lundi 6 janvier 2020

Le comédien comme créateur de l'espace


Petite méditation - avec comme image ce fameux croquis d'Oscar Schlemmer (autour de 1921) représentant le corps d'un interprète dans l'espace - sur le comédien et sa fonction de créateur de l'espace... tirée (p.81 et 82) d'un ouvrage plutôt intéressant d'Éric Lacascade, metteur en scène: Au coeur du réel

Quels que soient le type de la salle ou le dispositif scénographique, la pièce choisie, la fable racontée ou la thématique abordée, c'est toujours l'acteur qui crée l'espace. En quelque sorte, il transporte la scène avec lui. Même s'il est au milieu des spectateurs ou dans un endroit exigu, l'espace minimal dans lequel il déploie son jeu devient ''la scène''. Sur le plateau nu, sculptant l'air de ses gestes, le façonnant par ses déplacements, il peut nous faire percevoir d'invisibles couloirs, imaginer des portes ou des trappes, nous perdre dans des labyrinthes; par la seule force de sa présence, il nous fait vivre les situations qu'il traverse, recréant pour nous la réalité d'un bar ou d'un jardin de cerisiers. Dès que l'acteur est pleinement présent à la situation qu'il sert, quels que soient les matériaux du décor qui l'entourent ou les couleurs des pendrillons qui l'encadrent, quel que soit le sol sur lequel il marche, c'est lui et lui seul qui délimite, définit et rend palpable l'espace. Lui et le spectateur. Évidemment. Car qui dit acteur dit toujours spectateur. L'espace, c'est la rencontre de l'un et de l'autre.

dimanche 5 janvier 2020

Une longue (et fastidieuse) recension...


À force de fouiller dans les archives (de journaux, de revues, de programmes, de rapports), je me suis mis à prendre des notes sur des artistes et des organismes sortis de l'oubli. Après quelques jours, j'en suis arrivé à établir une liste de plus en plus étoffée - et impressionnante - de groupes, de troupes, de compagnies, d'événements ayant participé, à un moment ou à un autre, à l'édification d'un milieu théâtral régional.

Comme tout autant de morceaux d'un casse-tête en phase d'assemblage. 

De nombreux noms émergent d'un passé quand même pas si lointain. Ils se recoupent et composent peu à peu notre évolution. C'est fastidieux devant l'état des informations souvent plus que parcellaires.

Et en trame de fond, des envies de faire du théâtre, d'exister, de s'entraider... mais aussi de  nombreux tiraillements, de défis constants, de recommencements.

De cette liste, j'en ai fait une page de mon blogue, accessible en tout temps dans la bande du haut dans la section Historique du SLSJ. Elle ne demande qu'à être comblée! Je vais assurément continuer de cueillir les données et de tenter de trouver les chaînons manquants. 

Parce qu'il est important de maintenir une mémoire. De permettre à un fil historique de se déployer. D'avoir cette reconnaissance  de la continuité. Avant nous, ce n'était pas le vide. Que de prédécesseurs nous avons eu! 

samedi 4 janvier 2020

Quand il est trop tard pour prévenir le mal...

Oui, décidément... ce que le théâtre a pu, au cours des XIXe et XXe siècle, fait couler d'encre sur les turpitudes qu'on lui reprochait, sur les moeurs dissolues qu'on y rencontrait, sur le Mal qui se montrait sur scène. La moralité était, à tout coup, menacée. 

J'ai publié, sur ce blogue, de très nombreux articles et mandements venus principalement de l'Église qui s'élevaient contre la tenues de spectacles ou la venues de troupes. (Les billets se retrouvent et .)

Or, voici ce matin - oh... la nuance sera minime, mais quand même! - un article laïc (publié le 11 décembre 1923 dans Le Bien Public - Journal des Trois-Rivières) qui prêche les mêmes vertus et qui justifie, en quelques sortes, les difficultés de la presse de bien mettre en garde sur les dangers qui guettent dans les salles sombres et permettent ainsi aux parents d'aiguiser leurs objections et de sauver l'éducation de leurs enfants. Car c'est à eux que vient, ultimement, la responsabilité de prévenir le mal.

