mercredi 7 septembre 2011

Les dessous des sorties théâtrales...

Le Petit Journal illustré du 9 juillet 1911

À quelques heures du départ pour Mont-Laurier (d'où j'écrirai pour la prochaine semaine dans une longue variation sur le même thème...) - pour la première des sorties de La Défonce - je propose ici la définition caustique d'une «Tournée» par Philippe Torreton dans son Petit lexique amoureux du théâtre:

Tournée: [...] C'est là que se vérifie l'harmonie d'une troupe, car c'est en tournée que finalement les acteurs se rencontrent et se révèlent véritablement.

Prendre le train ensemble.
Prendre l'avion ensemble.
Dîner ensemble.
Rentrer à l'hôtel ensemble.
Petit-déjeuner ensemble.

C'est là que l'on constate qu'Untel n'a jamais offert un verre, ni quoi que ce soit d'autre à quelqu'un, et, pour le coup, vous comprenez mieux son autarcie scénique, que tel autre n'est jamais content de sa chambre, qu'un autre tel est toujours malade, que, bizarrement on attend toujours la même personne quels que soient l'heure du jour et de la nuit, l'endroit où l'on se trouve.

Vous constaterez la solitude de certains, les vieux problèmes d'alcool d'un autre, la difficulté de vie [...]. Ceux qui ne vont pas au restaurant, ou rarement, se contentent de boire une bière en regardant les autres dévorer leurs défraiements sauce moutarde. Les problèmes de garde d'enfants. [...]

[...] La tournée vous transforme en inspecteur d'un guide Michelin spécial théâtre où l'Art de recevoir la troupe, la qualité du public, le confort des loges, la circulation en coulisse, le rapport scène-salle, le pot après la représentation, le petit mot du directeur, tout cela et bien d'autres choses encore se retrouvent consignés dans vos pages fines, étoilées ou non.

[...] Ce n'est pas une question de chocolats dans les loges, ni de fleurs, cela commence par votre équipe technique qui, en général, arrive avant vous dans les lieux pour monter le décor. Ce sont eux qui étrennent la qualité de l'accueil. Lorsque nous arrivons la fleur au fusil dans l'après-midi, si leurs visages sont tendus, nerveux, fatigués, nous pouvons penser que tout n'a pas été fait pour leur faciliter la tâche: manque de personnel qualifié, pas de possibilité de se restaurer sur place, équipement défaillant du plateau, et qu'il en sera certainement de même pour nous. La représentation ne commence par à 20h30, mais quand la troupe investit le théâtre.


Il faudra voir, dans notre cas, ce que nous réserve cette 5ième édition du Festival International de Théâtre de Mont-Laurier...

mardi 6 septembre 2011

D'un autre âge!

Petit extrait trouvé par Benoît Lagrandeur (et mis sur Facebook à mon attention) sur Dailymotion (il faut donc se taper les 15 premières secondes en publicité...). S'il faut en croire l'annonce du début de l'extrait, ce Cyrano aurait été tournée en 1900 (la voix, sur cylindre de cire ayant été rajouté par la suite) , soit trois ans après sa création, et mettrait en vedette Coquelin l'Aîné (créateur de ce rôle qui a, selon le Dictionnaire encyclopédique du théâtre de Corvin, été écrit pour lui), comédien le plus puissant de l'époque.

Voici ce qu'il est écrit encore: Cherchant à impressionner le public, que le nez simplement bourbonien du vrai Cyrano n'aurait pas fait rire, il essaie jusqu'à cinquante faux nez, dits «en pied de marmite», et en choisit un réellement grotesque, repris par tous les comédiens du monde; le rôle écrasant de Cyrano, le plus long de notre théâtre, et qui comporte 1200 vers sur 2570 que contient cette pièce en cinq actes, Coquelin le tient jusqu'à sa mort 950 fois; il exigeait de lui une virtuosité extraordinaire, un visage constamment mobile, une voix claironnante et il y fit preuve d'un talent étincelant, comme, d'ailleurs, dans toutes ses créations.



Voici le même extrait tiré du texte, acte I, scène 4 (suivant de peu la fameuse «tirade du nez»)... ça peut aider à comprendre ce qui se dit:

CYRANO
Déclamant
"Ballade du duel qu’en l’hôtel bourguignon
Monsieur de Bergerac eut avec un bélître ! "

LE VICOMTE
Qu’est-ce c'est que ça, s’il vous plaît ?

CYRANO
C’est le titre.

