samedi 4 janvier 2020

Quand il est trop tard pour prévenir le mal...

Oui, décidément... ce que le théâtre a pu, au cours des XIXe et XXe siècle, fait couler d'encre sur les turpitudes qu'on lui reprochait, sur les moeurs dissolues qu'on y rencontrait, sur le Mal qui se montrait sur scène. La moralité était, à tout coup, menacée. 

J'ai publié, sur ce blogue, de très nombreux articles et mandements venus principalement de l'Église qui s'élevaient contre la tenues de spectacles ou la venues de troupes. (Les billets se retrouvent et .)

Or, voici ce matin - oh... la nuance sera minime, mais quand même! - un article laïc (publié le 11 décembre 1923 dans Le Bien Public - Journal des Trois-Rivières) qui prêche les mêmes vertus et qui justifie, en quelques sortes, les difficultés de la presse de bien mettre en garde sur les dangers qui guettent dans les salles sombres et permettent ainsi aux parents d'aiguiser leurs objections et de sauver l'éducation de leurs enfants. Car c'est à eux que vient, ultimement, la responsabilité de prévenir le mal.

 Conclusion: suivons la ligne édictée par l'Église!

(Un des éléments intéressants de ce petit papier est qu'il relate, par ailleurs, ce qui semble être une tournée d'une troupe spécialisée dans le Grand Guignol, ce théâtre de l'horreur et de l'extrême - avec moult assassinats, violences, cris, sang, etc - dont j'ai déjà parlé ici et ici ).


Après tous ces articles, il est encore surprenant de constater que le théâtre québécois ait pu se développer au Québec...

jeudi 2 janvier 2020

Du théâtre comme au temps de Shakespeare


Le théâtre élizabéthain (16ième-17ième siècle) a quelque chose de fascinant dans son architecture. Proche, d'une certaine façon, des théâtres romains et de leurs fond de scène architecturaux permettant divers lieux, diverses conventions simples mais efficaces. En même temps, toute cette construction dense laisse la scène dépouillée, avec des trappes et des sorties de toute sorte, laissant alors toute la place au texte et au jeu des acteurs. C'est là, on peut l'imaginer, un lieu vivant s'il en est un, avec ses multiples étages et son parterre qui réunit le peuple. Quand on étudie en théâtre, ce type de théâtre en rond est incontournable... d'autant qu'il a abrité l'un des plus grands génies dramatiques qui soit: William Shakespeare.

L'été dernier, je suis allé à Londres. Et je n'ai pas résisté longtemps à la tentation d'aller au Globe (le théâtre du schéma plus haut), une reconstitution fidèle (datant de 1996) de ce lieu mythique ayant appartenu à Shakespeare lui-même mais ayant malencontreusement brûlé en 1613... (Voici, en lien, le site web de l'entreprise, avec des images et des vidéos.)

Un véritable voyage dans le passé! Voici quelques unes de mes photos:











Pour profiter à fond de l'expérience théâtrale, nous avons même assisté à la présentation de la première partie de Henry IV, par une troupe de comédiens manifestement rompue à l'oeuvre shakespearienne et à ce lieu propice à une complicité particulière avec le public. Un moment fort. Historique. Esthétique. 

mercredi 1 janvier 2020

En 2020...

Une grosse première moitié d'année 2020 m'attend, théâtralement parlant.

Beaucoup de projets sont déjà en cours...

Comme Empire, une création du Théâtre 100 Masques à partir du dernier texte que j'ai écrit - déjà en cours de répétitions - qui sera présenté au début du mois de mars au Petit Théâtre de l'UQAC et sur lequel je reviendrai assurément dans d'autres billets!

Comme la mise en scène de L'Assemblée des femmes d'après Aristophane avec la Troupe Les Mal-Avenants (celle du Cégep de Chicoutimi... qui recevra, par ailleurs, l'Intercollégial de théâtre 2020 en avril prochain!) qui sera présentée à la fin mars et dont les répétitions sont amorcées depuis septembre 2019...