 Conclusion: suivons la ligne édictée par l'Église!

(Un des éléments intéressants de ce petit papier est qu'il relate, par ailleurs, ce qui semble être une tournée d'une troupe spécialisée dans le Grand Guignol, ce théâtre de l'horreur et de l'extrême - avec moult assassinats, violences, cris, sang, etc - dont j'ai déjà parlé ici et ici ).


Après tous ces articles, il est encore surprenant de constater que le théâtre québécois ait pu se développer au Québec...

jeudi 2 janvier 2020

Du théâtre comme au temps de Shakespeare


Le théâtre élizabéthain (16ième-17ième siècle) a quelque chose de fascinant dans son architecture. Proche, d'une certaine façon, des théâtres romains et de leurs fond de scène architecturaux permettant divers lieux, diverses conventions simples mais efficaces. En même temps, toute cette construction dense laisse la scène dépouillée, avec des trappes et des sorties de toute sorte, laissant alors toute la place au texte et au jeu des acteurs. C'est là, on peut l'imaginer, un lieu vivant s'il en est un, avec ses multiples étages et son parterre qui réunit le peuple. Quand on étudie en théâtre, ce type de théâtre en rond est incontournable... d'autant qu'il a abrité l'un des plus grands génies dramatiques qui soit: William Shakespeare.

L'été dernier, je suis allé à Londres. Et je n'ai pas résisté longtemps à la tentation d'aller au Globe (le théâtre du schéma plus haut), une reconstitution fidèle (datant de 1996) de ce lieu mythique ayant appartenu à Shakespeare lui-même mais ayant malencontreusement brûlé en 1613... (Voici, en lien, le site web de l'entreprise, avec des images et des vidéos.)

Un véritable voyage dans le passé! Voici quelques unes de mes photos:











Pour profiter à fond de l'expérience théâtrale, nous avons même assisté à la présentation de la première partie de Henry IV, par une troupe de comédiens manifestement rompue à l'oeuvre shakespearienne et à ce lieu propice à une complicité particulière avec le public. Un moment fort. Historique. Esthétique. 

mercredi 1 janvier 2020

En 2020...

Une grosse première moitié d'année 2020 m'attend, théâtralement parlant.

Beaucoup de projets sont déjà en cours...

Comme Empire, une création du Théâtre 100 Masques à partir du dernier texte que j'ai écrit - déjà en cours de répétitions - qui sera présenté au début du mois de mars au Petit Théâtre de l'UQAC et sur lequel je reviendrai assurément dans d'autres billets!

Comme la mise en scène de L'Assemblée des femmes d'après Aristophane avec la Troupe Les Mal-Avenants (celle du Cégep de Chicoutimi... qui recevra, par ailleurs, l'Intercollégial de théâtre 2020 en avril prochain!) qui sera présentée à la fin mars et dont les répétitions sont amorcées depuis septembre 2019...

Puis comme les deux charges de cours que je donnerai à l'UQAC, soit Atelier de conception et Atelier de création au cours desquels les étudiants monteront leurs propres productions à partir du cadre que je leur donnerai. Le tout se passera en avril!

Puis commenceront les répétitions de La Cantatrice Chauve de Ionesco, par le Théâtre 100 Masques toujours, présentée en production estival tout le mois de juillet au Côté-Cour de Jonquière.

Un assez gros début d'année... oui... 

Mais déjà plein d'autres projets se profilent à l'horizon!


''Aujourd'hui l'histoire''

L'une de mes émissions préférées sur les ondes de ICI Radio-Canada est Aujourd'hui l'histoire avec Jacques Beauchamp, du lundi au jeudi de 20h à 20h30 (et surtout en après-midi, sur semaine régulière, de 15h à 15h30). 


