du genre sera Adrien Barrère.

Il faut attirer le regard. Attiser la curiosité morbide. Créer le suspense avant même l'entrée dans le théâtre. Surenchérir dans le glauque et le sordide. 















vendredi 17 janvier 2020

Nouvelles acquisitions... grandguignolesques!

S'il est un genre qui me fascine, au théâtre, c'est bien ce Grand Guignol: théâtre des extrêmes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, théâtre des angoisses devant la science, de cette transformation du monde. On l'appelle le théâtre de l'épouvante

Assurément que ce blogue se verra agrémenter, dans les prochains jours prochaines semaines, de références à celui-ci... parce que je viens de recevoir, par la poste, deux ouvrages sur le sujet, abondamment illustrés.

D'abord celui-ci, d'Agniès Pierron (celle-là même qui a fait le très intéressant Dictionnaire de la langue au théâtre... que je n'ai toujours pas...) publié en 2002:



Puis celui-là - que je connais déjà pour l'avoir feuilleté à de nombreuses reprises à la Bibliothèque de l'UQAC - publié en 1979... lui aussi avec moult photographies et affiches:



La poste devrait m'apporter encore, dans les prochains jours, deux recueils de textes d'André de Lorde, le maître du genre. 

Ce stockage n'est pas innocent. 

En 2017, le Théâtre 100 Masques a présenté, au Côté-Cour, en compagnie du Quatuor Saguenay, trois lectures de pièces tirées du répertoire du Grand Guignol. Depuis, j'ai très envie de me plonger plus 
à fond dans l'exploration du genre, dans une production professionnelle... Quand? À voir...



mercredi 15 janvier 2020

Quand survint le CALQ... 2

J'ai relaté, dans un billet précédent (ici), le chambardement provoqué par l'implantation du CALQ en 1994. Une implantation chaotique, sur fond de crise de gouvernance, à très forte connotation montréalocentriste...

Une époque tumultueuse!

D'une part, cette nouvelle créature, le CALQ, était le fait du Ministère de la Culture (qui venait de se voir accoler le et des Communications) dirigé par Liza Frulla et qui coïncide avec la fin du règne libéral (1985-1994), le rejet de l'Accord du Lac Meech, les négociations constitutionnelles, la remontée en flèche du nationalisme. Les passions sont exacerbées.

Le premier conseil d'administration est composé de 13 membres (tous de la Métropole... dont une seule provenait des régions). Inutile de dire que de multiples voix se sont élevés contre le biais naturel qu'aurait l'organisme envers la grand'ville.

Une tempête parfaite se lève avec l'arrivée des premiers résultats à l'automne 94: c'est l'hécatombe culturelle dans toutes les régions.

Avant le CALQ, les subventions proviennent essentiellement des directions régionales (du Ministère de la Culture et du Ministère des Loisirs (et de la Chasse et de la Pêche) qui gèrent des enveloppes et redistribuent les montants.  Le CALQ fait, en quelques sortes, disparaître ces enveloppes et centralise l'octroi par jury de pairs (eux aussi provenant essentiellement des grands centres).

Les intentions sont bonnes. Mais la réalité frappe de plein fouet. Au Saguenay, le CALQ modifiera de façon assez importante la composition du milieu théâtral. Qui défend la culture dans les régions? Quelle valeur a-t-elle? Qui se préoccupe des contraintes et des réalités régionales? Qui connaît ce qui se fait dans les régions? Quel avenir culturel pour elles?

Suite aux nombreuses critiques (souvent vitrioliques) et au changement de gouvernement, lui aussi fort critique, la direction générale part dans le courant de 95 et de nombreuses tribulations s'accumulent en vue de son remplacement. Et tout ça, alors que se succéderont non  pas un mais bien quatre ministres péquistes de la Culture en mois de douze mois: Marie Malavoy, Rita Dionne-Marsolais, Jacques Parizeau, Louise Beaudoin.

Bref, une crise de confiance majeure ébranle le CALQ dès sa mise en place.

Les nombreux articles de l'époque sont fort éloquent: la culture et son Ministère deviennent un élément discordant dans le monde politique d'alors (par ailleurs centré sur le second référendum).