Puis comme les deux charges de cours que je donnerai à l'UQAC, soit Atelier de conception et Atelier de création au cours desquels les étudiants monteront leurs propres productions à partir du cadre que je leur donnerai. Le tout se passera en avril!

Puis commenceront les répétitions de La Cantatrice Chauve de Ionesco, par le Théâtre 100 Masques toujours, présentée en production estival tout le mois de juillet au Côté-Cour de Jonquière.

Un assez gros début d'année... oui... 

Mais déjà plein d'autres projets se profilent à l'horizon!


''Aujourd'hui l'histoire''

L'une de mes émissions préférées sur les ondes de ICI Radio-Canada est Aujourd'hui l'histoire avec Jacques Beauchamp, du lundi au jeudi de 20h à 20h30 (et surtout en après-midi, sur semaine régulière, de 15h à 15h30). 


En une demie-heure, Beauchamp et son invité du jour traitent d'un sujet en profondeur, présentent de grands moments, de grands personnages à l'aide d'extraits d'anciennes émissions, d'archives, de lectures, etc. 

Le théâtre (d'aujourd'hui et d'hier, d'ici et d'ailleurs) a fait l'objet de plusieurs émissions déjà. Et le plus intéressant, c'est qu'on peut toujours les écouter en audio fils. Les voici:


Ceci étant dit, toutes les émissions - et peu importe le sujet! - sont matière à découvertes et à rappels de petites histoires fort intéressantes! 

mardi 31 décembre 2019

Quand Alcan commanditait...

Il fut un temps où l'Alcan était un fier partenaire du milieu culturel... comme en fait foi cette publicité publiée dans Le Lingot (le journal de ses employés... d'où le parti pris!), le 28 novembre 1968, dans laquelle la compagnie explique les tenants et aboutissants d'une telle implication (il faut lire - je sais la qualité médiocre - les témoignages savoureux):

lundi 30 décembre 2019

Quand Sarah Bernhardt débarque au Québec!


En 1880, Sarah Bernhardt - actrice adulée avec, malgré tout, une sulfureuse réputation - amorce une grande tournée américaine. Apprenant l'existence d'une population francophone plus haut, au nord des États-Unis, elle décide d'y amener sa troupe. Et c'est ainsi qu'il y a presque deux siècles, fin décembre 1880, ce monstre sacré entreprend un premier voyage en sol canadien-français (à Montréal, pour être plus précis).

Les journaux de l'époque font état de sa venue prochaine. Des brèves relatent ses déplacements. Des comptes-rendus témoignent de l'intérêt des populations. Des comptes-rendus donnent une idée du répertoire qu'elle traîne. Partout on l'admire, on l'attend... ou presque! Parce que dans ce petit monde canadien-français, l'Église veille. Certains journaux se scandalisent de cette venue malheureuse... dont Le Courrier du Canada.

Le 17 décembre 1880, il dénonce l'attrait qu'elle exerce:


Ceci étant dit, on fait tout de même une fête à Sarah Bernhardt! Des milliers de personnes l'accueillent à la gare! Le 27 décembre 1880, le même journal ridiculise son arrivée triomphale (et en profite pour égratigner Louis Fréchette):


Le 30 décembre 1880, il minimise le succès de cette tournée:


Dans la même veine, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, lui, y va d'une autre (longue) charge en règle (en s'attaquant lui aussi à Fréchette... qui décidément semblait avoir une partie de la presse liguée contre lui!) contre cette impie, le 30 décembre 1880:




Des rumeurs affirment même qu'elle bifurquera vers Québec. Mais ça prendra encore quelques temps. En 1905. Si j'ai parlé déjà d'un passage fameux à Québec en 1905 (ici, ici, ici), Michel-Marc Bouchard, lui, en a fait une admirable pièce: La Divine Illusion!

Sarah Bernhardt reviendra en 1891, 1896, 1905, 1911, 1915 et 1917. (Plus de détails ici).

dimanche 29 décembre 2019

Un bilan du théâtre régional... il y a 43 ans!