En une demie-heure, Beauchamp et son invité du jour traitent d'un sujet en profondeur, présentent de grands moments, de grands personnages à l'aide d'extraits d'anciennes émissions, d'archives, de lectures, etc. 

Le théâtre (d'aujourd'hui et d'hier, d'ici et d'ailleurs) a fait l'objet de plusieurs émissions déjà. Et le plus intéressant, c'est qu'on peut toujours les écouter en audio fils. Les voici:


Ceci étant dit, toutes les émissions - et peu importe le sujet! - sont matière à découvertes et à rappels de petites histoires fort intéressantes! 

mardi 31 décembre 2019

Quand Alcan commanditait...

Il fut un temps où l'Alcan était un fier partenaire du milieu culturel... comme en fait foi cette publicité publiée dans Le Lingot (le journal de ses employés... d'où le parti pris!), le 28 novembre 1968, dans laquelle la compagnie explique les tenants et aboutissants d'une telle implication (il faut lire - je sais la qualité médiocre - les témoignages savoureux):

lundi 30 décembre 2019

Quand Sarah Bernhardt débarque au Québec!


En 1880, Sarah Bernhardt - actrice adulée avec, malgré tout, une sulfureuse réputation - amorce une grande tournée américaine. Apprenant l'existence d'une population francophone plus haut, au nord des États-Unis, elle décide d'y amener sa troupe. Et c'est ainsi qu'il y a presque deux siècles, fin décembre 1880, ce monstre sacré entreprend un premier voyage en sol canadien-français (à Montréal, pour être plus précis).

Les journaux de l'époque font état de sa venue prochaine. Des brèves relatent ses déplacements. Des comptes-rendus témoignent de l'intérêt des populations. Des comptes-rendus donnent une idée du répertoire qu'elle traîne. Partout on l'admire, on l'attend... ou presque! Parce que dans ce petit monde canadien-français, l'Église veille. Certains journaux se scandalisent de cette venue malheureuse... dont Le Courrier du Canada.

Le 17 décembre 1880, il dénonce l'attrait qu'elle exerce:


Ceci étant dit, on fait tout de même une fête à Sarah Bernhardt! Des milliers de personnes l'accueillent à la gare! Le 27 décembre 1880, le même journal ridiculise son arrivée triomphale (et en profite pour égratigner Louis Fréchette):


Le 30 décembre 1880, il minimise le succès de cette tournée:


Dans la même veine, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, lui, y va d'une autre (longue) charge en règle (en s'attaquant lui aussi à Fréchette... qui décidément semblait avoir une partie de la presse liguée contre lui!) contre cette impie, le 30 décembre 1880:




Des rumeurs affirment même qu'elle bifurquera vers Québec. Mais ça prendra encore quelques temps. En 1905. Si j'ai parlé déjà d'un passage fameux à Québec en 1905 (ici, ici, ici), Michel-Marc Bouchard, lui, en a fait une admirable pièce: La Divine Illusion!

Sarah Bernhardt reviendra en 1891, 1896, 1905, 1911, 1915 et 1917. (Plus de détails ici).

dimanche 29 décembre 2019

Un bilan du théâtre régional... il y a 43 ans!

Le journaliste de la section des arts du Progrès, Daniel Côté, publiait dans l'édition d'hier de multiples bilans culturels, dont celui sur le théâtre (qu'on peut lire ici sous le titre Une année faste sur la scène théâtrale). 

Mais ce n'est pas d'hier, cette mode du bilan! Que non. Voici celui dressé (par je ne sais quel journaliste) dans l'édition du 19 décembre 1976 (qu'on peut trouver sur le site de la BAnQ)... il y a donc plus de 43 ans! Des organismes importants (comme le Mic Mac ou le défunt T.P.A. ), d'autres qui débutent comme les Amis de Chiffon... d'autres qui émergent (dont les opérettes qui donneront naissance à la SALR quelques années plus tard). Une trentaine de troupes... la plupart tombées dans l'oubli. Souvenirs, souvenirs! 