LA SALLE
surexcitée au plus haut point

Place ! - Très amusant ! - Rangez-vous ! - Pas de bruits !

Tableau. Cercle de curieux au parterre, les marquis et les officiers mêlés aux bourgeois et aux gens du peuple ; les pages grimpés sur des épaules pour mieux voir. Toutes les femmes debout dans les loges. À droite, De Guiche et ses gentilshommes. À gauche, Le Bret, Ragueneau, Cuigy, etc.

CYRANO
fermant une seconde les yeux

Attendez ! ... je choisis mes rimes... Là, j’y suis.
Il fait ce qu’il dit, à mesure.
Je jette avec grâce mon feutre,
Je fais lentement l’abandon
Du grand manteau qui me calfeutre,
Et je tire mon espadon,
Élégant comme Céladon,
Agile comme Scaramouche,
Je vous préviens, cher Mirmydon,
Qu’à la fin de l’envoi, je touche !
Premiers engagements de fer.

Vous auriez bien dû rester neutre ;
Où vais-je vous larder, dindon ? ...
Dans le flanc, sous votre maheutre ? ...
Au cœur, sous votre bleu cordon ? ...
– Les coquilles tintent, ding-don !
Ma pointe voltige : une mouche !
Décidément... c’est au bedon,
Qu’à la fin de l’envoi, je touche.

Il me manque une rime en eutre...
Vous rompez, plus blanc qu’amidon ?
C’est pour me fournir le mot pleutre !
– Tac ! je pare la pointe dont
Vous espériez me faire don : -
J’ouvre la ligne,– je la bouche...
Tiens bien ta broche, Laridon !
À la fin de l’envoi, je touche
Il annonce solennellement
ENVOI
Prince, demande à Dieu pardon !
Je quarte du pied, j’escarmouche,
je coupe, je feinte...
Se fendant.
Hé ! là donc
Le vicomte chancelle ; Cyrano salue.
À la fin de l’envoi, je touche.

«La Défonce» [Carnet de mise en scène]

Plus que quelques jours (3-4) avant la reprise de La Défonce à Mont-Laurier... Les éléments se placent peu à peu et si tout se passe bien, nous devrions être prêts.

La scénographie a été modifiée et le nouveau plan* (ci bas) de Christian Roberge a été acccepté. Reste les ancrages des panneaux à valider sur place, mais les idées sont là...


Par ailleurs, à partir du plan d'éclairage* (ci bas) d'Alexandre Nadeau, à partir des photos et à partir de ce que je me souviens de la création il y a un an et demi, j'ai fait, de mon côté, un plan d'intensités afin qu'à notre entrée en salle, il y ait déjà une base de travail. Nous devions revoir ces intensités dans la salle du Mic Mac, malheureusement, la disposition de l'aire de jeu nous en empêche.

Contrairement à ce qui était prévu, nous nous installerons une première fois, vendredi matin, à la première heure, dans la salle (ce qui veut dire que nous monterons temporairement le décor) pour canner nos éclairages... puis nous enlèverons tout pour laisser la place à une troupe belge qui jouera dans la même salle que nous... mais avant nous.

Mais pour l'instant, nous sommes encore dans la région... et théoriquement (parce que je n'ai pas eu de nouvelles), les comédiens et concepteurs se sont réunis hier soir pour préparer le départ... et ils devaient prendre un temps pour revoir le texte en groupe.
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* J'aime bien les plans de cette sorte (en cliquant dessus, ils apparaîtront dans leur format réel)... Ils facilitent la compréhension de l'espace...

lundi 5 septembre 2011

D'autres moments glorieux du théâtre...

Voici d'autres moment glorieux du théâtre... de ces anecdotes qui sont si charmantes pour les yeux contemporains, donnant un aperçu d'un monde suranné et difficile à imaginer. Ces petits morceaux d'histoire bien peu universelle sont le lot d'un ouvrage publié en 1875 par Louis Loire, Anecdotes de théâtre: comédiens-comédiennes - bons mots des coulisses et du parterre (qu'on peut retrouver sur Google Book, ici).

Quand le parterre maltraite les interprètes:



Une morte sur les bras:

dimanche 4 septembre 2011

Au théâtre, cette semaine! (du 4 au 10 septembre)

Théâtre de Teufelhof (je crois que c'est en Suisse) pris sur le site de la ville.