Le journaliste de la section des arts du Progrès, Daniel Côté, publiait dans l'édition d'hier de multiples bilans culturels, dont celui sur le théâtre (qu'on peut lire ici sous le titre Une année faste sur la scène théâtrale). 

Mais ce n'est pas d'hier, cette mode du bilan! Que non. Voici celui dressé (par je ne sais quel journaliste) dans l'édition du 19 décembre 1976 (qu'on peut trouver sur le site de la BAnQ)... il y a donc plus de 43 ans! Des organismes importants (comme le Mic Mac ou le défunt T.P.A. ), d'autres qui débutent comme les Amis de Chiffon... d'autres qui émergent (dont les opérettes qui donneront naissance à la SALR quelques années plus tard). Une trentaine de troupes... la plupart tombées dans l'oubli. Souvenirs, souvenirs! 


samedi 28 décembre 2019

La force du théâtre

L'un de mes ouvrages favoris portant sur le théâtre est L'Éternel Éphémère de Daniel Mesguish. Un ouvrage auquel je reviens fréquemment. Plein de considérations sur le texte, la scène, le jeu... et plus encore, sur le théâtre lui-même. Comme ce très beau passage (pp. 137-138):



Je souffre parfois de voir le théâtre tomber pour ainsi dire en désuétude. Non, cette plainte n'est pas celle de celui qui a fait profession de l'art dramatique et qui, tel le petit commerçant voyant avec effroi s'installer à cinq mètres de sa boutique une ''grande surface'', se sentirait écrasé par la ruine et l'injustice, non, cette plainte n'est pas celle de l'archaïque devant l'industriel, cette plainte n'est pas nostalgie, fermée; au contraire: elle est ouverte vers le futur, elle est politique.

Depuis quelques années [...], le théâtre va mal. Le public le déserte, ou croit qu'il le fait, les médias l'ignorent ou le colonisent, la presse lui consacre une part de plus en plus restreinte, bien pis: les hommes et les femmes de théâtre eux-mêmes commencent à reculer, à obéir, recherchent les stars de cinéma ou de télévision, font des spectacles à durée standardisée; et le théâtre ''populaire" [...] se transforme plus que jamais en grands shows qui miment les rassemblements ''populistes'', en images qui singent celles de la pratique publicitaire.

[...] Non, non. Il  ne s'agit pas là de ''la mort du théâtre'', que l'on annonce périodiquement, annonces qui sont la scansion même de sa respiration, le bruit que fait son coeur; car c'est de toujours être sur le point de mourir que le théâtre vit, c'est sa faiblesse extrême qui est sa force infinie. (''Comment le théâtre pourrait-il mourir, lui qui n'a jamais été pleinement vivant, comment pourrait-il disparaître, lui qui n'est jamais tout à fait présent?" Comment un spectre pourrait-il mourir?)


vendredi 27 décembre 2019

Un remède contre le théâtre...


Bon, je sais. Mon insistance à trouver des sermons contre le théâtre peut devenir lassante... mais en même temps, c'est si passionnant de les lire et de se dire que ceux-ci ne datent pas de 1000 ans mais bien de quelques décennies à peine... comme cette petite (!) annonce publiée dans le journal Le Franc-Parleur (je l'avoue, je suis un fan de recherches dans les vieux journaux numérisés de la BAnQ), le 21 octobre 1874. 

Cette fois, ci, place aux palabres de Mrg l'Évêque de Montréal - Mgr Ignace Bourget si je ne me trompe pas... et dont il a déjà été fait mention ici, ici  - qui donne dans la même rhétorique habituelle.

Mais - et c'est là que c'est encore mieux! - il donne cette fois-ci des instructions (que vous trouverez à la fin du 3ième bloc) sur la façon de contrer, une bonne fois pour toute (!), le vice théâtral dans la métropole. 







jeudi 26 décembre 2019

R.I.P. Claude Régy

Claude Régy à Paris, en novembre 2015. JOEL SAGET / AFP

Le grand metteur en scène français Claude Régy est décédé aujourd'hui, à l'âge de 96 ans. Un des grands. Un maître du théâtre épuré. Du théâtre de contemplation. Du théâtre de sensation. Il y en a peu des commes lui. (Un de ses spectacles marquants est le 4.48 Pshychose de Sarah Kane interprétée par Isabelle Huppert, présenté au Québec il y a peut-être une dizaine/douzaine d'années...) 