Les mois qui suivent les résultats de ce premier concours seront déterminants pour le CALQ: une grande tournée dans les régions, de multiples communications, une révision de ses politiques et de son fonctionnement...

mardi 14 janvier 2020

Un public à former... et à ne pas abandonner!

L'Électeur du vendredi 23 décembre 1892, journal publié à Québec, dans des locaux situés en basse-ville, y va de son opinion sur le manque de qualité du public dit populaire. Il faut le former, assurément! Et pour cela, rien de mieux, encore une fois, que de faire appel aux grandes tournées étrangères... le lot du XIXième siècle!

 


Cette question de l'éducation populaire est fort intéressante. Du rôle du théâtre populaire dans l'équation SPECTACLE ACCESSIBLE DE QUALITÉ = PUBLIC DE QUALITÉ. Le théâtre appartient au peuple.  Le temps a-t-il fait son oeuvre?

Peut-être le théâtre s'est-il trop écouté au fil des décennies suivantes. Pour preuve, cet article coup de gueule de Claude Jasmin dans Le Devoir du 3 mars 1998... un siècle plus tard:





lundi 13 janvier 2020

Quand survint le CALQ... 1

En 1994, après quelques années de discussions, le Ministère de la Culture et des communications, sous la direction de Liza Frulla, légifère pour pour donner ses assises au Conseil des arts et des lettres du Québec

Le CALQ devait permettre une meilleure distribution des ressources, structurer un milieu qui trouvait son financement à plusieurs sources, professionaliser les organismes culturels. 

Mais son implantation ne se fit pas sans heurt... surtout dans les régions, dont le Saguenay-Lac-St-Jean, qui verraient leur vitalité culturelle décimée. 

En font foi ces articles du Quotidien des 8 et 11 septembre 1994, suite au dévoilement des résultats  du premier concours: 




La naissance du CALQ sera décriée, contestée (avec raisons!), critiquée. Et les voix régionales de partout au Québec auront à se faire entendre. 

La suite de cette belle histoire une autre fois...

dimanche 12 janvier 2020

"Phèdre", par Taïrov

De toutes les pièces que j'ai lues, Phèdre reste ma préférée. Et toutes les productions de ce chef-d'œuvre m'intéressent.

Mais s'il en est une qui m'a toujours fascinée, c'est celle d'Alexandre Taïrov (par ailleurs rival parfois mesquin de Meyerhold), du Théâtre Kamerny, en Russie, en 1922.

Le personnage principal est alors porté par la très grande Alisa Koonen, son épouse.

Tout - absolument tout! - de cette production (que je ne connais qu'en photo) a une force d'expression scénique, une magnificience, une puissance.

En voici quelques unes, dans un petit vidéo russe:


samedi 11 janvier 2020

Le contempteur

Voici un autre petit morceau d'éloquence pastorale, dont le sujet est - ô surprise - une défense expresse de fréquenter le théâtre - tout théâtre! - dans la belle ville de Québec. Elle est le fait d'un éminent personnage, Monseigneur Bégin, archevêque de Québec (après avoir été évêque de Chicoutimi de 1888 à 1892), furieux contempteur de la chose dramatique. 

Il s'agit donc d'un petit article, paru le 22 décembre 1894 dans le journal La Vérité, qui relaie une lettre de Mgr l'Administrateur du diocèse:


Comme vous pouvez voir, on insiste: la défense ne concerne pas qu'un théâtre en particulier mais tout le théâtre en général! C'est qu'il n'aimait vraiment pas goûter aux joies de Thalie! Et c'est donc avec cette Autorité que devait se débattre les pauvres directions.


Si je le publie ce matin, c'est pour faire suite à mon dernier billet (ici), parce que c'est ce bon Pasteur  qui a refusé de de coopérer avec un théâtre (à Québec) et qui donna l'occasion d'un savoureux avis à la population!

jeudi 9 janvier 2020

Et vlan!


Voilà ce qu'on appelle être franc et direct! J'avais déjà, ce me semble, publié quelque chose du genre... mais peut-être était-ce sur Facebook... Toujours est-il que le coup de gueule est savoureux! Grand bien leur fasse! (Publié dans la revue Le Théâtre, 5 janvier 1895)