Aujourd'hui - 4 septembre 2011
Centre-ville de Chicoutimi, horaires variés

Dernière journée du FRINGE Saint-Ambroise Saguenay avec notamment différentes représentations théâtrales. Il est plus facile, dans ce cas, de consulter la programmation.

Mardi à samedi - 6 au 10 septembre 2011
Salle Murdock (Chic.), 20h

Le Théâtre du Faux Coffre présente la seconde aventure des désormais célèbres Clowns Noirs, En attendant l'dégât d'eau. Le numéro de téléphone pour réserver est 418-698-3000 poste 6561.

Mercredi à vendredi - 7 au 9 septembre 2011
Pavillon des arts (UQAC), horaires variés

Nouvelle mouture de l'Entre-deux de ManiganSes confiée à la Chaire pour une nouvelle dramaturgie sonore. Toutes les activités sont gratuites... De 14h à 19h, il est possible de visiter et de participer au Musée (de théâtre) de Clyde Chabot et de la Communauté inavouable (France). À chaque soir, des artistes invités (Carol Dallaire, Éric Létourneau, Patrice Leblanc et Sara Moisan) l'animeront, y feront une performance. À compter de 19h, la Chaire présente Binômes, une série de duos (4 actions, en fait) consacrés à la manipulation sonore. Avec aussi des performances d'artistes invités (Dany Lefrançois et la Tortue Noire, Vicky Côté et Janine Fortin). Parmi ces activités, l'exposition Pari sur l'imaginaire de la galerie l'Oeuvre de l'autre, des conférences, des projections de capsules enregistrées à Bogota... bref, un Entre-deux sous le signe de l'expérimentation.

Vendredi - 9 septembre 2011
Bloc G (Mont-Laurier), 20h30

Juste au cas où des gens passeraient par là... c'est le soir où le Théâtre Mic Mac présente La Défonce, un texte de Pascal Chevarie que j'ai mis en scène en avril 2010, au 5ième Festival de Théâtre International de Mont-Laurier.

Ça me semble être tout. Si j'oublie des trucs, on peut me le faire savoir par le biais d'un commentaire...

samedi 3 septembre 2011

De l'équilibre d'un plateau...


J'ai appris [d'un autre comédien, Maurice De Féraudy] surtout l'importance primordiale de la place du comédien en scène, par rapport au public, par rapport aux autres personnages, par rapport même aux meubles: un demi-pas à droite, la place est «juste»; un demi-pas à gauche, elle est fausse. Un mètre plus «à l'avant-scène», la réplique prend toute sa valeur, un mètre plus «au lointain», elle s'estompe.
Pierre Fresnay, Je suis comédien, 1954

Ça revient, en quelque sorte, à la notion d'équilibre du plateau. De cette impression de plénitude scénique que nous pouvons induire chez le spectateur par un bon agencement de l'aire de jeu, de sa conception à son articulation. Une aire de jeu cartésienne qui se calcule, se justifie pour une accentuation consciente de l'effet, du dynamisme, de l'efficacité. 

Une notion qui transcende les genres, les époques... et qui passe allégrement du dramatique au postdramatique.


vendredi 2 septembre 2011

«La Défonce» [Carnet de mise en scène]

C'est ce qui s'appelle remettre un ouvrage sur le métier! Faire de la tournée est un métier en soi...


En vue de notre passage à Mont-Laurier dans quelques jours, nous avons repris les répétitions de La Défonce au Théâtre Mic Mac, en plus d'avoir revu la conception de la scénographie pour l'alléger et l'adapter à la nouvelle salle. Malheureusement, les contrariétés (d'ordre technique) s'accumulent: il faut refaire toutes les intensités en salle (perdus depuis avril 2010)... donc remonter temporairement le plan d'éclairages pour pouvoir travailler avant notre départ. Un ouvrage artistiquement inutile mais ô combien nécessaire dans un contexte de festival où nous n'avons que quelques heures (environ trois) pour nous installer.   Lundi après-midi, je reprendrai une partie de ce qui a été fait... et nous profiterons de l'occasion pour un nouvel enchaînement...

La question de l'installation du décor est semi-réglée... l'idée y est... reste à voir sa faisabilité sur place. 

L'atmosphère comptait beaucoup lors de la première série de représentations, oui. Pourtant, l'essentiel reste le jeu des comédiens, très bons. Alors on verra. Le temps est un ennemi... mais nous y arriverons.