Voici quelques articles  paru dans les heures suivant sa mort... qui font un retour sur sa très longue carrière (il était encore actif jusqu'à il y a peu):

Le metteur en scène Claude Régy est mort (Le Monde)
Disparition de Claude Régy, roi de théâtre et maître du silence (Le Figaro)
Claude Régy, au-delà des larmes (Le Temps)
Ci-gît Claude Régy (Libération)

mercredi 25 décembre 2019

Qu'est-ce que le talent d'un comédien?


Honoré Daumier, Voyons M. le Baron, 1858

Me voici déjà de retour avec un autre passage de l'ouvrage cité hier: Instruction sur les spectacles de l'abbé Matthieu Hulot, en 1823 et cette fois, petit détour par le second chapitre au titre qui claque tel un anathème: Le métier de comédien est mauvais par lui-même, et rend infâmes ceux qui l'exercent. Mais il a le mérite d'être sans ambiguïtés. Dans le court extrait qui suit, il y a d'exposer, de façon claire, nette et précise les raisons qui poussent l'Église (dans ses périodes de zèle) à vouer une haine profonde envers ceux et celles qui montent sur scène. 

Qu’est-ce que le talent d’un comédien ? L’art de se contrefaire, de revêtir un autre caractère que le sien, de paraître différent de ce qu’on est, de se passionner de sang-froid, de dire autre chose que ce qu’on pense, aussi naturellement que si on le pensait réellement, et d’oublier enfin sa propre place à force de prendre celle d’autrui. Qu’est-ce que la profession du comédien ? Un métier par lequel il se donne en représentation pour de l’argent, se soumet à l’ignominie et aux affronts qu’on achète le droit de lui faire, et met publiquement sa personne en vente. J’adjure tout homme sincère s’il ne sent pas au fond de son âme qu’il y a dans ce trafic de soi-même quelque chose de servile et de bas.

Quel est au fond l’esprit que le comédien reçoit de son état ? un mélange de bassesse, de faussetés, de ridicule orgueil et d’indigne avilissement, qui le rend propre à toutes sortes de personnages, hors le plus noble de tous, celui d’homme qu’il abandonne.

Par chance, les mentalités ont évolué! 

Mais l'histoire du Théâtre regorge d'anecdotes de comédiens et de comédiennes à qui l'Église a refusé une sépulture pour les raisons édictées plus haut. Pour votre bon plaisir, vous trouverez sur ce blogue celle d'Adrienne Lecouvreur, de Mademoiselle Rancourt ou encore celle entourant la mort de Molière (grâce aux bons soins de Wikipédia).

mardi 24 décembre 2019

Malheur à qui va aux spectacles!

L'un de mes sujets favoris, dans cet espace, est le fiel que l'Église a, de tous temps, versé contre le Théâtre par le biais de prédicateurs zélés (les différents billets se retrouvent dans les catégories Pères de l'Église et Histoire). Une véritable haine qui donne lieu, à chaque fois, à des morceaux de littérature passionnantes, une surenchère d'hyperboles toutes plus exaltées les unes que les autres, d'images fortes.

Que de joie (et d'inspirations pour de nombreuses autres entrées futures sur ce blogue!) quand je suis alors tombé sur l'Instruction sur les spectacles de Matthieu Hulot (né en 1788 et mort après 1828...), vicaire de Charleville, dont la première édition a été publiée en 1823 (et disponible ici sur Google Books). Il n'y va pas de main morte. Un vrai, comme je les aime... qui a aussi écrit des Instruction sur la danse, Instruction sur les mauvaises chansons, Instruction sur les romans, Essai sur le blasphème, etc.


Voici un long extrait du chapitre XVII - Accidents arrivés dans les spectacles... comme tout autant de menaces infernales, de châtiments divins, d'exemples de calamités pour quiconque s'aventure dans une salle de spectacle. 