samedi 28 décembre 2019

La force du théâtre

L'un de mes ouvrages favoris portant sur le théâtre est L'Éternel Éphémère de Daniel Mesguish. Un ouvrage auquel je reviens fréquemment. Plein de considérations sur le texte, la scène, le jeu... et plus encore, sur le théâtre lui-même. Comme ce très beau passage (pp. 137-138):



Je souffre parfois de voir le théâtre tomber pour ainsi dire en désuétude. Non, cette plainte n'est pas celle de celui qui a fait profession de l'art dramatique et qui, tel le petit commerçant voyant avec effroi s'installer à cinq mètres de sa boutique une ''grande surface'', se sentirait écrasé par la ruine et l'injustice, non, cette plainte n'est pas celle de l'archaïque devant l'industriel, cette plainte n'est pas nostalgie, fermée; au contraire: elle est ouverte vers le futur, elle est politique.

Depuis quelques années [...], le théâtre va mal. Le public le déserte, ou croit qu'il le fait, les médias l'ignorent ou le colonisent, la presse lui consacre une part de plus en plus restreinte, bien pis: les hommes et les femmes de théâtre eux-mêmes commencent à reculer, à obéir, recherchent les stars de cinéma ou de télévision, font des spectacles à durée standardisée; et le théâtre ''populaire" [...] se transforme plus que jamais en grands shows qui miment les rassemblements ''populistes'', en images qui singent celles de la pratique publicitaire.

[...] Non, non. Il  ne s'agit pas là de ''la mort du théâtre'', que l'on annonce périodiquement, annonces qui sont la scansion même de sa respiration, le bruit que fait son coeur; car c'est de toujours être sur le point de mourir que le théâtre vit, c'est sa faiblesse extrême qui est sa force infinie. (''Comment le théâtre pourrait-il mourir, lui qui n'a jamais été pleinement vivant, comment pourrait-il disparaître, lui qui n'est jamais tout à fait présent?" Comment un spectre pourrait-il mourir?)


vendredi 27 décembre 2019

Un remède contre le théâtre...


Bon, je sais. Mon insistance à trouver des sermons contre le théâtre peut devenir lassante... mais en même temps, c'est si passionnant de les lire et de se dire que ceux-ci ne datent pas de 1000 ans mais bien de quelques décennies à peine... comme cette petite (!) annonce publiée dans le journal Le Franc-Parleur (je l'avoue, je suis un fan de recherches dans les vieux journaux numérisés de la BAnQ), le 21 octobre 1874. 

Cette fois, ci, place aux palabres de Mrg l'Évêque de Montréal - Mgr Ignace Bourget si je ne me trompe pas... et dont il a déjà été fait mention ici, ici  - qui donne dans la même rhétorique habituelle.

Mais - et c'est là que c'est encore mieux! - il donne cette fois-ci des instructions (que vous trouverez à la fin du 3ième bloc) sur la façon de contrer, une bonne fois pour toute (!), le vice théâtral dans la métropole. 







jeudi 26 décembre 2019

R.I.P. Claude Régy

Claude Régy à Paris, en novembre 2015. JOEL SAGET / AFP

Le grand metteur en scène français Claude Régy est décédé aujourd'hui, à l'âge de 96 ans. Un des grands. Un maître du théâtre épuré. Du théâtre de contemplation. Du théâtre de sensation. Il y en a peu des commes lui. (Un de ses spectacles marquants est le 4.48 Pshychose de Sarah Kane interprétée par Isabelle Huppert, présenté au Québec il y a peut-être une dizaine/douzaine d'années...) 

Voici quelques articles  paru dans les heures suivant sa mort... qui font un retour sur sa très longue carrière (il était encore actif jusqu'à il y a peu):

Le metteur en scène Claude Régy est mort (Le Monde)
Disparition de Claude Régy, roi de théâtre et maître du silence (Le Figaro)
Claude Régy, au-delà des larmes (Le Temps)
Ci-gît Claude Régy (Libération)