(Le contexte de la reprise en novembre à Orsay sera différent en ce sens où nous aurons deux jours de salle avant de jouer...)




jeudi 1 septembre 2011

De l'auteur et du texte


On peut devenir un peintre, un sculpteur, un musicien même à force d'étude; on ne devient pas un auteur dramatique. On l'est tout de suite ou jamais, comme on est blond ou brun, sans le vouloir. C'est un caprice de la nature qui vous a construit l'œil d'une certaine façon pour que vous puissiez voir d'une certaine manière qui n'est absolument pas la vraie, et qui cependant doit paraître la seule, momentanément, à ceux à qui vous voulez faire voir ce que vous avez vu. [...] Une œuvre dramatique doit toujours être écrite comme si elle ne devait être que lue. La représentation n'est qu'une lecture par plusieurs personnes pour ceux qui ne veulent pas ou ne savent pas lire. C'est par ceux qui vont au théâtre que l'œuvre réussit, c'est par ceux qui n'y vont pas qu'elle s'affirme. Le spectateur la fait retentissante, le lecteur la fait durable.

Ainsi pensait et parlait Alexandre Dumas fils (tiré de la préface à Un père prodigue... elle même tirée de L'Art du théâtre d'Odette Aslan), celui de La dame aux camélias...

Bien que je ne sois pas nécessairement d'accord avec tout ceci, je dois admettre que c'est tout de même saprément bien dit.

mercredi 31 août 2011

Le devoir du metteur en scène


Nous avons l'habitude de penser que le métier de metteur en scène consiste essentiellement à arriver plein d'inspiration, et à répandre devant les acteurs le fruits de ses méditations, de son imagination débridée; le metteur en scène est omniscient, c'est un érudit, et surtout, dans son domaine particulier, il arrive toujours plein d'idées. Il me semble pourtant que, dans notre métier, avant de donner libre cours à son imagination [...] il faut bien voir que les metteurs en scène sont par excellence des organisateurs. Et si nous sommes des organisateurs, des ingénieurs de production, nous devons nous armer de connaissances relatives aux questions d'organisation et savoir en quoi consiste exactement l'organisation. Et il est préférable de considérer un spectacle comme quelque chose d'organisé.

Cette description, cette perception du metteur en scène vient, oui, de Meyerhold (dans le quatrième tome de ses Écrits sur le théâtre, p. 254). Elle est intéressante, à mon sens, parce qu'elle donne une grande importance d'abord à la forme. Et de la forme, elle ouvre la voie vers la création.

mardi 30 août 2011

Des nouvelles de la Rubrique


En cliquant sur l'image, il sera plus facile de lire ce communiqué du Théâtre La Rubrique (désolé pour le floutage...) concernant le lancement de leur programmation à venir.

Ah non... pas un koala!

Dessin pris sur ce site.

Dans la joyeuse série «superstitions et interdits», je viens de trouver un autre élément... qui ne risque pas trop d'être problématique sous nos latitudes.

Il paraît que le koala est absolument interdit dans les théâtres pour des raisons encore mystérieuses. Il y a plusieurs hypothèses à cela, mais la plus crédible est peut-être liée à ce fameux incendie du Théâtre-Royal de Sydney qui fit 135 victimes le 26 juin 1842 et dont la responsabilité en aurait incombé à un koala vivant qui faisait partie de la distribution et qui, suppose-t-on, prit feu en voulant grimper sur un candélabre qui lui rappelait subitement un tronc d'eucalyptus.

Moi qui voulait justement en intégrer un dans ma prochaine production! Je ne sais trop si c'est vrai... mes premières recherches sur le net sont restées vaines. Mais il paraît que ce drame marqua les esprits au point que, encore aujourd'hui, cet animal si mignon n'est toujours pas accepté dans les théâtres.

Cette anecdote est tiré du fabuleux petit Lexique amoureux du théâtre de Philippe Torreton publié en 2009.


lundi 29 août 2011

Les différents degrés d'objectivité de l'objet

Voici une droite (tirée de L'Analyse des spectacles de Patrice Pavis, publié en 1996 aux éditions Nathan/Université) sur laquelle s'inscrivent les différents degrés d'objectivité de l'objet au théâtre, sur la perception qu'on peut en tirer:


Ce petit schéma démontre bien toute la complexité de l'objet, de sa présence, qui sera l'un des éléments importants de la construction de la théâtralité... ou du moins, qui en sera l'un des indices les plus probants...

Reste le numéro 10 qui me semble un peu ésotérique et plus hermétique... mais dans l'ensemble, ça s'explique et se comprend assez bien.