Que quelqu’accident imprévu, disait Tertullien, vous surprenne au théâtre, qu’un coup de tonnerre, par exemple, vous avertisse des vengeances du Seigneur, aussitôt on vous voit effrayé ; vous vous empressez à porter la main à votre front, pour y tracer le signe de salut ; mais que faites-vous ? ce signe de sainteté et de recueillement, ce signe de pénitence vous condamne. Certainement vous ne seriez point là, si vous aviez dans votre cœur ce que vous osez marquer sur votre front [...]!


Le 26 juillet 1769 on jouait la comédie à Feltri, en Italie, lorsqu’il s’éleva tout à coup une tempête horrible. Le ciel, qui jusqu’alors avait été serein, fut obscurci par d’épais nuages : tout l’horizon était en feu par la multitude d’éclairs qui se succédaient sans interruption, et la pluie tombait avec violence. Plus de six cents personnes étaient alors renfermées dans la salle du spectacle ; la comédie n’était encore qu’au troisième acte, lorsque le tonnerre tomba sur le théâtre par une grande ouverture qui se fit au comble du bâtiment. La foudre parut sous la forme d’un boulet de canon du plus gros calibre. La salle était éclairée par un grand nombre de lumières qui toutes furent éteintes en un instant. Au morne silence, premier effet de la frayeur, succédèrent bientôt des cris affreux, lorsqu’au retour de la lumière, on aperçut l’horrible tableau des ravages de la foudre. De tous côtés on ne voyait que des hommes, des femmes et des enfants privés de la vie ou du sentiment. Six personnes furent entièrement réduites en cendres par le feu du ciel ; soixante-dix autres en furent atteintes mortellement.

Comme on était sur le point de jouer la comédie sur le palais d’Asté à Rome, le plancher de la salle du spectacle s’enfonça de manière qu’il tourna en tombant, renversa les spectateurs et fit enfoncer le second plancher. On retira dix personnes mortes, et plusieurs autres blessées très dangereusement, dont dix ou douze moururent.

Comme on jouait à Amsterdam en 1772, la Fille mal gardée et le Déserteur, le feu prit à une ficelle tombée sur un lampion. Cette flamme légère monta rapidement dans le centre où la ficelle aboutissait, et embrasa dans le moment les toiles et toute la partie supérieure du théâtre. L’incendie devint bientôt général. La frayeur et le désespoir forcèrent les femmes à se jeter des loges dans le parterre, où l’on était écrasé et étouffé par la chute des décombres embrasées : aussi il y en eut peu qui échappèrent à la mort.

Ce qui arriva le 5 novembre de la même année à Chester, en Angleterre, est à peu près semblable. On célébrait le jour anniversaire de la conspiration des poudres : pendant qu’on jouait la comédie dans la salle du bal, le feu prit à de la poudre qu’un épicier avait imprudemment mise sous le théâtre. L’explosion fit sauter le plancher et une chambre qui était au-dessus, et mit le feu à la couverture, qui, en tombant, renversa une partie des murs et embrasa le théâtre ; la plupart des spectateurs sautèrent en l’air avec l’édifice, ou furent ensevelis sous ses ruines embrasées. Ceux qui échappèrent à la mort furent presque tous mutilés ou blessés grièvement.

Quelle que soit la cause de ces tristes événements, ne peut-on pas conclure qu’il vaut mieux écouter, dans le calme, la vérité, que d’attendre qu’elle tonne pour nous soumettre à elle ; et fuir, sans hésiter, des plaisirs illégitimes, plutôt que de s’exposer à ressentir l’amertume du repentir qui les accompagne souvent, et qui les suit toujours ? Nous ne pourrions nous empêcher de regarder comme un terrible châtiment une mort soudaine arrivée au milieu d’un spectacle, et nous regarderions comme une marque de réprobation de mourir sur un théâtre : ne passons donc pas une partie de notre vie où nous aurions horreur de mourir. Si on n’y court pas toujours le danger d’y perdre la vie du corps, on y court toujours le danger d’y perdre la vie de l’âme.